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Maison de retraite des prêtres Annamites

COCHINCHINE OCCIDENTALE LETTRE RE DE Mgr MOSSARD N.-D. DU ROSAIRE Maison de retraite des prêtres Annamites
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    COCHINCHINE OCCIDENTALE

    LETTRE RE DE Mgr MOSSARD

    N.-D. DU ROSAIRE

    Maison de retraite des prêtres Annamites

    En nos temps d'activité fébrile, de labeurs souvent excessifs pour le corps, de préoccupations plus débilitantes encore pour l'âme, on cherche partout à atténuer l'effet des causes qui, en mettant l'homme dans l'impossibilité de travailler, le privent par là même de son salaire et partant de ses moyens d'existence. A aucune époque on n'a dans la vieille Europe, tant parlé de caisses d'épargne, de secours mutuels, de garanties contre les accidents de travail ou de retraites pour la vieillesse. Rien d'ailleurs de plus naturel, de plus humain, ni de plus éminemment social. Presque tous les métiers usent l'organisme, les uns plus vite, les autres plus lentement, et tout homme aussi arrive à la période d'inaction qui s'appelle vieillesse, quand il y arrive. Cette période devrait être celle du repos ; pour combien, hélas ! N'est-elle pas un stage plus pénible dans la misère !
    L'Apostolat, sous quelque rapport qu'on l'envisage, en quelque lieu qu'il s'exerce, est un des plus durs métiers imposés à l'homme ou librement acceptés par lui, et ses Invalides constituent une catégorie nombreuse aussi intéressante à étudier et à secourir que celle des ouvriers et des autres hommes de peine.
    La Société des Missions Etrangères de la rue du Bac a pourvu par divers établissements au devoir et au soin qui lui incombaient de recueillir ses malades temporaires et ses vétérans. Il y a des maladies ou des infirmités telles qu'un séjour en France devient absolument nécessaire : mais ces retours, pour l'ordinaire, n'ont lieu que lorsqu'il a été bien constaté que la guérison ne peut pas être obtenue ailleurs qu'au pays natal. Dans la plupart des cas, les missionnaires malades retrouvent la santé ou meurent face au drapeau dans le sanatorium de Hong-kong ou dans celui des Nilgiris.
    Ne semble-t-il pas que le temps est venu où le clergé indigène augmenté en des proportions que ne connaissaient pas les débuts des Missions, va, lui aussi, avoir des Invalides, et chaque Vicariat Apostolique ne doit-il pas d'ores et déjà songer à payer sa dette de justice et de reconnaissance envers ses vieux serviteurs ?
    Aidée par une bienfaitrice insigne de notre Société, et par un pieux et généreux Annamite qui fut jadis élève du collège général de Penang et qui s'était ensuite enrichi dans l'exploitation des rizières, la Mission de Saigon vient de construire un asile pour ceux de ses prêtres indigènes atteints d'infirmités ou arrivés à la limite d'âge du service actif. Cette nouvelle construction (voir la gravure) s'élève, sans rien qui l'entoure, rien qui la cache, au beau milieu de cette immense plaine de Chi Hoa, qu'on nomme plus communément à Saigon, la plaine des tombeaux, parce que son sol est, à perte de vue, constellé de tumuli. On sera peut-être instinctivement tenté de dire que l'idée de s'établir au sein d'une nécropole, afin de se préparer à la mort, est chrétiennement bien imaginée, mais que le séjour peut en être dangereux pour la santé, le site à coup sûr peu agréable pour les yeux. On se tromperait sur les deux dernières appréciations, au moins. C'est en effet, sur les petits mamelons de cette plaine que l'air, en Basse Cochinchine, est le plus pur, sinon le plus vif ; et comme la mort n'a rien ici de lugubre, rien n'effraie moins les vivants que la compagnie ou le voisinage des morts.
    De l'air pur, de la solitude, une installation confortable, voilà déjà trois éléments de repos ; il y manque encore un peu d'ombre, mais elle viendra vite, car on a planté des manguiers qui poussent admirablement dans ce terrain sablonneux. De la maison on passe à la chapelle par un couloir couvert, et à l'abri du soleil et de la pluie.
    Si vous ne saviez pas que l'Eglise Catholique ne trouve rien de trop beau pour l'ornementation du temple où elle donne abri à son Dieu, rien de trop précieux pour la décoration de l'autel où ce Dieu daigne résider, afin de justifier son doux nom d'Emmanuel, vous le comprendriez en pénétrant dans cette chapelle. Tout y porte à la piété, tout y est frais et gracieux, vitraux, statues, chemin de croix, et vous admireriez encore la délicatesse de mère incomparable qu'a l'Eglise de transformer presque en berceau, la demeure où la vieillesse de ses enfants va passer ses derniers jours.
    Les bâtiments sont prêts, la chapelle mesure 32 mètres de long sur 13 de large et 17 de haut. La bénédiction en a été faite le 12 décembre dernier avec toute la solennité possible. Tout le Séminaire de Saigon, 30 missionnaires ou prêtres indigènes et bon nombre de chrétiens assistaient à cette cérémonie
    Si la Mission de Cochinchine occidentale n'est pas la première à inaugurer un refuge pour ses prêtres indigènes, elle peut croire, sans vanité, qu'elle a convenablement fait une oeuvre digne sous tous les rapports de la sollicitude actuelle des missions.
    Daigne le Divin Maître répandre ses plus abondantes bénédictions et sur ce nouvel établissement et sur ces insignes bienfaiteurs dont un grandement dévoué à l'OEuvre des Partants, désire n'être connu que de Lui.


    1903/104-106
    104-106
    Vietnam
    1903
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