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Mandchourie Méridionale la lutte à San-Tai-Tze

Mandchourie Méridionale la lutte à San-Tai-Tze (Notes de siège) Voici maintenant quelques notes écrites par le P. A. Caubrière, au jour le jour, au milieu des balles et des blessés, dans l'angoisse d'une situation poignante et pourtant quel calme d'âme elles respirent! Ne sent-on pas en les lisant, avec quel courage résigné nos chers missionnaires défendaient leurs chrétiens et bravaient la mort. Jésus et les âmesSan-tai-tze, le 19 août 1900, Mes bien-aimés Parents,
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    Mandchourie Méridionale la lutte à San-Tai-Tze
    (Notes de siège)
    Voici maintenant quelques notes écrites par le P. A. Caubrière, au jour le jour, au milieu des balles et des blessés, dans l'angoisse d'une situation poignante et pourtant quel calme d'âme elles respirent! Ne sent-on pas en les lisant, avec quel courage résigné nos chers missionnaires défendaient leurs chrétiens et bravaient la mort.

    Jésus et les âmes San-tai-tze, le 19 août 1900,

    Mes bien-aimés Parents,
    Gloire au bon Dieu et à la très sainte Vierge immaculée qui nous ont accordé jusqu'ici leur très consolante et très visible protection. Votre Alfred a vu le martyre de bien près, mais il n'en a pas été jugé digne. Ce sera peut-être pour plus tard, après qu'il aura bien et longtemps travaillé au service de ses Mandchoux.
    Voilà un bon mois que je ne vous ai point écrit. Ne m'en voulez pas, il n'y a pas de ma faute. Toutes les communications étaient coupées; encore à l'heure actuelle, quoique la situation soit un peu meilleure, le porteur de cette lettre risquera sa tête. Que le bon Dieu le protège et le garde sur la route, car ce porteur est un brave chrétien, qui s'est déjà exposé pour nous.
    Au début des troubles, les chrétiens vinrent se réfugier autour de notre église. Puis nous eûmes nouvelle de la destruction des résidences voisines heureusement désertes; du haut de notre tour nous vîmes l'incendie de Cha-ling.
    Ensuite on s'attaqua à nous. Dans la nuit du 25 juillet : des soldats chinois, des révoltés, des gardes nationaux remplissaient les villages voisins. Après la messe, nous n'eûmes plus aucun doute : soldats et canons arrivaient.
    Si vous voulez, je vais vous transcrire ici quelques mots griffonnés au jour le jour sur la marge de mon Ordo. Plus tard, « si Dieu me prête vie », je tâcherai d'entrer en plus de détails.
    25 juillet. Canonnade de l'église et du couvent, par 300 ou 400 ennemis, armés de trois canons et de bons fusils européens. Chez nous, 3 morts et quelques blessés.
    26 juillet. Matinée, attaque terrible, on repousse les Boxeurs. Bataillon de chrétiens sortent. Nous, 3 morts et quelques blessés. Eux, 7 ou 8 morts.
    27 juillet. Moins de canon, mais fusillade presque continuelle. Fausse alerte la nuit dans l'église. Ni morts ni blessés.
    28 juillet. On travaille à creuser des fossés dans nos jardins. Fusillade presque continuelle. Ni morts ni blessés.
    29 juillet. Après midi, attaque des Boxeurs (ils simulent un secours reçu de Moukden). De notre côté, 2 blessés; eux, une vingtaine de morts. On raconte l'apparition de la sainte Vierge à une femme de Sin-min-touen. Mort d'un chef Boxeur.
    30 juillet. Matin, assez tranquille. Soir, nos ennemis reçoivent un renfort de gardes nationaux. Attaque assez violente. De 4 heures à 7 heures du soir, bombardement de notre résidence et de la Sainte-Enfance. La Sainte-Enfance est sauvée de l'incendie par l'héroïsme de quelques chrétiens. Chez nous, 4 ou 5 morts (quelques-uns écrasés) et autant de blessés. Nuit paisible.
    31 juillet. Le matin, une attaque des Boxeurs échoue. L'après-midi, presque pas de coups de fusil, mais les ennemis semblent se préparer. Ils construisent des redoutes. Le soir, attaque manquée.
    1er août. Matinée : fusillade terrible et canonnade de notre maison, plusieurs blessés. L'après-midi, encore fusillade, mais bien moindre. Le soir, le P. Corbel et nos soldats vont détruire quelques redoutes au dehors. Nuit tranquille.
    2 août. Journée tranquille, quelques coups de fusil à peine, mort d'une blessée : Ouang Maria.
    3 août. Dans l'après-midi, les ennemis, par la canonnade et la fusillade, réussissent à brûler la Sainte-Enfance et la grande maison de notre voisin.
    4 août. Presque rien.
    5 août. Presque rien.
    6 août. Dans la nuit du 5 au 6, nous célébrons la messe dans notre chambre. Des chariots de munitions arrivent aux ennemis cette même nuit. Terrible journée : 180 obus sont lancés contre nous. Notre meilleur soldat blessé ; 6 ou 7 ennemis tués. Quelques-uns de nos blessés succombent. Encore des incendies.
    7 août. Une centaine d'obus, fusillade. Ni morts ni blessés parmi nos soldats. Résidence criblée. On entend nos ennemis soldats et Boxeurs se disputer. Nous utilisons les boulets ennemis non éclatés et en retirons d'excellente poudre européenne.
    8 août. Fusillade toute la journée. Un de nos cuisiniers tué d'un coup de canon pendant qu'il préparait la soupe. On ne mange que très tôt et très tard. Plus de riz. On tue deux porcs. Pendant la nuit, alerte, les ennemis nous envoient 6 ou 7 coups de canon. Quatre femmes voient au ciel une croix lumineuse.
    9 août. Vers 8 h. 1/2, attaque. Grand nombre d'ennemis sont vus ; peu attaquent, mais sans relâche ; 3 ennemis sont tués le matin, autant le soir.
    10 août. Vers midi, prise d'un espion boxeur. Combat, quelques blessés. Pendant la nuit on va récolter des aubergines et abattre quelques épaulements faits par les ennemis.
    11 août. Après midi, attaque, canonnade. La tour de l'église s'écroule. Eux, 20 morts 10 blessés. Nous, 2 blessés. Retour de trois de nos fugitifs qui nous apportent quelques nouvelles. L'attaque du soir dure longtemps.
    12 août. Dimanche, pas de messe, malgré le désir de tous. Fusillade et canonnade. Nous, ni morts ni blessés. Eux, 3 ou 4 morts et autant de blessés. Matin et soir attaque. Soldats de Sin-min-touen et de Moukden réunis. Un moment ils entrent; nous parvenons à les repousser.
    13 août. Quatre morts et quelques blessés chez nous. Eux, 15 à 20 morts. Nos soldats prennent des armes de Boxeurs enrégimentés par le mandarin de Sin-min-touen.
    14 août. Tranquillité.
    15 août. Deux messes vers une heure du matin, communion générale. Dans l'après-midi, on apprend que les soldats ont quitté le pays lundi soir.
    Et ce n'étaient pas seulement des centaines d'ennemis que nous avions, mais au moins 2.500 (1.500 soldats et 1.000 Boxeurs) si nous en croyons les païens. On a tiré sur nous environ 600 coups de canon et 50.000 coups de fusil. Nous avons 17 à 18 morts. Eux, 150 morts, 50 blessés, d'après les plus récents renseignements; plusieurs de leurs chefs ont été tués.
    Vous pourrez remarquer que nous n'avons été guère attaqués la nuit. Nos ennemis ont affirmé qu'ils avaient souvent aperçu des clartés dans nos jardins pendant la nuit, et surtout au-dessus et autour de l'église un grand nombre de soldats mystérieux vêtus de blanc et portant des ailes.
    Les bons anges nous auraient donc aussi visiblement protégés.
    Nous n'avions pour combattre qu'un canon et une soixantaine de fusils, dont très peu à tir rapide. Quand le siège a cessé, nous n'avions plus que cinq livres de poudre. Notre délivrance est un vrai miracle de la sainte Vierge.
    Nous espérons que cette délivrance sera complète. Les Russes approchent vainqueurs. Les soldats chinois peuvent encore venir nous attaquer, mais le bon Dieu aussi peut encore nous sauver.
    En vous écrivant ces pages, je crois rêver, cela a été pourtant vécu. Ni le P. Corbel ni moi n'avons été blessés ; nous ne sommes pas non plus malades.
    Je n'ai reçu qu'un petit coup de soleil à un moment où je m'attendais bien plutôt à recevoir un coup de fusil. C'était le second jour.
    Les soldats chinois ont dit que si nous leur tombions entre les mains, ils nous déchiquetteraient. Cela vous sourit-il? Pour moi, j'aime mieux penser que le bon Dieu va nous garder les uns aux autres et bien longtemps encore.
    Allons, je vous embrasse tous plus tendrement encore qu'autrefois, si cela est possible, papa et maman bien-aimés. Partagez les baisers à toute notre chère tribu. Vive Jésus.
    Votre très timide guerrier qui vous aime,
    Alfred-Marie CAUBRIÈRE.
    Délivrance de San-tai-tze
    Aujourd'hui, 19 octobre, nous recevons une dépêche de Chang-hai nous apprenant que San-tai-tze a été délivré.
    A MES CONFRÈRES

    massacrés en Chine

    Salut, Victimes salutaires,
    Témoins de Jésus-Christ, salut, salut à vous
    O vous, mes égaux de naguères,
    Vous qui jadis étiez mes amis et mes frères
    Je vous vénère à deux genoux.

    Honneur à ces martyrs! Les terres in fidèles
    Ont vu leur sang couler à flots
    Que leur cur fut vaillant! Que leurs palmes sont belles!
    Ouvrez-vous, portes éternelles,
    Ouvrez-vous devant ces héros!
    Ciel et terre, entonnez un hymne à leur mémoire!
    Soldats du Christ, ils sont tombés dans ses combats,
    Mais tombés en vainqueurs, tombés couverts de gloire,
    Anges de Dieu, chantez leur sanglante victoire
    Et jusqu'au Saint des Saints portez-les dans vos bras!

    Je baise avec respect vos pieds, nobles victimes,
    Vos pieds si beaux, meurtris pour l'amour de Jésus
    Je vénère ces mains qui se joignaient sublimes
    Sous les aveugles coups de bourreaux éperdus
    Ces bouches qui priaient, ces yeux qui, tout émus,
    Rendaient grâces au Ciel de l'honneur du martyre,
    Ces fronts qui, tout saignants, s'éclairaient d'un sourire
    Le beau sourire des élus.
    Salut, Victimes salutaires,
    Témoins de Jésus-Christ, salut, salut à vous
    O vous, mes égaux de naguères,
    Vous qui jadis étiez mes amis et mes frères
    Je vous vénère à deux genoux.

    UN MISSIONNAIRE.

    1900/271-275
    271-275
    Chine
    1900
    Aucune image