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Les Religieuses Annamites 1

COCHINCHINE OCCIDENTALE Les Religieuses Annamites LETTRE DE M. GERNOT Provicaire apostolique. NOTICE GÉNÉRALE SUR LA FONDATION DES COUVENTS Le premier couvent des religieuses annamites, dites Amantes de la Croix, fut fondé à Tan-trieu, sur l'ordre de Mgr Taberd, par les soeurs Tim et Ta, religieuses du Binh-dinh. Quelque temps après, deux autres religieuses du Binh-dinh, les surs Mi et Sang, commencèrent la fondation du couvent de Lai-thieu.
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    COCHINCHINE OCCIDENTALE

    Les Religieuses Annamites

    LETTRE DE M. GERNOT

    Provicaire apostolique.

    NOTICE GÉNÉRALE SUR LA FONDATION DES COUVENTS

    Le premier couvent des religieuses annamites, dites Amantes de la Croix, fut fondé à Tan-trieu, sur l'ordre de Mgr Taberd, par les soeurs Tim et Ta, religieuses du Binh-dinh.

    Quelque temps après, deux autres religieuses du Binh-dinh, les surs Mi et Sang, commencèrent la fondation du couvent de Lai-thieu.

    Lors de la révolte et de la défaite de Khoi (1833-1835) ces deux monastères furent détruits ; mais en 1843, plusieurs religieuses de ces couvents dispersés, vinrent fonder le monastère de Cai-nhum ; ce furent les surs Tim, Nghia, Tu, Quyen, Vui.

    En 1844, Mgr Lefebvre envoya les Surs Quyen, Vui, Hien et Cung de la maison de Cai-nhum fonder le couvent de Cai-mong.

    Elles s'installèrent dans la maison du trum1 Bon, et plus tard sur l'ordre du P. Fontaine, dans une case située vis-à-vis l'emplacement de l'église actuelle. Après l'arrestation de Mgr Lefebvre à Cai-nhum, le 31 octobre 1844, les surs du couvent de cette paroisse vinrent se réfugier à Cai-mong.

    En 1846, Mgr Miche ne jugeant pas les religieuses en sûreté à Cai-mong, leur ordonna à toutes de remonter à Cainhum, où elles s'établirent près de l'arroyo Cai-chanh.

    En 1847, Mgr Lefebvre, de retour de captivité, envoie les soeurs Tho, Luu, Huynh et Hon du couvent de Lai-thieu, fonder à nouveau le couvent de Cai-mong, qui fut construit près de l'emplacement de l'ancienne église.

    1. Chef de la paroisse.

    En 1852, Cai-mong fait une fondation à Cho-quan, en y envoyant les soeurs Quyen, Bach, Qui, Suu, Tho.

    En 1853, les surs Cung, Hon, Loan et Thanh, partent de Cai-mong, pour fonder le couvent de Dau-nuoc1, aujourd'hui Cu-lao-gieng.

    Ce couvent fut dispersé par l'arrivée des satellites, dans la nuit du 7 au 8 janvier 1859, lors de la prise du P. Pierre Qui.

    En 1853 également, fondation du couvent de Mac bac par les soeurs Tu, Tai, Can, Hoc. Hélas ! 20 jours après leur arrivée, le 19 janvier, le P. Minh ayant été arrêté, le couvent fut dispersé.

    Néanmoins, 3 à 4 ans plus tard, les soeurs Cung et Cong du couvent de Cai-nhum, reprirent la fondation du couvent de Mac-bac.

    En 1853 encore, le couvent de Tan-trieu fut rétabli avec les surs Guong et He comme supérieures et les surs Dinh, Vinh, Ti, Quan, Mui, Boi.

    En 1855, les surs Sao et Mau de la maison de Cai-mong, fondent le couvent de Bai-xan.

    En 1856, le monastère de Cho-quan fonde le couvent de Ba-ria, avec les surs Bach, Dong, Qui.

    A peine le drapeau français eut-il flotté à Saigon (1859-1862) que les couvents de Tan-trieu et de Ba-ria se réfugièrent à Thuthiem, et que le couvent de Cho-quan se transféra à Xom-chieu.

    Les religieuses de Lai-thieu furent placées à Ben-thanh, sur l'emplacement du marché actuel de Saigon.

    A la prise de Mytho, le 12 avril 1861, le P. Nhon y amena les religieuses du couvent de Bai-xan et quelques autres du couvent de Mac-bac. Les surs Hoc et Che dirigèrent cette maison.

    1. La sur Thanh put sauver le Père Pernot, plus tard directeur au Séminaire des Missions Etrangères à Paris, en l'emmenant sur une toute petite barque à travers les marais et les brousses. De là le Père put rejoindre Ca-nhum, puis Cai-mong, où il passa un mois. Le P. Philippe Minh fut décapité à Vinh-long, le 3 juillet 1853. Son corps fut enterré à Cai-mong, son pays d'origine. Déclaré Vénérable en septembre 1857, il fut béatifié par Léon XIII, le 27 mai 1900.

    Quelques années après, le couvent de Mytho fit une fondation à Vinh-long.

    En 1872, les religieuses du couvent de Vinh-long, puis en 1874, les religieuses du couvent de Mytho, furent réunies, partie au monastère de Cai-mong, partie au monastère de Cai-nhum.

    A dater de cette époque, il n'y eut plus, dans la mission, que quatre couvents, dont deux dans la banlieue de Saigon, le couvent de Cho-quan et celui de Thu-thiem, et deux dans les provinces de l'ouest, celui de Cai-mong, et celui de Cai-nhum.

    Nous allons donner dans ses grandes lignes l'histoire du couvent de Cai-mong.

    HISTORIQUE DU COUVENT DE CAI-MONG

    Le couvent de Cai-mong pendant la persécution

    Le couvent de Cai-mong date de 1844, année de l'érection de la Cochinchine occidentale en Vicariat apostolique.

    Nous ne reviendrons pas sur ce que nous venons de dire au sujet de ce couvent dans la Notice générale.

    En 1851, Mgr Miche nomma Marthe Lanh supérieure de la maison de Cai-mong.

    Après la mort du Père indigène Tam, successeur du Père Luong, le Père Luu fut chargé de la paroisse et du couvent de Cai-mong. Ce Père voyant les religieuses à l'étroit dans leur misérable case, leur fit construire une vaste maison avec de belles colonnes de bois.

    En 1858, le Père Luu1 ayant été envoyé à Ba-giong, le Père Tung le remplaça à Cai-mong, et, vers la fin de novembre, le Père Pierre Qui, nouvellement ordonné, vint lui prêter aide et assistance.

    Le 9 décembre 1858, solennité de la fête de l'Immaculée Conception, fête patronale assignée au couvent par le Vicaire apostolique, les religieuses avaient décoré leur autel particulier de ses plus beaux ornements, et chose rare à cette époque, elles avaient eu le bonheur d'assister à la messe du Père Tung, chez le charpentier Hon, et à celle du Père Qui dans la case du chrétien Hoa, non loin du couvent.

    1. Pendant que le Père Luu dirigeait la chrétienté de Ba-giong, il fut arrêté en décembre 1860, décapité à Mytho, au mois d'avril 1861.

    Rentrées à la maison, elles se trouvaient réunies pour le déjeuner, quand le chrétien Than et le notable Dai accourent effarés à la porte du couvent, et disent à la portière : « Les soldats arrivent ; avertissez la supérieure ». La soeur Mieu se retourne et voit les satellites qui entrent ; elle court au réfectoire, d'autres soldats s'y trouvaient. Ils arrachent des mains de la sous-prieure Trinh le livre qu'elle commençait, à lire, et fouillent toute la maison, espérant y trouver les Pères qui avaient été dénoncés aux mandarins, par un païen de Cai-nhum.

    Marthe Lanh, la supérieure, fait signe aux religieuses, alors au nombre de 18, de prendre la fuite. L'émotion est telle que personne ne bouge, la plupart partent enfin et se dispersent.

    Plusieurs, cependant, les soeurs Mau, Da, Dieu, Ngo, Mieu restent près de la supérieure jusque vers 3 heures du soir. Un ordre écrit du Père Tung leur enjoint de s'éloigner. Quant à la supérieure, elle doit rester: comme propriétaire de la maison, afin d'épargner toutes sortes d'avanies à la chrétienté. Ces religieuses obéissent, mais sur Ngo et soeur Mieu disent à la supérieure, que, selon la règle, elle ne peut rester seule, et elles demandent de ne pas la quitter. Sur Mieu, trop jeune, reçoit de nouveau l'ordre de s'éloigner, et sur Ngo devient la compagne de la supérieure.

    Pendant que les soldats, faisaient main basse sur tout ce qui leur convenait : riz, pièces de soie et de coton tissées au couvent etc, on eut toutes les peines d'empêcher le Père Qui d'aller se livrer aux satellites, et de leur dire « Vous cherchez un prêtre, me voici, laissez ces religieuses en paix ».

    Le huyen ou petit mandarin de Ba-vac arrive enfin. Il s'assied et s'adressant aux deux religieuses, il leur demande : « Etesvous mariées ? Jamais nous ne l'avons été. Nous restons vierges pour plaire à Dieu. Cette maison est belle et vaste, à quelle fin ? Sans doute pour donner asile à quelque prêtre indigène ou européen? C'est pour recevoir les jeunes filles que leurs parents nous confient, et faire leur éducation ».

    Alors le huyen ordonna de préparer deux cangues pour les religieuses et quatre autres pour le maire Truoc, les notables Lieu, Hoa et le chrétien Ngoan voisin du couvent, que les soldats avaient trouvés faisant disparaître les ornements de l'autel. Quand tous furent mis à la cangue, on les fit descendre dans une barque que l'on dirigea vers Vinh-long, chef-lieu de la province.

    En passant devant la chrétienté de Cai-nhum, sur l'avis de la supérieure, le chrétien Ngoan, cria, à tue-tête, par trois fois : « Hé, Cai-nhum, Cai-mong est pris ; on nous conduit au tribunal de Vinh-long ». On tâchait d'avertir ainsi le Père Borelle, provicaire, caché dans le village.

    La barque arrivée à Ving-long, vers 7 heures du matin, le sergent Tuong, chef de l'expédition, courut annoncer sa bonne prise aux mandarins. Aussitôt le Gouverneur de la province et les mandarins de la justice et des impôts se réunissent au tribunal, et, sur leur ordre, les satellites apportent les images et les crucifix pris au couvent, et amènent les prisonniers.

    Le Gouverneur de la province crut qu'il viendrait facilement à bout des femmes, et mit son orgueil à triompher de leur faiblesse. Il ne savait pas encore ce que Dieu a mis de courage au cur des vierges chrétiennes ; il allait, à ses dépens, en faire l'humiliante épreuve.

    Il n'épargna rien, cependant, pour s'assurer la victoire, mais la grâce de Dieu fut plus forte que les tortures du tyran. Marthe Lanh, la supérieure du couvent, reçut, à plusieurs reprises, près de deux cents coups du terrible rotin ferré à la pointe, qui met la chair en lambeaux ; deux fois, elle fut rapportée comme morte à la prison, mais Dieu la soutint toujours visiblement et, contre toute espérance, lui rendit la santé. Cette femme héroïque termina paisiblement sa longue carrière, dans le courant de 1883.

    Elisabeth Ngo, sa compagne, imita son courage ; un jour, le gouverneur l'avait fait frapper avec tant d'inhumanité qu'elle était demeurée sans mouvement, et les satellites qui l'entouraient disaient tous : « Elle est morte ». Le grand mandarin, ne craignant plus de résistance, voulut se donner la misérable satisfaction de triompher d'un cadavre : « Qu'on là détache et qu'on la traîne sur la croix ! » Mais, ô victoire de là foi ! L'héroïne, se sentant soulevée de terre, reprend comme miraculeusement ses sens ; d'une main, elle se cramponne vigoureusement à sa cangue, et, de l'autre, saisissant le signe sacré de la Rédemption, elle l'élève en l'air comme le trophée de sa victoire, et s'écrie : « Vive Jésus, vive sa croix ! » Le gouverneur, en frémissant, dut s'avouer vaincu.

    JANVIER FÉVRIER 1905. N° 43

    Dans cette occasion, les hommes ne se montrèrent pas tous aussi courageux que les femmes. On avait arrêté, avec les deux religieuses, quatre des notables de la chrétienté et du village de Cai-mong ; deux apostasièrent, mais deux restèrent fidèles jusqu'au bout.

    Jean Hoa, notable de la chrétienté, demeura d'une constance indomptable. Il reçut, en trois fois, quatre-vingt-deux coups de rotin ; la tête perdue, à bout de forces physiques et morales, il consentit alors à marcher sur la croix: mais, dès qu'on l'eût délié il déclara nettement que rien ne le ferait jamais apostasier, et demanda quelques jours de repos avant de subir de nouveaux tourments. Malgré sa colère, le gouverneur n'osa pas le faire remettre immédiatement à la question, car son corps n'était plus qu'une plaie vive, et il fût mort certainement aux premiers coups, si on avait recommencé la torture...

    Le second de ces héros chrétiens était un simple paysan de Cai-mong, Pierre Ngoan ; rien qu'à voir l'air intrépide avec lequel il parut dans le prétoire, les mandarins se dirent les uns aux autres : « En voilà un qui n'a pas peur...

    Il reçut, en trois interrogatoires, quatre-vingts coups de rotin.

    « Es-tu donc un chef de religion, lui disait le gouverneur, pour que tu persistes ainsi ? Non, répondit le patient, je suis un pauvre artisan qui travaille à la journée, mais je ne renoncerai jamais à ma religion.

    Il tint parole ; relevé tout sanglant, il ne permit pas qu'on le rapportât comme les autres à la prison, et voulut s'y rendre à pied, mais ses plaies s'étant rouvertes sous l'effort de la la marche, il laissait derrière lui une longue traînée de sang, témoignage de la fidélité de sa foi et de la cruauté des bourreaux.

    Voyant la fermeté des prisonniers, et l'inutilité de nouvelles tortures, les mandarins ne renouvelèrent pas leurs interrogatoires. Les deux religieuses et les deux chrétiens restés fidèles, furent enfermés dans la prison, avec une quarantaine d'autres détenus de droit commun, la chaîne et la cangue au cou, et, pendant la nuit, les ceps aux pieds ; la chaîne fut épargnée aux religieuses.

    Ce n'est pas sans émotion que j'ai visité cette prison, quinze jours après la prise de Vinh-long.

    La Providence avait ménagé aux confesseurs de la foi, un secours auquel ils étaient loin de s'attendre. Le sergent païen, gardien en chef de la prison, était du même village que Marthe Lanh. Pendant les longues années de captivité, sous des dehors durs et sévères, ce sergent venait en aide aux chrétiens, et, bien souvent la nuit, quand la ronde officielle était passée, il faisait dégager des ceps les pieds des religieuses ; d'autres fois on leur apportait des mets de sa table. Il fermait les yeux aux visites des parents, même des religieuses, et à celles plus compromettantes encore, des Pères annamites Hien, Phien et Luu, lesquels vinrent, à plusieurs reprises, confesser les captifs, et trois ou quatre fois, leur apporter en secret la sainte communion.

    A Cai-mong, quelques jours après le départ des deux religieuses pour Vinh-long, la grande maison du couvent fut démontée, les colonnes en bois et la charpente furent enfouies sous la boue au fond de l'arroyo passant près du monastère.

    Bientôt arrivèrent de grandes barques envoyées par les mandarins pour charger les magnifiques pierres, dites de Bien-hoa, derniers restes de l'ancienne église ; ces pierres furent jetées à l'embouchure du fleuve de Mytho, afin de combler la passe, et empêcher ainsi les navires français de remonter le Mékong jusqu'à Mytho et Vinh-long. Pendant l'intervalle du voyage des barques, beaucoup de ces pierres furent enterrées par les chrétiens et mises dans des cachettes ; plus tard elles furent employées dans la construction de l'église actuelle.

    Quant aux religieuses, au nombre de 12, (les novices étant rentrées dans leurs familles) elles restèrent cachées par groupes de deux ou trois dans différentes maisons chrétiennes, toujours sur le qui-vive, changeant de demeure à la moindre alerte, et Dieu sait si les alertes se renouvelèrent !

    Le chef de canton, nommé Tri, habitant Cai-mong, toujours à la piste des Pères et des religieuses, mettait le village chrétien en coupes réglées. Un jour, dans une de ses perquisitions, il trouva un bout de papier, écrit par une religieuse en caractères européens : les notables durent le racheter au prix de 100 ligatures.

    Le Père Tung, curé de la paroisse, n'aurait pu sortir de sa retraite sans être immédiatement reconnu. Quant à son vicaire, le Père Qui, coiffé d'un mouchoir autrefois rouge, revêtu d'un petit habit autrefois blanc, et d'un pantalon relevé jusqu'aux genoux, il voyageait sans crainte clans toute la chrétienté, fredonnant quelques chansons annamites, parfois tant soit peu jeunettes, et demandant à acheter par ci, par là, soit des régimes de bananes, soit des noix d'arec. Il put ainsi, sans être reconnu, même de bien de chrétiens, voir les malades, visiter et consoler, de temps en temps, les divers groupes de religieuses, les confesser, les faire assister à la sainte messe et les fortifier par la sainte communion.

    Quelque temps après, ce jeune Père fut envoyé à Dau-nuoc1. En passant à Vinh-long, il alla visiter les prisonniers, entendit leurs confessions et leur apporta le pain eucharistique.

    La sous-prieure du couvent, Trinh, qui, à de longs intervalles, pouvait rassembler les religieuses et leur donner ses avis, étant venue à mourir, le Père Borelle, provicaire toujours à Cai-nhun, fit revenir du monastère de Bai-xan, la supérieure Anna Sao et la mit à la tête de ce pauvre couvent ainsi dispersé.

    Enfin la liberté et la paix tant désirées allaient renaître, et la fin de cette longue épreuve approchait.

    Le 28 mars 1862, l'amiral Bonnard, arrivant avec sa petite flotte devant la citadelle de Vinh-long, s'en empara sans coup férir. Les mandarins avaient commandé de mettre le feu à la prison. Le temps fit défaut pour accomplir cet acte de vengeance, qui leur avait si bien réussi à Bien-hoa et à Ba-ria. A son entrée dans le fort, l'amiral fit rendre la liberté à tous les prisonniers. Grâce à l'entremise du capitaine Aubaret, les deux religieuses en captivité furent présentées à l'amiral, qui les interrogea et parut s'intéresser à leur sort.

    1. A peine arrivé à Dau-nuoc, dans la nuit du 8 au 9 janvier pendant que le Père Pernot échappait aux satellites, le Père Qui vit ses voeux s'accomplir; il fut reconnu, emmené captif avec le notable Ly Phung, et le 31 juillet 1859, ils furent décapités. Ils ont été déclarés Vénérables en 1879.

    Au départ de l'Ondine, vaisseau amiral, pour Saigon, elles furent invitées à monter à bord. A leur passage à Mytho, je les lis descendre, et elles se reposèrent la nuit au couvent. Le lendemain matin, elles repartaient.

    Ainsi qu'il était arrivé à la prise de Saigon (1859-1861), et à celle de My-tho1, le 12 avril 1861, à peine Vinh-long tombé au pouvoir de nos troupes, ce fut une vraie panique dans la plupart de nos chrétientés de l'ouest : Cai-nhum, Bai-xan, Sa-dec et une foule de petits postes furent presque entièrement abandonnés, et leurs habitants se réfugièrent autour de la citadelle. A Cai-mong, la débâcle allait commencer, quand le Père Tung, sortant de la retraite, s'oppose au départ de ses ouailles. Sur son ordre, les gouvernails des barques du village lui sont apportés ; c'est ainsi que chacun resta dans sa maison et son jardin, et que fut sauvée la chrétienté comptant environ 1800 âmes.

    Deux mois après sa délivrance, Marthe Lanh revint à Cai-mong reconstruire le monastère et rassembler les religieuses, au nombre de 11, encore dispersées dans la paroisse.

    Le 5 juin 1862, le traité entre l'amiral Bonnard et le gouvernement annamite ayant été signé, Mgr Lefèbvre commença immédiatement sa première tournée de confirmation dans les provinces de l'ouest.

    La cérémonie eut lieu à Cai-mong, à la fête des saints Pierre et Paul, et, pour la première fois, les fidèles purent voir leur évêque, vénérable confesseur de la foi, et lui manifester toute leur joie.

    Pendant deux mois, cette année, et les deux années suivantes, j'eus l'honneur et le plaisir d'accompagner Sa Grandeur.

    Cai-mong était encore sans église et sans presbytère ; nous dûmes loger et célébrer la sainte messe dans une des deux maisons du couvent. Les colonnes et la charpente de l'ancien monastère avaient été tirées du fond de l'arroyo et, en deux jours, la nouvelle église était debout, couverte en feuilles et prête pour la cérémonie de la confirmation.

    1. Mon compte-rendu d'administration pour l'année 1862 accuse, à Mytho, e chiffre de 1946 réfugiés,

    Monseigneur fit faire profession à deux novices : l'une, sur Thuc, entrée comme postulante quelques jours avant la débâcle du couvent, n'avait pu consentir à rentrer dans sa famille, et avait suivi les divers groupes des religieuses ; l'autre, Elizabeth Quyen, du couvent de Bai-xan, fut, plus tard, cuisinière des Pères de Cai-mong.

    Le Père Tri, qui donnait les instructions préparatoires à la confirmation, prêcha après notre départ, une retraite aux religieuses, puis il rejoignit son nouveau poste de Mac-bac.

    Le traité du 5 juin ayant rendu Vinh-long aux mandarins annamites, je me souviens encore avec quel serrement de cur nous écoutâmes les canons français saluant, avant de l'amener, le drapeau de la France.

    C'était le jour de la Pentecôte...

    Les païens revinrent se grouper autour de la citadelle, et les chrétiens regagnèrent peu à peu leurs villages respectifs.

    Le Père Guillou, notre provicaire, chargé de l'administration des chrétiens refugiés à Vinh-long, pendant l'occupation par nos troupes, dut rester à son poste, près des mandarins, pour veiller au salut des quelques centaines de fidèles, derniers restes de sa paroisse éphémère, mais surtout pour s'entendre avec le pouvoir annamite, et régler toutes les difficultés intéressant les chrétiens, qui pouvaient s'élever dans les provinces de l'ouest.

    Enfin, en octobre 1863, le cher provicaire fut transféré à Cai-mong, et le Père annamite, Tung, placé à Cai-nhum. Tous les mois, le Père Guillou devait monter à Vinh-long où il voyait les mandarins, et administrait les fidèles de la ville et de ceux de Sa-dec.

    Dès les premiers mois de 1864, je vins donner une retraite aux religieuses de Cai-mong, et, le dernier jour du mois de Marie je revins prendre part à la procession en l'honneur de la sainte Vierge, la première depuis la persécution, procession dont on parle encore aujourd'hui. Ce fut une procession de nuit.

    Sur la plate-forme reliant deux grandes barques, s'élevait un autel tout resplendissant de lumières, et sur l'autel apparaissait la belle statue de Marie, au chef d'ivoire, empruntée à l'église de Cai-nhum. Des enfants de choeur avec leurs flambeaux, des notables et quelques religieuses entouraient la statue, puis venaient votre serviteur avec son harmonium les chanteurs et enfin le pro vicaire en chape.

    A la tombée de la nuit, sous la poussée de 40 rameurs assis sur le pourtour de la barque, aux sons du canon, des tamtams et des tambours, la procession s'ébranle et descend le petit arroyo de l'église, passant doucement sous les berceaux de verdure qu'elle illumine, berceaux formés par les arbres des jardins bordant les deux rives.

    Devant chaque maison, s'élève, sous un reposoir en feuillages, un autel champêtre, orné d'une image de Marie, tout étincelant de lumières et de lanternes à la confection desquelles nos Annamites sont si habiles. Le chapelet devant chaque autel et d'autres chants répondent aux Litanies et aux sons de l'harmonium. La Vierge apparaît, tous se prosternent, les fusées et les pétards annoncent au loin le passage de l'Immaculée.

    Précédée par le tamtam et le gros tambour frappés en cadence, comme pour la marche mandarine, la barque arrive au grand arroyo près duquel s'élève l'église actuelle.

    A perte de vue, sur les deux rives, ce ne sont que reposoirs, autels illuminés, lanternes vénitiennes de toutes couleurs et torches étincelantes se reflétant dans l'eau, et, parfois, embrasant la profondeur des jardins. Sur les deux rives aussi, les prosternations se succèdent, les pétards font rage ; les vieillards, les femmes, les enfants à genoux récitent à haute voix, les uns le chapelet, les autres des prières différentes, quelquefois accompagnées d'instruments de musique, et les jeunes gens envoient aux échos d'alentour le chant annamite si beau et si triomphal des Litanies de la Vierge.

    L'Immaculée continue à descendre l'arroyo au fil de l'eau, bénissant ses enfants prosternés, et souriant à leur joie, à leur enthousiasme.

    Cependant on est arrivé à la dernière maison chrétienne, au dernier autel illuminé, l'embarcation soulevée par la pagaie des rameurs, se retourne et, remontant le courant, continue la visite des nombreux enfants de Marie ; les autels devant chaque maison toujours resplendissants de lumières, les torches toujours renouvelées, le chapelet toujours récité, et les chants de triomphe et les pétards se répondant toujours d'une rive à l'autre...

    Les mains touchant l'harmonium sont comme paralysées, presque paralysées aussi la voix des chanteurs, et la pagaie tombe des bras des rameurs épuisés.

    Enfin, à la marée montante, nous rentrons à l'église : il était quatre heures du matin !!

    Telle fut cette fameuse procession de nuit ; elle marqua la fin de l'ère des persécutions et le commencement du temps nouveau de liberté religieuse. Elle eut un grand retentissement dans toute la contrée, et, à plusieurs reprises, les mandarins de Vinh-long nous en félicitèrent.

    A la troisième tournée de confirmation Mgr Lefèbvre chargea Marthe Lanh1 de reconstituer le couvent de Cai-nhum, entièrement dispersé depuis le départ du Père Borelle pour Bai-xan, et sa mort arrivée le 15 juillet 1860.

    Enfin le 4 août de la même année 1864, sur l'ordre du Vicaire apostolique, je vins prendre la place du Père Guillou à Cai-mong, et ce cher pro vicaire, permutant avec moi, reprit la direction de la paroisse et du district de Mytho, dont il était chargé avant la prise de Vinh-long.

    Quelques mois après, notre vénérable Vicaire apostolique, Mgr Lefebvre, partait pour France et Mgr Miche, Vicaire apostolique du Cambodge, devenait Vicaire apostolique de la Cochinchine Occidentale.



    1. Marthe Lanh, née en 1825 à Rach-rap, près Cha-va (Tra-vinh), entrée au couvent de Cai mong en 1847, professe en 1848, fut nommée supérieure de ce monastère en 1851. Emprisonnée, pour la foi, à Vinh-long, le 10 décembre 1858, elle fut délivrée le 28 mars 1862, et reconstruisit le couvent de Cai-mong. En 1864, elle reconstitua le couvent de Cai-nhum, devint, en 1867, supérieure du monastère de Cho-quan. En 1867, elle s'offrit à Mgr Miche pour instruire les catéchumènes à Trang-bang. En 1876, elle fonda la chrétienté de Tan-hung. Plus tard elle demanda à revenir simple religieuse à Cai-mong, puis retourna au milieu de ses néophyites à Tan-hung où elle mourut le 8 mai 1883.

    Le couvent de Cai-mong après l'ère des persécutions.

    A peine installé à Cai-mong, je pensai qu'après tant d'années de persécution, une retraite générale produirait, dans la paroisse, les plus heureux effets. J'y préparai donc les fidèles, par mes instructions du dimanche, et grâce au bienveillant concours du Père Guillou et de plusieurs prêtres indigènes, les exercices spirituels eurent lieu pendant 10 jours, et se terminèrent à la fête patronale de l'église, jour de l'Immaculée Conception. Il y eut 1400 confessions entendues, et 1300 communions distribuées ; quelques mois après, en février 1865, retraite et première communion de 200 enfants. Ainsi que je l'avais déjà pratiqué à Mytho, une des religieuses les plus intelligentes, tout en surveillant ces petits auditeurs, parfois turbulents, répétait et expliquait toutes mes instructions.

    Le monastère se composait alors de 8 professes et de 5 novices, sous la direction des surs Sao et Dien.

    Cette même année, fut installée près de l'église et confiée aux religieuses, la première école de filles ; l'année suivante, une école de garçons fut élevée près de l'emplacement de l'église actuelle et dirigée par un ancien élève du séminaire de Pinang.

    Cependant, comme je me trouvais absolument seul et sans catéchiste, loeuvre des catéchumènes était en souffrance. Ayant eu la bonne chance de mettre la main sur une traduction en annamite, du « Documenta rationis », de Mgr Taberd, ancien Vicaire apostolique de Cochinchine, je dis à sur Anne Mieu, alors âgée de 26 ans, de lire ce traité, de l'étudier et de s'en pénétrer ; c'est ainsi, que faute d'autre catéchiste, cette religieuse dut instruire les catéchumènes de la paroisse. Du 11 juin au 22 décembre 1867, elle prépara au baptême 58 adultes païens.

    Jusque-là, personne n'avait songé à donner aux religieuses un habit particulier qui, durant la persécution, aurait contribué à les faire reconnaître. Pour assister à la sainte messe, elles prenaient l'habit à longues manches que portent encore les femmes annamites dans les grandes cérémonies. Cet habit était en simple cotonnade, noir pour les professes et blanc pour les novices.

    En 1867, les persécutions n'étant plus à craindre, je songeai à compléter leur costume. Sur l'avis favorable du Vicaire apostolique, le premier dimanche après Pâques, à la suite d'une retraite de quelques jours, dans l'église de la paroisse, la petite communauté s'approche de l'autel. Après un sermon de circonstance, je leur coupai à chacune trois petites mèches de cheveux, leur imposai le grand habit noir et leur donnai le voile et le crucifix.

    Les novices reçurent le même jour l'habit et le voile blancs et le crucifix.

    Une belle chevelure étant l'ornement le plus prisé de la femme annamite, quand les chrétiennes apprirent que ces longues chevelures allaient être sacrifiées, ce fut une explosion de larmes dans toute l'église.

    Quelques heures après, les beaux cheveux étaient gaiement portés en terre par toutes les novices.

    A la suite d'une retraite du 27 au 31 juillet suivant, je renouvelai la même cérémonie au monastère de Cho-quan, et à la fête du saint Rosaire, à celui de Cai-nhum.

    Voilà donc nos petites surs annamites, avec leur costume religieux qui les protège elles-mêmes et leur attire la considération de leurs compatriotes tant païens que chrétiens. Bientôt nous les verrons, toujours pieds nus, se dévouer, à l'éducation des enfants dans les écoles, au baptême des païens moribonds, et à la conversion de tant d'âmes encore en dehors de la voie du salut.

    Le 20 juin 1867, l'amiral de la Grandière s'étant emparé de Vinh-long, et le 8 juillet, ayant fait, avec toute sa famille, une visite à Cai-mong1, le mouvement de conversions, longtemps comprimé, commence, malgré les bruits de révoltes, à s'étendre dans tout le district.

    1. Le lieutenant de vaisseau, qui amena l'amiral à Cai-mong, était le futur amiral Pottier.

    Quoique secondé par les catéchistes Dieu, Duong et Du (arrivés du 15 au 31 août) et l'année suivante, par les catéchistes Chanh, Phi, Nho, Muoi, Phong et Dong, je ne pus répondre à toutes les demandes de conversion.

    C'est alors que je n'hésitai pas à faire partir pour les Don-dien (Phu-hiep) la sur Anne Mieu, accompagnée d'une autre religieuse. Le jour, elles parcouraient toutes les maisons du village, et, à la nuit tombante, après les travaux, elles instruisaient les catéchumènes dans la maison du doc Hanh, le père du chef de canton actuel, puis, l'instruction terminée, elles se retiraient dans leur barque pour faire leurs exercices spirituels, et se reposer. Le 7 juillet et les 11 et 18 août, eut lieu les 30 premiers baptêmes.

    Le 24 août, sur Anne Mieu, devenue sous-prieure du couvent, passe au Cai-tat et parcourt aussi Cai-hang et Giongmit. Le 22 décembre 1867 et les 24 et 25 mars 1868, eut lieu le baptême de 70 adultes.

    A Bang-tra, la nouvelle sous-prieure prêche la religion en plein marché ; bientôt suivie d'une foule considérable, elle se rend à la pagode, provoque les bonzes à la controverse, répond à leurs objections aux acclamations de l'auditoire, et annonce une nouvelle visite pour le lendemain matin. Le lendemain, la pagode était fermée et les bonzes avaient disparu.

    De là, elle descend à Tu-sang, puis à Giong-luong et à Giong-mieu, et partout son passage obtient la conversion d'une foule de païens, qui sont ensuite préparés au baptême par les catéchistes Phi, Chanh et Dieu.

    Remontant à Mo-cay, alors chef-lieu d'inspection, elle parle également, en plein marché, aux chefs de canton réunis, et à une foule de curieux qui, pour l'entendre, abandonnent les affaires du négoce.

    Elle laisse à Tan-hoi deux des religieuses qui Font suivie jusqu'ici, et se rend dans l'inspection de Ben-tre. Appelée dans 5 à 6 villages, elle les parcourt, provoquant partout de nouvelles conversions. Enfin elle instruisait elle-même les catéchumènes à Tu-dien, lorsque la maladie la força de rentrer à Cai-mong, où elle resta plusieurs semaines entre la vie et la mort.

    De 1867 à janvier 1869, elle avait amené plus de 600 païens à se faire instruire des vérités de notre sainte religion. Les surs Van, Mau, Thuc, Lieu, Doi, Le et Duyen continuèrent son oeuvre.

    Enfin, cédant aux supplications souvent réitérées de la vieille supérieure, du monastère, j'acceptai sa démission, et le 19 mars 1869, fête dé saint Joseph, Anne Mieu était élue supérieure. Tous ses soins se porteront désormais sur la formation et la direction des religieuses.

    Le 2 février 1868, j'avais commencé la construction de l'église paroissiale actuelle, sur un nouvel emplacement près du grand arroyo; il fallait songer à y transporter également le monastère.

    En 1870, la nouvelle supérieure alla à Mo-cay demander à l'inspecteur, M. Venturini, les corvées du village pour remblayer le terrain du futur couvent ; elles lui furent toutes accordées.

    En 1871, après les premiers jours de l'an annamite, l'ancien couvent fut transporté et édifié sur le nouvel emplacement.

    En 1872, construction d'une petite chapelle en briques ; enfin, en 1876, le nombre des religieuses augmentant, une nouvelle aile du bâtiment fut élevée pour les professes, et l'ancienne maison servit d'habitation aux novices.

    En 1873, la communauté se composait de 27 professes, 9 novices et 4 postulantes.

    Formation des novices.

    Les couvents de soeurs Amantes de la Croix, fondés dans la mission, pendant la persécution, avaient pour fin la sanctification de leurs membres et, alitant que faire se pourrait, les religieuses devaient venir en aide aux missionnaires, soit par le baptême dés enfants païens à l'article de la mort, soit par l'éducation chrétienne de quelques petites filles qui leur étaient confiées.

    Dès l'occupation française, les besoins de l'Église annamite, sortant de ses ruines, étaient immenses : ni églises, ni écoles, ni livres, à peine quelques catéchistes, quelques prêtres indigènes et de rares missionnaires.

    Aussi les Vicaires apostoliques n'hésitent pas à tirer tout le parti possible du dévouement de nos surs annamites, et à leur confier le soin de baptiser, non plus en cachette, les petits moribonds païens, mais encore les circonstances l'exigeant, d'exhorter et d'enseigner les païens, et de préparer à la réception des sacrements les néophytes et les catholiques ignorants.

    But magnifique, mais que les religieuses ne pourront obtenir complètement qu'après une sérieuse préparation.

    Dès que le couvent de Cai-mong fut reconstitué, les soeurs les plus intelligentes continuèrent avec plus de soin et d'ardeur que par le passé, à donner à la communauté des leçons de lecture, d'écriture et de catéchisme.

    Grâce à la nouvelle supérieure, l'instruction prit un nouvel essor. Chaque jour, le travail manuel terminé, elle réunissait elle-même les religieuses pour leur apprendre ce qui était nécessaire pour l'éducation des jeunes filles et la formation chrétienne des catéchumènes.

    En 1877, la supérieure songea à choisir, parmi les jeunes professes, une religieuse sur laquelle elle pût se décharger en partie du soin des novices. Le vote de la communauté désigna Elisabeth De pour ce poste de confiance.

    Toute la communauté n'eut qu'à se louer de ce choix. La vie spirituelle des religieuses, l'ordre matériel dans la maison, les études, toutes ces choses si importantes dans un couvent s'améliorèrent rapidement1.

    Les études, particulièrement, firent beaucoup de progrès.

    Depuis lors, le programme qu'elle avait inauguré a été encore perfectionné par la nouvelle maîtresse des novices et les sous-maîtresses. Les classes, à moins d'empêchement, sont de deux heures le matin et de deux heures le soir. En outre, des répétitions de chant sont données à toutes les novices ; les plus intelligentes reçoivent des leçons d'harmonium. Le missionnaire se charge lui-même de faire très souvent, le matin ou le soir, à toute la communauté, des conférences spirituelles dont, de temps en temps, il exige la rédaction résumée.

    Chaque année, il y a deux retraites, pour le noviciat, et à la suite de la retraite principale, après six mois à un an de probation, les postulantes reçoivent l'habit et le voile blancs.

    1. Les Annales de la Société des Missions Etrangères ont publié la notice consacrée à Elisabeth De par le P. Gernot. Voir : année 1903. n° 32, p. 107.

    JANVIER FÉVRIER 1905. N° 43

    En dehors des heures consacrées à la prière et à l'étude, les novices aident, à tour de rôle, les soeurs qui s'occupent de la sacristie, de l'infirmerie, de la teinturerie, des cuisines, des jardins et des barques, indispensables dans cette région sillonnée de cours d'eau.

    En guise de vacances, elles sont envoyées, en janvier et février, sous la direction de leurs maîtresses, dans les différentes fermes du couvent, pour y faire la moisson. Ce travail en plein air les repose et les fortifie.

    Ce n'est qu'après 5 à 6 ans d'épreuve, et souvent davantage, sur l'avis favorable de leurs maîtresses et des soeurs chargées des différents emplois de la maison, qu'elles sont admises à faire profession.

    Le jour de la solennité du Rosaire, après avoir pris part aux exercices de la retraite, qui est donnée à cette époque à toutes les religieuses, elles reçoivent l'habit el le voile noirs, et prononcent les trois voeux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, ces vux sont temporaires et renouvelés tous les ans à la même date. Après la messe, le Saint-Sacrement est exposé, et la journée se passe dans la prière et le recueillement.

    Le lendemain matin, toutes les religieuses se réunissent dans la salle des exercices, et reçoivent leur destination. Les barques des différentes chrétientés sont déjà là à les attendre, et les emmènent aussitôt aux postes qui leur sont destinés ; bientôt il ne reste plus au couvent que les supérieures, les titulaires des divers emplois, les infirmes et les novices.

    Oeuvres du Monastère

    Actuellement, les religieuses occupent 54 postes.

    I. Ecoles. Avant mon arrivée en mission, en 1861, il n'y avait d'autres écoles que celles où l'on enseignait aux garçons les caractères chinois.

    A peine installé à Cai-mong, je songeai à établir, sous la direction des religieuses, une école où l'on apprit aux enfants les caractères européens.

    Plus tard, à mesure que les chrétientés se formèrent, j'y envoyai les soeurs pour y faire la classe.

    En 1875, les religieuses tenaient 8 écoles comprenant 382 élèves ; en 1879, 19 avec 936 élèves ; en 1883, 22 avec 1268 élèves ; en 1893, 36 avec 1388 élèves, et enfin, en 1902, 39 écoles avec 1703 élèves des cieux sexes.

    Dans ces écoles, elles apprennent à leurs enfants le catéchisme, les différentes sortes d'écriture, et aux filles la couture, la tapisserie. Dans toutes les paroisses, ce sont les enfants qui chantent à l'église les chants annamites, et, dans beaucoup d'autres, ce sont eux également qui exécutent les chants liturgiques à la messe et à la bénédiction du Saint-Sacrement.

    II. Instruction des catéchumènes. Depuis le mouvement de conversions, qui fut cause de l'envoi des religieuses à la recherche et à l'instruction des païens, elles ont toujours continué leur office de catéchiste, souvent dans les petites chrétientés, où elles se trouvent déjà comme institutrices, d'autres fois dans des centres entièrement païens. C'est ainsi que depuis 1880 elles ont formé dans l'inspection de Vinh-long, onze chrétientés nouvelles qui sont actuellement desservies par trois prêtres indigènes.

    Grâce aux écoles, installées près de l'humble chapelle de chaque centre de fidèles, les surs forment leurs néophytes à la vie chrétienne, président les prières du dimanche, et font la lecture qui remplace la prédication dans les petits postes qui n'ont pas de missionnaire à demeure.

    Depuis 25 ans, elles ont instruit 8168 néophytes ou chrétiens ignorants, et préparé au baptême 4,036 païens.

    III. Sainte-Enfance. Certaines religieuses n'ont d'autre occupation que d'aller à la recherche des enfants païens en danger de mort. Plusieurs sont installées à proximité des marchés, où la population est plus dense ; les autres vont en barque dans les villages entièrement païens.

    Grâce à leurs médecines, elles peuvent s'introduire facilement dans les maisons et y baptiser les enfants moribonds. C'est ainsi qu'en l'année 1902, elles ont régénéré 602 petits enfants, et, de 1877 à 1902, c'est-à-dire pendant 25 ans, le nombre des baptêmes a été de 8535.

    IV. Orphelinat. Les enfants païens, survivant au baptême sont confiés soit à des familles chrétiennes qui les adoptent, soit à l'orphelinat situé dans les dépendances du couvent. Ces enfants y sont élevées, jusqu'à l'âge où on peut les établir convenablement.

    Cet établissement fut fondé en 1875.

    V. L'Hôpital. Autrefois dans la province de Ben-tre, il n'y avait pas d'hôpital pour recevoir les malades, les indigents et les infirmes abandonnés. En 1885, je demandai à M. Sandret, alors administrateur de la province, de vouloir bien m'aider pour la construction d'un modeste hôpital à Cai-mong. Dans cette maison, païens et chrétiens sont reçus et soignés, avec la la même bienveillance, par les religieuses ; cet asile est, pour beaucoup, le chemin du ciel.

    Il y a deux ans, M. Bos, administrateur de la province, construisit à Ben-tre, un bel hôpital, qui fut confié aux surs de Saint Paul de Chartres.

    Depuis lors, le nombre des malades a diminué à l'hôpital de Cai-mong ; malgré cela, en 1902, on y a reçu plus d'une centaine de ces pauvres abandonnés.

    VI. Fermes. Comme toutes ces oeuvres exigent des dépenses considérables, pour n'être pas obligé de les abandonner faute de ressources, il a fallu songer à acheter des terrains afin de créer quelques revenus. C'est ainsi que plusieurs fermes ont été établies et confiées à des religieuses. Grâce à une bonne culture, ces fermes fournissent le riz nécessaire à la subsistance du couvent et des oeuvres qu'il soutient.

    Tels sont les travaux des Amantes de là Croix.

    Deux fois par an, elles rentrent à la maison mère, pour se retremper dans la vie religieuse, et assister aux exercices de la retraite.

    Sans doute, elles ne sont pas des sainte Thérèse, s'élevant à de hautes contemplations, mais elles sont d'un dévouement à toute épreuve et animées d'un grand esprit de foi.

    La supérieure actuelle est toujours sur Anne Mieu, nommée en 1869. Tous les trois ans, à la suite de la retraite principale, les religieuses professes choisissent elles-mêmes leur supérieure et, cette année encore, elle a été réélue à l'unanimité. « Quand on a un bon pilote, m'écrivait un do nos Vicaires apostoliques, inutile d'en chercher un autre ».

    Les bâtiments du couvent demeurent dans l'état où ils se trouvaient en 1876. Ce sont des maisons dont les colonnes sont en bois, les murs en briques et le toit en feuilles.

    Quand, deux fois par an, les religieuses rentrent à la maison mère pour y passer quelques semaines et assister aux exercices de la retraite, la place manque.

    Déjà, Monseigneur a ordonné de démolir la petite chapelle bâtie en 1872, devenue trop étroite, et on a presque terminé les fondations d'une autre plus appropriée aux besoins actuels. Cette chapelle terminée, lorsque les ressources le permettront, il faudra reconstruire le couvent en entier.

    Il y avait, en 1902, au monastère de Caisson : 149 professes, 40 novices, soit 189 religieuses.
    1905/12-38
    12-38
    Vietnam
    1905
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