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Mandchourie : Nouveaux Massacres — Ruines

Mandchourie Nouveaux Massacres — Ruines Le dernier numéro de nos Annales racontait les massacres et les pillages qui désolaient nos deux missions de Mandchourie; aujourd'hui encore, hélas ! il nous faut continuer ce douloureux et sanglant récit. Précédemment, nous n'avions pu qu'enregistrer la mort des PP. Leray et Georjon, sans donner aucun détail sur leurs derniers instants. Nous le ferons cette fois, grâce aux lettres du P. Monnier, provicaire apostolique de la Mandchourie septentrionale.
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    Mandchourie
    Nouveaux Massacres — Ruines

    Le dernier numéro de nos Annales racontait les massacres et les pillages qui désolaient nos deux missions de Mandchourie; aujourd'hui encore, hélas ! il nous faut continuer ce douloureux et sanglant récit.
    Précédemment, nous n'avions pu qu'enregistrer la mort des PP. Leray et Georjon, sans donner aucun détail sur leurs derniers instants.
    Nous le ferons cette fois, grâce aux lettres du P. Monnier, provicaire apostolique de la Mandchourie septentrionale.
    Voici ce qu'il dit dans une lettre datée de Nagasaki, 13 août 1900, et adressée au Supérieur du Séminaire des Missions-Étrangères:
    «La situation des PP. Georjon et Leray devenant plus inquiétante à Pei-lin-tse, où ils se trouvaient momentanément réunis, je leur écris de venir me rejoindre à Pa-ien-sousou. Comme ils ne peuvent voyager de jour, ils se préparent à partir pendant la nuit du 15 au 16 juillet. Les chevaux sont déjà sellés, lorsqu'arrive un courrier envoyé par les chrétiens d'Iu-tsing-kai. Le courrier raconte que les chrétiens sont molestés plus que jamais, et aussitôt le P. Leray se détermine à voler à leur secours. Le P. Georjon veut le retenir; peine inutile! Il part avec les chevaux de son confrère et se dirige vers le Nord au lien de venir à Paien-sousou. Il galope toute la nuit, et le 16 juillet, à 9 heures du matin, il est à Iu-tsing -kai. Ce jour-là même, les « Jeûneurs (1) » font irruption dans la résidence ; tout espoir est perdu. Le Père crie à haute voix:
    1. Secte appelée en chinoís Tsaï-li-ti.
    — Que tous les chrétiens se rendent à la chapelle, je vais leur donner l'absolution. »
    «A peine a-t-il pénétré dans l'oratoire que le catéchiste qui l'accompagne le voit s'affaisser; il veut le soutenir et lui demande ce qu'il a; c'est alors seulement qu'il aperçoit la poitrine du missionnaire traversée par une balle, qui vient d'être tirée de la fenêtre. La peur saisit le catéchiste qui réussit à s'enfuir au milieu de la bagarre. Il fait une centaine de pas et se retourne du côté de la chapelle ; déjà là flamme s'élève de toutes parts. Bon nombre de chrétiens ont dû périr comme le Père.
    «En m'apprenant la mort du P. Leray, le P. Georjon me demandait de vouloir bien envoyer le P. Roubin pour tenir sa place à Pei-lin-tse, tandis qu'il se rendrait lui-même à Iu-tsing-kai pour essayer de sauver quelques débris de la chrétienté et rendre les derniers devoirs à notre confrère massacré. Je lui répondis en lui donnant l'ordre de venir près de moi; mais comme Pa-ien-sousou est à deux jours de marche de Pei-lin-tse, ma lettre ne lui est pas parvenue à temps : il était déjà parti. Il a été tué par les «Jeûneurs », avec l'assentiment et à l'instigation des gens du mandarinat d'Iu-tsing-kai. Le bruit court qu'il a été massacré à coups de couteau. Obligé de partir moi-même, au milieu de la nuit et à l'improviste, je n'ai pas pu recueillir de détails plus précis. »
    Une lettre du 3 août nous a annoncé la mort du P. Maurice Li qui a été décapité. C'est le troisième prêtre chinois de la Mandchourie méridionale qui a donné sa vie pour Notre-Seigneur Jésus-Christ.
    Le 23 septembre, notre procureur de Changhaï nous envoyait une nouvelle dépêche de mort: Souvignet a été tué. Le P. Régis Souvignet était un excellent missionnaire, chargé du district de Hou-lan. Il était allé voir un de ses confrères, le P. Delpal, à Leao-tien-tse, quand il apprit que ses chrétiens étaient en danger; il repartit aussitôt et c'est sans doute dans l'exercice de son ministère qu'il a trouvé la mort.
    Aux dernières nouvelles, les missionnaires de San-tai-tze, les PP. Corbel et Alfred Caubrière continuaient de se défendre.
    Une de leurs lettres (6 juillet 1900) nous fait connaître les périls au milieu desquels ils vivent et leurs admirables sentiments de courage et de piété :
    Rien de nouveau ici; nous sommes toujours dans la même situation, environnés d'ennemis. Nous avons eu quelques alertes ; elles ont été sans conséquence. Que les agresseurs viennent par dizaines ou par milliers, nous les recevrons à coups de fusil, et nous combattrons comme des lions avec nos chrétiens.
    Je vous prie de ne pas nous parler de nous rendre à Ing-tse : d'abord, cela nous est impossible à cause de l'insécurité des routes, remplies de soldats et de brigands, et, en second lieu, le P. Caubrière et moi, nous n'aurons jamais le courage d'abandonner nos mille chrétiens à la fureur des païens (1). Ces pauvres gens viennent se réfugier ici et demandent, non pas que nous les préservions de la mort, mais que nous leur permettions de mourir près du missionnaire, pour ne pas être exposés à l'apostasie et pour recevoir les derniers sacrements.
    1. Cette lettre était adressée au P. Choulet, supérieur de la Mission de Mandchourie méridionale depuis la mort de Mgr Guillon.
    Notre vie, à San-tai-tze, se partage entre les exercices de piété et les exercices militaires. Tout le monde a beaucoup d'entrain, est gai, chante. Chacun a son emploi, et tous, hommes, femmes et enfants, ont leur arme spéciale. Au signal donné, la troupe est sur le qui-vive et chacun occupe le poste qui lui a été fixé. Un millier de soldats ne viendra pas facilement à bout de notre résistance.
    En attendant, la renommée de San-tai-tze est prodigieuse; on sait, à Moukden et partout, que nous sommes sur la défensive, et que si l'on nous attaque, nous vendrons chèrement notre vie. Croyez-moi, les Boxeurs et les soldats ne viendront pas de sitôt prendre contact avec nous, et si le vice-roi ne fournit pas de canons à nos agresseurs, nous avons l'espoir fondé de tout sauver. A la grâce de Dieu! Si nous devons périr, nous mourrons contents.
    Serions-nous fiers, le P. Caubrière et moi, d'arriver en Paradis avec nos mille chrétiens ! Quelle belle escorte nous aurions là! Si nous partions d'ici, quelle désolation, quelle ruine! Voilà pourquoi, après avoir mûrement réfléchi, nous nous sommes décidés à rester au poste, nous confiant en la bonne Providence. Nous imitons d'ailleurs en cela notre vénéré Supérieur, qui envoie ses missionnaires en lieu sûr et reste, lui, avec ses ouailles. D'ailleurs, nous sommes plus heureux qu'on ne saurait jamais le supposer...
    «Le sous-préfet de Leao-iang, écrit le P. Choulet le 23 juillet, a fait dire aux chrétiens de San-tai-tze que s'ils lui livraient le P. Corbel et le P. Caubrière et reniaient leur foi, il leur promettait sa protection. Les chrétiens ont répondu qu'ils mourraient chrétiens. Ils se tiennent toujours sur leurs gardes ; mais, comme les Russes n'avancent pas, je crains de recevoir de mauvaises nouvelles ces jours-ci. On sait à Moukden que les chrétiens sont réunis là en nombre considérable, et on ne demande pas mieux que de les massacrer. »
    Une dépêche nous a annoncé ensuite que les PP. Corbel et Alfred Caubrière étaient sains et saufs.
    En effet, un courrier était arrivé dans les premiers jours du mois d'août, de San-tai-tse à Ing-tse, « racontant, dit le P. Chou-let, qu'un bon nombre de soldats qui attaquaient le poste ont été rappelés par le vice-roi pour combattre les Russes. Les retranchements élevés par les PP. Corbel et A. Caubrière et par leurs chrétiens, ont été détruits avec le canon, mais on se défend toujours à l'intérieur des maisons.
    «Je crains fort que les assiégés ne manquent de munitions et de provisions ; impossible de leur en envoyer. J'ai exposé leur situation critique aux officiers russes, mais malgré leur bonne volonté, ces messieurs n'ont pas assez de troupes pour secourir San- tai-tze. »
    Le 23 septembre, nous apprenions que cette chrétienté était de nouveau en grand danger (2).
    1. Nous avons reçu une lettre du P. A. Caubrière; nous la publions plus loin.
    A Kao-chan-touen, les PP. Hérin, Perreau et Laurent Hia, ayant su que des réguliers venaient de Tie-ling les attaquer avec du canon, n'ont pas essayé de résister: ils se sont retirés dans les montagnes de Pei-tcha-koou avec tous leurs chrétiens. Ils y vivent au jour le jour de ce que le bon Dieu leur fait la grâce de rencontrer, car ils n'ont pu rien emporter. De trois courriers envoyés à Ing-tse par eux pour donner de leurs nouvelles, un seul, le dernier, a fini par arriver.
    Un grand nombre de chrétiens ont été massacrés, on évalue leur nombre à plus de mille.
    Les « Tsai-li-ti » (Jeûneurs) prêtent partout leur concours aux Boxeurs pour donner la chasse aux néophytes. Il me serait difficile de dire combien nous comptons déjà de vrais martyrs. Dans une de ses dernières lettres, le P. Corbel affirme qu'il y en avait déjà plus de mille dans le seul district de Moukden.
    Le fameux « eul-ta-jen » (assesseur du vice-roi), l'ennemi juré du catholicisme, a envoyé ses limiers dans les villages des environs de la capitale, et tous les chrétiens qui n'apostasiaient pas furent conduits à Moukden et décapités. Leurs biens ont été confisqués au profit du gouvernement. En même temps, un édit était publié, déclarant que les chrétiens qui apostasieraient, pourraient rentrer en possession de tout ce qu'ils avaient perdu.
    On ne trouve plus un païen qui veuille leur donner asile. Les aubergistes eux-mêmes, avant de recevoir un voyageur, lui demandent s'il est chrétien, et s'il répond affirmativement, le moindre mal qu'ils lui fassent, c'est de lui refuser l'entrée de l'auberge. Les liens de parenté et d'amitié sont rompus.
    La tourmente a sévi partout en même temps, du nord au sud et de l'ouest à l'est. « Les Boxeurs n'ont guère été que comme des chiens d'arrêt dont les mandarins se sont servis; les Tsai-li-ti sont venus bientôt se joindre aux Boxeurs; mais les grands coupables sont les soldats et les mandarins qui les commandent. Là où les chrétiens ont résisté, les Boxeurs n'ont rien pu faire d'eux-mêmes; malheureusement, les soldats sont arrivés à leur aide avec des canons européens et ont tiré sur nos établissements comme sur une forteresse ennemie. »
    Quant aux désastres matériels, ils sont énormes, nous en avons déjà parlé ; voici ce que disent sur ce sujet les lettres du P. Choulet :
    Ing-tse, le 31 juillet 1900.
    Yang-kouan n'existe plus ; toutefois les chrétiens se sont dérobés au massacre par la fuite.
    Cha-ling est détruit également. Le feu a dévoré l'église, la résidence, le collège de la Mission, les écoles, la maison des Sœurs de la Providence et leur grand orphelinat. C'est le 23 juillet seulement que l'incendie a été allumé : je n'ai aucune nouvelle des 700 chrétiens du village. Les élèves du collège sont dispersés aux quatre vents du ciel. L'un des plus grands, Fabien Tchao, a été pris et conduit à Leao-iang. Après avoir confessé la foi dans cinq audiences consécutives, le cher enfant a été décapité.
    Ing-tse, le 2 août 1900.
    Actuellement, de tous nos établissements dans nos vingt-cinq districts, il ne nous reste que ceux d'Ing-tse et de Tchakeou (N.-D. des Neiges).
    La prise de Kai-tcheou par les Russes a ramené un peu de paix dans les environs de cette ville.

    1900/266-270
    266-270
    Chine
    1900
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