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M. Léon Couhert : Aspirant du Séminaire des Missions Étrangères

M. Léon Couhert Aspirant du Séminaire des Missions Étrangères Un de nos aspirants nous a été récemment enlevé par la mort; un de ses compatriotes et amis, qui lui aussi se destine à la carrière apostolique, a écrit sur lui des pages intéressantes et bien édifiantes que nous sommes heureux de publier.
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    M. Léon Couhert

    Aspirant du Séminaire des Missions Étrangères

    Un de nos aspirants nous a été récemment enlevé par la mort; un de ses compatriotes et amis, qui lui aussi se destine à la carrière apostolique, a écrit sur lui des pages intéressantes et bien édifiantes que nous sommes heureux de publier.
    Léon Couhert naquit le 19 août 1895, à Saint Clément (Puy-de-Dôme) d'une famille nombreuse et profondément chrétienne. Dès sa plus tendre enfance, il entendit parler de missions : de celles d'Auvergne, où son oncle était missionnaire diocésain, de celles de Chine aussi, à laquelle s'était consacré l'un de ses cousins, le P. Barrier, belle âme d'apôtre, dont on parle encore aujourd'hui dans le pays. Comme lui, il aurait voulu partir pour ces régions lointaines, vivre de la vie des missionnaires et mourir sur la terre arrosée du sang des martyrs.
    Au collège de Courpière, où il fit ses études, il fut un des meilleurs élèves, aimé de ses camarades et estimé de ses maîtres; au grand séminaire de Clermont, il fut un séminariste modèle.
    En 1914, quand fut décrétée la mobilisation, il était trop jeune pour partir. Il aurait voulu s'engager; on l'en dissuada. Il supplia son oncle, alors directeur au grand séminaire transformé en hôpital, de l'occuper aux soins des blessés.
    Un peu plus tard, il était soldat; il partait pour l'armée d'Orient à laquelle il appartint pendant toute la guerre. On aurait beaucoup à dire sur les faits et gestes du soldat, blessé, cité1 devenu successivement aspirant, sous-lieutenant. Il gardait le silence sur toutes ces choses, nous l'imiterons. Mentionnons seulement ce qu'écrivait l'un de ses aumôniers : « L'aspirant Couhert est, de mes séminaristes soldats l'un des meilleurs. Il incarne merveilleusement la belle vertu de charité. Il est tout à ses subordonnés, aussi ses hommes l'affectionnent véritablement. Il vit avec eux et comme, eux, améliore leur ordinaire à ses dépens ». Plusieurs séminaristes lui doivent d'avoir conservé leur vocation, quelques soldats d'être entrés au séminaire, d'autres d'être baptisés et plus d'un homme la vie.
    Souvent, après de longues veilles et de grandes fatigues, on l'a vu arpenter de très bonne heure des sentiers difficiles, courir au devant du danger pour avoir le bonheur d'entendre une messe et la joie d'y recevoir la sainte communion. « Je suis à l'école du sacrifice, écrivait-il à l'un de ses amis. Je ne suis pas tous les jours à la noce; mais quand on a Jésus dans son coeur, on tient bon, quoiqu'il arrive et l'on peut dire: vive la joie! » — Doué d'une forte santé, il en avait du moins les apparentes, il croyait pouvoir braver toutes les intempéries, affronter tous les climats. Le paludisme, plusieurs fois le terrassa; il refusa l'évacuation jusqu'au jour où ayant trop abusé de ses forces, il dut repartir pour la France. Il profita d'une longue convalescence pour terminer sa philosophie. Après sa démobilisation, il reprit le cours normal de ses études et le 1er septembre 1920 il entra au Séminaire des Missions Etrangères.

    1. 176e Régiment d'Infanterie.

    Extrait de l'Ordre du Régiment n° 255.

    Le Lieutenant Colonel MEYER, Ct le 176e R. I. cite à l'ordre du Régiment :
    COUHERT Léon, aspirant, 6e Cie : « Aspirant plein d'entrain, de courage et de dévouement. Sa section étant en renfort au combat du 29 octobre, n'a pas hésité à se rendre plusieurs fois sur un terrain battu de feux et de mitrailleuses pour reconnaître la situation eu vue de l'engagement de sa section. A pu ainsi faire intervenir à temps une traction de sa section dont le feu a surpris et arrêté une contre-attaque ennemie qui menaçait de tourner la Compagnie.
    Aux armées, le 31 octobre 1917.
    Le Lieutenant Colonel
    MEYER, Ct le 176 R.I.
    Remise de la Croix de guerre le 18 novembre 1917.

    Avant de franchir le seuil du Séminaire, le nouvel aspirant avait projeté un pèlerinage à pied à Notre Dame de Lourdes. Ses supérieurs, qui avec raison redoutaient pour lui de trop grandes fatigues, l'arrêtèrent à temps ; et il dut se contenter d'une visite à Notre Dame des Victoires. En sortant de l'église, il est déjà fatigué de Paris et dit : « Oh oui, vive la Chine et vivent les Chinois, assez de Paris ! » Il passa une année au séminaire de l'Immaculée Conception, à Bièvres. Dans les allées du parc se dressent çà et là des oratoires que les aspirants ont élevés à la Sainte Vierge sous le vocable spécialement en honneur dans leur pays. L'Auvergne a le sien, dédié à Notre Dame du Port, mais manquant de statue. De suite, M. Couhert place dans cet oratoire la statue de notre si chère Madone.
    A la rue du Bac, où il fut un modèle de vie régulière, il entrevoit les grandes ordinations il se croit bientôt arrivé au terme de ses désirs, quand le malaise dont if souffre depuis longtemps, l'oblige à consulter un spécialiste. Le cas était grave. L'ablation d'un rein était devenue nécessaire. Le 3 février, après avoir fait la sainte communion, M. Couhert se présenta au chirurgien, courageux et joyeux, mettant en pratique ce refrain connu de tous au Séminaire des Missions :

    « Et quand sur cette terre,
    On n'a pas ce qu'on veut,
    Il faut savoir se faire
    Au bon plaisir de Dieu ».

    Le cher malade n'avait pas conscience de la graviter du mal qui devait l'emporter. Plus que jamais il pense aux missions. La religieuse qui le soigne lui dit que la France est un pays de missions, qu'il devrait songer à convertir les païens de chez nous. « Restez en Auvergne, lui dit-elle, j'irai vous remplacer là-bas en Extrême Orient — Oh oui, ma soeur, je veux bien que vous partiez en Chine, mais j'irai avec vous; à nous deux, nous ferons plus de travail ».
    A son bon et vénérable père, à son oncle dévoué, M. le doyen de Saint Pierre des Minimes à Clermont, qui firent plusieurs fois le long voyage du Puy-de-Dôme à Paris pour voir leur si cher malade, M. Couhert exprime les mêmes sentiments ; il aimait beaucoup les siens, mais le désir d'aller sauver les âmes sur les terres étrangères l'emportait dans son coeur. Oh! Malgré sa douleur, combien doit être heureuse toute sa famille en pensant que de si parfaites dispositions ont déjà été récompensées par Notre Seigneur.
    A ses amis qui le visitent de temps à autre notre aspirant recommande des séminaristes qu'il sait vouloir entrer aux Missions Etrangères : « Ne les oubliez pas, écrivez-leur, car nos aînés meurent, et les autres fatigués attendent que de jeunes confrères viennent leur prêter main-forte ».
    Des complications survinrent, nécessitant deux nouvelles interventions chirurgicales. Malgré tous ses efforts la science fut impuissante. Le cher aspirant ne devait pas être missionnaire.
    Quand il sut que tout espoir était perdu, il fit un acte complet de résignation à la volonté de Dieu. Il se réjouissait d'aller au ciel. Il priait beaucoup; dans ses quelques moments de délire, sa pensée se portait vers la sainte Vierge, vers Notre Seigneur. Le 2 avril il reçut pour la dernière fois la communion ce même jour, à 11 heures du matin, il entra en agonie; à 2 heures de l'après-midi, assisté de M. Lefebvre, un des professeurs du Séminaire des Missions Etrangères, il rendit sa belle âme à Dieu.
    Ses obsèques eurent lieu à notre église de la rue du Bac. Mgr de Guébriant, qui, plusieurs fois, malgré ses nombreuses occupations, avait visité le cher malade à l'hôpital, tint à donner lui-même l'absoute. A l'issue de la cérémonie, on voyait dans un coin de la chapelle un homme la tète entre les mains ; il pleurait son parrain. Léon Couhert l'avait connu en Orient et préparé au baptême. « Je dois tout à lui, dit-il, en sortant, et ne l'oublierai jamais ».
    A. B.

    1922/109-112
    109-112
    France
    1922
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