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Les religieuses de la providence de portieux à Cu Lao Gieng

Une visite chez les religieuses de la providence de portieux à Cu Lao Gieng PAR M. GROSJEAN Directeur au Séminaire des Missions Etrangères. A l'Orphelinat.
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    Une visite chez les religieuses de la providence de portieux à Cu Lao Gieng

    PAR M. GROSJEAN

    Directeur au Séminaire des Missions Etrangères.

    A l'Orphelinat.

    A côté du séminaire de la mission du Cambodge se trouve l'établissement ou plutôt les établissements des Soeurs de la Providence de Portieux (Vosges). Le P. Hergott, supérieur du séminaire et des Soeurs, m'invite à dire la messe chez ces dernières. La chapelle quoique très grande est absolument bondée : plus de 500 personnes s'y trouvent réunies. Après la messe et le déjeuner je commence la visite. La chapelle et les bâtiments, construits par le P. Hergott, sont très vastes. Les matériaux n'ont pas coûté grande chose. A proximité, je trouve un dépôt de terre glaise, ce sont les soeurs, les orphelins et surtout les orphelines qui ont moulé toutes les briques. Les orphelins ont coupé le bois à la forêt, l'ont travaillé avec les maîtres charpentiers, ont cuit les briques avec les maîtres chaufourniers, ont fait la menuiserie, etc. Les soeurs ont fait la peinture. Chacun y a mis la main, et on est arrivé à un résultat incroyable avec presque rien. Les comptes des dépenses m'ont stupéfait, je n'en revenais pas. Ce n'est qu'après bien des explications que j'ai compris jusqu'où peut aller l'esprit d'économie et tout ce que peut produire le dévouement, le courage et l'habileté pratique.
    Voici d'abord le bâtiment des soeurs avec logement pour les Soeurs françaises et pour le Noviciat des Soeurs annamites voulant entrer dans la Congrégation de Portieux. Ces dernières portent le même costume que les Soeurs françaises et suivent la même règle. On les forme, non seulement à la vie religieuse, mais on les instruit de manière à ce qu'elles puissent faire la classe, et enseigner aux jeunes filles à lire, à écrire, à calculer, à chanter, etc... De plus, ces jeunes novices doivent connaître tous les métiers que doit exercer la femme annamite. Voilà pourquoi au Noviciat on leur fait faire la cuisine, décortiquer le riz, mouler des briques, réparer les ustensiles, piocher, cultiver le jardin, soigner les malades, tisser la soie, broder, faire de la dentelle, des souliers, des bas, etc.. etc... C'est vraiment merveilleux et touchant de les voir passer de la cuisine au grenier à riz, du tissage à la cordonnerie, de la crèche à l'hôpital, et elles vont partout avec la même facilité et le même dévouement. Si on leur adresse la parole, elles vous répondent avec simplicité et aisance. Ainsi formées, ces religieuses font un bien considérable dans la mission.
    De la, maison des Soeurs, passons à l'Orphelinat de filles. Mêmes travaux qu'au Noviciat, les Soeurs travaillent avec les enfants, et tout le monde est occupé. Ce qui m'a fait plaisir c'est que j'ai vu élever de vraies femmes et non pas des demoiselles comme j'ai eu la tristesse de le constater ailleurs. Aussi le résultat le plus apparent, c'est que ces filles, à peine en âge de se marier, sont très recherchées par les parents chrétiens, et font de bonnes mères de famille. Elles sont habituées à travailler dur et ferme, à se servir des instruments en usage en Cochinchine, et qu'elles peuvent toujours se procurer à peu de frais soit pour la couture, soit pour la broderie, et même pour le tissage de la soie. Elles savent blanchir le linge, faire la cuisine, soigner les malades. En un mot elles peuvent entrer dans n'importe quelle famille, elles n'y sont point déplacées.
    Les garçons sont moins nombreux, surtout les petits, ils sont à l'orphelinat de Chau-doc. Ceux qui sont ici sont employés à tous les travaux et exercent tous les métiers, de telle sorte que plus tard ils pourront aussi gagner leur vie. Le métier gui'ils me paraissent toutefois aimer le mieux est celui de matelot. Quand ils peuvent conduire une barque ils sont heureux, et certes j'admire leur adresse et leur agilité, dont j'ai eu plusieurs preuves.
    De l'orphelinat nous passons aux hôpitaux, longues séries de pavillons, bien aérés et très propres, rendez-vous de toutes les misères humaines. C'est d'abord le dispensaire, vaste chambre où à chaque instant de la journée, les malades et les blessés du dehors et non hospitalisés, viennent se faire soigner. Puis d'un côté, c'est le pavillon des hommes et de l'autre celui des femmes avec celui de la Maternité.
    Commençons par les hommes. Païens et chrétiens s'y confondent, et les salles sont organisées par maladies : vieillards, blessés, fiévreux, etc., sont séparés ; ceux qui sont atteints de maladies contagieuses sont à part. Ces pauvres gens se lèvent tous comme ils peuvent pour me saluer au passage, tous me répondent qu'ils sont très reconnaissants de ce qu'on fait pour eux. Au bout du pavillon est une chambre qui me paraît drôle, elle est remplie de petites cases dont les portes sont munies de gros cadenas. Le P. Hergott m'explique que c'est le pavillon des prisonniers que l'administration française leur envoie à soigner. Le règlement veut que ces malades soient enfermés pendant la nuit. Pauvres gens, ils ne songent guère à se sauver, ils s'efforcent plutôt de faire traîner en longueur leur maladie pour rester plus longtemps à l'hôpital où ils se trouvent mieux qu'en prison. Il parait que, de temps en temps, parmi ces prisonniers, on trouve de très habiles ouvriers ; on en profite alors pour les faire travailler un peu quand ils ont recouvré quelques forces, et surtout pour donner des leçons aux orphelins. J'en ai vu un qui apprenait aux enfants à faire de jolis fauteuils. Enfin au bout est une maisonnette isolée, bâtie d'une façon spéciale pour les fous dangereux.
    L'hôpital des femmes est agencé comme celui des hommes, mais les misères ici sont plus variées.
    Enfin voici la Maternité. Les Soeurs ont choisi parmi leurs jeunes filles mariées, la plus intelligente et la plus dévouée, et l'ont envoyée à Saigon y suivre les cours pour l'obtention du diplôme de sage-femme. Le succès couronna leurs efforts, et quand la nouvelle diplômée fut de retour à Cu-lao-Gieng, on commença la Maternité et on lui en confia la direction. Les commencements furent difficiles, mais petit à petit les résultats obtenus et connus partout amenèrent des clientes ; maintenant il faudrait agrandir, les femmes désirent tellement faire leurs couches ici, qu'elles trichent sur l'époque attendue et se font recevoir plus tôt pour être plus sûres d'avoir une place. Le pavillon est bâti un peu différemment des autres. Il y a plus d'air encore, plus de lumière et de larges vérandas servant de promenoir et de lieu de repos pour les mamans et les bébés. A l'extrémité du pavillon, est la salle d'opération, garnie d'un lit d'attente ou de repos et d'un lit de souffrance. Tous les appareils de ce dernier viennent de France. Puis une série de chambres à 1, 2 ou 3 lits, préparés pour que la mère et l'enfant soient à côté l'un de l'autre sans danger et sans se gêner, enfin une ou deux chambres ordinaires. Les femmes s'aident entre elles, de sorte qu'une vieille religieuse n'a qu'à passer de temps en temps pour voir si tout est en ordre et si la propreté règne.

    1909/72-75
    72-75
    Vietnam
    1909
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