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Mgr de Guebriant : Les derniers jours, la mort, les funérailles

Mgr de Guebriant : Les derniers jours, la mort, les funérailles
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    Mgr de Guebriant :
    Les derniers jours, la mort, les funérailles

    La Société des Missions Etrangères est dans le deuil. Son Supérieur Général, Mgr de Guébriant a rendu son âme à Dieu le Mercredi des Cendres, 6 Mars, à 3 heures de l'après-midi. Les exigences de l'impression ne nous ont permis, dans notre dernier numéro, que d'annoncer la triste nouvelle. Aujourd'hui nous donnerons quelques détails sur les derniers jours, la mort et les funérailles du très regretté défunt. Une brochure est sous presse, qui résumera les cinquante années de l'activité missionnaire de celui qui fut un apôtre infatigable, un vaillant évêque et un grand Français.

    ***

    Monseigneur le Supérieur se sentait, depuis plusieurs semaines, fatigué par une sorte de grippe qu'il ne soigna pas suffisamment ; il ne voulut non plus se soustraire à aucun des engagements qu'il avait acceptés ou qu'il s'était imposé lui-même ; retraite au Sanatorium de Montbeton, conférences à Perpignan, à Angers, à Beaupréau, à Rennes ; voyage à Combourg, au chevet de son parent, Mgr de Durfort, gravement malade. A peine de retour à Paris il apprenait la mort du prélat. Malgré sa lassitude, il se fit un devoir d'aller assister à ses obsèques à l'Abbaye de Langonnet ; mais, lorsqu'il en revint, dans la nuit du 4 au 5 mars, il était à bout de forces.
    Le mardi 5, Son Excellence dut se résigner à un repos complet et renoncer même, à son grand regret, à célébrer la Sainte Messe. La journée fut calme, sans grande souffrance, semble t il ; par précaution cependant, un infirmier fut retenu pour le veiller pendant la nuit. Vers minuit une forte hémorragie se produisit soudainement, qui laissa le malade tellement affaibli que, se sentant mourir, il demanda l'extrême-onction, qui lui fut administrée par le P. Robert et qu'il reçut avec une admirable sérénité. A 2 heures, nouvelle hémorragie, suivie d'une troisième à l'aube du jour. Vers 7 heures et demie du matin, le P. Robert apporta au malade le saint Viatique. Une consultation entre les docteur Hallé et Courcoux ne put que confirmer l'état désespéré causé par les abondantes pertes de sang ; l'issue fatale était imminente. Le malade s'attendait à ce verdict ; il l'accueillit avec une résignation presque joyeuse.
    La nouvelle de la maladie s'étant peu à peu répandue, les visites ne tardèrent pas à arriver: S. Em. Le Cardinal Verdier, S. Exe. Le Nonce, NN. SS. Boucher, Olichon, Mério, vinrent successivement apporter au mourant une dernière marque de sympathie.
    En dépit de sa faiblesse, Mgr le Supérieur manifeste le désir de revoir tous les aspirants, qu'il aimait d'une affection si paternelle, si touchante. On hésita à lui accorder cette satisfaction à cause de la fatigue qui pourrait en résulter pour lui, mais le docteur, consulté, ayant conseillé d'accéder à sa demande, le long défilé eut lieu et chaque séminariste, s'agenouillant et déclinant son nom, reçut une suprême bénédiction avec un sourire péniblement esquissé.
    La famille arriva à son tour et demeura jusqu'à la fin au chevet du cher malade.
    L'agonie commença vers midi, douce et paraissant sans grande souffrance. A 2 heures, un télégramme du Cardinal Pacelli apporta au mourant la bénédiction du Saint-Père. Le P. Robert lui lut à haute voix le télégramme, mais le malade n'avait plus la force de manifester la joie qu'il dut en éprouver.
    Un peu avant 3 heures, le Nonce vint une seconde fois et se trouva là pour assister aux derniers moments : à 3 heures 2 minutes, Monseigneur s'éteignait doucement, et Mgr Maglione, d'une voix étouffée par l'émotion, récita l'adieu suprême de la liturgie : Subvenite, sancti Dei... C'était le Mercredi des Cendres : quel commentaire saisissant du Memento homo, quia pulvis es et in pulverem reverteris de la cérémonie du matin !
    Après avoir été revêtu des ornements pontificaux, le corps fut descendu dans la salle du Conseil, transformée en chapelle ardente.
    Son Eminence le Cardinal Verdier fit savoir qu'il désirait que les funérailles fussent célébrées dans la basilique de Notre Dame et qu'il présiderait lui-même la cérémonie. « L'éminente personnalité de Mgr de Guébriant, écrivit-il, l'oeuvre si apostolique et si française qu'il dirigeait depuis de longues années, les services personnels et de tout premier ordre qu'il a rendus à l'Eglise et à la France, demandent qu'un suprême et solennel hommage soit rendu à sa mémoire au nom du diocèse de Paris et de la France catholique tout entière ». On ne pouvait que s'incliner avec gratitude devant une si haute marque d'estime et de sympathie, et la cérémonie fut fixée au samedi 9 mars à 10 heures.
    Durant les cieux jours qui précédèrent les obsèques, nombreuse fut l'affluence des visiteurs qui, de tous les rangs de la société, vinrent apporter au défunt un dernier témoignage de respectueuse sympathie avec une prière pour le repos de son âme.
    La mise en bière eut lieu le vendredi 8, à 10 heures, en présence des membres de l'Administration Centrale et de la famille ; puis, dans l'après-midi, le corps fut transporté à la chapelle et l'Office des Morts fut chanté par la communauté.
    Le lendemain matin, la levée du corps fut faite au départ par M. le Chanoine Chevrot, curer de Saint François Xavier, et, à l'entrée de Notre Dame par M. le Chanoine Pautonnier. Après quoi le cercueil, porté au transept, fut placé sur un haut catafalque portant la devise du prélat défunt : Vince in bono, et sur lequel étaient posés les insignes épiscopaux.
    La grand'messe pontificale fut célébrée par S. Em. Le Cardinal Archevêque, qui donna aussi l'absoute. Les chants furent exécutés par les aspirants missionnaires et par la Maîtrise de Notre-Dame.
    Le deuil était conduit, d'un côté, par le P. Robert et les membres de l'Administration Centrale ; Mgr Despatures, évêque de Mysore, alors en France, représentait les Vicaires apostoliques et les missionnaires de l'Extrême-Orient. De l'autre côté, de nombreux membres des familles de Guébriant, de Montrichard, de Rolland Dalon, Costa de Beauregard, de Bagneux, de Domecy, de Las Cases, de Grammont, de Durfort, etc.
    Dans le choeur de la basilique, avec S. Exc. le Nonce et Mgr Boucher, délégué par la S. C. de la Propagande, avaient pris place plus de vingt évêques, plusieurs prélats. Dans l'assistance, les représentants du Président du Conseil, des Ministres des Affaires Etrangères et des Colonies ; de nombreux membres du clergé de Paris, des délégués des congrégations religieuses, des notabilités militaires et civiles, enfin une foule recueillie, silencieuse, qui remplit presque en entier la grande nef de la cathédrale.
    Après l'absoute, le corps fut transporté dans la chapelle Saint-Martin, où reposa jadis et jusqu'à la Révolution son ancêtre le Maréchal de Guébriant : il y demeurera jusqu'à l'inhumation qui, selon la volonté du défunt, aura lieu le 13 mai à Saint-Pol-de-Léon.
    La mort de notre vénéré Supérieur fit affluer au Séminaire un grand nombre de lettres et de télégrammes : nous ne citerons que les deux suivants.
    « Sa Sainteté ayant appris avec une vive douleur la nouvelle de la mort de Mgr de Guébriant, charge Votre Excellence (le Nonce) d'exprimer ses augustes condoléances à la Société des Missions Etrangères tout entière, à laquelle il envoie comme réconfort sa Bénédiction apostolique ».
    Cardinal PACELLI.

    « La perte prématurée de Mgr de Guébriant, qui a beaucoup mérité du Saint Siège et de la civilisation chrétienne, met en deuil non seulement la Société sagement dirigée par lui, mais aussi cette S. Congrégation et toutes les Missions. Assurant prières, vous présentons sincères condoléances ».
    Cardinal FUMASONI-BIONDI, Préfet.
    SALOTTI, Secrétaire.

    Dans son deuil douloureux la Société des M.-E. Doit cependant être heureuse et fière des nombreux témoignages de reconnaissance et d'admiration qui ont été donnés à son vénéré Supérieur général, et elle peut faire sienne une parole de S. Em. Le Cardinal Verdier : « On ne pouvait vraiment souhaiter à sa belle et longue vie une plus digne fin ! »

    Le T. R. Père Léon Robert
    Supérieur général de la Société des Missions Étrangères de Paris

    Conformément au Règlement de la Société, dont l'article 53 est ainsi conçu : « Si le Supérieur vient à faire défaut, par décès ou autre cause, pendant la durée de son mandat, le premier Assistant le remplace jusqu'à la prochaine Assemblée générale », le P. Robert a recueilli la succession du vénéré Mgr de Cuébriant et est devenu Supérieur général de la Société des Missions Etrangères.
    Pour ceux de nos lecteurs qui les ignoreraient, nous donnons ici quelques détails sur le nouveau Supérieur.

    ***

    Léon Robert naquit à Villers-sur-Saulnot (Haute-Saône), le 24 mars 1866. Ses études secondaires terminées à la Maîtrise de la Cathédrale de Besançon, il entrait en 1884 au Séminaire des Missions Etrangères, où il avait été précédé, 12 ans auparavant, par son frère Achille, qui, destiné à la Corée, devait y exercer durant 45 ans un laborieux ministère. Ordonné prêtre le 22 septembre 1888, le P. Léon Robert fut agrégé au service des procures. Cette destination ne répondait pas, sans doute, aux désirs apostoliques du jeune missionnaire, qui avait bien, lui aussi, rêvé de chevauchées dans la brousse ; mais il s'inclina devant la volonté de ses Supérieurs et l'avenir prouva que ce choix avait été dicté par la Providence.
    Après quelques semaines passées à la Procure générale de Hongkong, le P. Robert fut nommé aide procureur à Shanghai, puis, en 1891, procureur en cette même ville. Les anciens missionnaires de Chine pourraient rendre témoignage des services qu'il leur rendit, de la régularité avec laquelle il s'acquittait de leurs commissions et expédiait les envois qui leur étaient destinés, de la cordiale hospitalité qu'il leur accordait et des délicates attentions qu'il avait pour eux, surtout en cas de maladie ou de simple fatigue.
    Le P. Robert avait connu au Séminaire le P. de Guébriant, parti trois ans avant lui pour la Chine. Devenu procureur, il eut à échanger avec lui une correspondance qui, des commissions à faire et à expédier, s'éleva bientôt à des sujets plus élevés relatifs surtout aux Missions de l'Extrême-Orient et plus particulièrement de la Chine, questions sur lesquelles les deux correspondants se trouvèrent en pleine concordance de vues. De là résulta une confiance réciproque, une sorte d'intimité que l'avenir rendit plus étroite. En 1899, ils firent ensemble un voyage au Japon. Ils devaient se retrouver plus tard.
    En dehors des services que, comme procureur, il rendait aux missionnaires, et c'était là l'objet principal de son activité, le P. Robert, nommé membre du Conseil d'Administration de la Concession française de Shanghai, joua un rôle important dans les questions relatives à l'extension de la Concession, à l'établissement du service des eaux, des tramways, etc. Il collabora à la fondation du journal « l'Echo de Chine » pour la défense des intérêts français. Aussi la municipalité a-t-elle donne à l'une des grandes artères de la Concession agrandie le nom d'« Avenue du Père Robert ».
    En 1963, le P. Robert était nommé Procureur général à Hongkong. Là, il continua de rendre aux Missions de la Société les services que comportaient ses importantes fonctions. Il bâtit une nouvelle procure, plus rapprochée du port et d'un accès plus facile ; il transporte sur un terrain plus vaste et plus salubre les établissements des Soeurs de Saint-Paul de Chartres et renouvelle l'installation de leurs écoles, de leur orphelinat, surtout de leur hôpital, et laisse ces oeuvres si bien organisées qu'elles peuvent rivaliser avec les meilleures que l'on puisse trouver en Extrême-Orient. Il entretient des rapports empreints de cordialité avec les autorités anglaises, qui ne lui ménagent pas les marques d'estime et de confiance pour sa coopération aux oeuvres sociales de la Colonie.
    En 1920, le P. Robert prit part, à Rome, à la réunion de 8 évêques et 4 missionnaires qui, sous la présidence de Mgr de Guébriant, devait préparer les travaux de l'Assemblée générale des Supérieurs de la Société, convoquée pour l'année suivante. Cette Assemblée se tint à Hongkong et, à sa dernière séance, nomma Supérieur général Mgr de Guébriant, premier Assistant le P. Robert, deuxième Assistant le P. Delmas, jusque là Supérieur du Séminaire des Missions Etrangères.
    Cette élection appelait le P. Robert à Paris, où il se rendit après avoir réglé toutes les affaires de la Procure générale. Devenu le premier collaborateur de Mgr de Guébriant, il fut délégué par lui, en 1923, pour la visite de la Mission du Siam et, en 1927-28, pour celle de quelques Missions de la Chine et de l'Inde.
    L'Assemblée générale de 1930 réélut le Supérieur et ses deux Assistants (le P. Boulanger ayant succédé au P. Delmas, mort en 1922), pour une nouvelle période de 10 ans. Au milieu de ce cycle, Dieu a rappelé à Lui le vénérer Supérieur, mais nous avons pleine confiance qu'Elisée a héritée du manteau d'Elie et continuera dignement l'oeuvre de son inoubliable prédécesseur.

    1935/98-105
    98-105
    France
    1935
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