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Les Religieuses Annamites 2 (Suite)

COCHINCHINE OCCIDENTALE Les Religieuses Annamites Nous avons publié, il y a peu de temps, un travail du P. Gernot, provicaire apostolique, sur le Couvent de Cai-Mong ; en voici un autre d'un missionnaire de Cochinchine occidentale, donnant une vue d'ensemble du caractère des Religieuses et dé leurs travaux ; c'est en quelque sorte le complément du premier, et nous remercions l'auteur d'avoir bien voulu l'écrire pour nos Annales, en le priant d'agréer nos excuses pour... oh ! Pour quelques parenthèses que nous avons supprimées.
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    COCHINCHINE OCCIDENTALE

    Les Religieuses Annamites

    Nous avons publié, il y a peu de temps, un travail du P. Gernot, provicaire apostolique, sur le Couvent de Cai-Mong ; en voici un autre d'un missionnaire de Cochinchine occidentale, donnant une vue d'ensemble du caractère des Religieuses et dé leurs travaux ; c'est en quelque sorte le complément du premier, et nous remercions l'auteur d'avoir bien voulu l'écrire pour nos Annales, en le priant d'agréer nos excuses pour... oh ! Pour quelques parenthèses que nous avons supprimées.

    L'entrée d'une jeune fille en religion est souvent, dans notre pays de France, un événement douloureux. L'histoire de certaines vocations est un tissu d'actes héroïques, accomplis sans bruit dans une lutte où la grâce finit habituellement par triompher de la nature.

    Avec ou sans le consentement de son père et de sa mère, c'est toujours le coeur brisé que l'enfant quitte le toit paternel.

    Malgré la conviction intime que leur fille répond à l'appel divin et qu'elle ne peut, quoi qu'il arrive, manquer d'être heureuse ; malgré la soumission la plus parfaite à la volonté de Dieu, le père et la mère sont incapables de retenir les larmes que ce sacrifice arrache à leur tendresse.

    Pourquoi nos âmes sont-elles si délicates et si sensibles ? Pourquoi nos chagrins sont-ils si profonds, parfois étrangement vivaces et souvent incurables ? Sans aucun doute, parce que la nature nous a doués d'un tempérament dans lequel la faculté sensitive prédomine, et que l'éducation à encore développer cette faculté. Généralement, il n'y a pas tant de tristesse et tant de larmes, en Cochinchine, pour une jeune tille qui désire se faire religieuse.

    Ses parents ne soulèvent pas d'objections et ne suscitent aucun obstacle. Ils se trouvent très contents, très honorés de l'orientation que leur enfant prend à son entrée dans la vie. Ils se chargent même, au besoin, des démarches que nécessite la conclusion de l'affaire, et quand tout est réglé, la jeune fille passe de chez elle au couvent, sans beaucoup plus d'émotion que si elle sortait de sa maison pour aller demeurer dans celle d'une amie un peu éloignée.

    ***

    Une vocation, en France, est toujours considérée comme une chose grave; on y réfléchit mûrement. La conclusion est un acte que le monde comprend sans effort, bien qu'il ne l'admette pas sans restrictions ; il la veut même tellement irrévocable que le retour en arrière lui semble une lâcheté.

    La jeune annamite, à 20 ans et plus, est encore enfant par le caractère, et elle prend parfois ses désirs pour une marque réelle de vocation. Comme clans son pays il n'en coûte rien à la bourse pour entrer au couvent ; comme il n'en coûte rien à la réputation d'en être sortie après y être entrée, elle demande à faire l'essai de sa vocation.

    Je crois que, si on ouvrait la porte de nos couvents annamites à toutes les jeunes filles qui s'y présentent en postulantes, beaucoup de nos chrétiennes y feraient un stage plus ou moins long, avant leur établissement définitif clans le mariage et dans le monde ; d'ailleurs, ce stage ne leur nuirait en aucune manière, tant, au rebours de ce qu'on pense en Europe, on trouve naturel ici, l'essai préalable d'une carrière, même l'essai de la vie religieuse.

    Mais on n'admet pas toutes les postulantes. « Je ne te permettrai d'aller au couvent, disait un directeur à sa dirigée qui était sa paroissienne, que lorsque tu auras officiellement refusé trois partis convenables pour toi ».

    Il s'est trouvé des jeunes filles qui en refusèrent dix ! On ne s'exposait donc pas, en accédant à leur désir d'entrer en religion, au reproche d'avoir agi à la légère. Et pourtant, parmi celles-là, il y eut des étoiles filantes, et le onzième parti qui se présenta, après leur sortie du couvent, fut justement celui que le ciel leur destinait.

    Celles qui demeurent ferme dans leur vocation sont cependant nombreuses, puisque nous avons actuellement sept cents religieuses indigènes, réparties en quatre couvents.

    ***

    A quoi s'emploient nos religieuses indigènes ? Si vous posiez cette question à celles qui habitent constamment le couvent, elles vous répondraient qu'elles prient et qu'elles travaillent pour gagner leur vie.

    La réponse serait vraie : la méditation du matin est d'un quart d'heure ; la lecture spirituelle du soir dure également un quart d'heure.

    Elles ont un grand attrait pour la prière vocale qui ne leur paraît jamais trop longue, et nul jour n'a plus de charmes pour nos religieuses que celui où, du matin au soir comme les oiseaux, elles gazouillent leurs chants au bon Dieu, sans presque s'arrêter pour reprendre haleine. Elles comptent au nombre des jours les plus doux, les trois derniers jours de la semaine sainte, les jours d'adoration devant le saint sacrement exposé, les exhortations à un malade, la recommandation de l'âme, la veillée des morts qui dure de trois à huit jours, les prières pour les trépassés.... Et malgré la longueur de ces exercices, point de fatigue d'esprit, peu ou point de distractions. Ce dernier genre d'imperfection est aussi inconnu en nos rizières qu'en certains villages des montagnes de la Savoie, au temps de saint François de Sales.

    En parcourant son diocèse, le bon saint arrive, un jour, en une paroisse perchée sur la cime d'un pic. On lui fit l'éloge de la foi simple et de la ferveur des montagnards qui l'habitaient, et entre autres choses, on lui dit qu'ils passaient pour des gens qui priaient sans distractions.

    Moins, je pense, dans l'intention de vérifier un fait qui paraissait bien extraordinaire, même au sommet d'une montagne, que pour donner une leçon aux naïfs qui se portaient garant du fait, le saint appelant un paysan, lui dit : Mon ami, si vous récitez sans distraction, comme on dit que c'est l'habitude de tout le monde ici, un « Je vous salue, Marie » tout entier, je m'engage à vous donner mon cheval que voici ». Le paysan commença tout haut et arriva d'un trait à la fin de la première partie de la prière. Mais avant d'attaquer la seconde, « Sainte Marie, mère de Dieu...», et après avoir repris haleine, il fixa l'évêque et lui dit : « Me donnerez-vous aussi la selle ? » Avec nos Annamites, saint François de Sales perdrait sa gageure presque à chaque coup.

    La chose parait d'autant plus surprenante et merveilleuse que, pendant la récitation de leurs longues prières, nos religieuses ne font aucune difficulté pour accorder à leur corps certaines aises que nous ne connaissons pas en France.

    La première fois que j'entrai dans la chapelle d'un couvent de religieuses annamites, j'aperçus dans la nef, à droite et à gauche, sur plusieurs rangs, des formes blanches et noires étendues et paraissant endormies sur les nattes qui recouvraient le carrelage. Je demandai naturellement si la chapelle servait aussi de dortoir, et si au couvent on faisait du jour la nuit et vice versa.

    « Vous n'y êtes pas, me répondit-on en souriant, et vous ne pouvez, en effet, deviner ce que font nos religieuses en cette posture ; elles font leur examen de conscience et préparent leur confession ».

    ***

    Quand je me sers du terme de couvent pour désigner l'habitation de nos religieuses, il ne faut pas que l'imagination se mette en frais et bâtisse de hautes maisons d'aspect austère, à fenêtres grillées, abritées par de grands murs et tellement inaccessibles que, dans l'ignorance de ce qui s'y passe, le peuple y loge le mystère. Nos couvents sont des cases en bois et en briques, aussi simples que possible, ayant pour clôture une haie de cactus ou d'épines-vinettes, avec une entrée qui permet à tout venant d'y pénétrer et à toute religieuse d'en sortir momentanément, si le genre de ses occupations l'exige.

    Les gens du dehors qui visitent le couvent s'y rendent surtout pour affaires.

    La religieuse, hors de son couvent, circule partout sans faire ouvrir de grands yeux aux passants, et sans avoir elle-même l'air d'emprunt d'une personne dépaysée.

    Le peuple, qui trouve ou invente si souvent une expression juste pour désigner une personne ou une catégorie de personnes, l'appelle, dans toute la mission de Cochinchine occidentale, du joli nom de : tante Bonheur ou tante Félicité ; comme il appelle le couvent : la maison du Bonheur.

    ***

    Entrons maintenant clans cette maison, pour voir comment nos religieuses y gagnent leur vie.

    La pièce principale est l'atelier de couture. Il y a là, entassées sur les tables de travail, des pièces de soie de toutes provenances, de la Cochinchine, du Cambodge, de la Chine ; de toutes nuances aussi.

    La soie, en ce pays, est tellement commune que beaucoup de personnes en sont habillés de la tête aux pieds.

    La couleur du vêtement est affaire de goût ; chacun peut à sa guise mêler les teintes, faire ressortir les tons, se rendre beau, solennel, prétentieux ou ridicule ; mais la coupe est unique et la forme invariable, ce qui nous délivre de la mode changeante, puisqu'ici elle est perpétuelle. L'habit annamite de dessus se compose de deux pièces seulement : le pantalon et le vêtement proprement dit, sorte de longue blouse descendant jusqu'au-dessous des genoux, ouvert sur le côté, attaché par cinq boutons, avec des manches tantôt étroites et tantôt larges.

    Hommes, femmes et enfants s'habillent de la même manière ; le costume national s'adapte à toutes les tailles et convient à toutes les classes. Les religieuses complètent ce costume simplement par un voile noir ou blanc, selon qu'elles sont professes ou novices.

    ***

    De l'atelier oit l'on utilise la soie à l'atelier où on la fabrique, il n'y a qu'un pas.

    La magnagnerie contient : les vers à soie qui, en faisant entendre un léger bruit d'averse, dévorent avidement les feuilles de mûrier dont on les nourrit ; les rouets aussi simples que ceux de nos grand'mères ; les bobines pour enrouler la soie ; le métier à tisser, massif et primitif, qui n'a changé ni de système ni de place. On a là, sous les yeux, toute l'histoire de l'industrie des Annamites jusqu'à aujourd'hui. Voulez-vous, avant de sortir, goûter à ces chrysalides dépouillées de leurs cocons et que l'on entasse dans des corbeilles? « C'est, disent les indigènes, un mets exquis ». Mon estomac n'a jamais pu admettre le qualificatif.

    Attenante à la magnagnerie, voici la teinturerie avec ses vastes cuves, ses écorces tinctoriales, et ses religieuses servantes, dont le costume est parfois peinturluré comme une image d'Epinal. On sourit à leur aspect, et les bonnes soeurs sourient aussi, nullement humiliées du métier qu'elles exercent, ni des traces que ce métier laisse sur leurs vêtements.

    ***

    Vous avez entendu parler de la chique à bétel ? Dans l'Indo Chine, toute bouche qui se respecte sait mâcher la mixture qui se compose d'un morceau de noix d'arec, fraîche ou sèche, et d'une feuille de bétel, enduite de chaux vive et d'un peu de tabac.

    Arec et bétel poussent en abondance dans le merveilleux jardin qu'on appelle la Cochinchine. Ils poussent moins bien au Cambodge, qui est surtout une forêt, et à partir d'une certaine zone, ils disparaissent tout à fait. C'est pourquoi les Annamites de Cochinchine ont créé le commerce d'exportation de l'arec et du bétel.

    Mais la noix d'arec, avant d'être livrée à la consommation, doit être dépouillée de son enveloppe, coupée en menues tranches, séchée au feu et ensuite au soleil ; la feuille de bétel demande, de son côté, à être torréfiée. Cette double industrie nécessite un grand nombre de bras que l'on trouve difficilement dans une maison annamite. A ce métier nos couvents de l'Ouest occupent leurs religieuses âgées ou infirmes.

    ***

    Toutes les cases du pays étant construites en feuilles de palmiers d'eau cousues, la fabrication des paillotes le nom a été donné par les Européens est entrée naturellement dans le programme du couvent, qui a presque toujours comme annexes, un orphelinat et un hôpital. Coudre des feuilles est un métier qui ne demande pas un long apprentissage.

    MAI JUIN 1905. N° 45

    ***

    Personne n'ignore que l'Extrême-Orient est le pays des nattes. Ici, on dort sur la natte, on s'y assied, on y prend son repos, on y joue. La natte est un des objets nécessaires, et elle sert à tant d'usages qu'il y en a de toute dimension, de toute couleur, de toute forme.

    A ne consulter, d'ailleurs, que la raison d'économie, les couvents ne pouvaient se passer d'une natte rie. Nos religieuses font donc encore des nattes.

    Ce qui explique la multiplicité des industries dans nos maisons, c'est, d'une part, la simplicité des moyens employés pour leur fonctionnement ; d'autre part, l'abondance sur place de la matière première et le bon marché de là main-d'oeuvre.

    ***

    Lorsqu'on voyage pendant les mois de février, mars, avril, en certains parages de Cochinchine, on est surpris de la quantité de ouate qui jonche les sentiers, estompe les haies, et tombe incessamment en flocons des gousses encore pendantes aux branches des arbres.

    Cette ouate est tellement peu appréciée qu'on ne la recueille pas. Nos religieuses en ont tiré parti ; elles en bourrent des matelas de toute épaisseur et des oreillers ronds ou carrés de toute grandeur, qui sont devenus les compléments naturels de la natte.

    ***

    En Cochinchine, chaque maison a son autel domestique. Les païens y vénèrent la tablette de leurs ancêtres, à qui ils offrent les sacrifices d'usage ; les chrétiens se rassemblent autour, comme en un sanctuaire intime; pour réciter leurs prières du matin et du soir.

    L'autel sur ses différents gradins, supporte toujours quelques bouteille si vides, du col desquelles s'échappent des bouquets de lieurs artificielles aux couleurs éclatantes et disparates, qui font plus d'honneur à la piété qu'au goût esthétique des habitants du logis. Elle est bien pauvre la case dont l'autel n'est pas orné au moins d'une paire de bouquets de nénuphars, chrysanthèmes, dahlias ou passeroses...

    Où pourrait-on faire de plus belles fleurs qu'au couvent ? Nos bonnes religieuses en font de superbes pour la plus grande joie de leurs compatriotes.

    ***

    Le monde offre aux yeux tant d'objets de séduction, même en nos brousses de Cochinchine, qu'un couvent ne pourrait être blâmé d'attirer les regards de ceux qui franchissent son seuil sur des objets d'édification et de piété.

    Son parloir est tapissé de croix, de médailles, de scapulaires ; c'est pour vous faire souvenir que si, chevalier chrétien, vous avez perdu quelque chose de votre armure, vous avez ici une belle occasion de la remplacer.

    L'article chapelet est très demandé, mais le chapelet annamite, s'entend ; personne ne le maille plus délicatement que tante Félicité. Les grains de ce chapelet doivent être petits, presque minuscules et de couleur noire. Largement espacés et maillés au fil de laiton ou d'argent, le plus ténu possible, ils doivent comme longueur de chaîne, donner une demi brasse au moins.

    Le chapelet lui-même se compose : des cinq dizaines ordinaires ; de cinq fois cinq grains, sur chacun desquels on récite un Pater, en espaçant tous les cinq par un Gloria, ce qui composé le chapelet des cinq plaies de Notre Seigneur ; de sept fois sept grains, sur chacun desquels on récite aussi un Pater en séparant chaque groupe par un Gloria, ce qui constitue le chapelet des sept douleurs de la Sainte Vierge.

    Ce n'est pas tout ; notre chapelet annamite doit être ornée de nombreuses médailles en argent, luttant d'élégance et de finesse avec les grains et la maille, afin de composer un joli collier que nos jeunes chrétiennes s'enroulent autour du cou en laissant retomber la croix sur leur poitrine, ce qui leur donne certes autant de grâces qu'un ornement mondain, quand le dimanche et les jours de fête elles se rendent à l'église.

    Mais, me direz-vous, ces chapelets doivent être bien chers N'ayez crainte: tante Bonheur en a pour toutes les bourses, car elle sait que pauvres et riches s'adressent à elle. L'Annamite d'ailleurs, plus que personne, est porté à ne pas regarder au prix d'un objet dont il a envie.

    ***

    La base de la nourriture annamite, en Cochinchine, consiste dans du riz accompagné de poissons conservés dans la saumure, au fond de jarres en grès ou de grandes cuves en bois, et ayant subi un commencement de décomposition.

    Cette préparation s'appelle en annamite : Mam ; l'odeur en est plutôt nauséabonde et le goût très répugnant tout d'abord. A la longue, l'Européen s'habitue à l'odeur et il mange du mam, moins par goût toutefois, que pour rendre moins insipides le riz et les autres aliments de la cuisine annamite ; mais il ne s'y habitue jamais au point de prendre le mam comme le plus exquis des condiments, et comme terme de comparaison pour exprimer la délicatesse, la succulence d'un autre mets. Il ne dira jamais, comme le dit couramment un Annamite : « C'est bon comme du mam ».

    On prépare le mam vers le mois d'avril, au moment de la plus grande sécheresse, lorsque les poissons abondent dans la vase des étangs naturels ou des fossés creusés de main d'homme au milieu des rizières.

    Le couvent envoie, à ce moment, une ou deux escouades de religieuses vers les endroits les plus poissonneux, afin d'acheter des viviers, de prendre le poisson et de le préparer sur place. Elles en reviennent habituellement, au bout de trois semaines ou d'un mois, avec la provision de mam nécessaire à l'alimentation annuelle de la maison, et un surplus qu'on vend où qu'on laisse vieillir.

    Pour le mam, en reflet, comme pour beaucoup d'autres substances, vieillir, c'est se bonifier, et acquérir de la valeur : le mam d'un couvent de Cochinchine est un produit de choix, apprécié à l'égal de la véritable Chartreuse, en Europe.

    ***

    Nous venons de voir quelles sont les occupations des religieuses qui séjournent habituellement au couvent pour y gagner leur vie.

    A côté de celles-là, il y a d'autres religieuses vivant et travaillant la plus grande partie de l'année hors du monastère ; ceux sont :

    1° Celles qui font l'école dans nos paroisses.

    2° Celles qui s'occupent des rizières et des cultures du couvent.

    3° Celles qui, sous prétexte de faire, de la médecine pour les petits enfants, parcourent les marchés et les villages et baptisent les enfants moribonds des païens.

    Ces trois classes de travailleurs sont, en leur sphère daction plus étendue, plus laborieuse encore que leurs soeurs demeurées au couvent.

    Il semble qu'à l'aide de tant d'industries, au milieu desquelles les bonnes soeurs vivent dans la plus stricte pauvreté, nos couvents de Cochinchine devraient avoir une certaine aisance, qu'ils devraient ressembler à ces nids de fourmis blanches, si communes dans le pays et qui sont approvisionnés en grain de toute espèce, bien que chaque fourmi trotte et peine sans relâche, comme si elle ignorait les richesses entassées autour d'elle.

    Il n'en est rien, et la raison toute simple, la voici : la sainte pauvreté est la mère de la douce et bienfaisante charité, laquelle donne sans compter aux pauvres de Jésus-Christ, sachant bien que, dans les greniers du Père qui est dans les cieux, il y aura toujours, avec le grain de millet qui nourrit les oiseaux, le grain de riz qui doit nourrir nos chères petites soeurs annamites.
    1905/172-182
    172-182
    Vietnam
    1905
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