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Maria Sama conversions de Japonaises

Maria Sama Conversions de Japonaises par Mgr Berlioz, évêque de Hakodate. Je veux raconter à la gloire du saint nom de Marie la conversion de deux Japonaises.
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    Maria Sama

    Conversions de Japonaises

    par Mgr Berlioz, évêque de Hakodate.

    Je veux raconter à la gloire du saint nom de Marie la conversion de deux Japonaises.
    Deux pauvres femmes engagées pour arracher les mauvaises herbes autour de l'église, en étaient à la fin de leur dernière journée de travail, lorsque passant près d'elles, j'eus l'occasion de leur adresser le salut consacré par la politesse japonaise : « Quelle auguste peine vous vous êtes donnée ! » Elles travaillaient au bas d'un rocher qui sert de piédestal à une statue de la Sainte Vierge, don du regretté P. Lemonnier. La plus âgée des femmes après avoir remercié me demanda quel était ce Kami Sama. C'est la statue du vrai Kami Sama, lui répondis-je. C'est Maria Sama, ajouta timidement la jeune femme. Etes-vous donc chrétienne, vous ? Repris-je aussitôt ». Elle se tut pendant un instant, puis d'un air un peu confus elle dit : « Je ne le suis plus depuis huit ans, époque où mourut mon père. J'étais bien petite encore, lorsque ma mère rendit à l'église de Morioka, la croix, les images et les livres que nous avions. Depuis ce temps, j'ai tout oublié. Mais vous n'avez pas oublié le nom de Maria Sama, ajoutai-je ». Et j'appris qu'elle habitait chez sa mère, laquelle se mourait lentement d'une maladie de poitrine.
    A quelques jours de là, j'allai me présenter à la maison de la poitrinaire qui habitait avec un païen déjà âgé et paraissant très attaché à ses superstitions. La malade me reçut d'un air plutôt maussade.
    Je la revis une seconde fois, le catéchiste la visita à son tour, mais la pauvre désespérée, aux prises avec la maladie, la misère et une fausse situation, nous signifia qu'elle préférait rester cachée dans le milieu païen où elle languissait.
    Plusieurs mois après, son mal empira et elle voulut voir le médecin. Voir le médecin, c'est un luxe que les pauvres ne peuvent pas se payer n'importe où, mais à Hakadoté pas de malheureux qui n'ait la ressource d'y recourir et même de s'y abonner. C'est qu'à Hakodaté, il y a les cornettes blanches de nos chères surs de Saint-Paul de Chartres, dont la charité et le dévouement, comme aussi l'habileté, sont à la disposition de tous, chrétiens, païens, bonzes même, sans distinction de personnes. Aussi comme leur pharmacie est assiégée du matin au soir ! Il a cependant fallu la mettre à l'abri de la loi, en engageant un médecin diplômé qui a pris sous sa responsabilité luvre des Religieuses.
    Bref, une sur infirmière s'empresse d'aller voir notre malade, elle constate la gravité de son état, et, croyant avoir affaire à une païenne, elle lui montre la croix de son chapelet et l'engage à recourir à la miséricorde du vrai Dieu. Silence de la poitrinaire qui, après quelques instants, demande qu'on la laisse seule avec la sur : « Je suis chrétienne, s'écria-t-elle, veuillez m'envoyer un Pater Sama pour que je puisse me confesser avant de mourir ».
    Sur les indications de la sur, je vis aussitôt qu'il s'agissait de la malade que m'avait fait connaître le nom de Maria Sama. Quel changement depuis ma dernière visite ! Elle ne trouvait pas d'expression assez forte pour condamner son ingratitude, et si je ne l'avais pas arrêtée, elle allait faire sa confession publique en présence des païens qui l'entouraient. Le lendemain son mariage était régularisé, elle recevait les sacrements et se retrouvait enfin avec un chapelet à la main, bonheur qu'elle ne connaissait plus depuis longtemps. Elle ne s'en sépara plus jusqu'à la fin de sa vie, qui se prolongea encore pendant trois mois.
    Quant à sa fille, il est bien vrai que, en fait de religion, elle n'avait retenu que le mot de Maria Sama ; elle aussi était mariée sans dispense, son mari était absent pour plusieurs mois, et elle avait mis au monde son premier-né vers l'époque de la conversion de sa mère. L'enfant, qui paraissait d'abord très vigoureux tomba dangereusement malade, reçut le baptême et mourut peu après. A son tour la jeune mère se trouva à la mort, et en toute hâte elle dut se préparer à la réception des sacrements. Une fois réconciliée, un mieux subit se déclara, et après quelques jours, elle fut suffisamment rétablie pour soigner sa mère jusqu'au moment où elle lui rendit les derniers devoirs.
    Bien décidée à pratiquer la religion et à régulariser sa situation, elle demanda à passer un mois chez les surs de Saint-Paul pour y réapprendre la religion, dont pendant longtemps elle n'avait retenu qu'un mot, le nom de Maria Sama. Nom béni, en effet, qui prépara la conversion de sa mère, ouvrit le ciel à son enfant et la ramena elle-même dans le sein de l'Église.

    1903/102-103
    102-103
    Japon
    1903
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