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L'exposition missionnaire de clermont

L'exposition missionnaire de clermont 1er-11 novembre 1930. La Semaine religieuse de Clermont consacre tout un numéro à, cette belle manifestation de foi catholique, apostolique, missionnaire en un mot. Nos lecteurs souhaiteront aux Oeuvres Pontificales de la Propagation de la Foi pareil succès dans tous et chacun de leurs diocèses et y concourront personnellement de toutes leurs initiatives. Voici la conclusion du rédacteur de La Semaine:
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    L'exposition missionnaire de clermont
    1er-11 novembre 1930.
    La Semaine religieuse de Clermont consacre tout un numéro à, cette belle manifestation de foi catholique, apostolique, missionnaire en un mot. Nos lecteurs souhaiteront aux Oeuvres Pontificales de la Propagation de la Foi pareil succès dans tous et chacun de leurs diocèses et y concourront personnellement de toutes leurs initiatives. Voici la conclusion du rédacteur de La Semaine:
    « L'Auvergne, fidèle à sa belle histoire religieuse, l'Auvergne prodigue, dans le passé, de ses enfants et de ses deniers en faveur des Missions, l'Auvergne qui compte encore aujourd'hui tant de soldats valeureux enrôlés dans les armées missionnaires, devait aller à cette grande et splendide manifestation qu'est une Ex position missionnaire, comme on va au Vrai, avec toute son âme. Elle n'y a pas manqué et on peut le constater avec une fierté bien légitime. Du premier au dernier jour un flot incessant de visiteurs a déferlé vers l'entrée de la Salle des Fêtes de la place Gaillard, mise à la disposition des organisateurs, avec la plus entière bienveillance, par la municipalité clermontoise. Il a fallu tout le dévouement et la silencieuse patience de nos braves scouts par canaliser ces foules et je crois bien que, sans eux, le déluge aurait submergé l'arche elle-même. Et il a fallu aussi ce grand souffle d'eathousiasme qui a passé durant ces onze jours sur Clermont et le diocèse tout entier pour inspirer à ces mêmes foules le courage d'attendre parfois longtemps avant de pouvoir pénétrer près des stands et la bonne humeur qui n'a cessé de régner, même aux moments où l'affluence fut le plus considérable. On est venu à l'Exposition de partout, on y est revenu, et je crois qu'on s'y serait encore précipité si sa durée avait pu être prolongée. Mais il y a une limite fixée dans les conventions préalablement établies, il y a aussi une limite à la fatigue qu'impose aux Religieux et aux Religieuses cette assiduité de onze jours consécutifs aux stands où il faut parler du matin au soir, dans une atmosphère surchauffée. Au jour dit, à l'heure dite, l'Exposition Missionnaire a fermé ses portes, trente-cinq mille visiteurs avaient passé... Oui, vraiment, l'Auvergne est allée à cette belle Exposition Missionnaire avec toute son âme ! »

    ***

    La Semaine cite un passage émouvant de la « magnifique conférence » de Mgr de Guébriant : les Annales ont la bonne fortune de la donner ici in extenso : nos lecteurs y compléteront leurs connaissances sur la Chine et y accentueront l'intérêt qu'ils portent à ses missionnaires.

    ***

    Le 27 mai 1900, l'Eglise déclarait Bienheureux et plaçait sur les autels un fils du Diocèse de Clermont, missionnaire et évêque de la Société des Missions Etrangères, Mgr Jean-Gabriel DUFRESSE, né à Lezoux le 8 décembre 1750 et martyrisé à Tcheng Tou, capitale du Sse-Tchoan, le 15 septembre 1815. Si belle et si longue est la liste des Saints français canonisés depuis moins d'un demi-siècle, que les simples béatifications ont parfois passé au second plan et que d'admirables figures de serviteurs de Dieu sont tombées dans un oubli relatif. C'est un effet de perspective qui peut servir d'excuse au grand public, mais qui n'excuserait pas le pays, le diocèse qui resterait indifférent au rejaillissement de gloire nouvelle dont s'illuminent ses plus anciennes gloires quand les honneurs des Saints sont décernés à quelques-uns de ses fils contemporains, montrant que sur son sol, après tant de siècles écoulés, l'antique sève chrétienne n'a rien perdu de sa vigueur.
    C'est pourquoi, Messieurs, invité par les dirigeants de l'Oeuvre de la Propagation de la Foi, à vous faire ce soir une conférence sur un sujet missionnaire laissé à mon choix, j'ai choisi, certain de ne pas parler à des indifférents, l'apostolat de votre compatriote, le Bienheureux J.-G. DUFRESSE et le théâtre où il s'est exercé, le Sse-Tchoan.
    Ce nom de Sse-Tchoan, que l'on écrit souvent d'une orthographe barbare, Sutchuen, désigne la plus grande et la plus belle des 24 provinces de l'immense Chine. Je puis en parler en connaissance de cause ; puisque j'y ai vécu 31 ans sur 36 en tout passés en Chine. Et si j'arrivais à vous y intéresser, je n'aurais perdu ni mon temps ni le vôtre, car un pareil pays vaut certainement toute la peine qu'on peut se donner pour le connaître. Jugez-en plutôt.
    Le Sse-Tchoan est un peu plus grand que la France et beaucoup plus peuplé : 560.000 kilomètres carrés et, au minimum 60 millions d'habitants, 20% de l'énorme population chinoise. Pour s'y rendre, il faut d'abord gagner Shanghai à l'embouchure du fleuve Bleu, ou Yang Tse Kiang. De Shanghai, il reste à remonter pendant 400 lieues le fleuve Bleu lui-même. La capitale du Sse-Tchoan Tcheng Tou, est à 500 lieues dans l'intérieur des terres et le fond de la province, à la lisière du Tibet, est à 100 lieues plus loin encore. C'est un pays magnifique, parsemé de villes petites et grandes et de villages populeux, qu'enveloppe une campagne admirablement cultivée. Sur les routes dallées dont l'étroit ruban serpente à l'infini parmi les accidents de terrain, circulent en files interminables les portefaix lourdement chargés dont l'effort supplée à tout autre moyen de transport. Une vie exubérante règne partout. Ce peuple est bon, dans les campagnes surtout. C'est le type moyen du Chinois, laborieux, sobre et intelligent, plus dégourdi que dans le Nord, moins turbulent qu'à Canton.
    C'est seulement en 1696 que le Pape Innocent XII, séparant le Sse-Tchoan de l'Evêché de Pékin, en fit une mission distincte à laquelle il donna pour 1er évêque Mgr de Lionne, fils du célèbre ministre de Louis XIV, prêtre de la Société des Missions Etrangères. Quelques rares chrétiens y existaient depuis peu d'années grâce au passage de deux missionnaires jésuites. Les progrès de l'Evangile au cours de la première moitié du XVIII° siècle furent longs et difficiles. A peine les missionnaires en nombre infime, 2 ou 3, 4 ou 5 au plus avaient-ils réussi à s'y fixer qu'ils en étaient chassés par les mandarins. Il arriva que, pendant 16 ans, de 1747 à 1757, un seul prêtre, le P.André Li, se maintint dans la province, se multipliant pour entretenir la foi dans les groupements minuscules des néophytes, et trouvant le moyen de garder le contact par correspondance avec le Procureur des Missions Etrangères à Macao. Chaque année il lui envoyait une relation minutieuse de son ministère au Sse-Tchoan, rédigée sous forme de journal en un latin correct, limpide, clair et parfois même élégant. Il forme un volume de plus de 800 pages et constitue un document aussi curieux en lui-même qu'honorable pour le clergé chinois.
    En 1754, le P.André Li avait reçu enfin le renfort d'un missionnaire, le P. Lefebvre, de Tours, qui avait réussi, malgré d'immenses dangers, à le rejoindre au Sse-Tchoan. Malheureusement, une imprudence le fit reconnaître comme étranger. Arrêté par les mandarins, il fut reconduit à Macao et chassé de Chine. Et c'est à Paris qu'il cueillit la palme du martyre manquée au Sse-Tchoan, car il fut massacré aux Carmes le 2 septembre 1792 et déclaré Bienheureux avec les autres victimes en 1926. Il fallut attendre encore deux années pour qu'un autre missionnaire, le célèbre P. Pottier, futur évêque d'Agathopolis, bravant les mêmes obstacles, réussît à son tour le périlleux voyage et parvînt au Sse-Tchoan pour y passer sa vie et y mourir 16 ans plus tard, laissant la mission sur un pied de prospérité et pourvue de traditions qui, pendant près d'un siècle, en firent la plus belle des Missions de Chine.
    Dans les années qui suivirent, plusieurs missionnaires réussirent à rejoindre le P. Pottier qui en 1767 devenait évêque et vicaire apostolique. Et sur cette liste héroïque de pionniers, votre compatriote Gabriel Taurin Dufresse, occupe, dans l'ordre chronologique, le 9e rang.
    Il était né à Lezoux entre Thiers et Clermont, le 8 décembre 1750. Après des études faites successivement au Collège de Riom, au Collège Louis le Grand et au Séminaire Saint-Sulpice possédé du désir de l'apostolat lointain, entra diacre au Séminaire des Missions Etrangères qui était alors, depuis plus d'un siècle et pour longtemps encore, le seul institut exclusivement missionnaire qui existât dans l'Eglise. Il y fut ordonné prêtre en 1774 et, ayant reçu sa destination pour le Sse-Tchoan il partit en 1775.
    La longue et pénible navigation de 7 ou S mois sinon plus qui, contournant l'Afrique et traversant en diagonale l'océan Indien, conduisait les voyageurs jusqu'aux rivages méridionaux de la Chine, n'était alors qu'un prélude facile pour les missionnaires destinés aux provinces reculées de l'intérieur. Le vrai danger commençait pour eux au moment où leur navire ayant jeté l'ancre devant Macao, le Procureur des Missions Etrangères venait les chercher à bord.
    Rôle délicat que celui de Procureur des M.-E en Extrême-Orient ! Recevoir les missionnaires, les acheminer vers leurs destinations respectives par les voies les plus sûres, les moins dispendieuses, les plus courtes... Pourvoir aux nécessités de leur voyage en pays interdit, leur procurer des guides de confiance, les retenir si le risque est trop grand, choisir pour les mettre en route le moment favorable, garder dans la mesure possible, le contact avec eux... C'est encore aujourd'hui l'office de nos missionnaires procureurs et quand il s'agit d'un pays bouleversé comme l'est depuis si longtemps l'intérieur de la Chine, leur fonction est sujette à bien des perplexités et les responsabilités qu'elle entraîne sont graves. Jugez de ce qu'elle était il y a 200 ans, quand les édits impériaux fermaient impitoyablement aux étrangers la Chine entière, à l'exception du seul port de Macao, territoire minuscule à 30 lieues de Canton, concédé en 1580 aux Portugais par un Empereur content d'un service rendu.
    Obtenir du Gouverneur de la petite ville portugaise la permission d'y installer un pied-à-terre pour servir de base à une contrebande, faire passer les missionnaires dans l'intérieur, sublime à la vérité, mais dangereuse pour quiconque y prêtait la main, ce n'était pas chose simple. Cependant, dès 1732, la Société des M.-E avait établi à Macao une procure. Les Portugais de plus ou moins bonne grâce, la tolérèrent pendant plus d'un siècle et il faut rendre hommage à cette condescendance, malgré ce qu'elle eut parfois de maussade et de dur, car sans elle il eût été impossible d'introduire des missionnaires en Chine.
    Mais une chose était plus difficile que d'entrer à Macao et d'y vivre : c'était d'en sortir et d'aller plus loin... Voici ce qu'écrivait en 1761 un missionnaire, M. de Verthamon, dans une lettre à M. de La Bourdonnais : « Il faut trouver un capitaine chinois assez hardi pour se charger de moi au péril de sa tête, et assez honnête homme pour ne pas s'aviser de me jeter dans l'eau à 10 lieues d'ici : premier risque qui n'est que pour moi. Le second qui est, et pour moi, et pour mon conducteur, c'est d'être pris et d'avoir la tête tranchée. Il est vrai que c'est la fortune d'un apôtre, et ce que l'on peut appeler dans le métier le bâton de maréchal de France. Mais je doute que les Chinois regardent la chose de cet oeil-la ... »
    Ce qui donnait à la périlleuse contrebande une chance de succès, c'est l'habitude qu'avaient prise les missionnaires ou prêtres du Sse-Tchoan d'envoyer chaque automne à Macao des courriers chrétiens, braves gens d'ordinaire, un peu frustes, mais courageux et dévoués. Sous prétexte de négoce, ils traversaient en colporteurs les deux vastes provinces qui séparaient leur pays de Canton ; de là ils gagnaient Macao où ils remettaient la correspondance des missionnaires au Procureur des Missions Etrangères, et celui-ci les hébergeait chez lui jusqu'à ce qu'un navire venu d'Europe amenât des missionnaires. Si quelqu'un, parmi ces derniers, était jugé propre au Sse-Tchoan, le Procureur le confiait aux courriers qui recommençaient en sens inverse un voyage devenu singulièrement risqué par la présence encombrante d'un Européen. Malgré tout, les vaillants contrebandiers réussissaient le plus souvent à franchir les douanes redoutées et à conduire sans accident grave au Sse-Tchoan, outre la personne du missionnaire, le petit ravitaillement annuel en argent, vin de messe et objets de culte. N'est-il pas émouvant, Messieurs, de songer qu'une pareille organisation fonctionnait il y a deux cents ans au coeur d'un continent interdit? N'est-ce pas un sujet d'admiration que l'héroïsme obscur de ces chrétiens chinois et de ces Missionnaires français qui, se confiant les uns aux autres à la vie, à la mort, risquaient tout pour qu'aux derniers recoins de la Chine païenne le culte du vrai Dieu ne manquât pas de ministres?
    C'est dans ces conditions que M. Dufresse réussit en 1777 à se rendre de Macao au Ssé-Tchoan. Il avait pour compagnon, le saint P. Harmel qui devait au milieu même des persécutions, vouer un apostolat de 40 ans à former le clergé de cette Mission reculée. Le voyage qui dura 100 jours ne fut pas sans incidents ; mais le jeune missionnaire, vrai type du prêtre des Missions Etrangères, généreux, simple, débrouillard, sut sortir de tous les mauvais pas. Reconnu et arrêté une première fois, il obtint sa liberté à prix dargent. Une deuxième fois dans la province du Hounan, il s'échappa des mains, des satellites et réussit à atteindre une chrétienté du Sse-Tchoan.
    Alors commence l'admirable vie que le futur Bienheureux devait consacrer pendant 38 années consécutives à l'apostolat des Chinois au Sse-Tchoan. Il eut le privilège de se trouver dès son arrivée à l'école d'un saint, son évêque Mgr Pottier, que d'autres saints, les PP. Alary, Gleyo, de Saint-Martin, Moye, le Père chinois A. Li entouraient de leur vénération et soutenaient de leur concours, Voici, sur Mgr Pottier, l'appréciation que donne dans sa correspondance le Vénérable Moye : « C'est un coeur d'or, quoi qu'on puisse dire qu'il porte une crosse de bois. Il mène une vie toute apostolique : il pratique la pauvreté, l'humilité, la patience, la charité et il a fait des travaux immenses... » Les collaborateurs de cet homme de Dieu étaient dignes de lui. L'un d'eux, le P. Gleyo, était, quand le P. Dufresse arriva au Sse-Tchoan, en prison depuis près de neuf ans. Arrêté lors d'une persécution en 1769, torturé parce qu'il refusait de dénoncer ses confrères et ses ouailles, il avait subi ales soufflets, la bastonnade, l'écrasement des os et vivait depuis lors dans une geôle ignominieuse où des visions et des faveurs de l'ordre surnaturel le plus élevé le réconfortaient souvent.
    C'est là qu'il serait mort de consomption et de misère si, providentiellement, un Jésuite Portugais, le P. de Rucha, au service de l'Empereur comme membre du Tribunal des Mathématiques, n'avait passé à Tcheng-Tou en se Tendant au Tibet pour en lever la carte. Ami du vice-roi du Sse-Tchoan, il fut assez habile pour se faire livrer le vénérable prisonnier qu'il rendit secrètement à son évêque. Je voudrais, messieurs, avoir assez de temps pour vous retracer la scène émouvante à laquelle assista sans doute le P. Dufresse et qui se passa quand, au milieu d'une nuit noire par une pluie torrentielle d'orage, le confesseur de la Foi, trop faible pour se tenir debout, fut remis à l'évêque et que celui-ci, entouré de chrétiens chez lesquels il se cachait, tomba à genoux pour entonner le Te Deum.
    Le P. Dufresse, à ses débuts en mission, fut chargé par Mgr Pottier d'évangéliser le nord de la province, où les rares chrétiens, très dispersés, avaient passé plusieurs années sans recevoir la visite du prêtre. Ce qu'y furent les dangers de son ministère, on peut le conclure de ce fait qu'il racontait dans une lettre, avec le calme et la simplicité qui étaient dans son caractère: « Au mois de décembre, écrivait-il en 1780, allant visiter une chrétienté éloignée de 10 journées de chemin, mes effets ont été arrêtés à une douane et visités en ma présence. On a ouvert le paquet dans lequel étaient les ornements d'autel, mon calice, chapelet, bréviaire, bible latine, livres chinois de religion, en un mot tous les effets dangereux, mais nous en avons été quittes à bon marché : nous avons donné environ 16 livres de notre monnaie et on nous a laissé aller. Les soldats qui étaient là ne m'ont reconnu en aucune manière pour étranger. Dieu ne l'a pas permis. Ils ne m'ont fait que très peu, de questions et peu embarrassantes, quoique cependant ils nous aient gardés près d'une heure et demie. Au retour de cette chrétienté, j'ai été attendu sur le chemin par de faux frères pour être livré aux mandarins. Dieu n'a pas permis non plus que je tombasse entre leurs mains ».
    Au prix de tels travaux, le jeune missionnaire recueillait de nombreuses conversions. Mais ce qu'il cherchait avant tout, c'était le moyen d'arriver plus vite à une très haute vertu. La persécution de 1784 vint lui en offrir bientôt de nouvelles occasions.
    L'empereur Kien-Long avait donné des ordres sévères pour arrêter tous les prêtres catholiques. En conséquence les mandarins du Sse-Tchoan se saisirent de nombreux chrétiens qu'ils jetèrent en prison et soumirent à de cruelles tortures pour les forcer à dénoncer l'asile de leurs pasteurs.
    Pris dès le début de la persécution, le P. Dufresse, toujours adroit et audacieux, trouva le moyen de s'évader. Mais un peu plus tard réfugié dans une famille chrétienne, il y reçut de son supérieur l'ordre de se livrer aux soldats. Que s'était-il donc passé ?
    Mgr de Saint-Martin, que Mgr Pottier avait tout récemment sacré son coadjuteur, avait été fait prisonnier. Voyant s'aggraver de jour en jour les maux qu'on faisait souffrir aux chrétiens soupçonnés de cacher des Missionnaires, Monseigneur de St Martin, espéra y mettre un terme en ordonnant à trois missionnaires de se livrer avec lui aux autorités, afin de leur faire croire que désormais la Province était vide de prêtres étrangers. Il fut obéi sans hésiter. Le P. Dufresse, le P. Delpont et le P. Devant, réunis à Mgr de St Martin, furent sans délai acheminés sous escorte vers Pékin où on les enferma avec les autres missionnaires saisis dans les diverses provinces. Dans leur prison, affreux réduit presque sans air, d'une saleté repoussante, que la promiscuité avec des détenus grossiers et dévorés de vermine achevait de rendre intolérable, beaucoup de captifs moururent. M. Devaut expira le 3 juillet en murmurant doucement : « Mon Dieu, qu'il fait bon mourir ici ! » Cinq jours plus tard, ce fut le tour de M. Delpont. « Leur trépas, écrivaient les survivants, nous inspire de l'envie, non de la tristesse ».
    Secourus avec une infinie charité par les missionnaires lazaristes qui venaient de remplacer les jésuites à Pékin, Mgr de St Martin et le P. Dufresse vécurent assez longtemps pour apprendre, le 10 novembre 1785, que l'Empereur, à l'occasion d'une réjouissance nationale, leur faisait grâce à la condition qu'ils restassent attachés aux églises de Pékin sans jamais s'en éloigner, à moins qu'ils ne préférassent retourner à Macao pour être rapatriés en Europe. C'est à ce dernier parti que se rangèrent les deux missionnaires, espérant bien pouvoir, de Macao, rentrer secrètement au Sse-Tchoan.
    Reçus solennellement au seuil de l'Eglise par l'Evêque lazariste qui remit à Mgr de Saint-Martin une croix pastorale et un anneau les deux confesseurs s'avancèrent en procession vers l'autel et, devant la foule des fidèles y chantèrent le Te Deum. Scène de grandeur et de simplicité comme on en rencontre à toutes les pages de l'Histoire jusques et y compris l'époque même que nous vivons.
    Conduits par 10 soldats et 2 mandarins, les deux missionnaires français, traversant la Chine du Nord au Sud, arrivèrent à Canton le 2 février 1786. Un navire espagnol s'y trouvait, en partance pour Manille. Afin de donner le change aux Chinois, les missionnaires montèrent aussitôt à bord. A Manille, les autorités tant civiles que militaires ou religieuses, leur firent, aux applaudissements de la population, un accueil triomphal. Noble spectacle certes, bien digne de la catholique Espagne, mais qui n'empêcha pas Mgr de Saint-Martin d'écrire aux Directeurs du Séminaire des Missions Etrangères : « Il nous faut mourir en braves : l'Europe n'est pas un champ d'honneur pour un missionnaire dans les circonstances où nous nous trouvons ; aussi sommes-nous décidés, M. Dufresse et moi, à tenter toutes les voies pour rentrer au Sse-Tchoan, et nous le ferons, s'il plaît à Dieu, quoi qu'il en coûte »
    Les actes répondirent aux paroles. Ramenés à Macao par une frégate française, le «Marquis de Castries », les deux vaillants apôtres, après avoir changé leurs noms chinois et la coupe de leurs barbes, retournèrent au Sse-Tchoan et le 14 janvier 1789, rentrés furtivement dans la ville de Tchengtou, ils y comblaient de joie, par leur apparition inespérée, leur vieil évêque, Mgr Pottier.
    Permettez-moi, Messieurs, de m'arrêter ici quelques secondes pour saluer, dans sa simplicité grandiose, un tel exemple de la fidélité du missionnaire à sa vocation, de son amour passionné pour le pays, même inhospitalier, que lui a confié l'Eglise...
    Immédiatement, avec une ardeur décuplée, le P. Dufresse se remit au travail apostolique. Le champ dont son évêque l'avait spécialement chargé était la zone orientale de la province, celle dont la capitale est la grande ville de Chungking. Dès 1793, il y avait non seulement imprimé aux chrétientés existantes un élan de ferveur nouvelle, mais encore baptisé près de onze cents néophytes et formé un nombre égal de catéchumènes.
    Mais c'était l'époque où des nouvelles terribles arrivaient de France. La Révolution avait déclaré la guerre à la Religion. Les églises étaient fermées, les prêtres traqués. Le Séminaire des Missions Etrangères n'existait plus. Ses directeurs étaient en exil... Conçoit-on l'angoisse qui étreignit le coeur des apôtres du Sse-Tchoan, lorsque, réduits en Chine à une vie de catacombes, ils apprirent que, de France, ils n'avaient plus à espérer ni relève, ni secours d'aucune sorte ?
    Dans cette extrémité, ils ne s'abandonnèrent pas. Un jour Mgr de Saint-Martin, qui avait succédé à Mgr Pottier, mort en 1792, reçut de Macao un billet dont la teneur fait penser à un ordre du jour de Joffre ou de Foch. Le Procureur des Missions Etrangères, après avoir averti les missionnaires de ce qui se passait, concluait simplement, et textuellement : « Il faut s'arranger comme s'il n'y avait plus rien à attendre de France ».
    Ce communiqué était signé du P. Letondal, procureur des Missions Etrangères à Macao. Cet homme de tous points remarquable joua, à cette époque sombre, un rôle providentiel. Tandis qu'il avisait les missions d'avoir à s'ingénier sur place pour tenir coûte que coûte, sauver les oeuvres et surtout former des prêtres, il s'ingénia lui-même pour aider les missionnaires, et rétablir d'urgence un établissement qui leur avait rendu pendant 120 ans d'immenses services, mais qui, au moment de la Révolution se trouvait, pour comble de malheur, faire défaut. C'était le « Collège Général », ou Séminaire commun que la Société des Missions Etrangères avait ouvert en 1664 à la capitale du Siam, pour que toutes ses Missions y envoyassent les sujets jugés propres à être formés au sacerdoce. Et, depuis lors, on y avait vu affluer de jeunes lévites chinois, annamites, indiens, birmans, qui, après 10 et 15 années d'études, avaient été renvoyés à leurs évêques respectifs pour recevoir la prêtrise et suppléer au manque de missionnaires. Tel ce prêtre chinois éminent dont j'ai prononcé le nom, le P. André Li qui, ayant passé 15 ans au Séminaire de Siam, lui garda toute sa vie la plus touchante reconnaissance. Mais, en 1767 l'invasion birmane au Siam avait détruit le Séminaire. Reconstitué pendant quelques années à Pondichéry, il ne put y rester à cause des troubles politiques et des guerres, et, en 1781, il n'existait plus.
    Pour rouvrir quelque part à portée des Missions cet établissement plus que jamais nécessaire et pour recueillir des aumônes, le P. Letondal parcourut une grande partie rie l'Extrême-Orient et surtout la belle et chrétienne colonie espagnole des Philippines. Mais ayant besoin pour rétablir le Collège Général de fonds plus importants, il se décida à aller visiter le Mexique, qui était au XVIIIe siècle le pays des dollars...
    Seulement le voyage de Manille au Mexique était terriblement long et aléatoire : le tiers de la circonférence terrestre à faire en bateau à voile ! Un seul et unique bateau faisait une fois par an cette traversée. M. Letondal y prit place pour la première fois en 1798 ; mais sur les côtes mêmes de l'île, le vaisseau fit naufrage et dut rentrer au port désemparé. M. Letondal attendit donc un an et repartit: un typhon l'arrêta dès la sortie de Manille et c'est à grand peine qu'il sauva sa vie. Il attendit encore un an et ne fut pas plus heureux : car, étant déjà à bord et comme on allait lever l'ancre, il fut soudain attaqué d'une maladie si grave que le médecin du vaisseau le fit débarquer. N'était-il pas temps pour lui de renoncer à l'entreprise? Il n'y songea même pas, et repartit pour la quatrième fois en 1801. Arrivé enfin à Mexico, il y trouva auprès du clergé, des ordres religieux, des fidèles, l'accueil le plus généreux. Si bien qu'en 1803 il rentrait à Macao pourvu des moyens qui lui avaient manqué jusque-là. C'est dans l'île de Pinang où les Anglais venaient de prendre pied en face de côtes du Siam que M. Letondal, après quelques tâtonnements, rouvrit le Collège Général des Missions Etrangères qui, depuis 125 ans, y fonctionne sans interruption et, aujourd'hui plus que jamais, y prospère.
    Mais comment un Séminaire à Siam rendait-il possible la formation d'un clergé dans l'intérieur de la Chine ? Pour vous l'expliquer, Messieurs, il me suffira de vous raconter à quelle occasion je m'en suis rendu compte moi-même.
    J'étais en Chine depuis deux ans à peine quand je visitai pour la première fois, à la frontière des deux Provinces extrêmes de la Chine intérieure, le Sse-Theoan et le Yunnan, un groupe de familles débris d'une chrétienté jadis florissante, mais détruite par les persécutions. Un jour, après les heures consacrées à mon ministère, j'étais venu dans un bois de pins chercher le calme propice à la prière. Du Sse-Tchoan où j'étais, on apercevait entre les arbres, par dessus la gorge frontière, les hautes montagnes du Yunnan. C'était un spectacle impressionnant de silence et de solitude. Tout à coup, m'étant avancé dans une clairière, j'aperçus une tombe, une tombe chrétienne marquée de la croix. Seule dans cette savane, elle n'en paraissait pas moins entretenue par des mains pieuses. Je m'approchais : une inscription latine se lisait facilement. En voilà le sens : « Ici repose Thomas Hamel, prêtre français des Missions Etrangères, qui mourut ici en 1812, après y avoir consacré 32 ans à la formation du clergé de ce pays... »
    A cette lecture, je fus saisi d'étonnement. Quoi, me disais-je, en regardant l'austère paysage qui m'entourait, des prêtres ont été formés il y a plus de cent ans en ce lieu perdu et l'un de mes aînés, contemporain et ami du Bienheureux Dufresse, a voué 32 ans de sa vie à ce labeur obscur et totalement ignoré du monde ! Une vive émotion m'étreignait. Mais je fus bientôt renseigné. Oui, j'étais tombé au hasard de ma promenade sur la cachette où, pendant 40 ans, l'église naissante du Sse-Tchoan avait abrité son premier Séminaire. Quand la persécution sévissait au Sse-Tchoan, on passait de l'autre côté du ravin et le Séminaire recommençait à fonctionner dans une chaumière du Yunnan. Puis, quand le Yunnan, à son tour, devenait dangereux, on revenait au Sse-Tchoan. Et ainsi durant 40 années, au cours desquelles furent formés 22 prêtres qui tous ont eu à confesser la foi, et dont plusieurs furent martyrs, parmi lesquels 3 ont été déclarés Bienheureux.
    Or, vous le comprenez, MM. les prêtres formés dans ce Séminaire de catacombe, s'ils y prenaient comme naturellement la trempe des héros, ne pouvaient y faire, cela est évident, que des études relativement sommaires. Et le voeu de l'Eglise comme le but de la Société des Missions Etrangères, c'est que les clergés indigènes reçoivent au point de vue intellectuel comme au point de vue moral une formation complète. Il fallait donc à tout prix un Séminaire supérieur et c'est à ce besoin que répondait le Collège général de Siam. Quand les jeunes aspirants au sacerdoce étaient bien dégrossis, bien sûrs de leur vocation et qu'ils parlaient cour animent le latin, pour peu que la violence des persécutions ne le rendit pas impossible, on les acheminait vers Siam. Voyage périlleux, épuisant, aléatoire qui durait plusieurs mois. Et pourtant ces jeunes gens courageux, sous la conduite de leurs guides héroïques, arrivaient presque toujours à leur destination lointaine. En deux siècles consécutifs, les accidents furent extrêmement rares.
    C'est ainsi que se formait au temps du Bienheureux Dufresse le clergé du Sse-Tchoan. Cette formation qui avait toujours été au premier rang de son effort de missionnaire, devint la plus pressante de ses préoccupations quand Mgr de Saint-Martin le choisit en l'année 1800 pour son coadjuteur et, par sa mort arrivée un an plus tard, le laissa seul à la tête de la Mission. Le premier acte de Mgr Dufresse devenu évêque, fut de réunir tous ses prêtres en Synode afin de fixer les expériences acquises et de codifier la tradition d'un vicariat déjà prospère et qui tendait à devenir le modèle des missions de Chine. Sur 4 missionnaires français et 18 prêtres chinois alors présents au Sse-Tchoan, 1 seul Français et 13 Chinois eurent la possibilité de quitter leurs districts et de venir au rendez-vous fixé pour le mois de juillet près de la ville de Tsong-Kin-Tcheou. Avec l'évêque, les Pères du Synode furent donc au nombre de 14 dont 1 Français et 13 Chinois. De cette Assemblée célèbre dans l'histoire de l'Eglise de Chine sortit un ensemble de statuts et de décisions qui, par leur sagesse profonde et leur simplicité pratique, méritèrent d'être solennellement approuvés pair le Saint-Siège. La S.C. de la Propagande les fit imprimer à Rome et distribuer à toutes les Missions de Chine pour y servir de norme à l'apostolat ; et le « Synode du Sutchuen » a gardé cette place d'honneur jusqu'au Synode Général tenu à Shanghai il y a moins de 10 ans. Quand on songe qu'il s'est tenu en 1803 et que les prêtres chinois y ont siégé dans la proportion de 13 sur 15 on est surpris et peiné de voir l'Histoire des Missions si peu connue même des prêtres, que beaucoup s'imaginent que les clergés indigènes sont nés d'une initiative toute récente de N. S. P. le Pape Pie XI et que, si les prêtres indigènes ont enfin la place à laquelle ils ont droit, ils le doivent aux objurgations d'une science nouvelle qu'on a baptisée « Missiolugie ».
    Pour recueillir les fruits que le synode devait produire la Providence laissa à Mgr Dufresse le temps d'en appliquer les prescriptions et de les faire pénétrer dans l'esprit et le coeur de ses prêtres et dans les habitudes de ses ouailles. Les années qui s'écoulèrent de 1803 à 1815 furent, malgré des oppositions et des persécutions locales tantôt sur un point, tantôt sur un autre, une période d'épanouissement pour la mission du Sse-Tchoan. Le nombre des fidèles y atteignit le chiffre de 46.000 qui s'accroissait chaque année de 1.000 à 1.500 et jusqu'à 2.000 conversions. Partout, chez les néophytes, régnait l'ordre chrétien.
    L'oeuvre accomplie dans des conditions si extraordinairement difficiles était donc magnifique. Pour son principal artisan, l'heure de la récompense était proche.
    Une violente persécution éclata en 1814. Informé par un traître de la présence des missionnaires français, de l'existence d'un Séminaire et de nombreuses chrétientés, le vice-roi du Sse-Tchoan lança un édit de persécution générale dans sa Province.
    Pendant plus de six mois, Mgr Dufresse dut mener une vie de proscrit, passant rarement deux nuits sous le même toit, fuyant la bande de sbires acharnés à sa poursuite, se cachant entre les doubles murs, abandonné parfois de ses guides, à charge aux hôtes apeurés qui consentaient avec peine à le laisser reposer chez eux. Enfin, parmi les chrétiens que le Vice-Roi ne se lassait pas de mettre à la question pour leur arracher des aveux, il se rencontra un jeune homme, ancien séminariste renvoyé (qui se repentit et devint prêtre plus tard) qui, vaincu par l'épouvante, se déclara prêt à conduire les satellites au lieu où il savait que se trouvait l'évêque.
    En arrivant en présence de celui-ci il voulut s'excuser. « Mon fils, lui dit doucement le prélat tandis qu'on l'enchaînait, puisque vous vouliez me livrer, il fallait au moins m'avertir : je serais sorti de cette maison et mes hôtes n'eussent pas été compromis ».
    Conduit à Tcheng-Tou, il fut traité par les mandarins eux-mêmes avec de grands égards. Il mangeait à leur table, mais ne put obtenir qu'on lui donnât pour compagnons deux prêtres chinois emprisonnés pour la foi. Quatre mois durant, les interrogatoires se succédèrent selon les formes employées avec les hauts dignitaires. Enfin, le 14 septembre, après avoir comparu devant le Grand Juge criminel, il fut conduit devant le Vice-Roi qui le condamna immédiatement à avoir la tête tranchée. On dit que l'évêque répondit en citant son juge à bref délai au Tribunal de Dieu : et la prédiction se réalisa dans les mois qui suivirent.

    L'exécution eut lieu le lendemain en dehors de la Porte du Nord. 33 chrétiens tirés de prison furent amenés au lieu du supplice et sommés d'apostasier. Un seul succomba. Les autres tombés à genoux demandèrent à l'évêque l'absolution. Après la leur avoir donnée en y joignant ses paternelles consolations, le martyr, sans nulle émotion, se tourna vers le bourreau en s'inclinant. Sa tête roula sur le sol et un vol d'hirondelles, racontèrent tous les assistants, après avoir tournoyé au-dessus du lieu de l'exécution, s'envolèrent à tire-d'aile et le ciel voilé jusque-là, se découvrit. Les chrétiens qui attendaient leur tour niais qu'on avait voulu seulement effrayer eurent la vie sauve. La tête du Martyr resta exposée dans une cage pendant trois jours, puis de pieux fidèles rendirent aux précieux restes les honneurs de la sépulture.
    Quarante jours plus tard, l'Empereur Kia-King mis au courant des événements, approuva le Vice-Roi dans les termes que voici : « L'Européen Dufresse s'était introduit clandestinement au SseTchoan pour y prêcher la religion. Il fut pris et condamné, mais ensuite mis en liberté et renvoyé dans son pays, il eut l'audace de rentrer secrètement au Sse-Tchoan où, changeant de nom, il a recommencé à propager la religion dont il était le chef... Il a séduit beaucoup de personnes du peuple, ignorantes et imprudentes, de sorte que le Sse-Tchoan renferme un très grand nombre de gens affiliés à la fausse secte des européens. Le Vice-Roi, en remédiant à ces désordres, s'est très bien comporté, et nous ordonnons qu'il soit tenu compte de ses mérites... »
    Cet acte officiel suffirait seul à donner au martyre de Mgr Dufresse son caractère juridique : il proclamait l'évêque par la voix de l'Empereur de Chine, témoin de J.-C. jusqu'à l'effusion du sang. C'est ainsi que les bourreaux eux-mêmes sacrèrent leur victime et, par leurs actes, leurs paroles, leurs écrits, jetèrent les fondements des autels que l'Eglise devait leur élever.
    Mgr Dufresse a été proclamé Bienheureux par le Pape Léon XIII le 27 mai 1900. Sa fête se célèbre le 24 novembre.
    Résultats après souffrances et martyres. L'unique Vicariat apostolique du Sse-Tchoan est devenu un magnifique ensemble de 11 vicariats ayant chacun à sa tête un évêque, et une Préfecture apostolique. Deux évêques sont chinois. Les autres sont français des M.-E. Le Préfet apostolique est chinois. Le nombre total des missionnaires est de 200, dont 190 français ; l'effectif du clergé chinois est de 250 prêtres et 2 évêques. Les chrétiens sont au nombre de 240.000, sans compter les catéchumènes non baptisés. Religieuses Franciscaines, missionnaires de Marie et soeurs de Saint-Paul de Chartres travaillent avec les Missionnaires et développent d'année en année des oeuvres admirables.
    Et cependant, personne ne l'ignore, parmi les bouleversements incessants de l'immense Chine, la situation y est depuis longtemps intenable. Or les Missions catholiques tiennent, prêtres européens ou chinois, soeurs européennes ou indigènes, tous sont à leurs postes. Lorsque le Consulat de France en 1926, inquiet pour la vie des Missionnaires, leur conseilla de se mettre à l'abri, l'un d'eux, traduisant la pensée des autres, écrivit ce que voici à son évêque : « Monseigneur, je resterai à mon poste et votre ordre seul pourra m'en faire partir. Confiant dans la Providence j'attendrai les événements... Du reste, nous avons nos Anciens qui nous ont laissé une Tradition. Ceux qui dorment au cimetière de Fong-Hoang-Chan en ont vu de dures parfois et ils ne sont pas partis pour cela. Notre mission a une magnifique histoire... héroïque souvent. S'il nous appartient d'y ajouter encore une page, il nous faut l'écrire dans le même style ».
    J'ai fini ma Conférence, Messieurs, mais là-bas, en Chine, la séance héroïque continue. Les Missions sont arrêtées pour un temps dans leur croissance par l'anarchie, les bouleversements, les destructions continuelles. Mais la fermeté de leur attitude oblige bien des regards jusqu'ici indifférents à se tourner vers elles. Et c'est un gain moral d'une immense portée. En finissant je vous demande donc de manifester votre admiration pour nos missionnaires et nos religieuses de Chine en soulignant de vos applaudissements le télégramme que je vais vous lire et que N.S.P. le Pape vient d'adresser à son très digne et infatigable représentant en Chine S. Exc. Costantini.
    Cité du Vatican, 29 septembre 1930.

    À Mgr COSTANTINI, Délégué Apostolique, Pékin.

    « Le Saint Père se réjouissant vivement du magnifique exemple « de force apostolique que les Missionnaires ont donné pendant les troubles récents, charge Votre Seigneurie de leur rendre à « tous, en son auguste nom, un éloge bien mérité et de leur transmettre sa Bénédiction Apostolique... »
    Signé : Cardinal PACELLI, Secrétaire d'Etat.

    1931/2-18
    2-18
    France
    1931
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