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Mandchourie septentrionale le district de Pa-Ien-Sousou 2 (Suite et Fin)

Mandchourie septentrionale le district de Pa-Ien-Sousou¹ (Fin) LETTRE DU P. MONNIER Provicaire apostolique 1. Voir le nº 17, septembre-octobre 1900. Après cet aperçu sur la population, nous ajouterons que1ques lignes pour dire comment la religion est venue s'implanter dans cette région lointaine.
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    Mandchourie septentrionale
    le district de Pa-Ien-Sousou¹
    (Fin)

    LETTRE DU P. MONNIER
    Provicaire apostolique

    1. Voir le nº 17, septembre-octobre 1900.

    Après cet aperçu sur la population, nous ajouterons que1ques lignes pour dire comment la religion est venue s'implanter dans cette région lointaine.
    Il y a trente ans environ, deux, puis trois familles d'anciens chrétiens, suivant le cours d'émigration, quittaient la chrétienté de Siao-pa-kia-tse distante d'environ une centaine de lieues, et venaient s'établir à Pa-ien-sousou. Tel a été le premier noyau des chrétientés du Hei-loung-kiang. Le plus proche missionnaire, le P. Chevalier, fut chargé de les visiter, pour qu'ils puissent remplir leurs devoirs religieux. Il en fut ainsi pendant quatre ans. Avertis à l'avance par un courrier, les chrétiens des environs avaient soin de se réunir à Pa-ien-sousou. Les rares anciens qui restent encore, aiment à dire que le Père est toujours arrivé au jour fixé à l'avance. C'est une preuve de l'ordre et de la rare énergie du P. Chevalier. C'était en effet un voyage de près de 400 lieues qu'il avait à faire, à travers les mille obstacles d'un pays sauvage. D'année en année, soit à cause de nouvelles émigrations d'anciens chrétiens, soit à cause de quelques conversions, voyant le nombre de ses ouailles augmenter dans ces régions lointaines, le Père jugeât que bientôt il serait nécessaire qu'un missionnaire pût s'y établir à poste fixe.
    Le P. Noirjean fut nommé. Le choix ne pouvait être plus heureux; il fallait un homme d'une foi et d'une vertu à toute épreuve, un homme d'une abnégation et d'un dévouement pour ainsi dire sans bornes; tout cela se trouvait dans le P. Noirjean à un degré éminent.
    On lui nie d'abord le droit de rester dans ce pays, on lui conteste la validité de l'acquisition du terrain: ses chrétiens sont emprisonnés, les catéchumènes sont battus, on le menace d'attenter à sa vie. Jugeant le Père d'après leur propre mesure, parfois même ils ont recours à des moyens assez puérils: Un jour, la demeure de la famille qui lui donne l'hospitalité est envahie par une bande d'individus; ce sont des cris à jeter l'épouvante dans tous les environs. Le P. Noirjean s'avance pour voir ce qui advient, il se trouve en face des satellites conduisant quelques sauvages solons.
    — Nous venons pour te prier de partir au plus tôt, lui disent-ils d'un air effrayé. Nous sommes ici sur le territoire des Solons, peuplade sauvage qui ne connaît pas les lois de l'hospitalité. Ils ont juré ta mort, il nous est impossible de te protéger plus longtemps.
    Et les Solons approchent; vrais géants, ils ont une poutre en guise de bâton. L'air farouche, ils arrivent près du Père, puis avec un cri terrible ils frappent la terre avec leur poutre. Un grand éclat de rire fut la réponse du missionnaire...
    Dès lors il ne cesse de parcourir le pays, partout où il y a espoir d'être écouté. Il s'en va prêchant sur les grands chemins, dans les auberges, dans les familles qui veulent le recevoir.
    Au bout de quelques mois de lutte, le Neno-chen-tou (son nom en chinois) était connu partout; comme il le disait lui-même, il n'y avait pas un seul prétoire même, où la religion ne fut commentée, où elle ne fut l’objet des conversations. En un mot menant de front la construction d’un oratoire et d’une résidence, il travaillait surtout à la conversion des païens: en outre, il avait pu venir à bout de briser l’enveloppe d’indifférence dont le Chinois, surtout le lettré aime dédaigneusement à s’entourer, ce qui est le principal obstacle de conversions. Grâce à son énergie, au prix de combien d’efforts et de peines que Dieu seul connaît, un an après, lorsqu’il se rend auprès de ses supérieurs, il peut leur annoncer que désormais une nouvelle province, presque aussi vaste que la France, est ouverte à la prédication de l’Évangile. Une résidence est établie, et partout à 10, à 20, à 40 lieues il a trouvé des âmes de bonne volonté. Seul, il ne peut plus suffire, il faut un compagnon qui l’aide dans cette immense tâche. Ce compagnon lui fut accordé dans la personne du P. Aulagne, c’était lui donner en même temps l’ami le plus fidèle, comme le conseiller le plus sûr. D’une nature timide et douce, le nouveau missionnaire du Hei-loung-kiang se distinguait par une grande piété et une charité rare qui lui gagnaient bien vite l’affection et la sympathie de tous ceux qui l’approchaient. De plus, un jugement droit et un rare bon sens en faisaient, bien malgré lui, un conseiller toujours écouté et auquel on avait toujours recours dans les cas difficiles. Il est resté quinze ans au Hei-loung-kiang toujours le même pour tous ceux qui l’ont connu: il fut placé là par la Providence pour encourager et soutenir ses confrères qui se trouvaient dans ce poste difficile. Aussi, je puis le dire par expérience, bien des larmes ont coulé là-haut, lorsque le P. Aulagne a été rappelé dans le Sud... L’un complétait l’autre, il fallait la foi ardente et entreprenante du P. Noirjean pour remuer cette masse de paganisme, pour briser cette glace qui emprisonnait les cœurs, la douceur et la patience du P. Aulagne achevaient l’œuvre commencée. Cela n’empêchait pas ce dernier de se montrer aussi courageux et actif au besoin. On l’a vu calme et sans émotion continuer ses exhortations à quelques pas d’un énergumène furieux qui, le fusil à la main, menaçait de le tuer.
    Quoique nouvelle venue dans la famille catholique, la chrétienté du Hei-loung-kiang peut se présenter à l’Agneau revêtue de la robe de pourpre. Trois de ses missionnaires l’ont arrosée de leur sang, un de ses fils a confessé généreusement la foi sous les coups, et quoique nouveau catéchumène, l’a confessée jusqu’à la mort. C'était un nommé Ouang-Toung, converti depuis quelques mois seulement. Jeté en prison, il est battu uniquement, lui déclare le mandarin, parce qu’il se dit chrétien. On lui propose l’apostasie ou la mort. « L’apostasie: jamais, » s’écrie-t-il. C’est donc la mort. Il doit expirer sous les coups. Mais par une habileté et un calcul infernal, le mandarin craignant des complications et désireux de diminuer autant que possible les preuves de son injustice, ne veut pas que le généreux athlète meure dans son mandarinat. Il donne des instructions au bourreau; il faut absolument que la mort s’en suive, mais après quelques jours seulement. Le bourreau agit en conséquence. Il broie les chairs du patient, les sources de la vie sont atteintes, on pourra cependant le transporter dans sa famille. Là, au bout de trois jours, il meurt, exhortant sa femme et son jeune enfant à se faire chrétiens. C’était la troisième année après l’arrivée du P. Aulagne. Vingt ans plus tard, on a ouvert le cercueil. Les traits du visage étaient encore si bien conservés que parmi les membres de sa famille, païens et chrétiens, aucun n’a hésité à le reconnaître. Faut-il attribuer cette conservation à une cause naturelle? Quoi qu’il en soit, son tombeau est encore l’objet de la vénération. Un grand nombre de chrétiens et même plusieurs païens prétendent avoir obtenu la guérison de maladies au moyen d’une infusion où on avait mêlé un peu de terre prise sur sa tombe, ou bien quelques fils des vêtements ayant appartenu au martyr. — Quelques années après, c’était au tour du P. Noirjean à verser son sang pour féconder le sol de son apostolat. Il vient à Hou-lan accompagné de quelques chrétiens; tous sont saisis au mandarinat, liés ensemble et jetés pêle-mêle. On les traîne ensuite par les pieds, tandis que d’autres s’acharnent sur eux en les frappant à la figure qui bientôt n’est qu’une plaie. Moitié par crainte, moitié à cause de l’intervention d’un employé du mandarinat, on leur laisse la vie. — En 1882, le P. Conraux vient aussi dans cette même ville de Hou-lan pour fonder un poste. Brusquement assailli dans sa chambre par la gent mandarine, le premier soin du Père est de mettre en sûreté un revolver qui se trouve près de lui. On se précipite sur lui; dans le tumulte, deux coups de feu partent. Un des assaillants tombe mort, le Père a la cuisse traversée par une balle. On le lie ensuite sur un chariot, le promenant par la ville, frappé à chaque instant par la meute acharnée contre lui. On lui remp lit la bouche d’immondices, tout le corps est couvert de meurtrissures et de brûlures; pendant une nuit entière il est ainsi torturé. — Enfin, il y a quatre ans, toujours dans cette ville de Hou-lan, c’est le P. Souvignet qui est assailli par une bande de soldats armés de bâtons. Il a la tête ouverte en deux endroits, le corps tout roué de meurtrissures et laissé pour mort sur le terrain. C’est toujours du mandarinat que viennent les instructions et les auteurs de ces attentats. On dirait un complot pour empêcher de nous établir dans les villes où nous n’avons pas encore de poste, et pour empêcher la divulgation de l’Évangile. Ainsi, au sujet du dernier attentat que je viens de relater, lorsque le P. Souvignet a voulu se dévouer pour aller fonder le poste à Hou-lan, ce fut, à son arrivée, une agitation dans tous les mandarinats. Entre autres, les femmes des divers employés firent le vœu de s'empoisonner avec l’opium (c’est le moyen ordinaire de se suicider dans la Mandchourie septentrionale, et il faut ajouter que ces suicides sont très fréquents surtout parmi les femmes). Elles firent donc le vœu de s’empoisonner si au bout de trois mois le diable d’étranger n’était pas chassé comme ses devanciers. Il va sans dire que le vœu n’a pas été accompli, mais ce ne fut pas de leur faute si le Père est resté à Hou-lan.
    Depuis lors, de nombreux baptêmes ont récompensé le zèle des ouvriers apostoliques, de nombreux districts se sont formés, s’étendant au loin vers le nord et renfermant plusieurs milliers de chrétiens. Deo gratias!

    1900/276-279
    276-279
    Chine
    1900
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