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M. Wehinger et son oeuvre

M. Wehinger et son oeuvre PAR M. LAFON Un missionnaire du Vicariat apostolique de la Birmanie septentrionale, M. JEAN WEHINGER, qui se dévoua au soin des lépreux pendant de longues années, est mort le 6 septembre 1903. Le missionnaire, qui lui ci succédé, M. Lafon, a résumé en quelques pages les travaux de notre confrère ; nous devons à ceux et à celles qui aidèrent le courageux apôtre de les publier dans nos Annales. M. Jean WEHINGER naquit à Dabin, diocèse de Brixen, (Au-triche), le 28 novembre 1864.
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    M. Wehinger et son oeuvre

    PAR M. LAFON

    Un missionnaire du Vicariat apostolique de la Birmanie septentrionale, M. JEAN WEHINGER, qui se dévoua au soin des lépreux pendant de longues années, est mort le 6 septembre 1903. Le missionnaire, qui lui ci succédé, M. Lafon, a résumé en quelques pages les travaux de notre confrère ; nous devons à ceux et à celles qui aidèrent le courageux apôtre de les publier dans nos Annales.

    M. Jean WEHINGER naquit à Dabin, diocèse de Brixen, (Au-triche), le 28 novembre 1864.

    Par exception le Séminaire de Missions Etrangères qui, généralement, ne reçoit que des Français, l'admit au nombre de ses élèves et, le 27 novembre 1889, M. Wehinger partit pour la Birmanie.

    « Espoir et confiance » était la devise chère à ce héros de la charité.

    M Wehinger l'inscrivit en tête de son premier compte rendu en1892 ; il la sema dans toutes les brochures qu'il publia dans la suite, et il la fit retentir encore, mais avec un certain air de triomphe, dans la dernière qui parut presque à la veille de sa mort1.

    MAI JUIN 1905. N° 45.

    C'est en répétant ces mots et surtout en s'inspirant de la vertu qu'ils expriment, que le Père conçut en 1890 la belle oeuvre à laquelle il consacra sa vie ; c'est en nourrissant dans son coeur l'espoir et la confiance, qu'il put donner à cette oeuvre un admirable épanouissement.

    Le jeune missionnaire choisit parmi les labeurs de l'apostolat ceux qui offrent le plus de fatigues, qui répugnent le plus à la nature : le soin des lépreux. Il ne vit dans ces malheureux rebuts de l'humanité repoussés par la société, en butte à toutes les misères et à toutes les humiliations que les membres souffrants et méprisés du Maître.

    Afin de le servir, il vécut au milieu d'eux, il les rassembla dans sa maison, il s'habitua à respirer l'atmosphère viciée par la décomposition de ces corps à peine vivants ; de ses mains, il soigna leurs affreuses plaies, et tandis que son regard pénétrait sans horreur le hideux spectacle de ces membres rongés par les vers, son âme compatissante répandait dés rayons de consolation et de joie, dans l'âme de ces êtres qu'il appelait « ses chers enfants lépreux ».

    Cependant la léproserie Saint-Jean eut des difficultés à vaincre. Les obstacles se multiplièrent sous les pas de son fondateur ; ils ne firent qu'exciter son ardeur et son activité.

    Sans ressources, il adopta les premiers membres de cette famille qui ne devait cesser de s'accroître ; il y a tant de milliers de lépreux en Birmanie ! Sans ressources, il conçut le plan de très grands hôpitaux. « Je ne me croirai droit au repos, disait-il, que quand il n'y aura plus un seul lépreux sans asile sur la terre de Birmanie ».

    Avec confiance, il éleva la voix en faveur de ses protégés, d'abord en Birmanie où cet appel fut entendu de quelques âmes charitables. Mais le nombre des âmes charitables dans nos contrées, que les premières lueurs du christianisme commencent seulement à illuminer, n'est pas bien grand, et les secours ainsi obtenus, loin de permettre la réalisation des généreux dessins de notre apôtre, ne lui suffisaient pas à soutenir la famille qu'il avait déjà réunie. C'est alors qu'il résolut de s'adresser aux pays catholiques et surtout à l'Autriche, sa patrie.

    Du reste son oeuvre n'était pas seulement utile aux lépreux de Birmanie, elle rendait encore service à l'humanité entière, en contribuant à éteindre les foyers d'une infection plus répandue en Europe que généralement on ne pense.

    1. Rapport 1902-1903.

    « Mon rêve, disait-il en 1897, et il est pratiquement réalisable, mon rêve est d'empêcher la lèpre d'envahir de nouveau nos pays d'Europe, qu'elle a tant ravagés autrefois, et d'en finir une bonne fois avec ce terrible fléau. Devant l'inefficacité actuelle des efforts de la science, le seul moyen pratique d'empêcher son invasion et sa propagation est d'isoler, dans des léproseries comme celles de Saint-Jean, les malheureux qui en sont atteints. A ce titre, ajoutait-il, nous faisons appel à la générosité de tout le monde, et spécialement au bon vouloir de ceux qui n'ont pas encore eu occasion de nous aider ».

    En France d'abord, en Italie et surtout en Autriche et en Allemagne, M. Wehinger sut faire vibrer les coeurs à l'unisson du sien.

    Ce fut en premier lieu le Vicaire de Jésus Christ, Sa Sainteté Léon XIII, qui daigna bénir l'oeuvre et ceux qui y coopéraient Le Cardinal Sarto, patriarche de Venise, aujourd'hui Sa Sainteté Pie X, écouta avec attendrissement le récit des misères des lépreux de Birmanie et des desseins de leur bienfaiteur, et immédiatement il remit à celui-ci sa généreuse obole. M. Wehinger s'adressa ensuite à l'Empereur d'Autriche qui pourvut aux dépenses de la construction du pavillon qui porte maintenant son nom à l'asile Saint-Jean. L'empereur Guillaume II, à son tour fit remettre une aumône royale à notre confrère, et dès lors, en Autriche et en Allemagne, riches et pauvres vinrent déposer leur or ou leur obole entre les mains du quêteur, pour procurer un abri et des secours aux malheureux lépreux de Birmanie. Qu'il nous soit permis de citer au moins quelques noms :

    L'impératrice d'Autriche, dont la mort fut si tragique, accorda à M. Wehinger deux audiences, pendant lesquelles Sa Majesté laissa paraître un profond intérêt pour notre oeuvre et ajouta sa généreuse aumône à celle de l'empereur.

    Puis viennent dans la liste des souscripteurs : les membres de la famille Impériale et Royale d'Autriche, Albert de Saxe, la Reine Carola, Sa Majesté actuellement régnante en Saxe, le roi Georges. Le couvent et la chapelle sont surtout dus aux dons du Prince Jean de Liechtenstein, de la Baronne de Gargan, du Conseiller Impérial Stand et de la famille Wehinger.

    En Allemagne, un membre distingué du Reichstag, l'éminent successeur de Windhorst, le docteur Dasbach, ouvrit dans ses journaux, en faveur de la léproserie de Mandalay, une souscription qui, en quelques mois, atteignit et dépassa 100 mille marks.

    A Vienne, le bon M. Schuch, vieillard vénérable et chrétien ardent, se sentit irrésistiblement appelé à consacrer les dernières années de sa vie au succès de cette oeuvre, dont le but l'avait profondément ému. Aujourd'hui encore, il ne cesse d'employer sa haute influence et l'ardeur de son zèle à recueillir des secours pour les privilégiés de notre apôtre.

    « Espoir et confiance ». Sa belle devise avait donné des ailes à l'énergie du P. Wehinger et elle l'avait conduit à l'accomplissement de ses désirs. Et maintenant l'asile Saint-Jean s'élève avec toute une série de bâtiments, véritable monument de charité pour le prochain : sept pavillons pour abriter 350 malades ; un grand couvent habité par 20 Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie, avec elles 14 postulantes Birmanes, séduites par la beauté d'un tel dévouement ; enfin attenant au couvent une belle chapelle élevée à la gloire du Sauveur, grand médecin des pauvres lépreux.

    Au mois de mai 1903, l'adoration perpétuelle du jour a été définitivement établie dans ce sanctuaire, pour réaliser le désir conçu par le Père presque dès les premières années de la léproserie.

    Voilà en résumé l'oeuvre de M. Wehinger. Son ambition n'était cependant pas satisfaite.

    « L'asile Saint-Jean n'est pas encore complet, disait-il, dans son adresse au Lieutenant-Gouverneur de la Birmanie, à l'occasion de la visite de celui-ci à léproserie le 22 mars 1902. En effet, il nous faudra bâtir une résidence convenable pour le médecin que Votre Honneur a l'espoir de voir accorder à l'asile par le gouvernement des Indes. Il nous faudra aussi un laboratoire approvisionné de tous les instruments qui peuvent être exigés par les études et les expériences sur la lèpre. Il sera nécessaire d'aménager des jardins où nos lépreux, encore valides, pourront se livrer à la culture, des salles de récréations et des cours où il leur sera permis de faire diversion à leurs misères. Enfin, en nous appuyant sur les principes de l'économie et de la plus grande sécurité, nous devrons établir des moyens d'éclairage simples et pratiques, où nous utiliserons dans la mesure du possible les inventions de la science moderne. Nous pourrions par exemple disposer une force motrice qui nous donnerait à la fois l'électricité pour l'éclairage, la chaleur pour la cuisson des aliments et le mouvement pour l'élévation des eaux et leur distribution dans tout l'asile ».

    Ce sont là quelques-uns des plans du Père, il en avait bien d'autres, et nous qui avions le bonheur de vivre dans son intimité, nous en recevions la confidence.

    Que de fois en écoutant l'exposition de ses idées, de ses désirs, de ses combinaisons ingénieuses, je n'ai pu m'empêcher de le contempler avec une admiration à peine contenue. Mais tous ces beaux desseins arriverait-il à les accomplir ?

    « Espoir et confiance », disait-il en souriant, s'il apercevait i n doute dans mon regard ou une objection sur mes lèvres.

    L'influence dont, il jouissait maintenant en Birmanie, la faveur des plus hautes autorités, la vénération dont il était entouré par les hommes de toute nuance et de toute religion, la sympathie qu'il avait inspirée dans sa patrie lui rendaient toute entreprise possible. Combien étaient loin maintenant les obstacles des débuts.

    Hélas ! Le Seigneur avait décrété que l'heure de la récompense avait sonné. La tâche du serviteur était finie. I1 mourut entre mes bras. Hélas ! Quand j'étais plongé dans la douleur, accablé par la perte de cet ami, de ce frère, il fallut secouer l'abattement où ce malheur m'avait jeté pour recueillir la succession de son dévouement. Mgr Cardot, notre administrateur apostolique, me mit à la tête de la léproserie Saint-Jean.

    Que Dieu me donne des forces pour travailler à l'oeuvre des lépreux, « les chers enfants » du P. Wehinger, qui sont maintenant les miens. Que ceux qui furent ses amis, ses auxiliaires par leurs prières et leur charité, deviennent aussi les miens.
    1905/130-133
    130-133
    France
    1905
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