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M. Roudière sauve la vile de Tchao-Tcheou

SWATOW (Kouang-tong). M. Roudière sauve la vile de Tchao-Tcheou Honneurs qui lui sont rendus. L'article si intéressant que nous a écrit le P. Fabre, missionnaire à Swatow, et que nous avons publié dans notre précédent numéro, a fait connaître à nos lecteurs les horreurs qui désolent la province du Kouang-tong. C'est au milieu de ce désordre, qu'un autre missionnaire du même Vicariat a sauvé du pillage la grande ville de Tchao-tcheou.
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    SWATOW (Kouang-tong).

    M. Roudière sauve la vile de Tchao-Tcheou
    Honneurs qui lui sont rendus.

    L'article si intéressant que nous a écrit le P. Fabre, missionnaire à Swatow, et que nous avons publié dans notre précédent numéro, a fait connaître à nos lecteurs les horreurs qui désolent la province du Kouang-tong.
    C'est au milieu de ce désordre, qu'un autre missionnaire du même Vicariat a sauvé du pillage la grande ville de Tchao-tcheou.
    Au début de décembre 1917, les troupes nordistes en garnison à Swatow, attaquées de différents côtés par les troupes rebelles, se replièrent sur Tchao-tcheou, dont l'investissement progressif commença dès le 2 décembre.
    Durant deux semaines, cette ville, dont la population est évaluée à 200.000 habitants environ, subit les horreurs d'un siège. La famine régnait et les maladies contagieuses exerçaient leurs ravages, lorsque les notables de la cité vinrent prier le P. Roudière d'intervenir auprès des belligérants pour obtenir la fin de leurs souffrances.
    Il faut dire que, quatre jours auparavant, le 11 décembre (8e jour du siège), le Dr Ross et deux ministres protestants, l'un anglais, l'autre américain, avaient essayé d'un arbitrage sans avoir pu accommoder les deux partis. Et la populace ne parlait de rien moins que de tuer le général Moc Poung-yun, chef des troupes nordistes, pour supprimer ainsi la cause des malheurs qui pesaient sur la cité.
    Le missionnaire français, qui exerce son ministère à Tchao-tcheou, ne peut rester sourd aux appels qui lui sont faits par les notables. Il se rend à la salle des délibérations où déjà venaient d'arriver le Dr Ross et le médecin chinois Siao, de la Croix-Rouge. Devant les notables assemblés, il commence par flétrir les projets de cette partie de la population, qui prétend agir pour le bien des habitants en supprimant le général Moc Poung-yun par un coup de force. Il conjure les assistants de ne pas se livrer à ce jeu dangereux, qui aurait pour conséquence la mise en batterie de tous les canons nordistes de la ville. Ce projet doit être blâmé et abandonné ; il faut même punir les meneurs s'ils ne se désistent point de cette odieuse résolution. Ceci admis à la satisfaction de tous, le P. Roudière fait remarquer que, jusqu'à présent, l'intervention, auprès du parti rebelle n'avait été proposée qu'à un simple lieutenant, et qu'il serait bien préférable de s'adresser directement au chef suprême.
    La proposition est acceptée, et il est entendu qu'une délégation sera envoyée auprès du général Chim Houng-yn, commandant de l'armée rebelle. Les préparatifs sont aussitôt faits. Le convoi se forme dans la vaste cour de la chambre de commerce ; un immense drapeau français flotte au vent et ouvre la marche ; deux drapeaux de la Croix-Rouge se rangent à sa suite ; 4 satellites porteurs de lanternes marchent deux par deux ; la chaise du P. Roudière portée par 4 coolies vient ensuite, suivie des chaises du Dr Ross, du médecin Siao et des trois délégués de la chambre de commerce ; le cortège se termine par deux drapeaux de la Croix-Rouge.

    ***

    Partie vers 10 heures du matin, la délégation arrive à 10 heures du soir au camp retranché des forces rebelles. Le général Chim Houng-yn la reçoit avec une aimable courtoisie. Après avoir écouté le but de la démarche, il répète qu'il veut s'emparer de Moc Poug-yun mort ou vif, de son artillerie, de ses fusils, de ses munitions et de ses 4.000 soldats. Mais un dîner est servi, et le P. Roudière fait si bien au cours d'une discussion assez longue, qu'il obtient les conditions suivantes : liberté sera laissée au général Moc, à condition qu'il livre la moitié de son artillerie et de ses fusils ; il aura deux jours pour évacuer la ville avec ses soldats. Ces propositions télégraphiées au général Moc produisent un effet aussi favorable qu'inattendu ; se sentant pris dans une souricière, pour sauver son artillerie et ses fusils, Moc abandonne la ville dans la nuit du 15 décembre, avant même le retour des parlementaires. Ce retour fut un triomphe.
    Pour commémorer l'acte charitable et valeureux du P. Roudière, les notables de la ville décidèrent de lui offrir une inscription brodée sur soie rouge et rédigée dans les termes les plus flatteurs, et aussi de faire graver sur une stèle de granit le récit de ces événements, dignes d'être transmis à la postérité. Le 6 mai dernier, ces diverses cérémonies se déroulèrent au milieu d'un immense concours de peuple en liesse, et furent l'occasion de grandioses manifestations de sympathie et de respect envers le missionnaire.
    Nous sommes heureux de pouvoir donner ici un récit d'un témoin oculaire :
    « Au jour convenu, vers 1 heure, le cortège commence à arriver drapeaux et musique en tête, une foule immense l'accompagne. Les 1.500 catholiques de la ville sont déjà aux côtés du P. Roudière.
    « Lorsque les soixante hautes personnalités de la ville sont placées, le missionnaire français paraît devant l'assemblée, aux applaudissements de tous.
    « Alors le président de la chambre de commerce fait un signe à deux valets de sa suite : ils apportent, ouverte dans toute sa longueur, une pièce de soie rouge avec quatre caractères chinois brodés en or, décernant à notre compatriote un titre équivalant à celui de Sauveur de la Patrie. Le président et les premiers d'entre les notables prient le missionnaire de l'accepter au nom de la ville de Tchao-tcheou.
    Le P. Roudière prend acte de la gracieuseté des chefs de la ville et assure les citoyens de son entier dévouement à leur cause, ajoutant que, pour lui, citoyen de Tchao-tcheou depuis un quart de siècle, les malheurs de la population ont toujours fait sa douleur, comme la joie des habitants a toujours fait son allégresse.
    « Puis invité par les notables à procéder à l'inauguration de la stèle, le P. Roudière prend la tête du cortège et arrive à l'hôtel de ville au milieu des acclamations. Le docteur Ross et les deux ministres protestants, James et Ellison, ne tardent pas à paraître, et l'assemblée se rend à l'endroit où est dressé le monument.
    Là, le P. Roudière relève en quelques mots les termes trop élogieux, dit-il, qui, gravés sur le granit, vont transmettre aux générations futures l'intervention des parlementaires.

    ***

    Ajoutons à cette manifestation, si grandement honorable pour les missions, le texte de cette lettre adressée par le ministre plénipotentiaire de la République Française en Chine au vice-consul de France à Swatow :
    « Vous m'avez fait connaître les circonstances exceptionnelles, au cours desquelles l'influence personnelle du P. Roudière a pu s'employer efficacement, pour épargner à la population civile de Tchao-tcheou la prolongation des souffrances résultant du siège de cette ville par les troupes sudistes.
    « Le succès de cette intervention personnelle fait grandement honneur au crédit moral dont jouit notre compatriote auprès des autorités civiles de Tchao-tcheou, aussi bien que des chefs militaires sudistes. Le rôle joué par le P. Roudière, avec une remarquable autorité et dans des circonstances particulièrement émouvantes, est de ceux qui contribuent hautement à accroître le prestige français en Chine, en même temps qu'il assure à nos missionnaires de précieuses sympathies locales.
    « Je suis heureux de rendre hommage aux rares qualités de courage, d'initiative et de sang-froid, dont le P. Roudière a su faire usage, au cours des événements que vous me retracez. Je vous serai reconnaissant de vouloir bien lui transmettre à cette occasion les plus vives félicitations de la Légation de la République ».

    1919/70-73
    70-73
    Chine
    1919
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