Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

L'esprit et le coeur chez les Lolos

ANNALES DE LA SOCIÉTÉ DES MISSIONS ÉTRANGÈRES SOMMAIRE
Add this
    ANNALES
    DE LA SOCIÉTÉ

    DES

    MISSIONS ÉTRANGÈRES

    SOMMAIRE

    L'ESPRIT ET LE CŒUR CHEZ LES LOLOS, par M. Vial. — LE ROYAUME DE SIAM, ÉTUDE ET IMPRESSIONS, par M. Rondel. — Cambodge : UN SOUVENIR DES GRANDES PERSÉCUTIONS, par M. Gazignol. — LA RÉVOLTE DE LIN-NGAN, DE MAI A AOUT 1903, par M. Liétard. — Mgr FÉE, ÉVÊQUE DE MALACCA. — NOTES SUR LES MAISONS DES DAMES DE SAINTMAUR AU JAPON. — LA MANDCHOURIE. — NOUVELLES DIVERSES. — Bibliographie : EVANGILE DE SAINT-JEAN, par M. Compagnon ; LA BIBLE MÉDITÉE, par M. Chargeboeuf.
    Gravures : Texte lolo. — Mgr Fée, évêque de Malacca.

    L'esprit et le coeur chez les Lolos

    PAR M. PAUL VIAL
    Missionnaire apostolique.

    PRÉFACE D'AMI

    Dernièrement m'abordait un mien ami, de l'espèce bene cas ligans (je n'en ai point d'autres), le verbe haut, le rire large, l'oeil profond, le nez... mais cela suffit pour une silhouette ; plus approcherait de la photographie.
    — Eh bien ! Me dit-il, en me serrant la main ; par grand hasard je vous trouve seul, où sont donc vos fameux Lolos ?
    — Actuellement, dans les champs, répondis-je, et toujours dans mon coeur.
    — Oh ! Oh ! Dans votre coeur ! Je voudrais bien les y voir. Sachez donc, P. Vial, que vous faites rire de vous ; est-ce qu'on aime comme ça ? Est-ce qu'on le dit ? Est-ce qu'on l'écrit surtout ?
    — Pourquoi pas ?

    MAI JUIN 1904. — N° 39.

    — Pourquoi pas ? Que vous êtes simple. Dans vos Lolos vous trouvez toutes les perfections plus une ; ils sont gentils, charmants, adorables, intelligents, que sais-je ? Et vous osez l'écrire ! Croyez-moi, corrigez-vous de cette manie, et parlez comme tout le monde.
    — Votre conseil arrive à point... pour m'encourager. Figurez-vous que je viens de terminer un travail encore plus... tenez, voyez-vous cela ?
    — Peuh ! Des hiéroglyphes lotos, je suppose.
    — Précisément. Ça ne vous dit rien ?
    — Moins que rien ; je n'en donnerais pas une sapèque.
    — Eh bien! Là-dessous il y a des contes charmants et d'une simplicité admirable.
    — Encore ! Vous n'allez pas les traduire ?
    — Oh ! Non ; seulement quelques extraits.
    — Pour nous les faire lire ?
    — Vous en serez charmé.
    — Je ne les lirai pas.
    — Mais vous les critiquerez ?
    — Bien entendu, car je ne tiens pas à me singulariser. Toutefois, par pure amitié, je vous permets de me donner, avant la lettre, un aperçu de votre nouvel avatar.
    — Je vous remercie. Remarquez, tout d'abord, que ces histoires sont, comme mes chers Lolos, fort honnêtes.
    — Et après l'histoire, que nous imposerez-vous ?
    — Un rêve... oui un rêve ; ce sera Perrette sans souliers ié mè ié ké kou.
    — Oh ! Je vous en prie. Et après le rêve ?
    — Tiens ! Mais cela vous intéresse donc ?
    — Bah ! C'est une distraction comme une autre.
    — Je ne vous ennuie donc pas toujours ?
    — Pas toujours... quand je ne vous lis pas jusqu'au bout.
    — Vous êtes dur pour vos amis.
    — Ils en seront plus doux. Avez-vous fini vos litanies ?
    — Le rêve sera suivi d'une complainte.
    — Toujours des fadeurs ; et après ?
    — Ensuite nous éluciderons une question géologique.
    — Nous, c'est-à-dire les Lolos ?
    — Evidemment ; je ne suis que leur interprète.
    — Drôles de savants en habits de chanvre !
    — Après la géologie, nous ferons de la théologie.
    — Ah! Mon Dieu! Épargnez-moi cette tuile ou je me sauve.
    — Oh ! Elle n'est pas pour vous ; je la réserve aux Annales de notre Société.
    — Pas possible ! J'admire leur complaisance ; et à quelle époque pourra-t-on admirer votre œuvre ?
    — Ah dam ! Lorsque le directeur de cette charmante Revue n'aura rien autre sous la main.
    — Je vais m'y abonner tout de suite; et nous verrons ce que vous direz de mes remarques.
    — Justes, impartiales, suggestives, éminemment pratiques, et, comme vous ne savez rien des Lolos, vous avez tout ce qu'il faut pour les juger — comme les autres.
    — Bon, bon, moquez-vous de moi, vous en avez lé droit. Au fait, P. Vial, je veux bien vous le dire, une fois en votre vie vous avez peut-être raison. N'avez-vous pas remarqué que les hommes les plus tranchants sont souvent les plus ignorants ?
    — Par exemple ?...
    — Moi et les Chinois. Ah ! Ah ! Ah !
    — Bravo ! Une fois en votre vie, vous n'avez pas tort. Maintenant allumons le calumet de l'amitié ; asseyez-vous, fermez les yeux et tachez de m'écouter.

    COMME QUOI L'ARC-EN-CIEL N'EST PAS FORMÉ
    DE GOUTTES DE PLUIE

    CONTE LOLO

    Quelques années avant le déluge, vivaient deux familles en deux villages différents. L'une possédait une fille du nom de Tavajoiseneu, et l'autre, un garçon nommé Bitajonashlé. Tout jeunes encore ils furent placés auprès d'un vieux maître, et, sans prendre garde à leur sexe, on les habilla tous les deux du même costume.
    Etudiant et vivant ensemble, ensemble aussi ils gardaient les troupeaux. Innocents dans leur coeur, ils s'aimaient comme deux frères ou deux soeurs, on n'aurait pu le dire.
    Aussi le maître, rassuré, les aimait-il d'une égale affection.
    Ils grandirent et le moment vint où il fallut les séparer et les rendre à leur famille ; mais déjà ils s'aimaient et s'étaient, donné leur foi.
    Tavajotseneu était devenue une femme belle comme l'or ; Bitajonashlé avait grandi comme un pin, mais ils ne pouvaient plus ni se voir ni se parler.
    Or, un jour de marché, résolu de passer outre et d'arracher le oui aux parents de la fiancée de son coeur, se souvenant de sa première jeunesse, Bitajonashlé revêt des habits de femme, remplit un sac de petits pois et prend la route du marché.
    Il passait tout juste devant la porte des parents de Tavajotseneu.
    Arrivé là, comme par mégarde il laisse tomber son sac, et tout le contenu se répand sur le sol.
    — Hélas ! Dit-il, malheur à moi ! En voilà du travail ! Com ment faire pour tout réparer ? »
    A ces cris, toute la famille sort et s'offre à l'aider.
    — Merci, répond-il, venez à mon aide, mais prenez garde de toucher mes pois avec la main ; je vous en prie, puisque vous êtes si bons, prenez chacun une paire de bâtonnets, et ramassez-les un à un, très proprement et sans trace de poussière, autrement je ne pourrais les vendre.
    Le père, la mère et Tavajotseneu se mettent à l'ouvrage, mais, la nuit était venue lorsque le sac fut de nouveau rempli.
    Trompé par l'habit, les parents invitent cette soi-disant jeune fille à demeurer chez eux jusqu'au lendemain. Et sans plus de façon Bitajonashlé accepte l'hospitalité qu'il avait escomptée.
    Là, s'étant fait reconnaître dé sa fiancée, il lui demande si elle l'aime toujours ?
    — Toujours, répond-elle, et je n'aimerai jamais que toi.
    — Eh bien ? Demain, avant déjeuner jetons-nous tous les, deux aux pieds de tes parents et jurons-leur que, si je sors, tu sors ; que, si tu restes, je reste, le veux-tu ?
    — Oui, je le veux.
    Le lendemain les parents pressés par leur fille, pressés par le jeune homme qu'ils reconnaissent enfin, donnent leur consentement, et le nouveau gendre s'en retourne au comble de la joie.
    Entre les deux villages s'étendait une forêt sombre, profond et peuplée de sangliers. Chaque matin le jeune homme devait se rendre chez les parents de sa fiancée pour les aider dans leur travail, et chaque soir il revenait chez lui.
    Les sangliers étaient à redouter, et pour les éloigner Bitajonashlé s'était munis d'une calebasse remplie de cailloux. Le sanglier paraissait-il, il faisait résonner sa calebasse et l'animal s'enfuyait.
    Or, ce jeune homme avait une soeur. Voyant son frère s'absenter chaque jour et ne revenir que le soir, elle fut prise d'inquiétude pour sa nourriture :
    « Que mange donc mon frère, se dit-elle ? Que peut contenir cette calebasse ? »
    Elle l'ouvre et en verse le contenu : « O pauvre frère, s'écrie-t-elle, des pierres, rien que des pierres ! Et nous avons ici tant de bonnes choses !
    Elle remplit donc la calebasse de farine de sarrasin et la remet à sa place. Le lendemain, lorsque Bitajonashlé, s'engageant dans la forêt, voulut effrayer les sangliers, il secoua sa calebasse, mais aucun son ne retentit. Et les sangliers se rapprochèrent. Un suprême moyen lui restait. A chaque sanglier il verse un peu de farine pour l'amadouer et détourner sa colère.
    Mais bientôt la calebasse est vide ! Un sanglier arrive, plus de bruit ! Plus de farine ! L'animal fonce sur lui et d'un coup de boutoir lui ouvre le ventre. Par un dernier effort, Bitajonashlé retient ses entrailles avec sa ceinture et continue sa route.
    Arrivé devant sa fiancée, il tombe à ses pieds.
    « Qu'est-il arrivé? S'écrie-t-elle ».
    Il se tait.
    — Pourquoi, pourquoi cette ceinture si fortement serrée ?
    — Ah ! S'écrie-t-il, ne la délie pas !
    — Non, non, je veux voir, je veux savoir.
    Et sans plus attendre, elle délie la ceinture, et la vie de son pauvre fiancé s'échappe aussitôt.
    Muette le douleur, Tavajotseneu prend le corps de son fiancé et le dépose dais mie étable ; elle place sa tête 'sous une motte de terre, couvre ses plaies d'une feuille de papier ; tout son corps de feuilles de bananier, et tombe elle-même inanimée. Sa mère l'appelle une fois, deux fois, trois fois, mais elle ne bouge non plus que son fiancé.
    Plus haut, encore une fois, sa mère l'appelle. Alors, prenant sa guitare elle soupire en chantant:

    Le voilà étendu mort!
    Hélas !
    Couché dans une étable,
    Hélas !
    Sa tête appuyée sur la terre!
    Hélas !
    Ses plaies cachées sous du papier,
    Hélas !
    Et tout Son corps, son pauvre corps,
    Hélas!
    Froid sous de froides feuilles,
    Hélas!

    Les villageois environnants, ayant appris la triste nouvelle, arrivèrent en foule pour les funérailles.
    Les jeunes gens, ayant fait un bûcher, veulent prendre le corps et placer le mort dessus pour le brûler.
    Mais la triste fiancée ne peut s'en détacher. « Brûlez-moi avec lui, s'écrie-t-elle, nous n'avons eu qu'un cœur, nous n'aurons qu'un bûcher ».
    Les jeunes gens, sans l'écouter, s'emparent du corps et le déposent sur le bûcher. Elle, d'un boni, veut sauter auprès de lui, mais on l'arrête.
    Arrachant ses pendants d'oreilles et ses bracelets, elle les jette au loin.
    Personne ne bouge.
    Elle prend ses perles d'or et d'argent et les jette au loin. Tous de se précipiter dessus, et elle de se jeter sur le bûcher où le feu l'embrase et la couche morte auprès de son fiancé.
    Alors les vieillards dirent : « il faut les séparer, car chaque corps doit avoir son bûcher ».
    Les jeunes gens établissent les deux bûchers sur les deux rives d'un large fleuve ; mais les deux feux, en s'élançant, se courbent par dessus le fleuve pour ne former qu'une seule flamme.
    Les cendres sont ramassées à part, et enterrées séparément ; mais de chaque tombe naît un saule dont les troncs, grandissant subitement se joignent pour ne former qu'une seule tête.
    On coupe cette tête, et on la jette au loin dans le fleuve, mais elle se change en une paire de canards.
    D'une flèche on les tue, on les mange, on brûle leurs os et on les réduit en cendres. Mais la fumée monte jusqu'au ciel et se change en arc-en-ciel.

    Voir à la suite, de p. 136 à p. 148, le texte loto avec la traduction littérale et des Notes Grammaticales.

    NOTES GRAMMATICALES

    1 Il est remarquable que les noms d'hommes ou de femmes que l'on tronc dans les livres lolos n'ont aucune ressemblance avec les noms employés actuellement. Ceux-là sont fort longs et ils échappent à toute analyse ceux-ci, au contraire, sont courts et tous ou presque tous empruntent un sens aux coutumes locales.
    Dans le livre du Midje ou des sacrifices, on trouve le nom de quatre filles célestes ou Vierges qui sont Doutsachounéma — Tétsalamouneu — Ava doukoneu — Shloutoumoukonza.
    Est-ce un indice que ces livres sont des traductions et des transcriptions de livres plus anciens ? C'est possible. Bien souvent le style des livres lolos. Est tellement contourné, tellement obscur, les règles de la syntaxe actuelle sont si peu observées que les plus savants hésitent ou me donnent des sens différents.
    2 Le mot amègnineu est composé de amè, fille, et de gnigneu, vieille. Lorsque ces deux mots sont séparés, il faut dire amèza, gnineuma.
    3 Amèshlé. Ce mot est composé de amè, fille, shlé, envoyer. On dit plus souvent mèshlé, épouse, parce que amèshlé pourrait prêter à l'équivoque. Quelquefois on supprime même le mot « shlé » comme dans le 9e commandement de Dieu : se mè gni tâ gon. Que ton coeur ne pense pas à la femme du prochain.
    4 La particule explétive tè placée après un verbe indique la forme passive : v. g. va, toucher, vatè, a été touché ; dè, frapper, dètè, a été frappé. Elle indique aussi ce qu'en latin on appelle « ablatif absolu » : v. g. vé ra dza tè « la viande de porc ayant été mangée ».
    5 Djou .Le mot djou signifie « prendre avec des pinces », d'où djou ma, bâtonnets, parce que avec cet instrument on pince les mets pour les porter à la bouche.
    6 Tsegnishlèma. C'est-à-dire : shlèma, vallée, tsé (ou tse) particule des arbres, gni, serré. Le mot courant de « forêt » est seshlèma, « vallée d'arbres ».
    7 Loukè — Louma signifie « pierre » en général ; loupeu rocher (montagne de pierres) — loukè, grains de pierre, c'est-à-dire graviers.
    8 Tsa dza, manger. En d'autres dialectes on prononce : dza dza, tso dzo, dzo dzo, tsou dzou. M. T. de la Couperie (Les Langues de Chine avant les Chinois, page 92) bâtit toute une théorie sur cette expression qu'il croit dérivée de la langue chinoise (tché, manger). Le premier mot tsa (ou dza) signifie non pas « riz cuit » comme fan en chinois ; mais toutes céréales, comme dans l'expression « tsa se dza la », c'est-à-dire « tout ce qui se mange » en chinois « où koù pèe kò ». Le second « dza » signifie proprement « manger » et jamais « boire» comme tché en chinois.
    Les Lolos appellent le riz : tsima, quand il n'est pas décortiqué, c'est le paddy des Indiens ; tsishlou quand il est décortiqué (shlou, blanc). Mais ils n'ont aucun mot spécial pour le riz cuit (fán en chinois).
    9 Djougni, ceinture. Ici djou signifie « les reins », gni qui serre. Le mot gni, serrer, entre dans beaucoup de mots composés : v. g. gnifou, astringent ; ipi gni, ventre serré, c'est-à-dire avoir faim ; dza bou gni, indigestion m. a. m. manger à satiété serrée) ; o gni ki, turban des femmes (m. a. m. ki, corde, bande, gni, serrant, o la tête), etc.
    Il va sans dire que dans la conversation on oublie complètement le sens primitif, pour s'en tenir au sens général secondaire.
    10 Le mot — ra — placé après un verbe indique le passé. v. g. dza, manger, dza ra, avoir mangé, kou, faire, kou ra, avoir fait, bé, dire ; béra, avoir dit.
    Il ne faut pas le confondre avec ra qui signifie tuer » ; (ra ra, avoir tué) et un autre ra qui signifie « viande » (ra dza ra, avoir mangé de la viande).
    11 De la particule li (ou lé). En lolo le régime direct ou indirect se place toujours avant le verbe, d'où il est parfois difficile de distinguer le sujet du régime ; l'auteur de l'action, de l'action elle-même. Cela est d'autant plus difficile que, dans certaines expressions proverbiales, le régime précède, même le sujet. Dans tous ces cas on ajoute la particule li (ou lé) au sujet : v. g. gni lé ke bé tu lui dis et gni kel : bé, il te dit, ke za dè il bat son fils et ke za lé dè, c'est son fils qui le bat.
    Cette même particule, placée après un verbe, change ce verbe en adjectif ou en participe, (comme on voudra). v. g. vou, acheter, pâ vou, acheter de la toile ; pâ vouligé c'est de la toile achetée.
    12 Tô-y, papier. Je crois que ce mot doit provenir d'une langue étrangère (en dehors du chinois) car ses deux monosyllabes ne peuvent s'expliquer en lolo.
    13 Mashi, guimbarde. J'ai donné l'explication et la photographie de cet instrument de musique dans les Missions Catholiques, Cf. no du 9 novembre 1900, p. 534). On voudra bien me permettre de ne pas me répéter. J'ajouterai seulement que le mashi ou guimbarde est en usage chez toutes les races habitant le Yun-nan : lolo-miaotse — tchongkia. — Les Chinois l'appellent « Kèôu sién » c'est-à-dire fil de bouche ; mais ils n'en font pas usage.
    C'est l'instrument des jeunes filles, et quelquefois des jeunes garçons ; mais jamais des grandes personnes. Mashi vient de ma (ou mata) bambou, — shi est une onomatopée.
    14 Gnidou. On a ici un nouveau sens du mot gni serrer (v. no 9). Gnidou (ou gnidi, selon la phrase) signifie. « Être sur le point de » et se place après le verbe, comme si l'action exprimée par le verbe était serrée par l'événement : v. g. se. gnidou, sur le point de mourir, dza gnidi, sur le point de manger (dou signifie sortir ; di, pouvoir).
    15 Dzesé, les jeunes gens. Ce terme est plus ou moins injurieux et dédaigneux (sé méchant). Le mot propre est tsoshlé (en chinois siâo kôtsé)
    Mais même ce terme peut prêter à équivoque comme qui dirait « gamin ».
    — On se sert plutôt de zajou qui a bout simplement le sens de garçon.
    16 Dla après un verbe indique la perfection d'une action : v. g. Kou, faire, Kou ra, avoir, fait, Kou dla ra, avoir parfait, Kou ma dla, ce n'est pas terminé.
    Le mot Keu a le même sens de parachever ; on emploie l'un ou l'autre selon l'usage, ainsi on dit, bé dla ra et non bé keu ra, avoir tout dit ; dza keu ra et non dza dla ra, avoir tout mangé.
    17 Shlou se, che se, perles d'argent, perles d'or. Le mot shlou signifie également — argent et blanc ; et le mot che, se traduit indifféremment par — or ou jaune. Comme substantif il se place avant le mot ; comme adjectif, après le ou mot: v. g. shlou se, perles d'argent, se shlouma, perles blanches; che pâ, toile d'or, pâ chema, toiles jaunes. Il est assez singulier de voir les deux métaux par excellence donner leur nom aux couleurs qu'ils représentent ; ou bien sont-ce les couleurs qui ont donné leur nom aux métaux ?
    18 Bije, torrent, fleuve, Le mot générique de rivière est jeshla c'est-à-dire je eau, shla est une numérale ou particule de classe. Un canal se dit jeka (je d'eau, ka route).
    Le mot bije, fait exception à la règle. Je suppose que ce mot Bi est le nom du pays qu'habitaient primitivement les Lolos et que devait traverser un grand fleuve d'où bi je, fleuve de Bi.
    19 Sémouségnila arc-en-ciel. Le conte dont je viens de donner le texte fournit une explication très fantaisiste, mais digne du génie lolo, de ce qu'est l'arc-en-ciel. Leur langue en donne une autre. Sémouségnila signifie littéralement « ceinture éthérée du Ciel éthéré placée là ».
    20 Le second caractère lolo rendant l'expression tsetse, très belle, n'a aucun son par lui-même ; il remplace n'importe quel caractère que on doit écrire eu double, et il prend alors le son et le sens de ce caractère, car il est une règle en écriture lolo qui interdit d'écrire deux fois de suite le même caractère.

    1904/128-143
    128-143
    Chine
    1904
    Aucune image