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Mission de Phat-Diem

Mission de Phat-Diem UNE PRIÈRE Lettre du P. Varengue, Missionnaire apostolique. Pour la première fois, chers lecteurs des Annales, je viens vous tendre la main.
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    Mission de Phat-Diem

    UNE PRIÈRE

    Lettre du P. Varengue,
    Missionnaire apostolique.

    Pour la première fois, chers lecteurs des Annales, je viens vous tendre la main.
    Il s'agit d'élever, ici, à Muong Xoi, dans la mission du Tonkin Maritime une demeure à notre Dieu... et je n'ai pas le sou. Mon maigre viatique (1.000 francs) passe tout entier dans les dépenses courantes les plus nécessaires ; il arrive même parfois à celui de l'année précédente de se décharger sur celui de l'année suivante. Mon évêque ferme les yeux : il faut bien que l'oeuvre de Dieu se fasse et, pour que le missionnaire vive dans ce pays malsain, il lui faut, au moins, le strict nécessaire. D'autre part, je n ai pas le pouvoir de faire quelque chose de rien.

    ***

    LA CHAPELLE ACTUELLE

    La chapelle actuelle, si on peut l'appeler de ce nom, est une salle de ma maison bâtie sur pilotis. L'autel est un échafaudage. La cloison de derrière l'autel est faite de bambous tressés, recouverts de papier à fleurs acheté à bon marché. Quelques gravures, clouées à la cloison, sont le plus bel ornement de cette chapelle. Le plancher est fait de bambous fendus et laisse des interstices permettant à l'air de circuler librement. Le toit est de paille. Derrière la cloison sont deux chambres : l'une abrite ma petite pharmacie et ma bibliothèque, l'autre est ma cellule.
    Cette chapelle a aussi servi d'école pendant plusieurs mois et... de dortoir pour les élèves.
    Je ne peux évidemment pas y conserver le Saint-Sacrement. C'est une grande privation pour moi. Je n'ose dire que c'est une privation pour nos chrétiens. Malgré les enseignements des missionnaires qui m'ont précédé, ils ignorent encore les richesses d'amour et les trésors de joie que l'on trouve dans l'Eucharistie; ce sont des nouveaux chrétiens. Nicodème ferait ici figure de vrai docteur en Israël et Philippe serait le premier pour le catéchisme : il savait du moins interroger, lui ! Mes ouailles, je les aime bien, mais qu'il est difficile de leur inculquer une idée vraiment chrétienne. J'ai fait une grosse dépense en vue d'éclairer leur entendement; j'ai acheté le catéchisme en images de la Bonne Presse. Cela leur parle aux yeux, certaines images du moins, car d'autres sont trop symboliques, ce n'est pas encore ce qu'il faut à nos Tâys. La gravure de l'enfer ! Pour eux, il n'y a rien de plus beau : le panorama de la terre, à la partie supérieure, avec le chemin de fer, que le très grand nombre n'a jamais vu, les bourgs, les montagnes, la plaine, les goélettes sur la mer bleue; les sept abîmes creusés dans le sol qui sont les sept péchés capitaux et les malheureux qui tombent dans la mer de soufre en fusion au milieu d'animaux réels ou fantastiques, tigres qu'ils connaissent bien, tortues géantes, serpents, hydres à plusieurs tètes, monstres à corps de cheval, tronc et tête d'hommes. Non : ils ne veulent pas aller là.
    Le ciel où l'on voit des gens à genoux ou assis sur des nuages, vierges et anges avec la harpe, martyrs avec les instruments de leur supplice ou la palme à la main, saints et saintes en prière, cette image ne leur dit rien : c'est trop tranquille, trop calme, tout cela ! On doit s'ennuyer là-haut malgré la Trinité Sainte que l'on contemple et que l'on adore. Cette image de la Trinité, elle m'a joué un vilain tour. Jusqu'ici mes chrétiens n'avaient guère vu de représentation de Dieu et ils comprenaient assez facilement que Dieu n'avait pas de corps. Maintenant, ils me répondent prés que tous que Dieu a un visage, un corps, des mains, des pieds. Résultat de l'enseignement par l'image. Ne riez pas, chers lecteurs. Vous ne sauriez croire combien toutes ces notions abstraites sont difficiles à concevoir pour ces intelligences peu ouvertes.

    ***

    LE PROJET

    Mon projet n'est pas de bâtir quelque chose qui ressemble, même de très loin, à une cathédrale. Le voudrais-je, aurais-je l'argent nécessaire, ce serait encore bien difficile, puisque ici il n'y a ni pierres à bâtir, ni ouvriers d'art. Mon plan est des plus modestes : je désirerais faire une salle longue de 12 mètres, large de 8, d'une hauteur de 5 mètres du plancher au faîtage, salle prolongée par une sacristie de 2 mètres de largeur, le tout, plancher, colonnes et murs en bois. J'ornerai l'intérieur de mon mieux, de tout ce que l'on voudra bien m'envoyer d'images pieuses ou de tentures : c'est tout.
    Je compte que la dépense s'élèvera au moins à 900 piastres, soit actuellement environ 10.000 francs, pour ce petit travail. Je dois, en effet, louer des ouvriers à 200 kilomètres d'ici, les payer largement pour qu'ils consentent à faire cette longue route et compenser les risques qu'ils courent, car plusieurs d'entre eux, peut-être, ne redescendront pas ; leur assurer le logement, le vivre, le couvert, ce qui, dans un pays où il n'existe aucune transaction commerciale régulière, n'est pas, je vous l'assure, une, petite affaire.
    Et ces dix mille francs, je me permets de les demander à la générosité des chrétiens de France. Mon Vicaire apostolique, Mgr Marcou, non seulement m'y autorise, mais il veut bien joindre sa prière à la mienne. Pourrait-il ne pas être exaucé ?

    VICARIAT APOSTOLIQUE
    DE

    PHAT-DIÊM (Tonkin)

    Le P. Varengue me demande de transmettre aux Annales des Missions Etrangères les pages ci-incluses avec un mot de recommandation. Je le fais bien volontiers.
    Des nouveaux chrétiens, perdus au milieu des païens, et qui ne voient le prêtre que de loin en loin quelques jours seulement, ne peuvent donner au missionnaire les consolations que donnent dans le Delta des néophytes soignés et choyés à discrétion. Aussi je vous prie de faire bon accueil à la requête du P. Varengue. C'est un missionnaire très méritant; d'autant plus méritant que son terrain d'apostolat est plus ingrat.
    J'ai la ferme espoir que la construction de cette église marquera une nouvelle poussée vers l’ouest qui, jusqu’ici, nous est presque fermée.

    Adresser les dons au P. JARICOT, Séminaire des Missions Etrangères, rue du Bac 128, Paris VIIe.

    1926/45-48
    45-48
    Vietnam
    1926
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