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Lettre de Hainan

Lettre de Hainan Jusqu'ici, Hainan est restée à peu près inconnu. C'est un gros péché. Sans doute il y a bien eu, ces vingt dernières années surtout, quelques relations d'explorateurs. Mais ils n'ont dit qu'un mot de ce qui surtout vous intéresse. D'ailleurs un séjour prolongé eût grandement profilé à leur récit. Quand on ne voit qu'en passant... ! Bref, au point de vue religieux, qui connaît vraiment Hainan ? Et pourtant... !
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    Lettre de Hainan

    Jusqu'ici, Hainan est restée à peu près inconnu. C'est un gros péché. Sans doute il y a bien eu, ces vingt dernières années surtout, quelques relations d'explorateurs. Mais ils n'ont dit qu'un mot de ce qui surtout vous intéresse. D'ailleurs un séjour prolongé eût grandement profilé à leur récit. Quand on ne voit qu'en passant... ! Bref, au point de vue religieux, qui connaît vraiment Hainan ? Et pourtant... !
    Jeunes missionnaires qui venez en Chine, et qui allez bientôt vivre votre rêve de travaux apostoliques saluez au passage Hainan, la première terre chinoise que vous rencontrez. Vous passez tout près de nous, depuis surtout que la malle française vous fait faire escale au Tonkin. Quand, venant d'Haiphong vers Hong-Kong, vous longez, des heures durant, la côte de notre grande île, qui, à elle seule barre la moitié du golfe du Tonkin vous doutez-vous que l'Evangile était déjà prêché ici, il y a près de trois cents ans, et que de 1633 à aujourd'hui 51 missionnaires ou prêtres chinois s'y sont succédé dont 6, parmi lesquels deux français, y dorment leur dernier sommeil? C'est sur leur tombe que j'ai appris leur vie et l'histoire de Hainan, il y a bien longtemps déjà; et c'est l'un d'eux, j'aime à le penser, qui, de son tombeau, garde une chrétienté qui humainement parlant, devait périr. J'ai nommé la chrétienté de Seangti, près de laquelle reposent depuis 1851 les restes du Père Auguste Mail fait.
    Vous devinez déjà par ces dernières lignes que Hainan a connues l'épreuve. Hélas! Aujourdhui encore, que de ruines matérielles et morales qui ne sont guère relevables avec les faibles moyens dont nous disposons. La persécution a fait disparaître des chrétientés entières. Dans tel et tel endroit, nous avons quelques familles chrétiennes, là où, jadis, florissait une belle communauté de fidèles, et où, même les chrétiens du XVIIe siècle, n'ont pas laissé de traces !...
    Il y eut plusieurs périodes, dont une de dix ans, où Hainan n'eut pas un seul missionnaire ! ...
    Il y eut surtout, ce qui ne fit pas moins de mal que la persécution, trop de changements de juridiction dus au malheur des temps ou à une malheureuse politique. Une vue d'ensemble de notre histoire religieuse va vous permettre de juger de ces trois causes de ruines. Je tire les détails qui suivent de quelques notes trouvées aux archives hélas incomplètes que nous possédons.
    « En 1633, un enfant de Hainan, fils de Paul, président du tribunal des armes, qui avait ouvert à Ricci la route de Pékin, chrétien lui-même et portant le nom de t'apôtre des nations, exerçait dans une des villes de l'île, appelée Ban Kao, les fonctions de mandarin. Il demanda un missionnaire au P. Palmeiro, visiteur des Jésuites à Macao, et il introduisit la même année à Hainan le P. Pierre Marquez, portugais accompagné de son catéchiste Dominique Mendez, chinois. Le père ne put pas apprendre la langue ; mais Mendez obtint des succès admirables. Non seulement il convertit toute la famille de Paul, mais quand, en 1635, Marquez quitta l'île pour le Japon où il souffrit le martyre en 1613, il y avait déjà à Hainan cinq chrétientés.
    « Benoît de Mathos, missionnaire à Fou-Tcheou, reçut, en 1636, l'ordre d'aller cultiver de si heureuses espérances ; en un an et demi, il baptisa 330 néophytes et bâtit à Kiung-Tchéou une église en bois. Au mois de juillet 1637, il fut forcé par les lettrés de regagner Macao; mais il revint vers 1639, recouvra les résidences et obtint de brillants succès, si bien qu'à sa mort en 1651, il laissa plusieurs milliers de chrétiens. Un de ses registres portait 2.253 noms de baptisés, et il y est fait mention d'un autre registre, où étaient inscrits un bon nombre d'autres (1).
    « Dès le mois de juin 1651, Mathias Damoga voulut aller recueillir l'héritage de Mathos ; mais il ne put aborder à Hainan. En 1655, le Père Smongolenski, ayant obtenu du vice-roi de Shiou-hing, des lettres de recommandation, conduisit dans l'île le Père Damoga et le P. Jos. Brando. Ils neurent pas de peine à réussir, parce que le gouverneur était un chrétien baptisé au Kouang-Si par André Coffret. Les pères recouvrèrent la résidence de Ting-on, rassemblèrent le troupeau dispersé et opérèrent de nouvelles conversions.
    « En 1657, deux français : Adrien Greslon et Jean Forget allèrent aussi évangéliser Hainan. En 1659, un italien, Stanislas Torrente, et deux portugais : François de Véga et Charles de Rocha, y accoururent à leur tour ; de sorte que l'île ne manqua pas d'ouvriers, après même que Forget eût terminé sa carrière en 1661, et que l'année suivante, l'obéissance eût rappelé au Kouang Si Domoga et Greslon. Le Père Torrente mourut à Hainan en 1681 après avoir confessé la foi à Canton pendant la persécution de 1866. Le Père Brando alla mourir à Macao en 1682, Charles de Rocha à Canton en 1668. François de Vega (2) demeura à Hainan jusqu'en 1692. Joachim Calmés y passa seulement deux années, En 1691, le P. Caroccio fut associé à Véga lequel étant mort fut remplacé par l'italien Capacci. Capacci fut rappelé l'année suivante, 1695 ».
    Les pères jésuites quittèrent l'île probablement en 1785. Les archives ne contiennent rien touchant presque un siècle, de 1695 à 1785 ! On sait seulement qu'après leur départ, Hainan resta sans missionnaire pendant dix années. Une note datant de cinquante ans dit que vers 1795 (1) un chrétien « de Tsiou tsé nominé Lim-shi-mi et un autre de Sao-hoam nommé Ng sheung gat allèrent à Macao » prier l'évêque de leur envoyer des missionnaires. Il revinrent avec le père Ma (chinois); « en 1805 les chrétientés furent visitées par le père Paul Tsé (chinois). Les autres pères chinois qui les ont visitées ensuite sont les pères : Izoan, Dân, Fou, Dio, Lü, Ngoui, Fang, Ma, Lim, et deux pères Hô (2) Les pères Izoan et Lim sont originaires de Hainan. C'est en 1850 que les prêtres de Macao ont cessé de venir à Haïnan.

    (1) Sans doute fous ces chrétiens n'étaient pas qu'à Kiung-Tcheou seulement. Mais le fait de l'église bâtie prouvequ'il y en avait là un certain nombre. Aujourd'hui, il n'y en a qu'une seule famille.
    J. G.
    (2) Ce fut lui qui éleva à Joachim Colmès le monument funéraire dont on parlera plus loin.

    En 1850 le père Auguste Mail fait fut le premier missionnaire des missions étrangères qui fut envoyé à Hainan. Il avait été désigné pour ce poste au mois de septembre 1849 par M. François Napoléon Libois, Préfet Apostolique de la mission de Canton. Il y arriva le dimanche de la Passion l'année suivante. Son ministère fut de courte durée. Il mourait le 31 mars 1851 à Seang-tô.
    « Il fut remplacé provisoirement par le père François Aimé Franclet, missionnaire de la Mandchourie, qui avait été arrêté par les mandarins et conduit à Canton d'où il se réfugia à la procure de Hong-Kong en attendant qu'il pût rentrer dans son district. Rappelé en Mandchourie, il quitta Hainan au mois de juillet 1852. Il avait eu le temps d'installer le père Joseph Xavier Biset arrivé à Hainan en mai.
    « Le préfet apostolique qui se souvenait de la mort prématurée du père Mail fait ne voulut pas laisser le père Biset seul.
    La barque qui avait ramené le père Franclet y transporta à son retour le père Michel Chagot. Il arriva à Seang-tô le 31 juillet.
    « Au mois d'août 1853, les chrétiens eurent à supporter une grande persécution. Le préfet apostolique averti, écrivit aux deux missionnaires que, vu la persécution, il n'était pas prudent de rester tous les deux à Hainan ; il fallait, disait-il, que l'un deux, le dernier venu, partit pour le district de Shekshing (3).

    (1) J'ai retrouvé en 1916, à Kiung-Tcheou une pierre, de dimension de pierre tombale, où on a gravé en caractères chinois, la relation du voyage des deux chrétiens.
    (2) Tout porte à croire qu'à cette époque et pendant une cinquantaine d'années, les pères de Macao rentraient à Macao entre chacune des visites, qui devaient avoir lieu bien rarement.
    (3) Sur le continent, district voisin de la concession actuelle française de. Kouang tcheou wan.

    Le père Chagot partit en janvier 1854. Le père Biset restait seul jusqu'en 1859. A cette époque, il alla à Canton pour consulter son évêque. C'est dans cette ville qu'il mourut, en août de la même année, de la fièvre typhoïde. En 1860, le père Chagot, depuis cinq ans chargé du séminaire de la mission, à Hong-Kong, reçut l'ordre de retourner à Hainan et y arriva en juin. Quelque temps après, effrayé de son isolement, il fit à Mgr Guillemin un projet de division de l'île en deux districts, lui demandant un confrère. Mgr Guillemin approuva et envoya le P. Etienne Alibert au mois de janvier 1862. Le père fut souvent malade, ne put se faire au climat et dut quitter l'île en 1866. Il mourait l'année suivante à la procure de Singapore.
    « Sur la fin de 1867 le Père J.-M. Delavay vint à Hainan, y resta un an, et fut appelé au Koui-Tchéou. Il fut remplacé par le Père Jean Gervaix Bonssac, au mois de juin 1868. Celui-ci y resta jusqu'en août 1874.
    « Par suite de la cession de l'île à l'évêché de Macao, le père Chagot quitta Hainan au mois d'août 1876 ».
    Ainsi donc voilà déjà quatre juridictions différentes : D'abord les P. P. Jésuites 1633-1785 ; puis les pères portugais et chinois de Macao 1795-1850 ; en troisième lieu les Pères français des Missions Etrangères 1850-1876 ; puis enfin de nouveau les Pères portugais. Et nous ne sommes pas au bout, Rome devant de nouveau confier aux Missions Etrangères, en 1908, la succession portugaise. Nous la tenons depuis 12 ans. Pourrons-nous la conserver et la développer si le nombre des missionnaires n'augmente pas, et les ressources en même temps ? Qu'avons-nous pu faire à deux missionnaires, là où avant nous s'en trouvaient cinq ? Qu'avons-nous pu faire, sinon seulement tenir « la position, en attendant que le renfort arrive ! Notre situation à Hainan est nette, nous sommes aujourd'hui en bonne position ; nous avons les sympathies d'une population païenne douce et simple; l'âge de fer est passé, où le missionnaire devait se cacher pour montrer le Bon Dieu ; nous avons acquis droit de cité parmi cette population qui a volontiers le sourire sur notre passage; la semence se jette : que Dieu nous aide et elle lèvera et la moisson sera abondante...

    J. GRÉGOIRE.
    1920/567-573
    567-573
    Chine
    1920
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