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L'ouest du Su-tchuen pays de mines

L'ouest du Su-tchuen pays de mines
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    L'ouest du Su-tchuen pays de mines

    Une compagnie minière vient de se former à Tatsienlou entre quelques marchands chinois et autres, au capital de 10.000 piastres pour exploiter le mica. C'est près de Romédrange (Tan-pa-hsien), au nord de Tatsienlou, que se trouve le dépôt de mica que l'on compte développer. Il semble bien que ces mines aient déjà été travaillées autrefois avec un certain succès. Une maison allemande s'y était alors intéressée et prenait livraison du mica extrait. Le commissaire de la frontière intervint dernièrement pour faire fermer la mine parce que les propriétaires chinois avaient laissé expirer leur permis d'exploitation sans le faire renouveler officiellement. La mine va être ouverte à nouveau et placée complètement sous la direction et le contrôle des Chinois. Mais avant de se lancer les nouveaux propriétaires cherchent à s'assurer un débouché, pour les petites pièces de mica surtout, car les larges plaques ne sont naturellement pas en majorité. Ils attendent des réponses de Changhaï et de Tchongking. Les méthodes d'exploitation seront toutes primitives, comme il faut bien s'y attendre avec les Chinois, mais on escompte pourtant de bons résultats.
    Et pourtant on aura de grosses difficultés à surmonter sous le rapport des moyens de communications. Les transports seront fort dispendieux, car la mine se trouve à dix journées de marche de Ya-tchéou, le point le plus rapproché où l'on puisse atteindre la navigation fluviale. Depuis Romédrango, que l'on passe par Mongkong et Kouan-hsien, ou que l'on fasse route par Tatsienlou et Ya-tchéou, il est nécessaire de franchir trois passes à haute altitude ; cependant on songe à employer une route plus directe entre la mine et Ya-tchéou, bien que cette dernière route soit moins fréquentée .
    L'amiante de qualités diverses se trouve en bonnes quantités dans tous le pays, y compris les districts de Ya-tchéou la vallée du Tsien-tchang et les montagnes des environs de Tatsienlou. Ce sont des paysans qui en cherchant dans la montagne du bois de chauffage et des plantes médicinales, découvrirent des gisements d'amiante. On a pris note des gîtes, fait des déclarations auprès de l'autorité, prélevé des échantillons expédiés aux commerçants, et si les réponses sont favorables, l'exploitation de ces dépôts commencera sous peu.
    On dit que l'antimoine existe aussi dans ces parages. Une mine de ce minerai se trouve à Mou-ping « la Porte de la Paix » au Nord Est de Tatsienlou, au seuil de la plaine de Tchengtou. On le recherche aussi aux environs de Yu-tong .Des prospecteurs chinois opérant dans cette région ne purent découvrir de l'antimoine, mais ils mirent à jour un dépôt d'amiante, ils en emportèrent des échantillons à Tchengtou, et l'on n'a plus entendu parler d'eux depuis.
    Une douzaine de personnes opèrent une mine de plomb près de la vallée de Tong, au-dessus de Wa-sze-k'éou juste à l'Est de Tatsienlou, et le minerai extrait est vendu en partie aux Thibétains à Tatsienlou et en partie aux habitants de la plaine. Cette même région pourrait fournir aussi de l'argent, mais si elle n'en produit pas, c'est, dit-on, simplement par suite de la difficulté qu'il y a à usiner le minerai. Seule l'introduction de machines et de méthodes modernes pourrait solutionner cette difficulté. Un orfèvre local basant son opinion sur un échantillon qui lui lut montré et qui, dit-on, renfermait du plomb, de l'argent et de l'or, estima que ce minerai a une teneur de 2 kg. 1/2 à 3 kilogrammes d'argent par tonne.

    Après avoir parlé des divers genres de mines il reste maintenant à mentionner l'or. A cause de sa valeur plus grande, l'or est le seul métal qui soit vraiment exploité d'une façon un peu importante. Et c'est un fait bien connu que l'or se trouve en quantité dans les montagnes du Thibet. Aux confins du territoire chinois et du Thibet on a découvert l'or en plusieurs localités et pour le traiter on a recours soit aux concasseurs, soit aux laveries. Le gros obstacle à son exploitation en grand, ce sont les Lamas qui, dans la région de Litang empêchent que l'on attaque les roches aurifères. Ils partent de ce principe que l'or est produit par les roches elles-mêmes tout comme par exemple la rouille se fait par la décomposition du fer. En conséquence, si l'on touchait à ces roches, spéciales d'après eux, on détruirait la source du minerai précieux. Leur objection semble ainsi basée sur la crainte de tuer la poule aux oeufs d'or.
    Le long de la frontière sino thibétaine on peut voir d'anciens travaux abandonnés faits jusque sur les routes elles-mêmes. Les routes ont été ainsi abîmées puis laissées telles quelles une fois l'or épuisé. Au troisième pont ait nord de Tatsienlou se trouve une de ces exploitations abandonnées. Au delà de la seconde chaîne de montagnes, au nord de Tatsienlou, des travaux en cours existent à Pin-ngai-tse, mais ils ne produisent que peu d'or. Les travaux en surface ont cessé d'être rémunérateurs, on a creusé une galerie qui atteint déjà une profondeur considérable. Cette même mine contient aussi de l'argent et du plomb, mais faute de moyens pour traiter le minerai ces deux métaux sont délaissés.
    Au temps où Tchao Eul Fong faisait campagne à la tête des troupes chinoises pour soumettre l'Est du Thibet, de nombreux Chinois vinrent des plaines dans les steppes pour y travailler la terre ou pour chercher des mines, mais les grands espoirs que concevaient ces émigrants ne se réalisèrent pas, et la plupart s'en retournèrent désappointés. Tchao Eul Fong lui-même prit à son service un ingénieur des mines cantonais, désireux d'obtenir de lui un rapport favorable sur la richesse minière de la région. Il pensait sur la foi de ce rapport obtenir de Péking des avances de fonds substantielles pour ouvrir des mines et opérer en grand. Mais l'ingénieur cantonais fit un rapport défavorable. Pour le gagner à ses vues Tchao Eul Fong fit alors mettre son ingénieur en prison. Mais au lieu de modifier son rapport dans le sens optimiste, l'ingénieur cantonais se prévalut de son titre de citoyen américain. Et Tchao Eul Fong se trouvant menacé de complications avec le gouvernement américain dut changer de tactique et relâcher son prisonnier. Ainsi s'évanouirent ses belles espérances.
    Yuin Tchang Heng, successeur de Tchao Eul Fong dans les Marches thibétaines, engagea des ingénieurs de mines chinois qu'il envoya inspecter les montagnes des alentours. Apparemment il n'en retira aucun résultat pratique car sous son administration la question des mines d'or ne prit aucun développement.
    La plus grande difficulté que l'on ait à surmonter, c'est le manque de combustible. Aucune mine de houille n'a pu être découverte près de Tatsienlou : la plus rapprochée qui existe se trouve à Long-pa-pou, à quatre jours de là. On a bien relevé des traces de dépôts houillers, mais soit faute de persévérance, soit faute de capital les tentatives faites pour trouver des mines de houille dans cette région ont jusqu'ici échoué.
    De tout ce qui précède il est facile de conclure que dans la vaste région montagneuse qui environne Tatsienlou se trouvent des minerais de grande valeur. Mais, tandis que les Chinois n'arrivent ni à découvrir ni à exploiter la plupart de ces gisements, ils restent très jaloux de leurs droits miniers. Il est en conséquence très difficile de leur faire accepter les conseils et l'aide des étrangers.

    Extrait du North China Daily News,
    Traduction H. Souvey.
    1920/415-418
    415-418
    Chine
    1920
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