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Les religieuses en Chine

Les religieuses en Chine Par le P. Fabre, Missionnaire apostolique.
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    Les religieuses en Chine

    Par le P. Fabre,
    Missionnaire apostolique.

    Il existe dans les missions de nombreuses Congrégations européennes et quelques-unes américaines : les Soeurs de Charité, celles de Saint Paul de Chartres, de la Providence de Portieux, les Franciscaines de Marie, les dames Auxiliatrices du Purgatoire, les Soeurs Canossiennes, les Petites Soeurs des Pauvres: plus récemment sont arrivées les Soeurs de l'Immaculée Conception de Montréal, les Dominicaines de Maryknoll, les Soeurs de Notre Dame Auxiliatrice de Turin; il y a aussi, et nous en oublions, les Carmélites.
    Souvent, telle de ces Congrégations se trouve associée à un groupe de missionnaires déterminé ; les Soeurs de Charité sont généralement les auxiliaires des PP. Lazaristes ; les Auxiliatrices du Purgatoire, celles des PP. Jésuites.
    Toutes ces Congrégations s'agrègent des recrues chinoises, et conservent leur costume. Leur œuvre est complexe et fait face à tous les besoins : crèches pour les enfants recueillis ou rachetés, orphelinats pour fillettes, écoles pour les enfants du peuple, collèges pour jeunes filles de condition plus élevée; ouvroirs, hôpitaux pour Chinois ou étrangers, asiles de lépreux ou de vieillards.
    On ne dira jamais assez l'impression produite par les Petite Soeurs des Pauvres dans leurs pérégrinations à travers les métropoles surpeuplées de Canton, de Shanghai ou de Hong-kong. Le Chinois prétend avoir par-dessus tout le culte des vieillards; il s'émeut peu à peu, et se demande quelle religion peut amener ces femmes à se faire mendiantes volontaires, à subir parfois des avanies et des refus, pour soigner ces vieillards qu'il ne peut ou ne veut pas soigner lui même. Des municipalités chinoises elles-mêmes, à Canton, Shang-hai, Wanchow, Tchen-tou, confient aux religieuses tout ou partie de leurs œuvres de bienfaisance, trop en souffrance sous une gérance païenne, affamée dé lucre mais non de dévouement.
    Les Soeurs ne s'occupent pas que des corps; elles cultivent aussi les intelligences : œuvres de charité corporelle et écoles sont toujours connexes, et non pas seulement écoles primaires, mais encore collèges, où la jeune fille de la bourgeoisie trouve une instruction complète; rien n'est négligé de ce qui peut former l'esprit et le coeur de l'élite féminine. La foi, le zèle, germent peu à peu dans les âmes discrètement touchées par la grâce. De jeunes païennes de haute condition, à Canton par exemple, s'affectionnent à leur collège du Saint Esprit, demandent d'elles-mêmes l'internat, quittent parures et bijoux, s'habillent simplement, font instance auprès de leur famille pour obtenir licence de recevoir le baptême.
    Un souvenir aussi aux austères Carmélites de Tchong-kin et de Shanghai.
    Telle est brièvement, en Chine, l'action des religieuses de toutes nations, mais à règlement et à supérieures étrangers.
    Rome, tout en laissant libéralement à chacun sa part de mérite, exhorte vivement les évêques à presser l'institution de Congrégations diocésaines purement chinoises; non pourtant qu'il faille espérer à notre point de vue, ou même simplement désirer une transformation complète de la mentalité chinoise. Etrangers, nous sommes trop prompts, trop méticuleux, trop amis du détail; un grain de poussière malencontreux, un retard de quelques secondes, le moindre désordre dans l'ameublement, le plus léger bruit troubleront moins une âme chinoise, et il faut bien se chinoiser avec les Chinois. Pourvu d'ailleurs que le fond soit sauf, et que le résultat visé soit obtenu, et il l'est en effet, la science ascétique de nos bonnes religieuses chinoises pourra être un peu plus limitée; mais leur charité effective, leur patience, pourront parfois nous faire rougir. C'est de ces ouvrières (quatre ou cinq mille aujourd'hui pour la Chine entière) que viendra surtout le salut; car, mieux que tout autre, elles feront pénétrer le levain évangélique dans la famille chinoise, et compenseront les lacunes parfois trop réelles d'un personnel masculin plus raréfié, moins zélé, moins désintéressé et plus dispendieux à former.
    Un troisième contingent féminin existe, purement chinois comme le second, mais moins enrégimenté, quoique agent lui aussi de la conservation de la foi en Chine. Il se compte par milliers; il est considérable parmi les chrétientés plus anciennes, et peut y atteindre le dixième de l'effectif des fidèles; il est moindre et parfois presque réduit à néant dans les chrétientés nouvelles : nous voulons parler des « vierges chinoises » qui, sans entrer en congrégation, se vouent à Dieu dans leur propre famille et dans leur propre village. La jeune fille qui renonce au mariage s'en remet à la décision du missionnaire, non moins qu'à celle de ses parents. Au jour fixé, un jour de fête de préférence, elle relève son chignon tout comme elle aurait fait pour son mariage ; comme la jeune mariée elle se prosterne devant l'autel et y communie au corps du Christ, son époux ; ses compagnes en célibat participent avec elle au céleste banquet. Elle seproster ne ensuite devant ses parents et devant le prêtre; leur offre, au moins en certains lieux, les mêmes présents qu'offrent les nouvelles mariées : châtaignes, graines de nénuphar, noyaux d'amandes, oeufs, jujubes, graines de courge, etc., signes de fécondité, mais toute spirituelle.
    Assez souvent un repas de noces suivra, qui réunira les parents les plus proches et les amis les plus intimes. C'est à Dieu, qu'à ses yeux et aux yeux du public, la pieuse fille est désormais liée. Si sa formation le permet, elle travaillera, comme catéchiste où institutrice libre, au service de l'Eglise ; plus souvent elle vivra dans sa famille, ou non loin d'elle, du travail de ses mains et aussi de l'usufruit de quelque bien fonds à elle attribué comme dot par son père, mais de l'usufruit seulement ; car à sa mort le bien devra retourner à sa famille, la femme ne pouvant hériter.
    La condition de la vierge chinoise à domicile est honorée ; son influence surpasse souvent celle de ses belles-soeurs plus lettrées, plus cultivées ; et parce que de la lignée paternelle, elle est plus facilement écoutée par son père, ses frères, ses nièces et neveux ; parfois même son autorité en impose à une chrétienté tout entière. Sa conduite est généralement digne; plus aisément elle n’est personne de prière.
    En beaucoup d'endroits que nous pourrions citer, ces pieuses filles sont demeurées le pilier de la foi au temps des persécutions, et elles le demeurent encore. A elles le soin scrupuleux du saint lieu et de tout le mobilier du culte dans leurs stations respectives; seules ou par groupes, à tour de rôle, mois par mois, elles s'occupent de l'ornementation, du balayage des chapelles ; à elles de préparer les solennités et la réception du missionnaire; à elles surtout le chant des prières, et souvent aussi l'instruction religieuse des enfants. D'aucunes, parfois à leurs frais, recueillent et baptisent les petits infidèles que leurs parents ont rejetés ; à elles encore le soin des mourants.

    1926/74-77
    74-77
    Chine
    1926
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