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Maruko histoire dédiée aux latinistes de sixième

Maruko Histoire dédiée aux latinistes de sixième Monseigneur, je viens vous demander de vouloir bien baptiser mon dernier-né. Ah ! Te voilà encore papa : toutes mes félicitations ! Et c'est quoi, ton dernier-né, garçon ou fille ? Et le papa s'était redressé et, avec un sourire plein de fierté : « Garçon ».
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    Maruko

    Histoire dédiée aux latinistes de sixième

    Monseigneur, je viens vous demander de vouloir bien baptiser mon dernier-né.
    Ah ! Te voilà encore papa : toutes mes félicitations ! Et c'est quoi, ton dernier-né, garçon ou fille ?
    Et le papa s'était redressé et, avec un sourire plein de fierté : « Garçon ».
    C'était au temps déjà lointain de la grande guerre. Le titulaire du district était mobilisé là-bas dans une formation sanitaire du front, et les chrétiens d'Odawara étaient restés sans pasteur. Une fois par mois, l'Archevêque de Tôkyô, que la mobilisation n'avait pas atteint, venait célébrer la messe, prêcher, confesser : c'était jour de joie clans la chrétienté et ce jour-là le couvert de Monseigneur était mis chez le notable le plus notable de l'endroit, précisément celui qui, une fois de plus, venait d'être papa.
    C'était le samedi soir, au souper, entre deux bols de riz, que l'heureux père avait présenté sa requête. Baptisé par l'Archevêque, honneur si rare et si apprécié de nos chrétiens ! Aussi il fallait voir, le lendemain, si le papa était fier dans sa tunique à manches larges avec ses armoiries d'ancien samurai !
    Comment l'appelons-nous, ton fils ?
    « Maruko » (pour Marco, forme japonaise de Marc, comme Petro pour Pierre, Paulo pour Paul, etc.)
    Allons-y pour Maruko.
    Et, comme autrefois durent baptiser Pierre et Jean et François-Xavier, ni catéchiste, ni répondant, ni fonts baptismaux, devant quelques chrétiens attentifs, égrenant leur rosaire, l'Archevêque commença :
    Marce, quid petis ab Ecclesia Dei ?...
    Or, tout à sa fonction, l'Archevêque ne remarqua pas que le papa notable entre les notables, Père de l'Eglise d'Odawara, devenait visiblement nerveux au fur et à mesure que se déroulait la cérémonie.
    Marce, abrenuntias Satanae ?...
    C'était trop fort. Puisque ni gestes, ni oeillades n'y faisaient rien, il fallait recourir aux grands moyens : en ce pays du « harakiri », on n'a pas peur des responsabilités et des gestes qui posent, et voici que soudain le papa s'avance et, d'une voix forte qui, tout en demeurant respectueuse, n'en voulait pas moins être énergique :
    Monseigneur, je me confonds de respect mêlé de crainte à la pensée de vous interrompre, mais il le faut, car il y a certainement un malentendu.
    La longue barbe blanche de l'Archevêque s'était redressée :
    Un malentendu ? Qu'est-ce que tu me racontes ?
    Mais oui : je vous ai pourtant bien dit que je voulais appeler mon fils Maruko, et vous voilà en train de me le baptiser Marce ; ce n'est pas ce nom-là que je vous ai demandé !

    ***

    L'épilogue se passe quelques mois plus tard. Rentré du front avec les honneurs de la guerre et la joie de retrouver sa mission, le missionnaire frappe à la porte de son Archevêque.
    Père X..., combien de temps êtes-vous resté à Odawara ?
    Six ans, Monseigneur.
    Six ans ! Mais qu'y avez-vous donc fait ? Vos chrétiens ne savent même pas leurs déclinaisons.
    Et l'Archevêque lui raconte... ce que vous venez de lire.
    J. Larrieu, missionnaire de Tôkyô.

    1937/204-206
    204-206
    Japon
    1937
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