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Martyrs Coréens

Martyrs Coréens Avant et après le martyre des missionnaires français, des chrétiens et des chrétiennes de Corée moururent pour leur foi dans les prisons par suite des tortures, ou furent décapités ou étranglés. Voici leurs noms avec le genre et la date de leur mort : Pierre Ri, mort en prison le 25 novembre 1838. Protais Tjyeng, mort en prison le 20 ou le 21 mai 1839. Agathe Ri, Anne Pak, Madeleine Kim, Barbe Han, Agathe Kim, Pierre Kouen, Damien Nam, Augustin Ri, Lucie Pak, décapités le 24 niai 1839.
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    Martyrs Coréens
    Avant et après le martyre des missionnaires français, des chrétiens et des chrétiennes de Corée moururent pour leur foi dans les prisons par suite des tortures, ou furent décapités ou étranglés.

    Voici leurs noms avec le genre et la date de leur mort :
    Pierre Ri, mort en prison le 25 novembre 1838.
    Protais Tjyeng, mort en prison le 20 ou le 21 mai 1839.
    Agathe Ri, Anne Pak, Madeleine Kim, Barbe Han, Agathe Kim, Pierre Kouen, Damien Nam, Augustin Ri, Lucie Pak, décapités le 24 niai 1839.
    Joseph Tjyang, Barbe Ri, Barbe Kim, morts en prison du 26 au 29 mai 1839.
    Rose Kim, Madeleine Ri, Thérèse Ri, Marthe Kim, Lucie Kim, Jean Ri, Anne Kim, Marie Ouen, décapités le 20 juillet 1839.
    Lucie Kim, morte en prison au commencement du mois de septembre 1839.
    Barbe Ri, Barbe Kouen, Marie Ri, Marie Pak, Agnès Kim, Jean
    Pak, décapités le 3 septembre 1839.
    François Tchoi, mort en prison le 12 septembre 1839.
    Paul Tyeng et Augustin Ryou, décapités le 22 septembre 1839.
    Madeleine He, Madeleine Pak, Agathe Tjyen, Perpétue Hong, Colombe Kim, Juliette Kim, Charles Tjyo, Sébastien Nam, Ignace Kim, décapités le 26 septembre 1839.
    Catherine Ri et Madeleine Tjyo, mortes en prison en septembre ou octobre 1839.
    Pierre Ryou, étranglé le 31 octobre 1839.
    Cécile Ryou, morte en prison le 23 novembre 1839.
    Pierre Tchoi, Benoite Hyen, Madeleine Ri, Madeleine Han, Élisabeth Tyeng, Barbe Tjyo, Barbe Ko, décapités le 29 décembre 1839.
    Agathe Ri et Thérèse Kim, étranglées le 9 janvier 1840.
    André Tjyeng, étranglé le 23 janvier 1840. Etienne Min, étranglé le 30 janvier 1840.
    Marie Ri, Madeleine Son, Agathe Kouen, Agathe Ri, Pierre Hong, Augustin Pak, décapités le 31 janvier 1840. Paul He, mort sous les coups le 31 janvier ou le ler février 1840. Barbe Tchoi, Paul Hong, Jean Ri, décapités le 1er février 1840.
    Antoine Kim, mort en prison le 29 avril 1841.
    André Kim, décapité le 16 septembre 1846.
    Charles Hyen, décapité le 19 septembre 1846.
    Joseph Rim, Suzanne Ou, Thérèse Kim, Agathe Ri, Catherine Tjyeng, Pierre Nam, Laurent Han, morts en prison ou étranglés le 20 septembre 1846:

    ***

    Les martyrs coréens ont beaucoup plus souffert que les missionnaires, leur emprisonnement a été plus long, leurs supplices plus nombreux et plus cruels. Les magistrats espéraient sans doute vaincre leur constance et obtenir l'abandon de leur foi.
    Nous ne pouvons, dans les trop courtes pages d'un article, raconter en détail les interrogatoires avec les questions des juges et les réponses souvent admirables des victimes; mais nous espérons en dire assez pour exciter en nos lecteurs une piété sincère envers ces témoins de Jésus-Christ, et une gratitude profonde envers Dieu qui alluma dans leurs coeurs une invincible vaillance.

    Pendant la première persécution, de 1838 à 1841, on compte 67 martyrs : 43 chrétiennes et 24 chrétiens.
    Toutes les classes de la société sont représentées : la noblesse par Damien Nam, Augustin Ri, Sébastien Nam, Madeleine Ri ; le man darinat par Augustin Ryou ; il y a un soldat; le plus grand nombre appartient au peuple : cultivateurs, artisans, petits marchands.
    Les mères de famille sont nombreuses : Anne Pak, Barbe Han, Barbe Kim ; les vierges également : Lucie Kim, Colombe Kim, Madeleine Ri; près d'elles, des enfants comme Barbe Ri âgée de 15 ans et Pierre Ryou de 13 ; ce dernier est le plus jeune des martyrs; Madeleine He qui a 67 ans et Agathe Tyeng 79, sont les plus âgées.
    Des fidèles, de familles converties depuis 50 ans, coudoient des néophytes baptisés depuis quelques années; Agathe Kim et Joseph Rim reçoivent le baptême dans la prison. Tous n'ont pas donné l'exemple de la piété et de la vertu pendant leur vie entière ; le plaisir, la paresse, les dissipations en ont entraîné plusieurs dans une route dangereuse ; ils sont tombés, mais ils se sont chrétiennement repentis.
    Il y eut même, faut-il dire des apostats ?... Le mot nous paraît vraiment bien fort, appliqué à un acte de faiblesse aussitôt désavoué et racheté, et à quel prix !
    Notons aussi un fait important, remarquable à plus d'un titre :
    Il y eut dans cette admirable mission de Corée des générations de martyrs comme il y a des générations de nobles, de soldats, de laboureurs ou d'artisans : père, mère, frères, soeurs, tous donnent leur vie pour Jésus-Christ ; leurs enfants et leurs petits-enfants leur succèdent dans les cachots et au champ d'exécution qui boit leur sang comme il a bu celui des aînés, et l'on pourrait répéter avec le poète que le rameau d'or ne perd passa sève quand on l'émonde : uno avulso, non deficit alter. Le suprême sacrifice nourrit la générosité dans les familles aussi bien que dans les âmes; il y redouble l'intensité de la vie morale. Parcourons les lignes suivantes qui offrent d'indéniables preuves de ces affirmations.
    Pierre Tchoi, frère de Jean Tchoi décapité en 1801, mari de Madeleine Son décapitée en 1840 ;
    Benoîte Hyen, fille de Hie, belle-fille de Tchoi, martyrs en 1801; soeur de Charles Hyen martyr en 1846;
    Madeleine Ri, soeur de Marie Ri qui sera décapitée le 31 janvier 1840;
    Madeleine Han, mère d'Agathe Kouen décapitée le Même jour que Marie Ri ;
    Elisabeth Tyeng, fille de la martyre Cécile Ryou et sur du martyr Paul Tyeng ;
    Barbe Tjyo, femme du martyr Sébastien Nam ;
    Barbe Ko, femme du martyr Augustin Pak;
    Barbe Ri, fille de la martyre Madeleine He, soeur de la martyre Madeleine Ri, tante de la martyre Barbe Ri ;
    Barbe Kouen, femme du martyr Augustin Ri, mère de la martyre Agathe Ri, belle-soeur du martyr Jean Ri ;
    Marie Ri, femme du martyr Damien Nam ;
    Marie Pak, soeur de la martyre Lucie Pak ;
    Agnès Kim, soeur de la martyre Colombe Kim ;
    Jean Pak, fils du martyr Laurent Pak.
    En vérité, est-il possible de rencontrer des coeurs plus forts, des âmes plus convaincues, des maisons du peuple plus royales, des disciples de Jésus crucifié plus fidèles ?

    ***

    Nos lecteurs ne peuvent se contenter de ces généralités; citons des faits:
    Le premier de ces confesseurs est Pierre Ri, arrêté au mois de février 1835 et mort le 25 novembre 1838, après un emprisonnement de trois ans et demi aggravé de nombreux supplices. Ses interrogatoires nous ont été en partie conservés; ils montrent dans ce chrétien, avec une foi vive et une constance à toute épreuve, une facilité d'élocution et de réparties très grande.
    « La doctrine perverse, lui dit le magistrat, est contraire à la reconnaissance due aux pères et mères, et d'ailleurs prohibée en Corée par le gouvernement; comment l'as-tu embrassée? »
    Ce n'est point une doctrine perverse; les membres de la religion du Maître du ciel, qui en observent les préceptes, doivent honorer leur roi, aimer tendrement leurs parents, et leur prochain comme eux-mêmes. Qui peut dire qu'une telle doctrine est contraire à la reconnaissance due aux pères et mères ?
    Quel âge as-tu ? Tu ne sacrifies pas à tes parents. Aux yeux de tout le monde, ceux qui n'offrent pas de sacrifices à leurs aïeux sont pires que des chiens et des pourceaux ; ils doivent être mis à mort. Voudras-tu mourir plutôt que d'abandonner ta religion ?
    Il est certain que ces sacrifices sont vains et inutiles, et qu'il faut rejeter les vanités et les erreurs pour embrasser la vérité. Servir la table pour ses pères et mère endormi, et s'imaginer qu'ils vont manger en dormant, ne serait-ce pas une folie? Sans doute; eh bien! Nen est-ce pas une plus grande encore de croire qu'ils mangeront après leur mort ? L'âme s'en va en son lieu, et le corps n'est qu'un cadavre impuissant. L'âme, substance spirituelle, ne peut se nourrir d'aliments corporels. Les préceptes du Maître du ciel sont bons, et il y a du mérite à les observer. On ne regarderait pas comme un sujet rebelle celui qui donnerait sa vie pour son prince; combien moins celui qui donnerait sa vie plutôt que de renier le Maître du ciel, de la terre, des hommes, des anges et de tout l'univers, le Roi des rois, le Père commun du genre humain, qui fait tomber à son gré la pluie et la rosée, qui fait croître depuis la plus petite plante jusqu'aux plus hauts arbres des foras, dont il n'est personne qui ne ressente les bienfaits ? Aussi suis-je décidé à mourir plutôt que de le renier.
    Pourquoi ne changes-tu pas de résolution?
    Comment puis-je changer une résolution sainte en une mauvaise? »
    Alors le mandarin ordonna de le battre violemment, et pendant que les satellites exécutaient ses ordres, il criait :
    « Changeras-tu de résolution ? Persévéreras-tu dans ton dessein ? Sens-tu les coups?
    Comment pourrais-je ne pas les sentir?
    Change donc de résolution.
    Non, j'en ai changé à l'époque où, pour la première fois, j'ai lu les livres chrétiens, je n'en changerai plus.
    Et pourquoi ne veux-tu plus changer?
    Du sein de l'ignorance ayant aperçu la vérité, je ne puis l'abandonner ».
    On frappait sans discontinuer, le confesseur ne cessait de répéter les noms de Jésus et de Marie. Le juge lui alors : « Es-tu donc décidé à mourir?
    C'est mon plus grand désir.
    Insensé, tu voudrais mourir promptement, mais avant cela tu recevras des coups sans mesure et sans nombre ».
    A Damien Nam, que le juge a d'abord traité avec égards, on ordonne d'apostasier en lui promettant le salut de sa famille.
    « Renonce à cette religion étrangère et sauve ta vie, celle de ta femme et de tes enfants.
    Ma religion, que vous appelez étrangère, est de tous les temps et de tous les lieux ; il y a huit ans que je la connais et que je la pratique, je n'y renoncerai jamais.
    Tu connais les chrétiens, indique les maisons qu'ils habitent.
    Dans les commandements de notre Dieu, il en est un qui défend de nuire à notre prochain, je ne puis les dénoncer ».
    Le jugé ordonna de lui briser les os des jambes, de le rouer de coups de bâton sur les bras, sur les côtes, enfin sur tout le corps.
    Le préfet de police offrit également la liberté à Etienne Min.
    « Si tu veux abandonner la religion chrétienne, lui dit-il, tu seras libre.
    Dix mille fois non, » répliqua le confesseur.
    On lui inflige les deux supplices les plus ordinaires, la courbure des os et la poncture des bâtons, et pendant qu'il soutire, juge et bourreaux lui répètent :
    « Apostasie et tu seras mis en liberté ».
    Et Min répond par ces fières paroles :
    « Si vous me mettez en liberté, non seulement je continuerai de pratiquer la religion, mais j'engagerai les autres à se convertir ». Lors de l'arrestation de son mari Augustin Yak, Barbe Ko avait eu la pensée, afin de souffrir et de mourir avec lui, de se livrer aux tribunaux. Les persécuteurs prévinrent ses désirs en l'incarcérant dès le lendemain 27 octobre.
    « Comment payer un pareil bienfait? disait-elle. Je veux remercier Dieu en subissant le martyre pour lui ».
    Les deux époux se rencontrèrent dans la prison des voleurs ; ils se félicitèrent de leur sort, et s'encouragèrent à persévérer jusqu'à la mort.
    Le juge les fit appeler ensemble, leur posa les mêmes questions, leur donna le même ordre d'apostasier, et sur leur refus les soumit aux mêmes supplices. A six reprises Barbe fut torturée, et si cruellement, qu'elle perdit l'usage de ses bras et de ses jambes; niais Dieu lui avait donné l'esprit de force qui ne l'abandonna pas un seul instant.
    Agathe Kim fut aussi courageuse. Voici le premier dialogue qui s'engagea entre elle et le magistrat :
    « Est-il vrai que tu pratiques la religion chrétienne?
    Je ne connais que Jésus et Marie ; à part cela, j'ignore tout le reste.
    Si l'on te met à la torture jusqu'à en mourir, ne renonceras-tu pas à Jésus et à Marie?
    Dussé-je en mourir, je ne puis y renoncer ».

    ***

    Les sentiments les plus élevés et les plus habituels dans l'âme des martyrs sont assurément la foi et la vaillance, mais peut-être nous étonnons-nous moins de les rencontrer chez des catéchistes, des chefs de chrétientés, que chez de pauvres femmes. Cette réflexion surgit d'elle-même en parcourant le récit de leurs interrogatoires et de leurs souffrances. Où avaient-elles puisé un amour si profond pour Notre Seigneur, une charité si héroïque? Pour s'élever à des hauteurs qui atteignent la sainteté et pour y demeurer, elles ont eu la grâce divine, sans doute, mais encore cette grâce a-t-elle dû être attirée en elle par une piété ardente alliée à une humilité sincère; et en lisant les quelques détails qui nous ont été laissés sur elles, on se prend à répéter ces paroles du cantique de la plus sainte des femmes et de la plus grande des saintes : « Quia respexit hunzilitatem ancillae suae, ecce enim ex hoc beatain me dicent onznes genarationes. Parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante, les générations me diront bienheureuse ».
    Telle Agnès Kim qui subit le supplice de la suspension. Elle garda un silence absolu et se contenta d'élever son coeur à Dieu.
    Et cette jeune fille, presque une enfant, Agathe Ri, âgée de 17 ans, qui reçoit 300 coups de verge, 90 coups de bâton, qui supporte la faim, la soif et est atteinte de la peste! Aux bourreaux qui disent mensongèrement à elle et à son frère :
    « Vos parents ont abjuré et sont retournés chez eux ». Elle répond :
    « Que nos parents aient abjuré ou non, c'est leur affaire ; pour nous, nous ne pouvons renier le Dieu que nous avons toujours servi ».
    Voici le dialogue qui s'engagea entre Marie Ouen et le magistrat :
    « Tu es de la secte des chrétiens ?
    Vous l'avez dit, je suis chrétienne.
    Abandonne ta religion, et tu auras la vie sauve.
    J'adore Dieu, je veux sauver mon âme, ma résolution est ferme ; s'il faut mourir, je mourrai ; mais le salut de mon âme avant tout. En abandonnant ma religion, je la perds ».
    On lui tordit les jambes, on la frappa à coups de bâton; on lui fit plusieurs fois subir la question; quelques-uns de ses os se déboîtèrent; elle demeura inébranlable.
    Pour saluer comme il convient un tel héroïsme, il faudrait s'incliner jusqu'à terre. Pour le récompenser, il n'y a que le ciel.
    Après plusieurs interrogatoires, par un raffinement de barbarie bien rare, il importe de le signaler, même en pays païen, le juge commanda de dépouiller Colombe Kim et sa soeur Agnès de leurs vêtements et de les jeter dans le cachot des voleurs, auxquels il fit dire qu'il leur abandonnait les prisonnières.
    « Mais le céleste époux des âmes vint à leur secours; il les couvrit de sa grâce comme d'un vêtement, et les anima tout à coup d'une puissance surhumaine, de sorte que chacune d'elles était plus forte que dix hommes à la fois.
    « Les vierges de Jésus-Christ, nouvelles Agnès, nouvelles Bibianes restèrent ainsi, deux jours durant, au milieu des plus insignes malfaiteurs, qui, subjugués par un ascendant mystérieux, les respectèrent; à la fin on leur rendit leurs vêtements, et elles furent reconduites à la prison des femmes ».
    De nouveaux interrogatoires suivirent. Lorsque le dernier fut sur le point d'être clos, Colombe éleva la voix:
    « Les mandarins, dit-elle, sont les pères du peuple, qu'il me soit donc permis de leur exposer ce que j'ai sur le coeur.
    Parle », fit le juge.
    En quelques phrases, Colombe dit l'outrage que l'on avait fait en sa personne et en celle de sa soeur à la décence et aux moeurs, et elle ajouta : « Fille du peuple ou fille de noble, n'avons-nous pas droit au respect? Qu'on nous mette à mort selon la loi du royaume, nous l'acceptons avec joie; mais qu'en dehors de la loi, on nous inflige de telles indignités, c'est ce qui me pèse sur le coeur ».
    A ces détails, terminés par cette apostrophe si digne et si noble, le juge s'émut; une âme même païenne, quand elle est honnête, a des pudeurs qui révèlent sa céleste origine.
    « Qui donc, s'écria-t-il d'une voix vibrante de colère, qui donc a osé faire violence à ces vierges pures comme l'albâtre? »
    Et de suite il envoya aux informations et en référa au Conseil royal. On n'a pu connaître la réponse; il est probable que l'on se contenta du silence.
    Le ministre du tribunal des crimes ne se tint pas pour satisfait; il appela le chef de la prison et plusieurs satellites, leur adressa une verte semonce accompagnée d'une assez rude bastonnade, et finit par condamner deux des coupables à l'exil, où ils furent conduits dès le 16 du même mois. Depuis ce jour, les femmes chrétiennes n'eurent plus à subir pareille honte, pire pour elle que les tortures.

    ***

    Parmi les martyrs, plusieurs sont allées spontanément se livrer aux bourreaux, Madeleine Ri, Thérèse Ri, Marthe Kim et Lucie Kim après s'être longuement entretenues de l'amour de Dieu, des joies du ciel, de la grandeur du martyre, se rendirent à un poste de satellites, et l'une d'elles, prenant la parole au nom de toutes, dit au chef :
    « Vous en voulez aux chrétiens, enchaînez-nous et conduisez-nous en prison ».
    Stupéfaits, le chef et ses hommes refusèrent de les croire.
    « Nous sommes chrétiennes, répétaient-elles, n'en doutez pas, en voici la preuve ».
    Et elles montraient leurs chapelets.
    Les satellites finirent par leur lier les mains derrière le dos et par les emmener en prison.
    Lisez ces détails de l'arrestation de François Tchoi, le père du second prêtre coréen, et dites s'il y a clans l'histoire de la primitive Eglise, parmi les martyrs, les confesseurs de la foi, un coeur plus vaillant.
    Le 31 juillet 1839, des satellites envoyés de Séoul arrivèrent chez lui pendant la nuit. Avec des cris, des injures, des bris de portes, ils pénétrèrent dans la maison de Tchoi.
    « D'où venez-vous et qui êtes-vous? Leur demanda celui-ci.
    De Séoul. Tu ne nous connais donc pas ? Nous venons pour t'arrêter ».
    Comme s'il recevait la visite de ses meilleurs amis, le chrétien répondit avec un accent de joyeuse satisfaction :
    « Pourquoi avez-vous tant tardé? Depuis longtemps nous vous attendions avec impatience : nous sommes prêts, mais l'aube ne paraît pas encore; reposez-vous, fortifiez-vous par un peu de nourriture, et bientôt nous partirons tous en bon ordre ».
    Cet accueil adoucit les satellites : « Celui-ci et tous les siens sont vraiment chrétiens, disaient-ils. Comment craindrions-nous de leur part une tentative de fuite ? Nous pouvons bien dormir en paix ».
    Et ils s'étendirent à terre.
    Pendant ce temps, François court chez les habitants du village.
    « Cette fois, leur dit-il, la persécution est générale, on veut détruire jusqu'au dernier germe des chrétiens ; puisque nous voilà tous pris d'un seul coup, marchons ensemble au martyre ».
    Rentré chez lui il encourage les siens à le suivre :
    « Vous resteriez ici que vous ne pourriez échapper à la mort; au lieu de mourir de faim chez vous, si vous mourez dans les prisons de Séoul, ne sera-ce pas un véritable martyre ? »
    Au lever du jour, il réveille les gardes, leur sert une collation et offre un vêtement à l'un d'eux dont les habits sont en lambeaux. Puis il groupe les fidèles, une centaine selon les uns, une quarantaine selon d'autres, et tous partent « joyeux comme ceux qui vont à une fête».
    En tête marchaient François et les hommes avec leurs fils aînés: venaient ensuite les mères avec les enfants à la mamelle ; les satellites fermaient la marche.
    On était au mois de juillet; la chaleur était accablante : la troupe s'avançait lentement, et de ses rangs s'élevaient les cris des petits enfants fatigués. Sur la route, des malédictions et des imprécations, quelquefois des gémissements de pitié accueillaient cette légion d'une armée inconnue. Mais la voix de François couvrait ces clameurs, et communiquait à tous l'intrépidité dont il était animé. « Courage, mes frères, » s'écriait-il ; « voyez l'ange du Seigneur, une verge d'or à la main, mesurant et comptant tous vos pas. Voyez N.S. Jésus Christ qui avec sa croix vous précède au Calvaire! »
    Au bout de 3 lieues, la petite troupe s'arrêta dans une auberge pour prendre un léger repas.
    Au départ, les gardes interrogèrent un à -un les captifs : « Es-tu chrétien ? »
    Tous, sans exception, même les enfants, répondirent : « Je le suis ».
    Devant les juges. Tchoi fut héroïque. A un magistrat qui réclamait son apostasie, il fit cette belle réponse :
    « Si vous m'ordonniez de vivre sans manger, si difficile que soit la chose, peut-être pourrais-je encore le faire ; mais renier Dieu, cela m'est impossible ».
    Le juge le fit frapper si brutalement, que ses bras et les articulations de ses jambes furent disloqués.
    Un autre jour, au même ordre d'apostasier, il répondit :
    « Même en ce monde on ne peut renier les maîtres et seigneurs que l'on sert ; à plus forte raison, comment voulez-vous que je renie le Souverain Seigneur et Maître du ciel, de là terre et de toutes choses ? Non, je ne le renierai pas ».

    1925/148-156
    148-156
    Corée du Sud
    1925
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