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Les Soeurs de Saint-Vincent de Paul à Osaka

Les Soeurs de Saint-Vincent de Paul à Osaka Pour aider à l'oeuvre d'évangélisation on fait appel à tous les dévouements, principalement à celui des communautés religieuses. Par une gâterie de la Providence, le poste naissant de Tanabé (faubourg d'Osaka) — il ne date que de deux ans, — a la joie, depuis la fin d'octobre 1933, de posséder un « couvent ».
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    Les Soeurs de Saint-Vincent de Paul à Osaka

    Pour aider à l'oeuvre d'évangélisation on fait appel à tous les dévouements, principalement à celui des communautés religieuses. Par une gâterie de la Providence, le poste naissant de Tanabé (faubourg d'Osaka) — il ne date que de deux ans, — a la joie, depuis la fin d'octobre 1933, de posséder un « couvent ».
    Voici comment s'est opérée cette fondation. Sur le territoire de ma paroisse se trouvent les deux quartiers extrêmes de la grande ville d'Osaka : le plus riche, Sumiyoshi, habité par les magnats de l'industrie ou de la finance ; l'autre, Imamiya-Imaike, le plus pouilleux, quartier générai des chiffonniers, des vagabonds, des repris de justice, etc. Depuis longtemps je rêvais de créer une oeuvre de charité dans cette banlieue rouge. D'autre part, la Supérieure des Dames du Sacré Coeur, qui ont une école entre Osaka et Köbe, désirait vivement entreprendre une oeuvre de ce genre. Elle pensa qu'il serait bon d'appeler à son aide une communauté spécialisée en la matière, celle des Sœurs de Saint-Vincent de Paul. Cette Congrégation est largement représentée en Chine : un appel lui fut adressé et la Visitatrice voulut bien venir exprès de Shanghai au Japon pour engager des pourparlers.
    Un matin, c'était le 17 janvier 1933, je reçus de Mgr Cas-tanier la lettre suivante : — « La Visitatrice des Filles de la Charité est venue avec une de ses religieuses pour voir Fukuoka, où elles doivent commencer bientôt une œuvre de charité, et aussi pour visiter Osaka, où j'espère qu'elles accepteront de venir fonder une oeuvre similaire ».
    « Ces religieuses doivent venir à l'évêché ce matin. Si elles acceptent de venir travailler à Osaka, je voudrais leur conseil ler de s'installer sur votre paroisse. C'est pourquoi j'ai promis aux deux Soeurs de leur faire visiter ce matin le curé et la paroisse de Tanabé. Nous viendrons donc frapper à votre porte vers 10 heures : si vous nous recevez avec le sourire, cela voudra dire que vous désirez avoir les Filles de la Charité dans votre paroisse.
    Lorsque, quelques heures plus tard, Monseigneur arriva accompagné des deux religieuses, je l'accueillis, n'en doutez pas, avec mon sourire le plus aimable.
    C'était, en effet, la réalisation d'un de mes rêves les plus chers.
    Après quelques mois de négociations, la fondation du Japon était décidée par la Supérieure Générale. A la fin du mois d'octobre arrivaient les trois premières religieuses destinées à Tanabé. Elles sont installées provisoirement dans une maison de location, à quelques minutes du presbytère. Battant le record de la célérité, quinze jours à peine après leur arrivée les Soeurs étaient déjà au travail. Tous les jours elles se rendent dans le quartier «pouilleux » d'Imamiya, où on leur a loué deux petites maisons. Le matin, après avoir pris leur leçon de japonais, elles s'en vont « chez les pauvres ». A midi, elles cuisent le riz pour nourrir des enfants nécessiteux envoyés par le Bureau de Bienfaisance, — actuellement ils sont une trentaine environ. — Les pauvres petits, au début, étaient un peu intimidés par la cornette des Soeurs, mais ils se sont vite apprivoisés.
    Tous les préparatifs sont faits pour ouvrir un dispensaire gratuit dès qu'on aura obtenu la permission de la police. En attendant, les religieuses visitent à domicile les malades pauvres, distribuent des vêtements. Au nouvel an elles ont donné aux pauvres du quartier 300 habits neufs et 300 parts de gâteau de riz appelé amochi.
    Les bonnes Soeurs sont tout à la joie de pouvoir, dès leur arrivée en mission, travailler ainsi et elles le font avec un dévouement vraiment admirable. Elles sont, d'ailleurs, généreusement soutenues par les Dames du Sacré Coeur, dont la Supérieure, Mme Mayer, a pris la responsabilité de cette oeuvre de charité : c'est elle qui s'ingénie à trouver les ressources nécessaires en intéressant à l'oeuvre les élèves de son école et leurs familles ; ayant une confiance absolue en la Providence et une ténacité que rien ne décourage, elle forme pour l'avenir les projets les plus ambitieux.
    L'arrivée des religieuses a eu pour la paroisse d'heureux effets. En voici un entre plusieurs autres, et non le moindre. Un jour, vers la fin du mois d'août, après m'avoir annoncé que la fondation de Tanabé était définitivement acceptée, Mgr Castanier me dit à brûle-pourpoint : — « Mais, quand vous aurez ces religieuses, où les mettrez-vous dans votre chapelle ? » — Monseigneur je ne sais pas trop ; leurs cornettes sont de telle dimension que les trois Soeurs occuperont la place de six chrétiens au moins ; or vous savez qu'on est déjà bien serré... » — « Alors que faire ? » — Timidement je risquai : « Acheter un terrain et... bâtir ». — « C'est précisément ce que je voulais vous dire : cherchez deux ou trois terrains qui vous paraîtront propres à l'installation du poste ; quand vous aurez trouvé, j'irai voir et nous essaierons d'acheter celui qui nous semblera convenir le mieux ».
    Je me mis aussitôt en chasse avec l'aide du mari païen d'une chrétienne, lequel, d'un dévouement à toute épreuve entreprit les nombreuses et interminables palabres que comportait l'affaire. Il les mena à bonne fin et Monseigneur jeta son dévolu sur un magnifique terrain de 3.200 m2, auquel du reste allaient toutes mes préférences. Quant le contrat eut été signé, Monseigneur, me dit : — « Sainte Thérèse ou vous, je ne sais lequel des deux, pourrez vous vanter d'avoir opéré un fameux miracle : celui de faire acheter à votre évêque un terrain de 50.000 yens qu'il ne possède pas ». De fait, pour réunir cette somme formidable, Monseigneur a dû emprunter, et maintenant il faut encore trouver l'argent nécessaire à la construction d'une chapelle et d'un presbytère.
    Je dois avouer que je ne me sens guère la vocation de « frère quêteur », ni les talents nécessaires pour bien remplir cette charge délicate et laborieuse. Aussi j'ai commencé par sonder le tiroir qui me sert de coffre-fort : j'y ai trouvé quelques billets de 10 yens, qui, hélas ! S’évanouiront à la fin du mois... Heureusement il y a une Providence : c'est sur elle que je compte !
    Pierre BEC,
    Missionnaire d'Osaka.

    1934/52-56
    52-56
    Japon
    1934
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