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Miao-Tse et Autres 3 (Suite)

YUN-NAN Miao-Tse et Autres PAR M. PAUL VIAL Missionnaire apostolique. (Suite1). CHAPITRE X Le kheng. La toupie. Le volant. Le serpent et sa queue. La balle. Dénicheurs et maraudeurs. J'ai dit que le Miao-tse est travailleur par nécessité et paresseux de nature, non en ce sens qu'il aime à ne rien faire, mais qu'il aime à ne faire que ce qu'il veut. L'esprit de continuité lui est antipathique et il le coupe très volontiers par quelques jeux.
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    YUN-NAN

    Miao-Tse et Autres

    PAR M. PAUL VIAL

    Missionnaire apostolique.

    (Suite1).

    CHAPITRE X

    Le kheng. La toupie. Le volant. Le serpent et sa queue. La balle. Dénicheurs et maraudeurs.

    J'ai dit que le Miao-tse est travailleur par nécessité et paresseux de nature, non en ce sens qu'il aime à ne rien faire, mais qu'il aime à ne faire que ce qu'il veut. L'esprit de continuité lui est antipathique et il le coupe très volontiers par quelques jeux.
    D'abord le kheng ou flûte de pan. Tout le monde connaît cet instrument qui est, dans nos pays, à l'usage exclusif des Miao-tse.
    C'est la cellule de l'orgue. Six bambous, de longueur et de diamètre différents (les plus longs ont le diamètre le plus court) sont réunis ensemble, d'après un certain ordre, et planté dans un morceau de bois, évidé dans un bout en forme de poire, et effilé à l'autre extrémité en forme d'embouchure. La poire est percée, sur chaque côté, de trois petits trous de flûte correspondant aux languettes de chacun des tubes.
    Chaque languette est à double son, comme celles de l'accordéon ; un son de respiration et un son d'aspiration.
    Les trous de flûte servent, non pas comme dans la flûte, à changer de ton, mais seulement à donner à l'air une sortie d'échappement ; en sorte qu'en bouchant un trou, on force l'air de passer par la languette pour la faire résonner, et, quand on l'ouvre, la languette reste immobile et silencieuse.

    1. Voir Annales de la Soc des M.-E, no 61, p. 15 ; no 62, p. 66.

    Cet instrument est on ne peut plus monotone et embarrassant.
    Monotone, car il n'a qu'une octave ; embarrassant, car il a la forme d'une équerre, le tube d'aspiration c'est-à-dire le soufflet formant un angle droit avec les tubes d'orgue.
    Le kheng est toujours accompagné de la danse, et c'est le même homme qui joue et qui danse. On comprendra facilement que d'avoir les deux mains tendues au bout d'un bâton ajusté à la bouche n'est pas fait pour faciliter les mouvements de cadence.
    De loin un Miao-tse qui danse ressemble à maître Martin armé d'un bâton.
    Et cependant il y a des virtuoses. Non seulement ils dansent mais ils se roulent par terre, ils font la culbute ; ils se tiennent sur la tête, en gigotant des pieds, et toujours en jouant du kheng.
    Les enfants jouent à la toupie et au volant. La toupie ressemble à la nôtre, avec cette différence qu'elle a une pointe en bois et pas de queue. On entoure la corde comme chez nous, (mais sans point d'appui puisqu'il n'y a pas de queute). On lance l'instrument horizontalement avec un mouvement de bas en haut, et en tenant la toupie la pointe en bas.
    Le jeu consiste à frapper la toupie de l'adversaire par côté et non par-dessus, comme chez nous.
    Le volant est tout simplement composé de plumes de poules liées ensemble et retenues par la base à quelques sapèques qui forment le côté le plus lourd.
    La raquette est un morceau de bois quelconque. On lance le volant d'un camp à un autre. Celui qui manque son coup est poursuivi par son adversaire, qui l'atteint (c'est de règle) et lui frictionne les oreilles.
    J'ajouterai que garçons et filles s'amusent ensemble.
    Il y a le jeu du serpent qui défend sa queue.
    Les enfants (garçons et filles) se placent en monôme, les uns derrière les autres en se tenant par la ceinture. Un enfant, resté seul en dehors, poursuit la queue défendue par la tête, et la queue elle-même se plie et se replie selon le mouvement de la tête.
    Si l'ennemi peut atteindre la queue, alors la tête se met à la queue, et l'ennemi Prend la place de la tête, si au contraire, la tète atteint l'ennemi, l'ennemi se met à la queue, et la tète devient l'ennemi.
    Ce dernier jeu est purement miao-tse.
    Le jeu du volant est commun aux Lolos et aux Chinois sauf la friction des oreilles qui est miao-tse.
    Le jeu de la toupie est commun aux trois races.
    Il y a encore le jeu de la balle également commun aux trois races.
    On forme un groupe circulaire en nombre pair 4, 6, 8 etc.
    Chacun, d'un mouvement brusque, étend une main vers le centre, en sifflant. En étendant la main, chacun présente les doigts allongés en nombre pair ou impair. Chaque nombre forme un camp.
    La balle est lancée fortement contre terre ; elle rebondit, librement et retombe. Cependant, le joueur fait un tour sur lui-même, et rattrape la balle à son deuxième bond, pour la faire bondir de nouveau et ainsi de suite.
    Quand un joueur a atteint le nombre convenu, on s'arrête. Chacun à son tour prend la balle, la lance contre terre, mais au lieu de la reprendre avec la main, il la lance avec le pied dans toutes les directions possibles où le vaincu va la chercher. Chaque vainqueur a droit de donner autant de coups de pieds qu'il a de points en sus de ceux du vaincu.
    Les Miao-tse sont des dénicheurs et des maraudeurs émérites ; tout ce qui vole, marche ou rampe est leur proie ; et quand la faim les presse, tout ce qui est domestique passe dans la catégorie sauvage ; mes poules en savent quelque chose. Ma chatte elle-même a connu la marmite miao-tse.
    Dénicheur n'est encore rien, mais le Miao-tse est en plus un maraudeur d'une incontestable habileté.
    Parfois en visitant le village je n'apercevais plus que des filles.
    Où est ton père ?
    A la chasse.
    C'était la réponse invariable. Et quelques jours après on revenait avec un cheval, un buf, un buffle. Interrogez-les sur cette fortune subite ; c'est toujours ou le prêt d'un parent, ou un achat fait pour un tiers ; et quelques jours après, buffle, boeufs, chevaux avaient disparu.
    Et l'on noçait pendant quelques jours.
    Je les grondais, je les menaçais, je les punissais ; ils se soumettaient toujours, ils demandaient pardon.
    Pendant quelques jours ils coupaient du bois ou sarclaient leurs rizières, et puis recommençaient.
    Tant de simplicité, et tant d'inconscience ! Tant de gaieté et tant de misères ! Tant de soumission et tant d'audace ! Tant de bonne volonté et tant d'espièglerie !
    J'ai tout fait pour les rendre heureux ; mais, pour parquer ces moutons, il aurait fallu pouvoir leur fermer toute issue, et ne laisser ouverte que la porte qui menait aux pâturages.
    Il aurait fallu que ces pauvres enfants ne connussent rien au-delà de leur horizon, et que nul souvenir d'en bas ne vint les distraire de la marche en haut.
    Un jour, en février 1906, j'apprends que deux familles avaient subitement disparu pendant la nuit.
    Il était inutile de les poursuivre, elles auraient recommencé, mais j'entrevis dès lors la fin de mes Miaot-se.
    Car quel moyen avais-je d'arrêter cette exode ? Aucun.
    Le soir tout le monde venait chez-moi ! Les filles pour broder à la lampe, les hommes pour converser, les garçons pour s'amuser. On priait, on écoutait l'instruction, et l'on s'en retournait.
    Le lendemain j'apprenais qu'une maison était vide.
    Un dernier événement vint précipiter la crise.
    Il restait cinq familles. Quatre d'entre elles profitent de mon absence pour faire une rafle de trois chevaux et se préparent à s'enfuir. On les découvrit à temps ; on les laissa partir, mais les chevaux furent rendus à leurs propriétaires.
    C'était fini et mon rêve était évanoui.
    Est-ce bien sûr ? Certainement ce que je désirais, je ne l'ai pas atteint, mais la graine de vérité que j'ai semée, au lieu de pousser chez moi, ira germer ailleurs ; et même dès maintenant si quelque missionnaire allait s'installer chez eux, je suis persuadé que toutes les portes comme tous les coeurs s'ouvriraient à lui.
    Depuis lors, mes premiers nés, les Gnipa, sont venus s'installer au lieu et place de mes Benjamins.


    CHAPITRE XI

    La langue. Pauline Yang. Petite grammaire de la langue Miao-tse.
    Lexique français-miao-tse.

    Me voici arrivé à la fin de mon récit, et je n'ai pas encore dit un mot de la langue miao-tse. Ce n'est pas oubli, mais défiance de moi. Je n'ai jamais eu l'intention pratique d'apprendre cette langue, parce que je n'avais pas à la parler.
    Ce que je sais je le tiens d'abord de mon confrère, le P. Kircher, et ensuite d'une étude personnelle assez mince et trop discontinuée ; mais j'ai eu la chance de rencontrer une interprète.
    C'est une jeune chinoise qui, avec l'assentiment de ses parents, s'est mise à mon service. Elle avait vécu au milieu des Lolos, et, dans cette ambiance, elle avait appris à se conduire avec plus de liberté, de naturel et de bonhomie que ses compagnes restées en pays chinois.
    Elle sait si bien le Lolo que tous, grands et petits, viennent à elle comme à une soeur, bien qu'elle n'ait que vingt-quatre ans.
    Or, par une circonstance providentielle, et bien avant l'arrivée des Miao-tse chez moi, elle avait eu l'occasion de passer quelque temps auprès du P. Kircher à Lotokée ; et ce temps lui a suffi pour apprendre et parler assez bien la langue des chrétiens du Père, c'est-à-dire des Miao-tse. Elle s'appelle Pauline Yang.
    En outre il me reste une famille Miao-tse.
    Maintenant que j'ai expliqué mes auteurs j'entre dans mon sujet en commençant par un précis de grammaire, et en finissant par un petit lexique de la langue Miao-tse1.

    1. Aucun voyageur, aucun missionnaire n'avait jusqu'à ce jour publié un travail de ce genre. Grâce à la générosité d'une de nos associées, à laquelle, croyons nous le P. Vial ne s'adressa jamais en vain, nous avons pu reproduire le manuscrit du missionnaire. Nous voulons espérer que nos lecteurs nous excuseront de leur donner les rudiments d'une langue que, sans doute, ils ne parleront jamais, mais il était bon que la première étude publiée sur la langue miao-tse parut dans nos Annales. Le fait aidera à prouver, une fois de plus, que la science a quelque chose à gagner en fréquentant les missionnaires.
    1908/150-169
    150-169
    Chine
    1908
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