Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Maissour : Une conversion

Maissour Une Conversion Je ne crois pas pouvoir vous taire les détails d'une conversion qui parait fort singulière. C'est celle d'un païen âgé C d'environ 18 ans, de la caste des Okkaligars ou laboureurs, ne il Nédhémavinapoura près de Tunugal. Son père tuait un prêtre fervent de Wishuou, auquel il sacrifiait plusieurs rois par jour. Le jeune homme s'appelait D'Assa, c'est-à-dire esclave effet, vous verrez dans ce récit qu'il était bien le malheureux esclave de Satan.
Add this
    Maissour



    Une Conversion



    Je ne crois pas pouvoir vous taire les détails d'une conversion qui parait fort singulière. C'est celle d'un païen âgé C d'environ 18 ans, de la caste des Okkaligars ou laboureurs, ne il Nédhémavinapoura près de Tunugal. Son père tuait un prêtre fervent de Wishuou, auquel il sacrifiait plusieurs rois par jour. Le jeune homme s'appelait D'Assa, c'est-à-dire esclave effet, vous verrez dans ce récit qu'il était bien le malheureux esclave de Satan.

    D'Assa profita vite des exemples et des leçons de son père, jeune encore il connaissait Parfaitement les rites du sacrifice de sa divinité, et il était en étal de suppléer son père dans son office de sacrificateur lorsqu'il fut éloigné de la maison paternelle par un événement, qui me semble providentiel et la cause de sa conversion à la vraie religion.

    Il y a environ huit ans les villageois craignant le courroux de leur dieu qu'ils supposaient irrité contre eux, résolurent, pour l'apaiser, de faire une sorte de manifestation religieuse dans dix villages voisins, et D'Asse fut désigné pour en faire partie. Un certain nombre d'hommes s'habillèrent en femme et se mirent à parcourir les villages; ils chantaient et dansaient en l'honneur de Wishnou et puis se séparaient pour demander leur nourriture il titre d'aumône dans diverses maisons. Or il advint que D'Assa, s'étant attardé dans une maison, ses compagnons quittèrent le village sans I'attendre, soit par oubli, soit par malveillance. Le jeune homme, ainsi abandonné et ignorant le chemin de son pays natal, promit dix roupies à des charretiers pour être reconduit chez lui. Ceux-ci manquant à leur engagement, I'entraînèrent leur suite, de côté et d'autre, pendant une quinzaine de jours, avant de prendre la direction convenue ; puis ils furent dévalisés par des voleurs, qui leur enlevèrent argent, bijoux et vêtements ; ils refusèrent alors de tenir leur parole, alléguant la nudité et l'indigence qui les forçaient à retourner promptement chez eux.

    Délaissé de re chef il s'associa à un groupe de Kannambadis ou sorciers, qui courent de village en village porteurs d'une idole, qui est censée révéler les événements cachés et futurs: ceux-ci promirent de le reconduire dans ses foyers sous condition d'un service de trois ans. D'Assa, sans argent, sans ressource, consentit h tout ce qu'on voulut et devint le pasteur du dieu des diseurs de lionne aventure.

    Mais son espoir fut déçu de nouveau et il entra au service d'un laboureur de Shaktiganhally, non loin de mon district de Sattihally, son maître s'engageait seulement à fournir aux dépenses du mariage de ce nouveau Jacob, au bout de quatre années de service. Tout alla bien pendant les trois premières années; mais la quatrième fut troublée pour lui par des songes fréquents, pendant lesquels une belle dame inconnue lui apparaissait, vêtue de blanc, tenant un cierge à la main, et lui disant « : Namma oùrighé bà (viens à mon village) ». Le jeune païen, effrayé de cette vision, alla consulter la pythonisse de Shaktiganhally. Celle-ci, le voyant arriver, entra en grande colère et lui cria : « Comment oses-tu venir me consulter toi qui vas embrasser la loi du vrai Dieu ? Va, va te faire chrétien ! » D'Assa eut beau protester qu'il n'y avait jamais pensé, la pythonisse ne voulut rien écouter, et publia la nouvelle de sa conversion prochaine.

    De fait, D'Assa ne se sentait alors pas incliné vers une religion dont il n'avait jamais entendu parler qu'avec mépris, et faisait la sourde oreille aux conseils de l'apparition. Enfin la dame blanche se montra à lui un bidon à la main, lui répéta d'un air menaçant : Viens à mon village (probablement celui de Sattihally dont l'église, comme vous le savez, est dédiée à la Sainte Vierge).

    Sur ces entrefaites, le laboureur vint à mourir, ses héritiers refusèrent de tenir la promesse faite, et D'Assa retourna vers la pythonisse. Celle-ci lui prédit de nouveau qu'il ne tarderait pas à être chrétien et comme preuve de sa science elle lui affirma qu'il trouverait sur son chemin un serpent capela.

    En effet, D'Assa s'étant mis en route, rencontra un énorme serpent capela en passant devant l'église de Sattihally, il sentit soudain ses jambes se dérober sous lui ; il demeura fort surpris n'ayant jamais rien éprouvé de semblable, et ne pouvant l'attribuer à la fatigue d'un voyage qui commençait à peine. Il s'efforça de surmonter cette impression, mais nouveau Saul, il fut terrassé par une force invincible qui transforma également sa volonté. Un chrétien de Sattihally venant à passer et lui ayant demandé ce qu'il faisait ainsi gisant, D'Assa répondit sans hésiter : « Je veux me faire chrétien ».

    Il fut aussitôt placé dans une maison chrétienne, où on lui apprit les prières de notre sainte religion. La première fois qu'entrant dans l'église il y vit la statue de Marie il s'écria : « Voici la dame qui m'est apparue ». Je ne sais ce qu'il faut penser de ces songes, mais je puis assurer que le jeune homme ne saurait être soupçonné de supercherie dans le récit qu'il m'a fait lui-même de toutes ses aventures. Il n'était pas encore arrivé au terme de ses épreuves. Le démon, craignant sans doute de perdre son esclave, s'empara de lui, lui causa des don leurs violentes le menaça des plus mauvais traitements s'il abandonnait son service, et parla même par sa bouche. Ainsi, le 26 juillet, au moment où les chrétiens, sortant de la prière du soir, venaient me demander nia bénédiction selon l'usage, le maître de la maison où était placé D'Assa le traira devant moi disant que depuis dette jours il était, bouleversé, ne travaillant, ne mangeant, ne dormant plus et parlant un langage diabolique. Je me souviens que la, veille, qui était un dimanche, il était sorti de l'église au milieu du sermon, et je lui en demandai la raison. Le jeune homme me répondit qu'une fore supérieure l'entraînait et que c'était à l'église, surtout, pendant tes offices qu'il était tourmenté par le démon. Impressionné de cet aveu, je songeais à lui conférer le baptême, excellent exorcisme contre le démon; niais ne l'ayant pas trouvé assez instruit, je le pressai de se mettre en mesure d'être baptisé au plus tôt. Ensuite je lui attachai au cou une croix et une médaille miraculeuse de la sainte Vierge, je lui fis faire le signe de la croix, lui suggérai quelques pieuses aspirations à Jésus et à Marie et le renvoyai en lui disant que je le bénirais le lendemain matin, s'il venait à la messe.

    Le jour suivant, D'Assa s'étant présenté à la table de communion après la Messe, je prononçai sur lui les premiers exorcismes du Rituel, et sommai le démon d'abandonner cet homme sans lui faire aucun mal. Le possédé s'éloigna et se coucha en proie à de vives souffrances, mais presque aussitôt après il se releva, et se tournant du côté de l'église, il joignit les mains en disant : « Je quitte cette demeure ; je ne puis plus lutter contre la puissance des grands (du prêtre?) Mais je vais appeler sept camarades qui sont là-bas au-dessous des Gliales ». Et alors, le malheureux, toujours agissant sous l'influence de Satan, s'arracha une mèche de cheveux, l'attacha à un de ses doigts de pied, sortit du village en toute Mate, se dirigea vers une arbre appelé gonne, en rompit une branche, la jeta à terre et fit plusieurs fois le tour de cette branche en gambadant et crachant dessus. Après toutes ces extravagances, D'Assa revint à la maison calme et triomphant, disant à ceux qu'il rencontrait : « Je suis guéri, le diable est parti ; mais, hélas ! Il y en a sept autres qui doivent venir dans quelques jours ».

    Averti par des témoins oculaires de cette aventure, je surveillai D'Assa, et le 6 août, je vis se réaliser la parole de I'Evangile : « Lorsqu'un esprit impur est sorti d'un homme, il s'en va par des lieux arides cherchant du repos, et comme il n'en trouve point, il dit : je retournerai dans la maison d'où je suis, sorti. Et y venant le la trouvant nettoyée et parée, il s'en va prendre avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, et entrant dans celle maison, ils en font leur demeure, et le dernier état de cet homme devient pire que le premier » (Luc, XI, 24, 25, 26). En effet, le soir de ce jour-là, mon catéchiste vint me dire que D'Assa était tourmenté par le démon plus violemment que jamais, je lui prescrivis de me l'amener immédiatement.

    D'Assa, ou plutôt Satan en lui, faisait de grandes difficultés pour s'approcher du prêtre, enfin il céda, et je le vis arriver, témoignant une appréhension extrême et cachant son visage dans son vêtement. Alors commença entre moi et le démon lu dialogue suivant :

    Combien êtes-vous dans cet homme ?

    Nous sommes sept.

    Quel est votre nom?

    Doddhamma, Houtshamma, Kiatanina, Lakchimédévi, Vantibédiamma, Yellamma, Mulhukathéamma (Noms de divinités vénérées par les païens du Maïssour).

    D'où venez-vous ?

    D'au-dessous des Ghates.

    Pourquoi êtes-vous venus?

    Notre sur cadette, que vous avez chassée d'ici, nous a appelés?

    Pourquoi vous a-t-elle appelés?

    Pour ramener D'Assa dans sa famille, car son père nous a fait des offrandes pour le retrouver.

    Que vous a-t-il offert ?

    Un bélier.

    Quoi encore ?

    Un bouc

    Et puis?

    Un porc.

    Est-ce tout ?

    Il nous a aussi donné cinquante roupies.

    Pour quelle raison vous fait-on des offrandes ?

    Parce que nous sommes des divinités.

    Comment, des divinités ! Y a-t-il donc plusieurs Dieux ?

    Non, il n'y en a qu'un.

    S'il n'y en a qu'un, convenez que vous êtes des misérables dénions qui prenez le nom de divinités pour séduire les homme et les conduire en enfer. Ne connaissez-vous pas Marie ?

    Marie ! Oh ! Nous ne la connaissons que trop : c'est elle qui a empêché notre sur d'emmener D'Assa.

    Connaissez-vous aussi .Jésus-Christ ?

    O ! Oui, c'est lui qui nous a foulés aux pieds.

    Jésus-Christ est-il Dieu ?

    Oui.

    S'il est Dieu humiliez-vous devant lui et dites-lui Jésus, soyez béni.

    Jé Jé Jé...... Jé......

    C'est par orgueil que vous ne voulez pas le dire. Hâtez vous, sinon voici le fouet (Je montre le bâton du Catéchiste).

    Jés... Jés... Jésus, soyez béni !

    Dites à tous ceux qui sont, ici présents où vont les païens après leur mort.

    Au ciel.

    Eh quoi! Au ciel! Est-il possible de mentir de la sorte ! Avouez la vérité, ou gare le bâton !

    Ah ! Père, ne frappez pas. Ils vont en enfer, c'est certain.

    Eh bien, s'ils vont en enfer, c'est aussi pour y précipiter D'Assa que vous venez le chercher ; niais je vous défends de l'emmener. Il faut qu'il reçoive le baptême et qu'il adore le vrai Dieu.

    Ah ! Père, laissez-nous l'emmener. Si vous lui donniez le baptême, vous nous mettriez du feu dans le ventre et il nous faudrait l'abandonner pour jamais.

    Le temps de lui donner le baptême n'est pas encore venu, mais je vous ordonne de le quitter avant qu'il reçoive ce sacrement.

    Laissez-nous l'emmener, car son père est fâché contre nous, et, de dépit, il ne nous offre plus que du poivre.



    JUILLET AOUT 1903. 34



    Non, je vous défends de I'emmener pour le perdre éternellement. Renoncez à lui pour jamais.

    Oh ! Père, laissez-nous le posséder encore pendant quinze jours.

    Non, non, je veux que vous le quittiez avant 9 heures.

    Au moins laissez-nous libres jusqu'à minuit.

    (Saisissant l'énergumène et menaçant de le frapper) Vilains démons, votre orgueil vous empêche d'obéir, mais je vais l'abattre, vous serez roués de coups, vous serez foulés aux pieds, voilà tout ce que vous méritez et vous l'aurez.

    Père! Père ! Laissez-nous, laissez-nous ; nous partons, nous partons.

    Partez donc bien vite et laissez ce jeune homme tranquille.

    Quel signe voulez-vous de notre départ?

    Apportez-moi une branche d'arbre.

    A ces mots l'énergumène s'arrache violemment une mèche de cheveux qu'il lance à mes pieds, il cherche des yeux un arbre où il puisse rompre la branche requise. Les arbres étaient nombreux autour de nous, aucun ne partit agréer à Satan. Mal gré l'obscurité de la nuit il courut en dehors du village et revint quelques minutes après portant deux branches de gonne qu'il jeta à mes pieds d'un air indigné et honteux.

    A partir de ce moment D'Assa, délivré de la possession du démon, se montra aussi paisible qu'heureux. Je lui fis le signe de la croix sur le front, lui dis quelques paroles de consolation et le renvoyai chez lui, en recommandant au maître de la maison de lui rattacher au cou la croix et la médaille que le diable lui avait ôtées, et de lui donner à manger, car il était a jeun de puis la veille.

    Au milieu de la nuit, trois autres démons vinrent, dit-il, le visiter et se plaignirent amèrement des humiliations qu'avaient subi les premiers. « Comment, lui disaient-ils, as-tu laissé traiter de la sorte nos compagnons par le prêtre des chrétiens? Nous revenions Lier soir do donner un maladie aux bestiaux de tel village, quand nous les entendîmes hurler en se lamentant d'avoir été si indignement, malmenés par les ; grands (le prêtre) et jurant de ne plus approcher de la maison jusqu'à la quatrième génération. Alors nous avons voulu voir celui qui est cause de leur malheur. Mais si sept divinités ont été vaincues et chassées impitoyablement, que pouvons-nous faire étant trois seulement ? »

    Il paraît, en effet, que ces derniers démons redoutaient fort d'être comme les autres, dès le lendemain matin, ils se hâtèrent de remplir par la bouche D'Assa un message, qui leur paraissait important, en avertissant quelques parias de l'endroit qu'en Punition du vol d'une vache, ils seraient atteints du choléra dans le courant de l'année. Ensuite passant devant la grotte de Notre-Dame de Lourdes, ils se plaignirent longuement à Marie de ce qu'elle causait tous leurs maux et disparurent, laissant pour signe de leur départ la mèche de cheveux accoutumée.

    Peu de jours après D'Assa reçut le baptême dans des dispositions fort édifiantes et changea son nom contre celui de Paul.


    1903/236-242
    236-242
    Inde
    1903
    Aucune image