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Mgr François Pallu : Principal fondateur de la Société des Missions Etrangères de Paris

ANNALES DE LA SOCIETE DES MISSIONS ETRANGERES XXXVI Année. – N° 219 SEPTEMBRE OCTOBRE 1934 SOMMAIRE Mgr François Pallu, fondateur de la Société des M.- E...... 194 La Léproserie de Mosimien......... 201 Roulotte apostolique.... ...... 207 Gallophobie........... 211 Journal d'un Missionnaire de l'Inde......... 212 Le Cocher des Petites Sœurs des Pauvres........ 218 Incidents de la Vie apostolique......... 220
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    ANNALES
    DE LA

    SOCIETE DES MISSIONS ETRANGERES

    XXXVI Année. – N° 219 SEPTEMBRE OCTOBRE 1934

    SOMMAIRE

    Mgr François Pallu, fondateur de la Société des M.- E. . . . . . 194
    La Léproserie de Mosimien . . . . . . . . . 201
    Roulotte apostolique . . . . . . . . . . 207
    Gallophobie . . . . . . . . . . . 211
    Journal d'un Missionnaire de l'Inde. . . . . . . . . 212
    Le Cocher des Petites Sœurs des Pauvres. . . . . . . . 218
    Incidents de la Vie apostolique. . . . . . . . . 220
    Ephémérides . . . . . . . . . . . 222
    Un Aspirant missionnaire. M. Mortagne . . . . . . . 225
    Echos de nos Missions. . . . . . . . . . 231
    Nécrologe. . . . . . . . . . . . 239

    ŒUVRE DES PARTANTS

    Ouvroirs de Limoges et de Cannes. . . . . . . . . 240
    Cotisations perpétuelles. . . . . . . . . . 240
    Recommandations. . . . . . . . . . . 240
    Nos Défunts. . . . . . . . . . . . 240

    Mgr François Pallu

    Principal fondateur de la Société des Missions Etrangères de Paris

    Le 29 octobre 1 684, — il y a 250 ans, — mourait à Moyang, dans la province du Fukien, en Chine, Mgr François Pallu, évêque d'Héliopolis, vicaire apostolique du Fukien et administrateur général des missions de Chine. Regardé à bon droit comme le principal fondateur de notre Société des M.-E., il mérite assurément, en ce 250e anniversaire, une mention parti culière dans les Annales.
    Né en 1626 à Tours, François Pallu fut nommé, encore jeune, chanoine de la collégiale de Saint-Martin. Venu à Paris pour y faire ses études théologiques, il s'agrégea à une de ces Congrégation de la Sainte Vierge, dont les membres les plus fervents se réunissaient en des «assemblées » désignées sous le nom d'Aa (probablement abréviation d'Association amicrum). Le P. Bagot, S. J., directeur de l'Aa de Paris, présenta un jour à ses associés un de ses confrères, le P. de Rhodes, qui, après vingt années de mission en Indochine, était revenu en Europe dans l'espoir d'y susciter des vocations de missionnaires pour travailler non seulement à l'évangélisation des païens, mais surtout à la formation de prêtres indigènes. Les récits apostoliques du zélé missionnaire enflammèrent ses jeunes auditeurs, parmi lesquels plusieurs décidèrent de consacrer leur vie à une oeuvre si essentiellement catholique.
    François Pallu fut un des premiers à s'offrir pour ce lointain apostolat. Dès 1653, avec le concours de quelques amis, particulièrement de Pierre Lambert de la Motte et de Vincent de Meur, il commençait à Rome des démarches pour obtenir la nomination d'évêques en Extrême-Orient. Après de longs pourparlers et des alternatives d'espoir et de déception, il réussit enfin et, contre son attente, fut nommé lui-même évêque d'Héliopolis et vicaire apostolique du Tonkin, tandis que son ami Lambert de la Motte devenait évêque de Bérythe et vicaire apostolique de la Cochinchine (1658). Quant à Vincent de Meur, il demeurerait en France et serait chargé, avec quelques collaborateurs, de procurer aux missions le personnel et les ressources qui leur seraient nécessaires. Il devint ainsi le premier
    Supérieur du « Séminaire pour la conversion des infidèles dans les pays étrangers », qui, en 1663, fut installé à l'angle de la rue du Bac et de la rue de Babylone, là où il est encore aujourd'hui.
    Mgr Lambert de la Motte avait quitté Paris le 18 juin 1660 avec deux missionnaires, les PP. de Bourges et Deydier, et, par l'Egypte, la Perse et l'Inde, était arrivé à Juthia, capitale du Siam, le 22 août 1662, après un voyage de deux ans.
    Mgr Ignace Cotolendi, nommé en 1660 évêque de Métellopolis et Vicaire apostolique de Nankin, entreprit le même voyage l'année suivante, mais il n'en put supporter les fatigues : il mourut dans l'Inde et ne vit jamais la mission à laquelle il était destiné.
    Mgr Pallu, à son tour, s'embarquait à Marseille le 2 janvier 1662, avec 7 prêtres et 2 laïques ; mais, sur ce nombre, 5 prêtres mourure le voyage et un des auxiliaires laïques abandonna à Tauris la bande apostolique, et, l'arrivée à Juthia, le 27 janvier 1664, l'évêque n'avait plus avec lui que deux missionnaires, les PP. Laneau et Brindeau, et un auxiliaire, M. de Chameson.
    A Juthia, Mgr Pallu retrouvait Mgr Lambert de la Motte : avec lui il s'emploie aussitôt à l'organisation des oeuvres qu'il juge nécessaires création d'un séminaire où sera formé le clergé indigène des missions, d'une procure qui s'occupera de la destination des missionnaires et des ressources à leur envoyer. Tout en travaillant à ces fondations, l'évêque s'informe des moyens de pénétrer dans son vicariat du Tonkin, mais il apprend que la persécution y sévit et doit renoncer, au moins temporairement, à s'y rendre.
    Au Siam, on comptait alors environ 2.000 chrétiens, de toutes nationalités : européens, chinois, indochinois, japonais, etc.
    Onze prêtres portugais s'occupaient de leurs compatriotes, mais négligeaient à peu près complètement les autres. De plus, ils refusaient de se soumettre à l'autorité des Vicaires apostoliques, les traitant d'imposteurs et d'intrus, parce qu'ils n'avaient pas été autorisés par le roi du Portugal à exercer leur ministère dans des contrées qu'il prétendait soumises à son protectorat, et parce qu'ils se déclaraient exempts de la juridiction de l'!archevêque de Goa. La situation devenant de jour en jour plus difficile, Mgr Pallu jugea que, pour vaincre l'opposition qui leur était faite, les vicaires apostoliques avaient besoin de pouvoirs plus étendus que ceux qui leur étaient accordés, et, pour les obtenir et mettre Rome au courant d'un tel état de choses, il n'hésita pas à reprendre le chemin de l'Europe.
    Au commencement de 1665, un an seulement après son arrivée, il quittait Juthia : il lui fallut 27 mois de voyage pour gagner Rome. Là, il adressa à la Propagande plusieurs mémoires pour obtenir l'amplification des facultés concédées aux vicaires apostoliques, l'extension de leur juridiction sur le royaume du Siam, etc.
    A la fin de cette même année 1667, il est à Paris et présente des mémoires au roi Louis XIV et aux directeurs de la Compagnie des Indes pour la fondation de comptoirs français en Extrême-Orient. Pendant ce temps, ses demandes sont examinées à Rome et résolues selon ses désirs. En France, il fait des tournées de propagande en faveur des missions ; puis, rien ne le retenant plus en Europe. il s'embarque une seconde fois pour le Tonkin, le 11 avril 1670, emmenant avec lui 9 missionnaires, 6 prêtres et 3 auxiliaires laïques : un des prêtres mourut à Fort Dauphin (Madagascar) ; les 3 laïques devaient quitter la mission au bout de peu de temps.
    Le 27 mai 1673, après un voyage de 3 années, Mgr Pallu est de retour à Juthia. Au mois d'octobre suivant, il est reçu en audience solennelle par le roi du Siam, Phra-Narai, et lui présente des lettres du Pape Clément IX et du roi Louis XIV : le souverain lui témoigna une grande bienveillance et accorda aux missionnaires toute liberté de prêcher le catholicisme dans ses états.
    Le Siam étant devenu mission autonome, confiée à la Société des Missions Etrangères, M. Laneau, depuis dix ans en mission, fut choisi pour vicaire apostolique et sacré à Juthia en la fête de Pâques, 25 mars 1674. Siam pourvu d'un chef, les deux premiers vicaires apostoliques allaient pouvoir s'occuper plus activement de leur propre vicariat : Mgr Lambert de la Motte de la Cochinchine, Mgr Pallu du Tonkin.
    Le 21 août 1674, l'évêque d'Héliopolis s'embarquait pour sa mission, qu'il espérait atteindre sans retard. Il n'était pas loin d'y arriver, lorsqu'une tempête effroyable entraîna le bateau dans la direction de l'est ; ce n'est qu'à grande peine qu'il échappa au naufrage et vint aborder, tout désemparé, dans le port de Manille, le 19 octobre.
    Bien que la guerre ne fût pas encore déclarée alors entre l'Espagne et la France, — elle ne devait l'être que six mois plus tard, — l'Espagne avait déjà pris parti pour la Hollande ; aussi l'arrivée inattendue d'un évêque français aux Philippines jeta-t-elle les autorités locales dans le plus grand embarras. N'était-il pas chargé par le roi de France de reconnaître ces îles et peut-être d'en préparer la conquête ? Mgr Pallu rédigea un mémoire pour expliquer les causes bien involontaires de sa venue dans l'île, demandant à être conduit directement au Tonkin, mais il ne réussit pas à dissiper les soupçons qu'avait fait naître son arrivée ; gardé à vue pendant plus de six mois, il fut informé que l'affaire était remise au Conseil des Indes, siégeant à Madrid : on l'y conduirait et il pourrait lui-même défendre sa cause.
    Le 1er juin 1675, veille de la Pentecôte, l'évêque partait donc pour l'Europe par la voie du Mexique, où il arrivait au commencement de 1676. Il y passa cinq mois et reprit la mer au mois de juin ; le 21 novembre, il débarquait à Cadix : deux mois plus tard il était à Madrid, où, grâce à la clarté de ses mémoires, il sortit complètement innocenté de cette trop longue affaire. Le 8 avril 1677 il partait pour la France, où il arrivait bientôt, achevant le tour du monde qu'il avait commencé, sans le savoir, sept ans plus tôt, lorsque, le 11 avril 1 670, il s'était embarqué pour son second voyage missionnaire. Il est, a-t-on remarqué, le premier voyageur qui ait fait le tour du monde en allant toujours vers l'Orient.
    Il ne fit cependant que traverser le midi de la France pour se rendre au plus vite à Rome. Contre son attente, il devait y rester trois ans, tant étaient nombreuses et importantes les questions, toutes relatives aux missions, qu'il désirait voir résolues par l'autorité du Souverain Pontife et de la Congrégation de la Propagande. Il obtint ainsi des décrets pour l'organisation des Eglises d'Extrême-Orient, l'augmentation du nombre des vicaires apostoliques, des indulgences et autres concessions. Sur sa demande, saint Joseph fut constitué Patron des Missions de la Société des Missions Etrangères.
    Vers la fin de son séjour à Rome, Mgr Pallu fut déchargé du vicariat du Tonkin et nommé Administrateur général des Missions de Chine, et plus particulièrement vicaire apostolique du Fukien : il n'eut plus dès lors de plus ardent désir que de gagner au plus tôt le nouveau champ d'apostolat qui lui était assigné.
    Après quelques mois passés à Paris, il s'embarquait pour la troisième fois à Port-Louis le 25 mars 1681. Il emmenait avec lui dix nouveaux missionnaires, dont l'un était le fils d'Hugues de Lionne, alors ambassadeur à Rome, puis ministre des Affaires Etrangères de Louis XIV. Cette fois, le voyage fut moins long : il ne demanda que 15 mois ; le 4 juillet 1 68 2, le groupe apostolique arrivait au Siam.
    Mgr Pallu passa encore une année à Juthia pour y promulguer les décisions de Rome et veiller à leur application, puis il partit pour la Chine avec le P. Maigrot, le futur évêque de Conon. C'était le temps des derniers combats entre la dynastie des Tsin, maîtresse de Pékin et de la plus grande partie de la Chine, et les partisans de la dynastie vaincue des Ming, qui, après avoir chassé les Hollandais de Formose, s'étaient établis dans l'île depuis 20 ans, mais leur résistance touchait à sa fin.
    Le bateau qui portait Mgr Pallu fut arrêté dans les parages de Formose et l'évêque fut retenu prisonnier durant plusieurs mois avant d'être autorisé à passer sur le continent ; ce n'est qu'au mois de janvier 1684 qu'il put enfin aborder à Amoy dans la province de Fu-kien, dont il était le vicaire apostolique. Il se fixa d'abord à Tchangtcheou, où bientôt il ressentit les atteintes de la maladie dont il devait mourir. Il se retire alors à Moyang, et, sentant sa fin prochaine, prend les dispositions que lui conseille la prudence. Il donne au P. Maigrot les pouvoirs de provicaire ; il écrit à Louis XIV pour lui recommander les missions, à Mgr Laneau pour lui donner ses dernières instructions, aux directeurs du Séminaire pour les encourager au zèle et à la charité.
    Le dimanche 29 octobre, « il trépassa », écrit le P. Maigrot, qui l'avait assisté, « avec une paix et une tranquillité qui nous donne tout sujet de croire qu'il est mort de la mort des justes et qu'il nous sert à présent de patron auprès de Dieu ». Il fut inhumé sur une colline voisine de Moyang, où ses restes reposèrent jusqu'en 1912 ; à cette époque, ils furent exhumés et transportés à Hongkong, dans la crypte de la chapelle de la Maison de Nazareth.
    Ainsi, dit son historien, « les missionnaires des Missions Etrangères, constitués les gardiens de ces reliques sacrées, peuvent plus aisément se souvenir de celui qui a été non seulement leur principal fondateur, le premier Vicaire apostolique d'Extrême Orient, le premier Administrateur général des missions de la Chine, mais encore et surtout un homme incarnant en lui, à un degré héroïque, les vertus des missionnaires : l'oubli de soi et le dévouement à l'expansion de l'Eglise ».

    1934/193-200
    193-200
    France
    1934
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