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Lettre de M. Brenguier : A mes bienfaitrices et bienfaiteurs.

NAGASAKI. Lettre de M. Brenguier : Missionnaire au Bungo A mes bienfaitrices et bienfaiteurs. Nakatsu (Buzen), 3 décembre 1912.
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    NAGASAKI.

    Lettre de M. Brenguier :

    Missionnaire au Bungo

    A mes bienfaitrices et bienfaiteurs.

    Nakatsu (Buzen), 3 décembre 1912.

    CE m'est un agréable devoir à remplir, à la fin de cette année, que de vous apporter, en mon nom et en celui des chrétiens du Bungo, vos obligés, la meilleure expression de nos compliments et de nos voeux, à l'occasion de Noël et du nouvel an. Veuillez agréer ce faible tribut de notre reconnaissance et nous croire toujours fidèles devant Dieu et la bonne Mère, à demander pour vous et pour tous ceux que vous aimez l'effusion des grâces et des bénédictions spirituelles et temporelles, réservées aux coeurs généreux.
    Je vous dois aussi un petit compte-rendu de l'emploi des aumônes que vous avez eu la générosité de m'envoyer. Grâce à elles, le travail et les progrès accomplis, sinon les succès obtenus, ont été bien plus considérables que mes seules ressources ne permettaient de l'espérer. A vous en revient l'honneur et le mérite, à votre actif sur le Grand Livre de vie sont à jamais inscrites ces bonnes oeuvres.
    Le total des aumônes reçues jusqu'à ce jour s'élève à près de 4000 fr. Une première visite complète du district a permis de retrouver et de fortifier bon nombre de chrétiens égarés que leur dénuement et notre pauvreté avaient empêchés de revoir le missionnaire depuis 4, 9, 12, 18, 20 ans et parfois davantage. Pour entretenir leur foi par des instructions ou circulaires religieuses plus fréquentes, a été ensuite acquis le modeste instrument qui me sert à polycopier vaille que vaille les lettres qu'il me serait seul matériellement impossible d'écrire. La Providence m'a ensuite envoyé, comme premier collaborateur, un excellent jeune homme, aussitôt engagé comme élève catéchiste, et qui se rend déjà très utile pour la correspondance japonaise, les catéchismes, la sacristie et une foule d'autres menus services fort appréciables. L'économie de temps ainsi réalisée m'a permis de parcourir encore deux fois ce vaste district, de pourvoir d'une manière satisfaisante aux besoins spirituels des chrétiens, de relever les traces de nos anciennes chrétientés, de donner nombre de conférences à chaque station, et de planter de ci, de là, des jalons sérieux pour l'évangélisation méthodique des païens de cette province.
    Enfin, au chef-lieu Oita, si tristement abandonné depuis deux ans, un terrain étroit, mais fort bien situé au centre de la ville, a été acquis, sur lequel je me propose de construire au printemps une résidence oratoire, afin de pouvoir réoccuper définitivement ce poste dans le courant de l'année. 1.800 francs environ restent actuellement à ma disposition dans ce but ; c'est le tiers du nécessaire pour mener les travaux à bonne fin. D'où me viendra ce qui manque encore ? Cest le secret de la Providence qui « donne aussi bien pour achever ce qu'Elle permet de vouloir et d'entreprendre ». Il serait vraiment indiscret et abusif d'oser vous adresser une nouvelle demande de secours, alors que mon but n'est aujourd'hui que d'acquitter une faible partie de mes obligations envers vous ; et pourtant, comment faire sans le soutien continu de votre bienveillante sympathie et de vos prières ?... Enfin, à la grâce de Dieu et à l'intercession de la bonne Mère d'y pourvoir en temps opportun... et passons.
    Quant aux résultats numériques, sept nouveaux convertis seulement sont venus augmenter l'effectif de la chrétienté du Bungo. C'est bien peu en vérité, mais je suis un si misérable ouvrier, et les conversions sont si difficiles et si rares, au Bungo en particulier.
    Une méfiance extrême à notre égard et une foule de préjugés absurdes, soigneusement entretenus par les bonzes, éloignent de nous les coeurs. Tel jeune homme, par exemple, aîné de sa famille, ne visite jamais ses parents, sans que ceux-ci, aussitôt après son départ, ne se croient obligés de répandre le sel à profusion sur les nattes occupées ou les endroits foulés aux pieds par leur fils chrétien, afin de les purifier. Telle jeune fille a défense chez elle de toucher aux ustensiles, de puiser l'eau au puits commun, etc., par crainte des maléfices supposés résulter de son contact de chrétienne avouée... De plus, seul encore dans un district aussi étendu, et fréquemment en campagne, les relations suivies qu'exige une préparation sérieuse au baptême sont forcément plus irrégulières et demandent plus de temps. D'ailleurs, en un pays aussi discipliné et à esprit si communautaire et nationaliste que le Japon, tant que les classes supérieures ne se convertissent pas en nombre, on ne peut compter que sur la patiente pêche à la ligne des individus, non sur les grands coups de filet merveilleux.
    En revanche, la ferveur de nos néophytes se révèle parfois en traits édifiants et consolants. Tel, ce bon vieillard, l'une des brebis retrouvées cette année, qui pleurait à chaudes larmes du bonheur de pouvoir se confesser et recevoir les derniers sacrements, et ne voulut plus ensuite jusqu'à sa mort, survenue six jours après, s'entretenir un seul instant d'autres affaires que du salut de son âme ; son dernier souffle s'exhala dans un suprême effort qu'il faisait pour se tenir sur son séant, afin de témoigner de son respect pour la prière, car il faisait sans cesse réciter le chapelet par ses enfants, pour assurer son entrée immédiate au paradis. Ou encore cet autre, âgé de 73 ans, à Oita, vivant à grande peine de son travail journalier, qui, pour suppléer à la visite au Saint-Sacrement qu'il est impossible de conserver dans ce poste, apporte soir et matin deux brouettées de terre destinée à niveler le terrain désormais acquis pour les constructions à élever l'an prochain... Je n'en finirais plus en traits de ce genre, et il faut se borner.
    Voilà, généreux bienfaiteurs du Bungo, ce que sont les fruits de votre charité à notre égard et l'emploi fait de vos aumônes. Nous en reparlerons avec bonheur, je l'espère, et avec plus de détails, quelque jour. Je prie de toute mon âme, afin que le bon Dieu vous rende au centuple le bien que vous nous avez fait.

    MARS AVRIL 1913, N° 92.

    HOMMAGE A M. CASTANET

    Nous avons précédemment raconté la mort courageuse de M. Ferd. Castanet, missionnaire au Kien-tchang, massacré le 4 novembre 1911, près de Kiang-tcheou; nous sommes heureux de pouvoir aujourd'hui publier son portrait ainsi que le texte gravé sur une plaque commémorative due à la générosité des anciens élèves du petit séminaire de Mussonville (diocèse de Bordeaux). Cette plaque a été posée sur la façade de la chapelle de l'Ecole, faisant le pendant de la plaque commémorative du martyre de M. Beaulieu, martyr en Corée en 1866. Le texte a été composé par M. le chanoine Barbé.1

    P. FERDINANDO . CASTANET . Burdigal .
    huius. quondam. Seminarii . clariss . disipulo
    deinde . christianae . doctrinae . inter . barbaras . gentes
    praeconi . indefesso
    postremo . in . remotissima . Sinae . regione
    Su Tchuen . dicta
    prid . non . nov . MCMXI . crudeliter . occiso
    Prior . ejusd . Seminarii. Discipulorum societas
    fide . pietate . insignis
    praesertim . omnis . officii . ad . mortem . usque . observantissimus
    tamen . nex . ab . infidelibus . sicariis . illata
    ac . fortiter . piissimeque . ab . eo . accepta
    Deo . gratissimam . sacravit
    Sanctorum . civitati . egregium . civem . contribuit
    Martyrum . prope . ritu . colendum
    Sit . hujus . vita
    et . aequaalibus . solatio
    et . junioribus . exemplo
    Quae . jam . nune . est . toti . cognationi . nostrae
    eximio . decori

    1. Publié par le Glaneur de Mussonville, n° 80, décembre 1912, p. 311.
    1913/88-90
    88-90
    Japon
    1913
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