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L'exposition des missions à Rome

L'exposition des missions à Rome Lettre du P. A. Fabre Missionnaire apostolique Le 21 décembre 1924, en la fête de saint Thomas, apôtre des Indes, le Souverain Pontife Pie XI, escorté des cardinaux et des membres du corps diplomatique, sous les yeux d'un grand nombre d'évêques et de prêtres, a inauguré l'Exposition missionnaire. Cette Exposition est sur la Pigna, en arrière de la basilique vaticane. Au milieu s'élève une monumentale statue de saint Pierre qui semble présider à la revue ordonnée par son successeur.
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    L'exposition des missions à Rome
    Lettre du P. A. Fabre
    Missionnaire apostolique
    Le 21 décembre 1924, en la fête de saint Thomas, apôtre des Indes, le Souverain Pontife Pie XI, escorté des cardinaux et des membres du corps diplomatique, sous les yeux d'un grand nombre d'évêques et de prêtres, a inauguré l'Exposition missionnaire.
    Cette Exposition est sur la Pigna, en arrière de la basilique vaticane.
    Au milieu s'élève une monumentale statue de saint Pierre qui semble présider à la revue ordonnée par son successeur.
    Tout autour sont placés les pavillons des différentes sections : Terre Sainte ; Histoire rétrospective des Missions ; salle dés Martyrs ; salle de la Propagande ou de statistique générale ; Bibliothèque; Rites orientaux ; Missions indiennes de l'Amérique; Section du Levant, de l'Inde et de l'Indochine; pavillon de médecine et d'hygiène coloniales.

    Mars avril 1925, n° 162.

    En sa partie antérieure, la galerie Chiaramonti est devenue salle de statistique et d'activité missionnaire pour chaque Institut, et plus loin une galerie renferme les maquettes les plus remarquables venues des missions.
    Sur le flanc nord des jardins du Vatican, sont alignés parallèlement les pavillons de Chine et de Corée ; celui du Japon et de l'Asie insulaire ; le pavillon d'Océanie; ceux d'Afrique 1.

    Histoire

    Et maintenant pénétrons dans le pavillon d'Histoire.
    Dès le VIIIe siècle, la Chine lointaine avait entendu parler de christianisme. La stèle de Singanfou dont nous voyons la fac similé l'atteste ; mais ce christianisme était entaché d'hérésie nestorienne. Encore quelques siècles, et d'autres missionnaires viendront, qui les premiers prêcheront à la Chine la vérité. Voici les lettres et mémoires des fils de saint François d'Assise, les plus anciens missionnaires de l'Extrême-Orient.
    Voici la réponse insolente de Guyuk, le grand kan des Mongols, au pape Innocent IV, qui le pressait de se convertir : Jean de Plan-Carpin rapportait cette réponse en 1247.
    Au passage, saluons encore plusieurs voyageurs pour le Christ. Dès 1252, le flamand Ruysbroeck avait atteint Karakorum par le Turkestan. Ce tableau qui attire notre attention représente Jean de Monte-Corvino présentant la croix à baiser à l'empereur des Tartares.

    1. Une vingtaine de pavillons en bois, entièrement recouverts à l'intérieur et à l'extérieur de plaques de salon ite, s'élèvent dans les jardins du Vatican et dans deux vastes cours avoisinant les jardins. Leur architecture fait le plus grand honneur au Fourrier des Palais Apostoliques, M. Manucci. Malgré leurs grandes dimensions, ils ont cependant été reconnus insuffisants à contenir les envois annoncés par les Missions, et le Saint Père vient de concéder gracieusement au Comité l'usage du Musée Egyptien et du Musée Chiaramonti. Pavillons et Musées donnent à l'Exposition un ensemble de 10.000 mètres carrés de superficie.
    Le Saint Père passe sa récréation du dimanche à visiter les pavillons et les objets arrivés. S. E. le Cardinal Van Rossum fait aussi sa visite. Quant à l'actif Secrétaire de la S. C. de la Propagande, Président du Comité, Mgr Marchetti, il est toute la semaine au milieu de ses Missionnaires, animant, encourageant, dirigeant tous et chacun avec une intelligence et un zèle admirables. Par lui nous savons que le Saint Père est très touché de l'empressement qu'ont mis les Missions à répondre à son appel et que sa satisfaction est grande. (L'Exposition Vaticane, par le P. Mollat, Bulletin de la Soc. des M.-E. de Paris, n° 37, p. 30. Hongkong, imprimerie de Nazareth.)

    Arrêtons-nous devant le reliquaire du grand saint François-Xavier, l'apôtre des Indes et le patron des Missions étrangères. Vénérons son bréviaire, son calice, ses lettres autographes à saint Ignace, et jusqu'à l'ombrelle de cérémonie avec laquelle il fut introduit à l'audience du daïmio japonais du Bungo en 1551.
    Sur les Jésuites qui évangélisèrent la Chine, les documents abondent. Par cette lettre sur étoffe de soie jaune, une catholique, l'impératrice Hélène, mère de Yun-lié, le dernier des Min, demande au Général des Jésuites de nouveaux missionnaires.
    Voici la mappemonde offerte en 1606 par son auteur, le P. Mathieu Ricci, à l'empereur. Cette sphère céleste fut dessinée par le P. Adam Schall, président de l'Observatoire d'Astronomie, surintendant du Collège des mathématiques, et aussi le diplôme de félicitations de l'empereur Shun-Chi (1650).
    Il fut un moment question d'introduire le chinois dans la liturgie catholique ; la preuve en est dans ce missel, traduit par le P. Buglio, qui fut édité à Pékin.

    Géographie

    De nombreuses cartes nous aident à suivre la marche des hérauts de l'Evangile. Les cartes sont d'ailleurs une caractéristique de toute l'Exposition. Il convenait que la géographie, au point de vue qui intéresse le royaume de Dieu, y eût sa place très marquée.
    Quelles sont les terres conquises au Christ, et celles qui demeurent à conquérir ?
    Quel itinéraire ont suivi les missionnaires pour étendre leurs conquêtes ?
    Quel est le champ d'action respectif de chaque Société apostolique?
    C'est ce que ces cartes nous disent.
    Notre Société des Missions Etrangères n'a pas manqué d'exposer les cartes des missions qui lui sont confiées. Plusieurs sont des travaux remarquables ; une notice historique leur est annexée. Elles feront la matière du plus intéressant des Atlas.

    Statistique

    Faisons maintenant un peu de statistique.
    On compte 377 missions, soit Vicariats, soit Préfectures apostoliques : 33 en Europe, 136 en Asie, 102 en Afrique, 50 en Amérique et 56 en Océanie. Le chef de chaque mission est un évêque, Vicaire ou Préfet apostolique. Sous ses ordres il y a les prêtres. Evêques et prêtres forment les cadres.
    Les prêtres sont au nombre de 12.712. Parmi eux, 8.617 sont missionnaires, donc étrangers au pays qu'ils évangélisent; les 4 095 autres sont indigènes.
    Aux évêques et aux prêtres sont adjoints comme auxiliaires les religieux non prêtres, et les religieuses tant étrangères qu'indigènes. A ces religieux et religieuses, il faut ajouter les laïques nombreux, maîtres et maîtresses d'école, infirmiers, baptiseurs, etc., appartenant aux pays évangélisés.
    Notre Société des Missions Etrangères compte 41 évêques et 2.347 prêtres dont 1.112 de langue française.
    Les 1.305 autres prêtres sont de race indigène et se partagent ainsi : 38 au Japon ; 42 en Corée ; 279 en Chine ; 787 en Indochine, 70 au Siam et en Birmanie ; 89 aux Indes.

    Hommes et choses d'Extrême-Orient

    Pénétrons dans les pavillons du Japon, de Corée, de Chine, d'Indochine et des Indes. Chaque Vicariat a voulu lutter d'émulation pour les constituer.
    Par une délicatesse qui l'honore, le gouvernement du Mikado a participé à l'installation du pavillon japonais.
    Saluons donc le samouraï à l'antique costume, et sa femme, aux amples robes de soie ; puis pénétrons dans la maison japonaise, exiguë comme tout l'ameublement qu'elle renferme, mais d'une propreté méticuleuse et où l'on n'entre que pieds nus.
    Voici maintenant un personnage à l'immense et disgracieux couvre-chef, et tout de blanc habillé : c'est un fils résigné de la douce Corée, elle aussi terre des martyrs, et qui au cours de l'année sainte se trouvera plus spécialement à l'honneur1
    Non loin, un intérieur mandchou nous invite à goûter les douceurs du kang, lit de briques à chauffage central, et meuble principal de la maison au cours du long hiver. Endossons l'indispensable fourrure, surtout si quelque service urgent nous force à atteler nos mules pour une course en char à travers la morne plaine glacée.

    1. On espère la Béatification de plus de 70 martyrs coréens.

    Au Setchoan nous retrouvons quelque chose de l'ancienne Chine. Des femmes y ont encore les petits pieds et des hommes y portent la longue tresse de cheveux.
    Allons plus loin et risquons une périlleuse exploration à travers les montagnes et vallées thibétaines. C'est suspendu à un câble au dessus de l'abîme que nous nous laisserons rouler d'une rive à l'autre des fleuves encaissés. Entrons dans une de ces lamaseries fameuses qui comptent leurs religieux par milliers. Les voici précisément qui, drapés dans leurs chapes et leurs écharpes somptueuses, psalmodient leur office d'une voix sourde et monotone.
    Revenons en arrière. En palanquin, à cheval, en barque, traversons le montagneux Kouytcheou, le Kouangsi longtemps réfractaire à l'Evangile, et redescendons le Sikiang jusqu'à Canton, la métropole du sud de la Chine, aux quais si animés.
    Un riche commerçant de nos amis nous invite. Entrons avec lui dans son salon d'apparat. Sur le parquet, des tapis du Yunnan; aux murs, des tableaux, des sentences de maître, des éventails en plumes d'aigrette, des tentures de soie pourpre et or. Des ivoires étonnamment fouillés, des vases de la dynastie des Han surmontent des meubles d'ébène incrustés de nacre. Au repas qui suit la visite, potage aux nids d'hirondelles, oeufs de pigeon, ailerons de requins et autres mets des plus succulents se succèdent dans de la vaisselle d'argent. Pour terminer nous buvons du thé du Fokien dans de la porcelaine de Kiangsi, et du vin dans des tasses en marbre de Shiuhing.
    Sur les rivages de Pakhoi nous visitons un village chinois au complet. Par ses proportions et sa variété, il constitue une des collections les plus curieuses de l'exposition, et l'emporte sur les envois similaires d'autres missions. On y saisit sur le vif la vie chinoise ordinaire. Nous y suivons l'indigène allant à sa rizière, écrasant sa canne à sucre, fabriquant son huile, distillant son vin, débitant ses drogues, adorant ses poussahs, fumant son tabac ou son opium ; on s'arrête devant la ménagère fustigeant au logis son gamin au costume sommaire; on loue la diligence de la bru tournant la meule, soulevant le pilon pour décortiquer le riz, revenant du puits avec deux seaux pleins sur les épaules, tandis que sur la place, à l'ombre des grands banians, deux soudards, moeurs actuelles appréhendent et enchaînent un Monsieur à longue robe, quelque suspect sans doute, qu'on saura exploiter savamment.
    Nous poursuivons notre pèlerinage et pénétrons en Indochine. Ici à nouveau, nous jetons des yeux d'envie sur les laques, les nacres et les tapis d'Hanoi; le commun des Annamites se passe de ce luxe et préfère ses lignes et ses filets ; il nous en offre même toute une collection.
    Faisons une courte halte au pays des Bahnars. L'habit est sommaire; un pagne suffit aux enfants de la forêt. Les beaux-arts ne leur sont cependant pas étrangers : ils aiment la musique, ont des hymnes de joie et des complaintes de deuil. Libre à nous de les chanter : les voilà notés devant nos yeux. Tout à côté, le Pater en bahnar. On le lit en toutes langues à l'Exposition.
    Abordons enfin dans l'Inde, la contrée des Radjahs. Le luxe y voisine avec la misère, le riche de haute caste chargé d'or et de pierreries, avec le paria au pagne et à la hutte sordides.

    Eglises. Ornements

    Au milieu de ces curiosités exotiques sont placées les maquettes et les photographies de nombreuses et belles églises élevées par les soins des évêques, des prêtres européens ou indigènes.
    Citons parmi les plus belles : la cathédrale de Tokio, hélas! trop tôt effondrée ; celle de Moukden, celle de Kouiyang de style chinois, celle de Canton, oeuvre de Mgr Guillemin, au gothique si pur ; celle de Phatdiem, de genre annamite, oeuvre du P. Thiem ; celles enfin de Saigon et de Rangoon.
    Non moins significatifs ces tapis, ces fines aubes de dentelle, ces chasubles et ces chapes, brodés par les Religieuses et les enfants de nos orphelinats, et dont un grand nombre ont été offerts à Sa Sainteté le Pape Pie XI.

    La Rotonde des Martyrs

    L'Exposition des Missions serait incomplète si, comme notre Séminaire des Missions Etrangères, elle ne possédait une salle des Martyrs. La voici ; elle porte le nom de Rotonde des Martyrs.
    Une liste placée à l'entrée du pavillon de Chine porte le nom des martyrs et des confesseurs de la foi, évêques et prêtres. Parmi eux se détachent en lettres de pourpre le nom de ceux à qui l'Eglise a décerné le titre de Bienheureux et celui de Vénérable.
    Nous pourrions parler plus longuement de ce que nous avons vu; nous espérons continuer dans quelques mois ; aujourd'hui nous n'avons voulu donner qu'un léger aperçu de l'Exposition des missions au Vatican. Ces courtes pages suffiront, espérons-nous, à indiquer combien de choses curieuses, intéressantes, instructives, édifiantes, cette Exposition offre aux visiteurs, avec quel soin attentif et quel véritable succès ont été exécutées les directions pontificales.

    1925/42-49
    42-49
    Italie
    1925
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