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Messe pour les soldats et ouvriers Annamites morts pendant la guerre

Messe pour les soldats et ouvriers Annamites morts pendant la guerre Tous les journaux ont parlé longuement de ce qui s'est passé, mercredi soir, à l'inauguration du temple annamite de Nogent-sur-Marne. Aucun n'a dit ce qui s'était fait le matin de ce même jour à la rue du Bac. Nous sommes heureux de publier l'information détaillée suivante, sur une cérémonie religieuse qui a été très belle (1) :
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    Messe pour les soldats et

    ouvriers Annamites morts pendant la guerre

    Tous les journaux ont parlé longuement de ce qui s'est passé, mercredi soir, à l'inauguration du temple annamite de Nogent-sur-Marne. Aucun n'a dit ce qui s'était fait le matin de ce même jour à la rue du Bac. Nous sommes heureux de publier l'information détaillée suivante, sur une cérémonie religieuse qui a été très belle (1) :
    « Mercredi, 9 juin, a eu lieu dans la chapelle des Missions Étrangères, 128, rue du Bac, une messe solennelle célébrée pour les soldats et ouvriers annamites morts pendant la guerre.
    Cette cérémonie religieuse fut splendide : l'ornementation de la chapelle était de très bon goût ; faisceaux de drapeaux sur les piliers et autour de l'autel, catafalque environné de lumières, orné des croix de la Légion d'honneur, médaille militaire et croix de guerre gagnées par les Annamites sur le champ de bataille. La messe fut chantée par M. Mollard, directeur du Séminaire et ancien missionnaire au Tonkin.
    Aux premiers rangs de l'assistance, se trouvaient M. Dang-ngoc-Oanh, délégué spécial de la cour impériale de Hué, et M. Bay gouverneur de province en Annam.
    Près d'eux, le général Bailloud, M. Gourdon, président du Souvenir indo chinois, accompagné par plusieurs membres de cette Société, M. le directeur de l'Agence économique d'IndoChine.
    S'étaient fait représenter : M. le président du Conseil, MM. les ministres des Colonies, de la Guerre, de la Marine, M. le gouverneur militaire de Paris, MM. les maréchaux Joffre et Foch. M. le général Benoist. A la tribune était Mme Sarraut, accompagnée de plusieurs dames.

    (1). Extrait de La Croix, le 12 juin 1920.

    Un bon nombre de sous-officiers et soldats annamites, parmi lesquels le fils et le neveu du délégué impérial, assistèrent aussi à ce service, et nous ne doutons pas qu'ils n'emportent en leur pays un souvenir ému de l'hommage affectueux et reconnaissant offert aujourd'hui par la France à leurs camarades défunts.
    A la fin de la messe et avant l'absoute, le R. P. Sibers prononça un discours de circonstance d'une belle envolée patriotique.
    Nous voudrions le citer tout entier, mais l'espace nous manque, et nous ne pouvons en donner que les idées principales :
    C'est de la rue du Bac que partirent les pionniers de l'idée chrétienne. Leur rôle se résume en deux mots : travailler pour Dieu et pour le pays auquel ils se dévouent, et dans le rayonnement de leur âme d'apôtre ils ne peuvent s'empêcher de faire passer en même temps quelque chose de l'âme française. Ils furent donc en Annam des semeurs de bonté, de zèle, de dévouement et d'amour pour la France.
    Trois noms surtout dominent cette action de missionnaires ; c'est Mgr Pallu, fondateur de la Société des Missions Étrangères, qui, le premier, noua des relations entre Louis XIV et les rois de Siam et d'Annam.
    Un siècle plus tard, c'est Mgr Pigneau de Behaine qui réussit à rétablir sur son trône d'Annam Nguyen-Anh, le futur empereur Gia long (1789).
    Au XIXe siècle, enfin, c'est Mgr Puginier, dont le long épiscopat ne fut qu'une suite d'efforts et de travaux pour la prospérité religieuse et morale du Tonkin.
    A ces trois noms principaux viennent s'unir une multitude d'autres : nos soldats, nos administrateurs, nos gouverneurs. Tous ont contribué à faire aimer notre chère patrie par le plus grand nombre des habitants de l'Annam.
    Aussi quand survint la guerre, en 1914, à l'appel des administrateurs dont nos évêques se firent l'écho, les Annamites répondirent en masse, les bateaux déversèrent dans nos ports plus de 150.000 d'entre eux, qui furent employés les uns en première ligne à l'assaut de Douaumont ou à la garde des tranchées, les autres dans les usines, les arsenaux, les poudreries ou les hôpitaux.
    Pour apprécier leur caractère et leurs qualités, il n'y aurait qu'à citer les paroles élogieuses de leurs chefs et à compter les décorations que la France leur a largement accordées
    Leurs morts ne pourront pas être ramenés dans leur pays, ils resteront mêlés à la terre qu'ils ont défendue dans leur deuxième patrie qu'ils ont servie avec tant de courage et d'abnégation, mais ils méritent que leur mémoire soit à jamais glorifiée et que nos coeurs français leur gardent notre admiration, notre sympathie et notre reconnaissance ».

    A la fin de la cérémonie, MM. Dang-Ngoc-Oanh, délégué impérial et Bay nous firent l'honneur d'accepter un rafraîchissement que leur offrait le Séminaire, et là, dans une causerie toute simple, ils nous dirent les relations cordiales qu'ils entretenaient en Annam avec plusieurs de nos confrères, ajoutant que la fête religieuse de ce jour ne ferait que resserrer les liens entre le peuple annamite et les missionnaires français.
    Les sous-officiers et soldats annamites avaient été invités à venir au réfectoire où vin et gâteaux leurs furent offerts pour se rafraîchir.
    Ils acceptèrent de bon coeur. On causa annamite et, en nous quittant, ils manifestèrent leur contentement avec la plus grande franchise. Nous sommes persuadés que, non seulement ils garderont bon souvenir de la matinée passée au Séminaire des Missions Etrangères, mais que, de retour dans leur pays, ils ne manqueront pas de faire part de leurs impressions à leurs compatriotes. Or comme ils appartiennent à toutes les provinces d'Indo Chine, on saura bientôt par tout le pays que les Missions Etrangères ont célébré une messe pour les Annamites tombés au champ d'honneur.
    1920/441-442
    441-442
    Vietnam
    1920
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