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Meurtre dun missionnaire en Mandchourie

Meurtre dun missionnaire en Mandchourie La terrible guerre russo-japonaise a, par un contrecoup, hélas! Trop prévu, facilité le retour de ces bandes de brigands qui ont semé, il y a quatre ans, la ruine et la mort dans la Mandchourie Méridionale. M. Trécul, un des plus jeunes missionnaires de ce Vicariat, vient d'être victime de ces forcenés. C'est la mort au champ d'honneur, car il est tombé en défendant la vie d'un de ses néophytes. LETTRE DE M. CHRISTOPHE MONNIER Provicaire apostolique.
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    Meurtre dun missionnaire en Mandchourie

    La terrible guerre russo-japonaise a, par un contrecoup, hélas! Trop prévu, facilité le retour de ces bandes de brigands qui ont semé, il y a quatre ans, la ruine et la mort dans la Mandchourie Méridionale. M. Trécul, un des plus jeunes missionnaires de ce Vicariat, vient d'être victime de ces forcenés. C'est la mort au champ d'honneur, car il est tombé en défendant la vie d'un de ses néophytes.

    LETTRE DE M. CHRISTOPHE MONNIER

    Provicaire apostolique.

    Kouang-tcheng-tsé, le 20 octobre 1904.

    Tout récemment encore, nous nous disions les uns aux autres : « En vérité, c'est un miracle que, par ce temps de guerre et de pillages, nous soyons restés si tranquilles et que nous ayons si peu soufferts ». Mais voila que nous avons à pleurer, aujourdhui, la perte d'un confrère, tombé sous les balles des brigands!

    JANVIER FEVRIER 1905. N° 43

    M. Ernest Trécul a eu l'honneur d'être la première victime choisie par Dieu dans nos rangs. Il est mort à son poste de Tatsing-chan, le 16 octobre, à midi et demi.

    Notre cher confrère venait de prendre son frugal repas de midi, lorsqu'un jeune chrétien nommer Ouang lui annonce que les brigands sont dans le village et qu'ils pillent sa famille. M. Trécul se lève immédiatement et se dirige vers l'enclos où se trouvent les bandits, espérant leur imposer par sa seule présence. Il invite son vieux domestique à le suivre. Le domestique veut retenir le Père, mais en vain. « Il n'y a rien à craindre », lui dit le missionnaire, en hâtant le pas.

    Quand il entre dans la cour de la famille Ouang, M. Trécul aperçoit un brigand qui pour suit un chrétien et a déjà mis son fusil en joue pour le tuer. A la vue du danger qui menace son néophyte, le Père saisit le canon du fusil afin de détourner le coup. Le brigand essaie de lui arracher l'arme des mains et appelle ses compagnons à la rescousse ; l'un des bandits répond à cet appel et tire, de très près, sur M. Trécul. La balle le frappe au ventre et traverse le corps de part en part. Le missionnaire tombe à genoux, sans lâcher le fusil du brigand, mais, bientôt, il se voit entouré de six individus, qui déchargent leur arme sur lui, à bout portant. Une balle lui fracasse deux doigts de la main, et va ensuite se loger dans la jambe de son vieux domestique ; cinq autres lui traversent la poitrine. Il s'affaisse dans les convulsions de l'agonie, étend encore un bras comme pour se relever, mais le bras retombe inerte : l'âme de notre confrère a paru devant Dieu. Les brigands remontent aussitôt à cheval et prennent la fuite, épouvantés, sans doute, eux-mêmes du crime qu'ils ont commis.

    Des sept blessures du missionnaire, six étaient mortelles ; celles du ventre surtout étaient horribles à voir : des flots de sang s'en échappaient avec les intestins.

    M. Josson, proche voisin de M. Trécul, informé de l'attentat dont son jeune confrère venait d'être victime, accourut à Ta-tsing-chan. Il veilla pendant deux nuits et un jour, près de la dépouille mortelle du cher défunt et lui rendit les devoirs funèbres en présence de nombreux chrétiens. Malheureusement, la grande distance que nous avions à franchir et le mauvais état des routes nous empêchèrent, M. Sandrin, M. Cubizolles, M. Faure et moi, d'arriver à temps pour prendre part à la triste cérémonie, qui, d'ailleurs, ne put être retardée à cause de la décomposition du corps.

    L'affaire a été portée au tribunal du sous-préfet de Houai-teu-hien, mais aura-t-elle une suite et les coupables seront-ils punis ? Si les mandarins le voulaient, il leur serait facile de trouver les meurtriers, car, à quelques lieues de Ta-tsing-chan, il y a actuellement deux bandes de brigands, et tout porte à croire que les assassins de M. Trécul appartiennent à l'une de ces bandes. En effet, on les a vus fuir dans la direction du lieu où elles ont établi leur quartier.

    Quoi qu'il en soit, notre confrère est mort victime de sa charité pour ses chrétiens et on peut lui appliquer la parole de l'Evangile :

    Bonus pastor animam suam dat pro ovibus suis.

    M. Ernest Louis Trécul, né à Bazoche-Gouet (diocèse de Chartres), le 9 janvier 1879, avait été ordonné prêtre le 21 juin 1903, et était parti pour la Mandchourie méridionale le 22 juillet suivant.








    1905/6-8
    6-8
    Chine
    1905
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