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Les Séminaires et le clergé indigène dans nos missions 1

Les Séminaires et le clergé indigène dans nos missions Nous avons reçu il y a quelques jours la demande suivante : « Une personne qui s'intéresse aux Missions désirerait savoir : si votre Société possède beaucoup de Séminaires dans les missions qu'elle dirige, si les Séminaristes sont nombreux, et comment on peut pourvoir à leurs dépenses ». Comme plusieurs de nos lecteurs ont peut-être parfois songé a nous poser les mêmes questions, ils seront heureux de connaître notre réponse.... un peu développée. La voici :
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    Les Séminaires
    et le clergé indigène dans nos missions

    Nous avons reçu il y a quelques jours la demande suivante :
    « Une personne qui s'intéresse aux Missions désirerait savoir : si votre Société possède beaucoup de Séminaires dans les missions qu'elle dirige, si les Séminaristes sont nombreux, et comment on peut pourvoir à leurs dépenses ».
    Comme plusieurs de nos lecteurs ont peut-être parfois songé a nous poser les mêmes questions, ils seront heureux de connaître notre réponse.... un peu développée.
    La voici :
    La Société des Missions Etrangères, fondée principalement pour la création d'un clergé indigène dans les missions, a organisé des Séminaires, dès les débuts de son existence.

    ERRATA. La Légende de la carte des Missions de la Société, publiée dans le précédent numéro des Annales, contient une inexactitude : ce n'est pas à Hakodaté que réside l'évêque de Hakodaté, mais à Sendai.

    SEPTEMBRE OCTOBRE 1916. N° 111.

    Ses premiers vicaires apostoliques fondèrent, en 1664, à Juthia, un Séminaire ou Collège général qui reçut des élèves de toutes les missions : Chine, Tonkin, Cochinchine, etc., mais principalement des missions que la persécution empêchait de grouper des jeunes gens et de les instruire.
    Ce Séminaire général est aujourd'hui dans l'île de Pinang.
    De plus, chaque mission possède un grand Séminaire, et un ou plusieurs petits Séminaires. Mais pour plus de facilité d'administration et à cause du petit nombre des missionnaires, la plupart du temps, grands et petits Séminaristes sont réunis dans le même établissement où ils vivent en deux sections séparées.
    En 1880, on comptait 30 Séminaires avec 1.480 élèves.
    En 1900, le premier de ces chiffres était monté à 41, et le second à 2.133.
    En 1914, nos missions instruisaient 2.380 élèves dans 50 Séminaires.
    Ainsi que nous venons de le dire, la plupart de ces établissements sont doubles : grand et petit Séminaire, c'est donc en réalité 90 ou 100 qu'il faut en compter.
    La durée des études est de six à sept ans dans les petits Séminaires, et de cinq à six ans dans les grands.
    Les règlements diffèrent en plusieurs points de ceux qui régissent nos maisons d'éducation. Les récréations y sont plus nombreuses, car la santé d'aucun Oriental ne résisterait à un système d'études aussi intense que celui de nos clercs. Et même avec cette modération dans le travail, combien de jeunes gens, sur lesquels on avait fondé des espérances, sont morts à 20 ans, de la phtisie contractée sur les livres.
    La surveillance y est moins nécessaire et partant moins active qu'en France : « Lorsque je fus appelé au Séminaire, écrit un missionnaire qui a vieilli dans l'enseignement, la première chose qui me frappa fut le caractère calme et sérieux des élèves. En Orient, l'enfant a déjà un peu le genre posé et poseur de l'homme fait. L'emploi de surveillant n'a pas là-bas la même importance qu'en Europe ».
    Notons une autre différence, mais celle-ci clans les professeurs. En France, ordinairement, le professeur, après s'être perfectionné peu à peu, gravit lentement les degrés qui le font arriver aux classes supérieures. En Extrême-Orient, les professeurs, formés à leurs fonctions par les cours de philosophie et de théologie, peuvent seuls être assez sûrs d'eux-mêmes pour enseigner le rudiment. C'est, qu'en effet, il faut, pour instruire les enfants annamites, chinois, japonais, coréens ou indiens, qui ignorent le latin, très bien connaître leur langue et leur mentalité ; ce n'est pas l'affaire d'un jour. Plusieurs s'y attachent de tout cur, trouvant dans ce labeur modeste des joies véritables.
    M. Henry, pendant de longues années, supérieur du petit Séminaire de Pondichéry, faisait la classe de huitième. Comme on lui demandait un jour, pourquoi, au lieu de professer une classe élevée, il s'obstinait à faire celle-là, la plus fastidieuse de toutes : « La plus fastidieuse ! s'écria-t-il, mais, une telle parole est une sorte de sacrilège, que ne vous pardonneraient ni Montaigne, ni Fénelon, ni le Bienheureux Jean-Baptiste de la Salle. La plus fastidieuse ! Et l'explication de chaque mot qui vous permet d'ouvrir des mondes à vos jeunes élèves, et les anecdotes, les excursions fictives, les divers incidents scolaires, qui doivent éveiller les jeunes esprits... les comptez-vous donc pour rien ? »
    La plupart des étudiants ne feraient pas mauvaise figure dans un Séminaire d'Occident. L'esprit oriental, très souple, saisit vite les notions philosophiques et théologiques ; peut-être ne se les assimile-t-il jamais parfaitement, ce qui d'ailleurs ne doit pas étonner. Quel Européen a pu comprendre entièrement la logique orientale ? Les difficultés que nous éprouvons en face des constructions de leur pensée, les Orientaux les rencontrent identiques dans les systèmes philosophiques occidentaux. A cette différence près, nos Séminaristes chinois, annamites, indiens, japonais font de très bonnes études.
    Leur vie spirituelle ne saurait être différente de la nôtre.
    Sous quelque latitude qu'ils soient nés, quelle que soit la mentalité dont la nature les ait doués, les hommes ont un même fonds de passions et de liberté, de vices et de vertus. Il n'est donc pas besoin de chercher de méthode nouvelle pour les préserver des mêmes dangers et les guérir des mêmes maux ; c'est pourquoi, on y fait les exercices de piété que nous jugeons les meilleurs pour nous : oraison, messe, communion, examen particulier, visite au Saint-Sacrement, retraites mensuelle et annuelle.
    Ils ont aussi, ces chers jeunes gens, pour aimer le bon Dieu et le bien servir, des souvenirs que notre Europe ne connaît plus guère. Beaucoup d'entre eux sont petits-fils, ou arrière-petits-fils de martyrs. Dans leur enfance, au foyer paternel, on leur a dit : « Ton aïeul est resté en prison, un an, deux ans, il a été étranglé ; ton grand-père a été décapité, parce que tous les deux avaient refusé de renier notre Dieu ». Et si l'on n'a pas ajouté : « Noblesse oblige », on a remplacé notre proverbe par les sentiments d'affection et de respect dus aux ancêtres et si profonds dans le coeur des Orientaux.
    Il y a des Séminaires où des enfants vont chaque jour s'agenouiller devant des reliquaires renfermant les ossements de leurs parents ; il y en a d'autres où les promenades ont pour but « le champ des martyrs » terre rougie, trop récemment pour qu'on l'ait oublié, du sang des condamnés à mort pour Jésus-Christ. Le Séminaire de Ryong-san, en Corée, est situé à quelques kilomètres de la montagne des Trois Saints, qui reçut les corps de Mgr Imbert, de MM. Maubant et Chastan après leur exécution le 21 septembre 1839 ; c'est là que les Séminaristes vont se reposer et se fortifier. Le Séminaire de Ke-so, au Tonkin occidental, est entouré de villes et de villages témoins des supplices de prêtres et de chrétiens. De celui de Phu-xuân, dans la Cochinchine septentrionale, on va en quelques minutes au pont de Bai-dau où fut étranglé le Bienheureux Isidore Gagelin, le premier martyr des persécutions d'Annam au XIXe siècle.
    Les frais de cette éducation sont relativement peu élevés. Dans la plupart de nos missions, la vie est encore beaucoup moins chère que dans nos pays d'Europe.
    En Cochinchine, en Birmanie, dans l'Inde, au Japon, le prix de la pension annuelle ne dépasse pas 250 fr. ; au Tonkin, au Se-tchoan elle est d'environ 200fr. I1 s'agit ici de la pension dans les petits Séminaires.
    Dans les grands Séminaires les frais s'élèvent à 300 fr.
    Ces dépenses sont ordinairement supportées par les missions, sauf pour les enfants de familles aisées qui sont assez rares, et lorsqu'il faut les multiplier par le nombre des élèves, plus de 2000, on voit à quel total considérable elles montent.
    Quelques catholiques de France ont fondé des bourses pour l'entretien d'un ou de plusieurs Séminaristes, en versant en une fois ou en plusieurs fois une somme de 3.500 ou 4000 fr.
    D'autres envoient chaque année soit au vicaire apostolique, soit au supérieur du Séminaire, le prix d'une ou de plusieurs pensions.
    Ces aumônes si bien placées, si agréables au coeur de Dieu, puisqu'elles lui procurent des ministres et des apôtres, sont malheureusement peu nombreuses.
    Nous pourrions citer des missions, celle de Nagasaki en particulier, dont les évêques ont dû fermer leurs Séminaires faute de ressources.
    Il importerait plus que jamais, en ce moment où la loi de Séparation et la terrible guerre européenne ont si notablement diminué le recrutement apostolique en France, de le favoriser en Extrême-Orient.
    Combien d'hommes là-bas sont disposés à accepter la vérité religieuse, et auxquels il manque seulement de la connaître, parce que les apôtres sont en trop petit nombre. Que l'on se souvienne de la parole de saint Paul, vraie aujourd'hui comme au premier siècle de l'Eglise :
    « Ceux qui invoqueront le nom du Seigneur seront sauvés. Mais comment invoqueront-ils celui en qui ils n'ont point cru ? Où comment croiront-ils à celui qu'ils n'ont pas entendu ? Et comment entendront-ils si personne ne les prêche ? »

    (A suivre).

    1916/166-169
    166-169
    France
    1916
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