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Les séminaires du Kouy-Tcheou

Les séminaires du Kouy-Tcheou Par le P. Champeyrol, Missionnaire apostolique. L'oeuvre du clergé indigène au Kouy-tcheou, qui à l'heure actuelle compte 28 prêtres, 28 grands séminaristes, 20 petits séminaristes, 30 élèves à l'école préparatoire chinoise et 30 à l'école préparatoire diois, commença bien petitement, tout au début de l'épiscopat de Mgr Albrand, premier Vicaire apostolique de la mission du Kouy-tcheou, sacré en 1849.
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    Les séminaires du Kouy-Tcheou

    Par le P. Champeyrol,
    Missionnaire apostolique.

    L'oeuvre du clergé indigène au Kouy-tcheou, qui à l'heure actuelle compte 28 prêtres, 28 grands séminaristes, 20 petits séminaristes, 30 élèves à l'école préparatoire chinoise et 30 à l'école préparatoire diois, commença bien petitement, tout au début de l'épiscopat de Mgr Albrand, premier Vicaire apostolique de la mission du Kouy-tcheou, sacré en 1849.
    Fidèle au programme de la Société des Missions Etrangères dont le but principal est la création d'un clergé indigène, Mgr Albrand ouvrit sous le toit de son « palais épiscopal », composé alors comme aujourd'hui d'un seul rez-de-chaussée surmonté d'un grenier surbaissé, une toute petite école dont il confia, en 1852, la direction au P. Faurie, nouvellement arrivé de France, et qui devait plus tard devenir Vicaire apostolique de la mission. C'était une fondation sinon à entreprendre, du moins à organiser : quelques enfants de la Sainte Enfance groupés autour d'un jeune théologien, Jan, formaient le noyau d'où l'on espérait voir sortir le séminaire. Le P. Faurie consacra à cette oeuvre tous ses soins et tout son temps.
    Les épreuves ne manquèrent pas... Un jour de mai 1852, un mandarin, Ho-cheng, sans avoir prévenu, se présenta avec deux satellites pour visiter l'église. Un serviteur, Mathias, l'introduisit. Après l'église, le mandarin voulut aussi visiter le grenier, où à ce moment se trouvaient réunis les élèves du P. Faurie. Le laisser monter c'était tout perdre : il allait voir les tables couvertes de livres et surprendre les missionnaires.
    « Les étrangers ne montent pas ici », dit Mathias.
    Ho-cheng se faisant familier répondit : « Envoyé par le préfet, j'ai ordre de tout visiter; mais ne crains rien, j'ai été chrétien dans mon enfance ».
    Rendu encore plus défiant par cette révélation, Mathias, ne pouvant aller à l'encontre des ordres du préfet, conduisit le visiteur à la salled études. Les élèves, par bonheur, se trouvaient en classe dans une pièce voisine. A la vue du mandarin, le théologien Jan courut fermer la porte en disant froidement :
    « Ce n'est pas le moment d'entrer ici ».
    Mathias s'empressa de mettre dans les mains du mandarin une quantité de livres chinois, fit habilement disparaître les livres étrangers, les papiers couverts d'exercices latins, puis invita le « grand homme » à visiter le dortoir, sans aucunement parler de la classe, et le conduisit, circulant en tous sens devant la porte de sortie. Ho-cheng descendit sans hésiter. Mathias se confondit alors en politesses ; mais quelle ne fut pas sa stupéfaction de voir, devant la porte de l'église, un palanquin entouré de 40 satellites et d'une foule accourue dans l'attente de quelque catastrophe... Ces braves gens perdirent leur temps.
    Le mandarin se retira, emportant seulement quelques livres de doctrine pour les montrer au préfet. Mgr Albrand mourut le 22 avril 1852, après avoir désigné pour son successeur, le supérieur du Séminaire, le P. Faurie.
    En attendant sa nomination définitive, l'élu resta à la tête de l'établissement scolaire que pompeusement alors on nommait petit séminaire et qui comptait 14 élèves de toutes classes; depuis la théologie et la philosophie, jusqu'aux premiers éléments du latin. Plus que jamais il regarda le collège comme son oeuvre capitale. Il s'appliqua d'abord à transcrire les livres indispensables : extraits d'auteurs latins, dictionnaires et grammaires. Les ouvrages d'Europe, exclusivement en latin ou en français, et par conséquent d'aucun usage pour les élèves, furent traduits en chinois ; il fallut ensuite les recopier, multiplier les exemplaires, en un mot renouveler les prodiges de patience des anciens moines copistes. Le Père enseignait sans livres; pour suppléer les livres et trouver le temps de continuer le travail de copiste, il établit « l'enseignement mutuel » : trois ou quatre élèves anciens, initiés au latin, tinrent lieu de répétiteurs ou plutôt de « dictionnaires », et le supérieur décréta l'usage exclusif de la langue latine dans l'intérieur de l'école, même pour les plus petits enfants. Quiconque se laissait surprendre prononçant un mot chinois était condamné à manger, sur une table séparée, le « riz blanc », c'est-à-dire sans aucun condiment, et le coupable restait soumis à ce régime jusqu'à ce qu'il trouvât en flagrant délit de sinologisme un infortuné qui prenait sa place.
    Plus tard, le P. Faurie écrivait : « En deux ou trois ans de cette méthode, nos élèves arrivent à parler le latin aussi facilement que leur langue maternelle ; et plus d'un bachelier en France, après avoir pâli 6 ou 7 ans sur Cicéron, n'en saurait pas autant ».
    Le recrutement des élèves était facile. Mais il fallait les nourrir, les vêtir, les pourvoir de toutes choses; or, la pauvreté de l'économe restreignait considérablement les idées du fondateur et les beaux plans de l'architecte.
    Dès cette époque, le P. Faurie essaya de créer des bourses. Il demandait 100 francs pour l'entretien d'un élève pendant un an, et il espérait en 1854 élever leur nombre à 20. Hélas, l'heure n'était pas encore venue...

    Cependant les troubles, les révoltes augmentaient d'année en année : 1855, 1856 passent, lamentables pour les populations païennes du Kouy-tcheou plus encore que pour les chrétiens. Il y eut des massacres dans toute l'étendue de la province ; des villages, des districts entiers, à l'exception des villes aux murs crénelés, disparurent dans les flammes ; les populations ruinées émigrent, se cachent dans les cavernes ou meurent sur les chemins. Les années suivantes seront encore plus mauvaises.
    Dans certaines régions, plus particulièrement ravagées par les rebelles, il ne restera bientôt plus ni un oratoire, ni un chrétien.
    Le P. Faurie prépare, à Tsin-gai, un établissement où les élèves les plus avancés iront étudier la philosophie et la théologie avant de recevoir les Ordres, et il installe définitivement le petit séminaire ou collège Saint-Paul à Lou-tsong-kouan.

    Sur ce plateau, entouré de petites montagnes, s'élèvent en face du tombeau de Mgr Albrand plusieurs bâtiments assez vastes, dont le P. Faurie s'est fait l'architecte, une église dédiée à la sainte Vierge sous le titre de l'Assomption, et, à gauche de ces constructions en regardant le tombeau, une haute « tour en bois, où l'on monte par un système d'échelles ingénieusement établies dans l'intérieur, et du sommet de laquelle les gardiens surveillent les mouvements des rebelles ».
    Autour des bâtiments s'étendent, dans toutes les directions, des jardins et des rivières ; un long aqueduc y amène les eaux des montagnes voisines. A l'extrémité du plateau, en face de la porte principale du collège, une montagne abrupte, dont le sommet domine toutes les autres, borne brusquement l'horizon. Le peuple la désignait sous le nom de « Kouan-in Chan», montagne de la Kouan-in chinoise; elle portera désormais le nom de Chéu Moù Chan, mont Sainte-Marie, et deviendra un lieu de pèlerinage, célèbre dans la province : Notre Dame de Liesse.
    Les importants travaux de Lou-tsong-kouan étaient à peine terminés que le P. Faurie songeait à l'installation de son grand séminaire. Il le fonda dans la propriété que possédait la mission à Tsin-gai (la Roche noire), à 10 lieues de la métropole. Mais il fut détruit par la persécution de 1861. Le juillet, deux séminaristes, Joseph Tchang et Paul Tchen furent décapités. En 1909, le Souverain Pontife Léon XIII les a placés au rang des Bienheureux.
    Depuis 1881, trente-cinq séminaristes ont été ordonnés prêtres. C'est peu si l'on considère le temps écoulé, les dépenses faites, etc. mais c'est un résultat consolant si l'on considère que le milieu d'où ils sont pour la plupart sortis n’à pas encore 50 ans de christianisme. 7 sont morts, dont l'un, le P. Léon, massacré en haine de la Foi; ceux qui restent sont en général zélés et pieux. Leur nombre s'accroîtra dans quelques années d'une dizaine d'unités ; peut-être seraient-ils plus nombreux si les ressources ne nous faisaient pas défaut ; mais depuis la guerre la question financière devient un cuisant souci pour le Vicaire apostolique. Les ressources diminuent tandis que les dépenses augmentent : l'entretien d'un séminariste coûte à l'heure actuelle 900 francs contre 100 francs en 1914 ; et tous les prêtres indigènes sont exclusivement à la charge du supérieur de la Mission. Malgré tout, gardons espoir et confiance.

    1926/64-68
    64-68
    Chine
    1926
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