Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

L'héroïsme de nos missionnaires

L'héroïsme de nos missionnaires Nos Annales de septembre octobre dernier ont relaté l'attitude très crâne, donc apostolique et française, des missionnaires de Tchengtu, au Suchuen, votant, comme un seul homme, de rester tous à leur poste et, s'il le faut, d'y mourir, sans reculer d'une semelle. La même attitude été celle de toutes nos missions en Chine. Nous ne résistons pas à la légitime fierté de publier la correspondance suivante qui nous vient de Tchongking.
Add this
    L'héroïsme de nos missionnaires

    Nos Annales de septembre octobre dernier ont relaté l'attitude très crâne, donc apostolique et française, des missionnaires de Tchengtu, au Suchuen, votant, comme un seul homme, de rester tous à leur poste et, s'il le faut, d'y mourir, sans reculer d'une semelle. La même attitude été celle de toutes nos missions en Chine. Nous ne résistons pas à la légitime fierté de publier la correspondance suivante qui nous vient de Tchongking.

    Au danger de la vague rouge (momentanément brisée par une répression énergique) succéda tout aussitôt celui, non moins angoissant pour nous, nos oeuvres et nos chrétiens, de l'intervention étrangère et de ses réactions inévitables sur le sentiment populaire.
    Le 2 avril, nous était transmis par le Consul de France l'ordre d'évacuation générale. Le 5, le Commandant Robbe, de la canonnière française « Balny », m'écrivait « Je serais heureux de voir partir le plus grand n'ombre possible de missionnaires et de religieuses, pour lesquels je crains des dangers très prochains. Je sais tout ce qu'un tel sacrifice coûtera à ceux et à celles qui depuis longtemps ont fait le sacrifice de leur vie, tout ce qu'il en coûtera à vous-même d'écarter la demande que tous vous feront. Que le calme actuel ne vous donne pas l'illusion qu'il durera longtemps ».
    Le 12, du Consul de France Ayant besoin d'obtenir le plus rapidement possible des précisions sur le nombre du personnel du Vicariat évacuant le Set chouan, je vous invite formellement à me faire connaître le 20 avril le nombre ide personnes désignées à cet effet. Si à cette date aucun renseignement ne m'est parvenu, je considérerai igue les autorités françaises seront libérées de toute responsabilité concernant l'évacuation du Vicariat et de tous les risques ultérieurs ».
    Le 19, au non de tous les missionnaires du Vicariat, unanimes dans leur volonté de rester à leur poste, je donnai aux autorités françaises décharge de nos vies et, en réponse, recevais du Commandant Robbe la lettre suivante:
    « Je prends note avec un infini regret de cette décision que je crains grosse de conséquences. La profonde et ancienne sympathie qui m'unit aux missionnaires du Setchouan m'aurait fait souhaiter de vous voir en grand nombre prendre avec courage la décision d'une absence que nous souhaitons tous momentanée seulement. Mais je n'ai pas besoin de vous dire que je comprends pleinement la décision de ceux qui restent et de celui qui les garde. Veuillez bien leur dire à tous que je les comprends, que je les admire et que je les envie. Veuillez bien leur transmettre les voeux que je forme pour que leur soient épargnées les épreuves qu'ils ont déjà acceptées, et pour que les circonstances me permettent bientôt de venir renouer des liens qui datent de près de neuf ans ».
    Dès le 5 avril, chaque missionnaire avait été mis au courant de la gravité de la situation et de l'imminence du danger. Chacun était invité, pressé même de prendre une décision qui, tout en sauvant une vie précieuse, pourrait, la tourmente passée, assurer l'avenir de la Mission.
    Ce que furent les réponses de nos confrères ? Le plus beau, le plus unanime témoignage de foi et d'espérance d'hommes qui n'ont pas oublié le serment fait, à Mans, de fidélité à leur Mission. Toutes vaudraient d'être citées ici; je n'en donnerai que les plus typiques, page d'honneur de la Mission, pour servir au Livre d'Or de notre Société :
    « Mettez-moi sur la liste des restants ; sans phrase : pour des affaires de ce genre, court et bon ».
    « Rester, c'est jouer la carte du Bon Dieu. Je la joue ».
    « Mourir d'un coup de sabre ou d'un coup de matraque rue semble plus propre, plus poétique et plus apostolique que de mourir d'une angine ou d'une bronchite dans un bon lit ».
    « Partir actuellement serait un très grand danger pour nos oeuvres et pour nos chrétiens qui ne comprendraient pas que nous les abandonnions au moment du péril ».
    « La liberté qui nous est laissée de choisir n'en fortifiera que davantage notre résolution de tenir jusqu'au bout, sans bravade, sans fanfaronnade et surtout sans chercher à épouvanter les chrétiens qui nous sont confiés et n'ont pour l'instant d'autre recours que nous».
    « Mon devoir est de rester à mon poste et j'y reste. A la grâce de Dieu ».
    « Je reste et c'est bien naturel. Je me jugerais un lâche à mes propres yeux si je partais ainsi. Restons à nos postes, à la vie à la mort : Viae nostrae non sunt via vestra ».
    « A quoi bon changer de gîte à mon âge? » Signé: Quatre-vingts ans ».
    « Après la pluie le beau temps. Je l'attends ici ».
    « Nos cheveux sont comptés, qu'avons nous à craindre ? Et va! On ne meurt qu'une fois ; et l'important est de bien mourir cette unique fois. Je reste donc ».
    A défaut de volontaires, un confrère, M. Buffet, dont l'état de santé réclamait depuis longtemps des soins urgents, fut envoyé d'office à Shanghai, en même temps que M. Roussel qui comptait à peine trois mois de séjour. Ce cher confrère nous est revenu en août. Deux autres, les cadets, avaient été désignés pour les accompagner. Ce fut peine perdue. « Nous vous supplions, Monseigneur, de ne pas insister ». Et ils restèrent à leur poste.
    Je clos ici ces citations qui peuvent suffire à démontrer qu'en fait de vaillance en action, les missionnaires n'ont pas de leçon à recevoir. Que cela soit leur consolation.

    1928/11-13
    11-13
    Chine
    1928
    Aucune image