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Martyrs. Corée et Cochinchine

ANNALES DE LA Société des Missions Étrangères SOMMAIRE
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    ANNALES

    DE LA

    Société des Missions Étrangères

    SOMMAIRE

    DÉCRET POUR L'INTRODUCTION DE LA CAUSE DE 46 MARTYRS. — M. Paul Vial, missionnaire au Yunnan. — LA GROTTE DE LOURDES A TAIKOU, lettre de Mgr Demange. — Swatow : M. ROUDIÈRE SAUVE LA VILLE DE TCHAOTCHEOU. — Cochinchine orientale : UNE MARTYRE DE 13 ANS, lettre de M. Geoffroy. — Cochinchine septentrionale : CONFESSEURS DE LA FOI DE 1848 à 1862, par M. Bernard (fin). — Cochinchine septentrionale : BAPTÊME D'UN PETIT FILS DU ROI HIEN-VUONG, par M. Roux. — DU FRONT : CITATIONS A L'ORDRE DU JOUR.

    Gravures : EVÊQUES ET MISSIONNAIRES MARTYRS EN CORÉE. — GROTTE DE LOURDES A TAIKOU.

    Martyrs
    Corée et Cochinchine

    DÉCRET D'INTRODUCTION DE LA CAUSE DE BÉATIFICATION OU

    DÉCLARATION DU MARTYRE DES SERVITEURS DE DIEU 1

    SIMÉON BERNEUX, évêque de Capse et Vicaire apostolique de la Corée, PAUL CHAU, et leurs compagnons, immolés par les païens en haine de la foi.

    La Société des Missions Etrangères, dont la principale maison se trouve à Paris, avait la joie et l'honneur, le 27 mai de l'année jubilaire, 1900, de célébrer, avec de grands sentiments de piété, la Béatification de 49 de ses martyrs, vénérables serviteurs de Dieu, que le Souverain Pontife Léon XIII, avec tous les honneurs du culte et les cérémonies sacrées accomplies dans la Basilique Vaticane, venait d'inscrire au Catalogue des Bienheureux habitants du ciel.

    Quelques années après, en 1909, le Pape Pie X ajouta une nouvelle couronne de 33 Bienheureux martyrs.

    Or, cette même Société peut encore s'honorer et s'illustrer de nouveaux et semblables triomphes, grâce à 49 autres de ses héros dont la cause de Béatification et Déclaration du martyre s'est traitée, dans les temps actuels, malgré le trouble des affaires publiques.

    1. Traduit par M. Guéneau, miss, aposte.

    MARS AVRIL 1919. — N° 126.

    Parmi ces serviteurs de Dieu mis à mort en haine de la foi, 29 ont souffert aux cours des années 1866-67 dans le royaume de Corée ; les 20 autres ont souffert de 1860 à 1862 en Cochinchine. Le premier groupe en compte 9, ce sont les principaux, tous de nationalité française et membres de la Société des Missions Etrangères, savoir : deux Evêques et Vicaires apostoliques de la Corée, et sept prêtres missionnaires ; les autres sont des fidèles de la Corée, simples laïques. Dans le second groupe, on compte quatre prêtres, deux acolytes, deux religieuses, onze hommes et une femme.

    Voici quelques détails sur les principaux d'entre eux :

    SIMÉON 1 BERNEUX, né à Château-du-Loir, dans le diocèse du Mans, fit et acheva ses études au séminaire de son diocèse et fut promu au sacerdoce ; peu après, il entra au séminaire des Missions Etrangères. Vers 1840, il fut envoyé au Tonkin 2. Il y est à peine arrivé que, sur l'accusation de propager la religion chrétienne, il est arrêté 3 et soumis à plusieurs tortures dont il porte les empreintes sur sa chair. Condamné à mort, il est, avec le secours de Dieu, délivré par un navire français 4, et passe en Mandchourie 5.

    Là, pendant 12 ans, il exerce le ministère sacré avec un zèle d'apôtre, qui est couronné par des conversions à notre sainte foi de nombreux païens et par l'obéissance des chrétiens à leurs légitimes pasteurs. Le Vicaire apostolique de cette région, Véroles, avait choisi Breneux pour son coadjuteur, et lui avait conféré la consécration épiscopale 6.

    Mais, sur les instances du Vicaire apostolique de la Corée 7, et par l'autorité du Saint Siège, le serviteur de Dieu ayant reçu le titre d'évêque de Capse fut nommé coadjuteur du Vicaire apostolique de la Corée avec future succession. Plein de miséricorde et de bénignité, remplissant l'office de catéchiste et de confesseur aussi bien que d'Evêque et de Vicaire apostolique, visitant les différentes chrétientés, il ne négligeait aucun soin et ne s'épargnait aucun travail pour être utile à tous ceux, clergé et fidèles, qui lui étaient confiés, et être à leur égard le bon pasteur.
    1. Siméon François né le 14 mai 1814.
    2. Il partit le 15 janvier 1840.
    3. Il fut arrêté le 11 avril 1841.
    4. L'Héroine, commandant Favin L'Evêque.
    5. En 1844.
    6. Le 27 décembre 1854 à Cha-ling en Mandchourie.
    7. Mgr Ferréol.

    Au commencement de 1866, le 23 février, comme il était de retour d'une visite aux chrétiens, il fut arrêté chez lui par les satellites et conduit au prétoire ; on le laissa en prison pendant trois jours avec les ceps et la cangue. Puis, on le fit comparaître devant les deux juges, celui de droite et celui de gauche 1, et devant le ministre du roi. Aux questions posées il répondit avec courage qu'il était venu en Corée pour sauver les âmes et répandre la religion de Jésus-Christ. C'est pourquoi il fut, ainsi que ses compagnons, condamné au dernier supplice par la sentence que le juge prononça en ces termes : Entendez bien, vous tous, la religion que vous propagez en Corée est sévèrement défendue ; mais vous, qui l'ignoriez, vous êtes venu dans un royaume étranger propager votre doctrine perverse ; c'est pourquoi le roi de Corée ordonne de vous mettre à mort. Sachez-le donc, et allez mourir.
    Alors, les satellites se jettent sur l'Évêque et ses compagnons, en poussant des cris ; et faisant le moulinet avec leurs sabres, ils décapitent les Serviteurs de Dieu 2. Les corps du Prélat et de ses compagnons demeurèrent trois jours exposés en public ; puis, des païens vinrent les recueillir et leur donner la sépulture près du lieu même du supplice ; plus tard, les chrétiens, avec autorisation des supérieurs ecclésiastiques, les transportèrent respectueusement en terre bénite 3.

    1. Manière dont en Corée on désignait les tribunaux.
    2. Le 8 mars 1866.
    3. Cinq mois plus tard, leurs restes furent transférés à une demi lieue au sud de Séoul, sur la montagne Ouai-ko-kai ; depuis 1899 ils reposent dans la cathédrale de Séoul.

    Un autre serviteur de Dieu, ANTOINE 1 DAVELUY, né en France à Amiens 2, fit au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, ses études théologiques ; puis, honoré du sacerdoce, il revint dans son diocèse et exerça le ministère paroissial en qualité de vicaire ; il se rendit cher aux fidèles et fut très charitable envers eux. En l'année 1846, il partit pour la Corée, où, durant 20 ans, d'abord comme missionnaire, puis comme Evêque d'Acônes et coadjuteur du Vicaire apostolique, il manifesta une rare piété et un zèle ardent au cours de son ministère apostolique, et ne cessa de travailler à améliorer le peuple et à l'amener à la religion chrétienne. En 1866, la persécution excitée à Séoul contre le catholicisme, ses ministres et les fidèles, se répandit avec fureur à travers le royaume, et, au mois de mars, l'évêque Daveluy et ses compagnons tombèrent entre les mains de satellites, au village de Keutori ; gardés en prison pendant trois jours, ils furent alors conduits à la ville royale au tribunal. Dans son interrogatoire sur la religion chrétienne, l'Evêque répondit d'une voix élevée et d'un coeur intrépide en défendant et vengeant l'Evangile, sa foi et ses préceptes. C'est pourquoi, après avoir subi de cruelles tortures, il fut condamné à mort et décapité ; sa tête tomba au troisième coup de sabre, c'est ainsi qu'il confessa la foi catholique. C'était le jour du Vendredi Saint 3. Ses compagnons, en ce même jour, pour la même foi et par le même supplice, furent immolés pour le nom de Jésus crucifié. Les corps de l'Evêque et de ses compagnons, après avoir été exposés en public pendant trois jours, furent remis aux chrétiens qui les avaient demandés, et qui leur donnèrent avec respect et religion la sépulture 4.
    Le troisième héros, dont le nom est inscrit avec honneur dans le titre de la Cause, fut PAUL CHAU, né de parents chrétiens, au village de Go-thi, dans la Cochinchine orientale. Après ses études commencées dans sa patrie, mais achevées ailleurs 1, il reçut de son évêque, Cuenot, la charge de former les catéchumènes et d'enseigner les séminaristes. Le même Evêque le promut au sacerdoce et le plaça à la tête du séminaire installé à Lang Song, qu'il dirigea pendant environ quatre ans. Ayant été arrêté, il fut jeté dans la prison de la citadelle de Binh-dinh, et chargé de la cangue. Comme dans cette prison on possédait la sainte Réserve de l'adorable sacrement de l'Eucharistie, il vaquait dévotement à la prière. Le mandarin porta contre lui la sentence de mort, principalement à cause de son sacerdoce. Il fut décapité ; et ses compagnons, parce qu'ils professaient la même foi et partageaient son courage, subirent la même peine.

    1. Marie Nicolas Antoine.
    2. Né le 16 mars 1818 dans la paroisse Saint-Leu à Amiens.
    3. Le 30 mars 1866.
    4. Dans le district de Hong-san, à 3 lieues de la côte. Ils reposent maintenant dans la cathédrale de Séoul.

    Le corps de Paul Chau et ceux de ses compagnons reçurent des chrétiens la sépulture près du lieu même de leur mort ; puis transportés ailleurs à deux reprises, ils furent malheureusement consumés dans un incendie, au milieu des fureurs de la guerre2, à l'exception, toutefois, des restes mortels de Paul Chau lui-même. Ceux-ci avaient été emportés dans l'île de Pinang, au collège où le serviteur de Dieu était en grande réputation de vertu et de sainteté 3.
    Au sujet de la renommée du martyre de ces 49 serviteurs de Dieu, qui, en Corée et en Cochinchine, passent pour avoir été immolés en haine de la foi, des enquêtes d'informations furent faites par les Vicaires apostoliques de ces deux pays, en vertu de leur autorité ordinaire, et transmises à la Sacrée Congrégation des Rites.
    Maintenant que tout a été fait conformément au droit et se trouve prêt, et que rien n'empêche plus qu'on puisse aller de l'avant, à l'instance du Très Révérend Père Eugène Garnier, de la Société des Missions Etrangères de Paris, Postulateur général, eu égard aux lettres postulatoires de quelques Eminentissimes Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, de plusieurs Archevêques, Evêques et Vicaires apostoliques de Missions, de Généraux d'Ordres et de Congrégations religieuses, ou d'autres ecclésiastiques et personnages civils éminents, l'Eminentissime et Révérendissime Seigneur Cardinal Janvier Granito Pignatelli di Belmonte, évêque d'Albano, et pondent ou rapporteur de cette Cause, dans la réunion ordinaire de la Congrégation des Rites, tenue au palais du Vatican le jour sous indiqué, a mis en discussion la question :

    1. Au collège général à Pinang.
    2. En 1885.
    3. Les restes de Paul Chau furent apportés à Pinang, en décembre 1884, par un missionnaire de Malacca, M. Hab. Ils furent mis dans un tombeau placé au bas de la chapelle du collège général.

    Faut-il signer la commission d'introduction de la Cause, dans le cas et pour l'effet dont il s'agit ?
    Les Eminentissimes et Révérendissimes Pères préposés à la garde des Rites sacrés, après avoir entendu le rapport de l'Eminentissime Cardinal pondent lui-même, après avoir entendu de vive voix le Révérend Père Monseigneur Angelo Mariani, promoteur de la foi, et lu ses écrits, tout étant mûrement examiné, discuté et pesé, ont été d'avis de répondre : Il faut signer, s'il plaît au Saint Père, la Commission pour 46 serviteurs de Dieu desquels 26 ont subi, en Corée, la peine capitale, dans les années 1866 et 1867, savoir :
    SIMÉON BERNEUX, évêque de Capse, et ANTOINE DAVELUY, évêque d'Acones, tous deux Vicaires apostoliques de la Corée.
    JUST RANFER DE BRETENIÈRES, du diocèse de Dijon, prêtre et missionnaire apostolique de la Corée ;
    LOUIS BEAULIEU, du diocèse de Bordeaux, prêtre et missionnaire apostolique de la Corée ;
    PIERRE-HENRI DORIE, du diocèse de Luçon, prêtre et missionnaire apostolique de la Corée ;
    CHARLES POURTHIÉ, du diocèse d'Albi, prêtre et missionnaire apostolique de la Corée ;
    MICHEL PETITNICOLAS, du diocèse de Saint-Dié, prêtre et missionnaire apostolique de la Corée ;
    PIERRE AUMAITRE, du diocèse d'Angoulême, prêtre et missionnaire de la Corée ;
    MARTIN HUIN, du diocèse de Langres, prêtre et missionnaire de la Corée ;
    Tous sont membres de la Société des Missions Etrangères.



    PIERRE RYOU TJYENG RYOUL, PIERRE TJYO HOA-SYE.

    JEAN-BAPTISTE NAM (TJYONG-SAM). PIERRE NI MYENG-SIE.

    PIERRE TCHOI TCHI-TCHYANG. BARTHÉLEMY TJYENG MOUN-HO.

    JEAN-BAPTISTE TJYEN SEUNG-YEN. PIERRE SON SYEN-TJI, catéchiste.

    MARC TYENG, catéchiste, JOSEPH HAN.

    ALEXIS OU SYEI-HPIL. PIERRE TJYENG OUEN-TJI.

    LUC HOANG TJAI-KEN. JOSEPH TJYO.

    JOSEPH TJYANG NAK-SYO, catéchiste JEAN NI.

    THOMAS SON TJA-SYEN,

    Tous sont Coréens.

    Les 20 autres, appartenant à la Cochinchine orientale, ont subi une mort cruelle et sanglante, au cours des années 1860, 1861 et 1862, ce sont :

    PAUL CHAU, prêtre. JOSEPH ETIENNE CHUNG, prêtre.

    DOMINIQUE CANH, prêtre. JOSEPH THU, prêtre.

    JACQUES TUYEN, GIAO.

    PIERRE QUON, clerc minoré. JOACHIM QUA,

    JOSEPH TRINH, catéchiste. JOSEPH NGHIEM.

    JOACHIM BAO. THADDÉE QUI.

    JOSEPH HUU. PIERRE ME.

    HUA. AGNÈS SOAN, religieuse.

    NAM. ANNA TRI, religieuse.

    TAN. MADELEINE LUU.

    Pour ce qui concerne les trois serviteurs de Dieu, Coréens, savoir : il faut différer et renforcer les preuves.

    PIERRE NI SYENG-TCHYEN;

    PHILIPPE NI SYENG-OUK;

    AUGUSTIN SONG SYENG-PO;

    Le 12 novembre 1918 :

    Rapport ayant été fait de toutes choses à Notre Très Saint Père Benoît XV, Pape par le soussigné Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, Sa Sainteté, ratifiant le rescrit de ladite Sacrée Congrégation, a daigné signer de sa propre main la commission d'Introduction de la Cause des 46 serviteurs de Dieu précités.

    Le 13 des mêmes mois et an ci-dessus.

    A. VICO, év de Porto et Sainte Rufine, préfet de la S. Cong des Rites.

    ALEXANDRE VERDE, secrétaire.

    1919/49-57
    49-57
    Vietnam
    1919
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