Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Les prêtres du diocèse de Paris 1

Les prêtres du diocèse de Paris DANS LA SOCIÉTÉ DES MISSIONS ETRANGÈRES
Add this
    Les prêtres du diocèse de Paris

    DANS LA SOCIÉTÉ DES MISSIONS ETRANGÈRES

    Depuis ses origines en 1658, jusqu'en 1917, la Société des Missions Etrangères a reçu du diocèse de Paris 84 prêtres 1 ; 11 pendant le XVIIe siècle ; 11 pendant le XVIIIe ; 38 pendant le XIXe ; mais ceux-ci se répartissent très inégalement dans le cours de cette centaine d'années, puisqu'on en trouve 2 seulement de 1800 à 1859 et 36 de 1860 à 1899. Le XXe siècle a vu la progression s'accroître et de 1900 à nos jours 24 prêtres, soit plus d'un chaque année, se sont consacrés à nos missions.
    Parmi ces 84 ouvriers apostoliques, 7 ont été où sont évêques, vicaires apostoliques ; 4 en Chine, 2 au Tonkin, 1 en Corée ; 2 provicaires ou vicaires généraux ; 6 directeurs du Séminaire des Missions Étrangères.

    1. Nous ne comptons ici que les prêtres nés dans le diocèse de Paris ou incorporés en droit et en fait à ce diocèse. Si nous y ajoutions ceux qui y ont été incorporés pour une circonstance spéciale, par exemple pour une ordination, mais n'ont jamais pratiquement fait partie du diocèse, le chiffre total serait de 105.

    SEPTEMBRE OCTOBRE 1917, N° 117.

    Les morts, les seuls dont nous parlerons, sont au nombre de 41.
    En feuilletant nos archives, nous avons trouvé leurs noms, le récit plus ou moins complet de leurs travaux, quelques détails sur leurs vertus ou sur leurs qualités, et sur leurs derniers jours.
    Nous avons groupé ces renseignements épars au milieu d'un grand nombre de faits très différents, et nous avons composé sur chacun des morts une notice qui rappellera leur souvenir, et peut-être inspirera à quelques jeunes gens la pensée de les imiter et de dévouer leur vie à un apostolat qui n'est pas sans mérite, et dont les résultats donnent, plus souvent qu'on ne le pourrait croire, à l'âme de grandes consolations, au coeur des joies bien vives.

    Mgr DE BOURGES

    Le premier de ce nom et de cette famille que nous connaissions, est Alain de Bourges ou de Bourge, bourgeois de Paris, qui acheta en l'année 1500 la terre de Sainte-Croix en Normandie.
    Jacques de Bourges, un des soutiens de la Société des Missions Etrangères à ses débuts, naquit à Paris vers 1630, et s'offrit au principal fondateur de la Société des Missions Étrangères, Mgr Pallu, qui l'accepta avec joie. Son départ de Paris le premier départ de nos missionnaires pour l'Extrême-Orient, est du 18 juin 1660, et son embarquement à Marseille du 27 novembre suivant. Avec l'évêque de Bérythe, Lambert de La Motte, et Deydier, le missionnaire traversa à pied la Perse et l'Inde.
    A peine arrivé au Siam, il en repartit, le 14 octobre 1663, sur l'ordre de Mgr Lambert, afin de se rendre à Rome exposer la situation des missions, telle qu'une première étude l'avait fait connaître, et solliciter de plus amples pouvoirs. Il fit le tour de l'Afrique et débarqua en Angleterre en juillet 1664 1. De là il se dirigea sur Rome, où il présenta à la Propagande des mémoires analogues à ceux qu'avait déjà envoyés Lambert de La Motte.
    Les fortes études faites par le missionnaire, qui était docteur en théologie, se devinent dans la précision de ses demandes, dont les conclusions furent agréées et servirent de base à plusieurs décrets concernant : la juridiction des vicaires apostoliques sur le Cambodge et le Ciampa, l'autorisation des ablutions sans vin à la messe, les pouvoirs pour la confession, les ordinations, l'observance des fêtes, les jeûnes, l'abstinence, etc. A Paris, il rédigea et publia le récit du voyage qu'il avait fait de France au Siam avec Mgr Lambert de La Motte et M. Deydier ; mais, par respect, il inscrivit dans le titre le nom seul de l'évêque de Bérythe. Cet ouvrage eut plusieurs éditions et fut traduit en hollandais et en allemand.

    1. Histoire générale de la Société des Missions Etrangères, I, p. 94 ; il faut 1664 et non 1665.

    En mars 1666, il se rembarqua à La Rochelle pour l'Extrême-Orient, n'arriva au Siam qu'en 1669, se rendit au Tonkin, et se fixa à Hean (Hung-yen), petite ville située à environ 50 kilomètres au sud-est de Hanoi, sur la rive gauche du fleuve Rouge, à 5 kilomètres en amont de l'embouchure du canal des Bambous. A cette époque, Hean comptait à peu près 2000 maisons ; elle était la résidence du gouverneur de la province et de quelques négociants hollandais et anglais ; les navires européens pouvaient pénétrer dans son port. Il y vécut avec Deydier et se déguisa sous l'habit de marchand, car la prédication de l'Evangile était proscrite. Dénoncé cependant comme missionnaire et arrêté, il fut bientôt relâché. Lors d'une seconde arrestation, il fut emprisonné et frappé. Délivré, il reprit ses travaux, parcourut les provinces de Hanoi et de Nam-dinh, puis revint à Hean. Les résultats acquis à cette époque par les ouvriers apostoliques sont assez considérables. Les conversions annuelles, généralement obtenues par l'emploi habile des prêtres indigènes et des catéchistes, se chiffrent par milliers ; au nombre des convertis, on cite des mandarins et des membres de la famille royale.
    Voici la statistique des baptêmes et des confessions pendant quelques années :

    en 1672, baptêmes 6.096, confessions 38.315.
    » 1673, » 5.386, » 46.167,
    » 1674, » 6.690, » 53.045,
    » 1675, » 8.831, » 55.432,
    » 1676, » 7.769, » 56.100,
    » 1677, » 6.523, » 59.918.

    Le 25 novembre 1679, à la demande de Mgr Pallu, le Tonkin ayant été divisé en deux Vicariats : Tonkin occidental et Tonkin oriental, de Bourges fut, à cette même date, nommé évêque d'Auren et vicaire apostolique du Tonkin occidental. Comme il n'y avait pas, dans toute l'Indo-Chine, d'autre évêque que Mgr Laneau au Siam, il alla recevoir de lui la consécration épiscopale. La cérémonie eut lieu à Juthia le 17 mai 1682. Le nouveau prélat prit pour armoiries : D'azur au chevron d'or accompagné de 3 lys d'argent, tiges et feuillés de sinople.
    Quatre ans plus tard, le 20 mai 1686, un décret devait nommer de Bourges administrateur général des missions de Chine à la place de Mgr Pallu mort en 1684 ; mais il n'eut pas de suite, et toute la carrière de l'évêque fut consacrée au Tonkin.
    De Juthia, le nouveau prélat retourna directement dans sa mission, et le 21 décembre 1682, il sacra M. Deydier qui avait été nommé évêque d'Ascalon et vicaire apostolique du Tonkin oriental.
    Il s'occupa ensuite de son Vicariat, qui comprenait tout le territoire formant actuellement les quatre Vicariats des Tonkin occidental, Tonkin méridional, Tonkin maritime et Haut-Tonkin, peut-être même aussi le Laos.
    On y comptait environ 80.000 chrétiens, 150 catéchistes, une douzaine de prêtres indigènes, et à peine 20 missionnaires européens. Jésuites portugais, espagnols et italiens, Augustiniens espagnols et italiens qui se retirèrent bientôt au Tonkin oriental, et prêtres des Missions Etrangères tous français.
    La formation et l'augmentation du clergé indigène fut une des principales sollicitudes de Mgr de Bourges, qui, en 1701, comptait 25 prêtres tonkinois.
    En 1688 ou 1689, lui et Mgr Deydier reçurent une lettre signée en 1687 par le cardinal Altieri, préfet de la Propagande, leur demandant les noms des prêtres indigènes qu'ils jugeraient capables de leur être donnés pour coadjuteurs. Tous les deux répondirent qu'ils ne voyaient encore personne. Mais en 1694, le 14 décembre, de Bourges écrivit qu'il avait depuis trois ans un prêtre annamite, Joseph Phuoc, âgé de 35 ans, doué d'un tel mérite qu'il n'hésitait pas, afin de satisfaire lés désirs de la Propagande, à le proposer pour l'épiscopat. La proposition n'eut pas le résultat qu'attendait l'évêque. Plus tard, quand elle fut de nouveau rappelée, Mgr Bélot ne jugea pas que Joseph Phuoc, malgré ses qualités et ses vertus, pût être élevé à l'épiscopat.
    En 1702, de Bourges se choisit un coadjuteur, Edme Bélot, le plus ancien des missionnaires des Missions Etrangères placés sous sa juridiction.
    En 1705, une persécution éclata, rapidement apaisée ; l'année 1712 en vit une autre plus sérieuse. Le vieil évêque fut expulsé du Tonkin en 1713, avec son coadjuteur, E. Bélot ; ce dernier réussit à rentrer presque aussitôt ; Mgr de Bourges se réfugia au Siam, avec un certain nombre de séminaristes. Il mourut à Jùthia le 9 août 1714, à l'âge d'environ 84 ans.
    C'est, jusqu'à ce jour, le vicaire apostolique de toute l'IndoChine qui a vécu le plus longtemps.
    Les Annales de la mission du Tonkin occidental, appréciant sa carrière et son caractère, louent son zèle pour la formation des prêtres indigènes et des catéchistes ; son amour de la mortification qui lui fit observer jusqu'à la fin de sa vie tous les jeûnes prescrits par l'Eglise, et, de plus, accomplir les mêmes austérités le vendredi et le samedi de chaque semaine ; sa prudence et la force de son esprit « le rendant toujours égal à l'extérieur » ; son humeur douce et agréable qui charmait tout le monde ; son esprit d'oraison et son amour pour la chasteté « qu'il gardait avec grand soin ».
    Voici le titre du volume publié sur son voyage :

    Relation du voyage de Monseigneur l'evesque de Beryte, vicaire apostolique du royaume de la Cochinchine, par la Turquie, la Perse, les Indes, etc., jusqu'au royaume de Siam, et autres lieux. A Pa-ris, chez Denys Bechet, rue Saint-Jacques, au Compas d'or et à l'Ecu au Soleil, MDC.LXVI, avec priv. du Roy et app., in-8, pp. 245 + 6 ff. au com. p. 1. tit., l'ép., l'avis et l'es. + 1 f. à 1. f. p. 1. tab. priv. et app.
    Id., 2e édit. Id., MDC.LXVIII.
    Id., 3e édit. A Paris, chez Charles Angot, rue Saint-Jacques, au Lyon d'Or, MDC.LX XXIII, avec priv. du Roy. et app., in-8, pp. 167 s. l'ép., l. t., etc,
    Cet ouvrage fut traduit en hollandais et publié à Amsterdam en 1669 et en 1683. Traduit en allemand, il fut publié à Leipzig en 1671.
    Il est souvent parlé de Mgr de Bourges dans les Relations des missions et des evesques français, dans les Relations des missions et des voyages des evesques, vicaires apostoliques et de leurs ecclésiastiques, publiées à Paris, en 1674, 1680, 1682.

    M. POITEVIN

    Le second prêtre parisien qui fit partie de la Société des Missions Etrangères ne traversa point les mers pour aller porter la connaissance de l'Evangile aux populations païennes ; son action n'en fut pas moins utile. Il se nommait Poitevin Armand. Fils de Jacques Poitevin, conseiller du roi et premier président « en la cour des Monnoyes à Paris », et de Catherine Godet de Cerron, il naquit à Paris, le 28 août 1635. Prêtre et docteur en Sorbonne, bientôt curé de Saint Josse, succursale de Saint-Laurent, il prit une part active à la fondation du Séminaire des Missions Etrangères. Son nom figure dans un acte du 18 mars 1663, dans lequel il déclare que M. Gazil et lui s'efforceront d'établir cette maison, et dans un autre acte du 27 mars de la même année, dressé lors de l'installation des deux premiers directeurs du Séminaire, dont il était l'un. Nous le retrouvons dans les Lettres patentes données au Séminaire des Missions Etrangères par Louis XIV en juillet 1663 ; dans les lettres de confirmation de l'établissement du Séminaire, par le cardinal Chigi, nonce du Pape, en date du 16 août 1664 ; dans les actes d'union du Séminaire de Québec au Séminaire des Missions Etrangères de 1665 et 1675, etc., etc.
    Par ses testaments du 23 mai 1681 et du 12 septembre 1682, il légua au Séminaire une rente de 32 livres pour une messe à perpétuité tous les premiers samedis de chaque mois, et une grand'messe en la fête de saint François-Xavier. Il mourut vers la fin de l'année 1682, et fut enterré dans le choeur de l'église de Saint Josse, comme il l'avait demandé 1.

    M. GUIART

    Né vers 1636 à Paris, probablement dans la paroisse Saint-Barthelémy, Claude Guiart ou Guyard était fils d'un orfèvre habile et riche. « Sa mère, dit Bénigne Vachet, un de ses confrères, l'aimait trop pour qu'un précepteur osât le châtier. A l'ombre de cette trop grande indulgence, tout ce que disait ou faisait le petit Claude était exécuté ou applaudi ».

    1. Voir : Adr. Launay, Documents historiques sur la Société des M.-E., Paris, 1903 ; Lettres de Mgr Pallu, Paris, 1903.

    A l'âge de 10 ans, il fut atteint de la variole dont il devait toujours porter les traces ; les médecins désespéraient de le sauver ; sa mère eut recours à l'intercession de sainte Geneviève et l'enfant fut guéri.
    Il avait commencé à apprendre le métier de son père, lorsque celui-ci mourut. Le jeune homme profita de la liberté que lui laissait sa mère pour s'amuser plus que pour travailler. «L'opéra, les bals avaient pour lui beaucoup d'attraits ». Il songea à épouser la fille de son patron ; sa demande fut agréée ; « il semblait que les deux jeunes gens étaient faits l'un pour l'autre, et rien ne leur paraissait plus agréable que d'être ensemble. Déjà on était convenu de tous les articles pour conclure cette union, lorsque la promise tomba malade et ne vécut que trois jours ».
    Désespéré, Claude voulut se faire Chartreux; il finit par accéder aux prières de sa mère et resta près d'elle ; mais il était attristé, rêveur, « tout lui déplaisait ». Ayant entendu parler de M. de Bourges qui venait du Siam et de Rome, il alla lui rendre visite, lui découvrit l'état de son âme et lui demanda conseil. Cet homme apostolique, qui d'ailleurs était réservé, lui dit : «Je ne crois pas me tromper, Dieu vous appelle à nos missions, et, pour vous en mieux persuader, voyez si vous avez huit jours de loisir, pour les passer en retraite, soit dans cette maison, soit dans une autre ».
    Le jeune homme accepta cette direction : il alla faire une retraite chez les fils de saint Vincent de Paul, et quelques semaines plus tard, il entra au Séminaire des Missions Etrangères.
    Il partit pour les missions le 8 novembre 1665. En route, l'équipage fut attaqué du scorbut ; M. Guiart soigna les malades avec un dévouement admirable. « Il les changeait de linge, les nettoyait, balayait leur pont, l'arrosait de vinaigre ». L'aumônier du navire mourut, M. Guiart ajouta son travail à celui qu'il faisait. « Il resta seul auprès des mourants pour leur administrer les sacrements, les consoler, les préparer à la mort, les ensevelir et leur rendre les derniers devoirs ».
    Arrivé au Siam, il y remplit pendant quelque temps les fonctions de procureur de la mission ; puis il fut envoyé en Cochinchine.
    Il y entra sous un habit laïque et se fit d'abord passer pour médecin. En 1671, il assista au synode de Faï-fo tenu par Mgr Lambert de La Motte, qui le nomma provicaire ou vicaire général. Aidé de quatre catéchistes, il commença la visite d'une partie des chrétientés de Cochinchine pour y faire observer les décisions du synode. Puis il se fixa dans la province du Quang-ngai. Pour rester inconnu des païens, il voyageait habillé en marchand pauvre, et remplissait souvent pendant la nuit les fonctions du saint ministère.
    « Quoique ses meilleurs amis l'eussent averti plusieurs fois qu'il était trop facile pour admettre dans sa maison des gens suspects sa bonté naturelle ne pouvait soupçonner personne de mauvais desseins. Jamais il n'avait joui d'une santé plus parfaite, lorsqu'il se sentit attaqué violemment d'une douleur qui lui brûlait les entrailles ; il ne put s'empêcher de dire qu'il était empoisonné. En moins de 24 heures, il changea cette vie mortelle en une plus heureuse ». C'était à Bau-goc, province du Quang-ngai, le 24 mai 1673. On lui dressa un tombeau magnifique pour le pays, « et si l'on en croit les fidèles, raconte B. Vachet, il s'y est fait et il s'y fait encore plusieurs miracles, sur quoi j'ai ouï moi-même plus de vingt dépositions que les chrétiens les plus notables et les plus désintéressés m'ont assuré être véritables 1 ».

    M. SEVIN

    Charles Sevin naquit à Paris, il appartenait à une famille dont plusieurs membres étaient magistrats, d'autres militaires ; un de ses oncles était évêque. Jeune encore, il s'engagea dans les mousquetaires, corps nouvellement créé ; un passe-droit, ou ce qu'il jugea tel, lui fit donner sa démission. Il se retira près de son oncle, l'évêque de Cahors, Mgr Nicolas Sevin, qui lui donna une prébende de chanoine, et au bout de quelque temps l'ordonna prêtre.
    Ayant résolu de se consacrer aux Missions Etrangères, il se présenta au Séminaire où il paraît n'être resté que fort peu de mois, et il partit le 3 février 1670 pour le Siam. Pendant le séjour que la petite troupe apostolique fit à Surate, Mgr Pallu, ayant reçu des nouvelles importantes de l'état des missions, envoya Sevin les porter à Rome, et lui donna des instructions datées du 8 janvier 1672, pour les affaires qu'il devait négocier à Rome et en France.
    Les instructions pour Rome sont divisées en 12 articles, parmi lesquels nous signalerons : soutenir les vicaires apostoliques contre les Portugais ; demander la nomination épiscopale de Lopez et de deux ou trois missionnaires ; défendre Mgr Lambert de La Motte des fausses accusations portées contre lui ; solliciter des indulgences spéciales pour les catéchistes, etc.
    Il y a 7 articles dans les instructions pour la France : le principal concerne l'établissement d'un comptoir commercial au Tonkin.
    Dès cette époque, Mgr Pallu écrivait : « Je crois que M. l'abbé Sevin a toutes les qualités nécessaires pour le vicariat apostolique du Bengale et du Pegu ».
    En 1674, ayant réussi dans une partie de ses négociations, le missionnaire repartit pour le Siam. Il fut de nouveau envoyé à Rome en 1676, et y géra la procure.
    Les résultats qu'il obtint lui méritèrent la reconnaissance de Mgr Pallu, qui lui écrivait le 15 novembre 1677 : « Je suis bien aise que vous aiez connue par vostre expérience combien vostre desputation en cette circonstance estait nécessaire et que vous y aiez recueilli vous-même le fruit de vos travaux ; car, en vérité, on ne pouvait faire pour lors plus que ce que la Congrégation a fait pour le service de nos missions, et comme je sçais les travaux et les veilles que toutes nos nouvelles constitutions nous ont courté, je me sens obligé de vous en remercier très particulièrement ».


    1. Annales de la Congrégation des Missions Etrangères. Mémoire de Bénigne Vachet. Paris, 1865, in-8°.

    Vers 1680, il repassa en France et fut reçu directeur du Séminaire des Missions Etrangères ; nous n'avons pas trouvé l'acte de sa réception ; mais à dater de 1680, sa signature figure dans les délibérations du Conseil. Il retourna à Rome en 1681 et revint en 1683. Cette même année, il dressa le catalogue des évêques et des prêtres entrés dans la Société des Missions Etrangères depuis sa fondation ; c'est le premier catalogue qui parait avoir été établi. Le 10 janvier 1689, il fut élu deuxième assistant et procureur du Séminaire. Ils travaillait beaucoup, parlait peu, ne sortait presque jamais. Il se fatigua, devint neurasthénique, et mourut au séminaire Saint-François de Sales à Paris, le 20 janvier 1707 1.

    M. BARAT

    Les seuls renseignements que nous possédions sur ce prêtre sont ceux-ci : Il était de Paris ; il fut reçu vers 1673 directeur du Séminaire des Missions Etrangères, nommé procureur de la maison le 13 janvier 1674 ; il était encore au Séminaire en 1677. Ensuite nous le perdons de vue.

    M. THOMAS

    Thomas, Charles, était fils d'un bourgeois de Paris. Il naquit vers 1644, eut une jeunesse très pieuse, se destina de bonne heure à l'état ecclésiastique, et passa l'examen de licencié en théologie. Ayant connu, par sa soeur qui était religieuse, une des Relations publiées d'après les lettres des premiers vicaires apostoliques, il résolut de se consacrer à l'évangélisation des infidèles. Il réalisa un bénéfice qu'il possédait à Gien, entra au Séminaire des Missions Etrangères, et partit de Paris le 8 juillet 1674.
    Dans la Méditerranée, le navire marchand sur lequel il s'était embarqué fut attaqué par quatre corsaires de Tripoli. Debout sur le pont, le crucifix à la main, le missionnaire animait les matelots au combat ; son courage fut si grand et son influence si heureuse, que le capitaine déclara devant tout son équipage lui devoir la vie et la liberté.
    Il débarqua en Egypte, traversa la Perse et l'Inde à pied, essaya, sans pouvoir y réussir, de se rendre en Chine, et finit par aller au Siam. Il y resta peu de temps, et en 1677 fut envoyé en Cochinchine, porteur de lettres adressées par Mgr Lambert de la Motte au souverain de Hué.

    1. Relation des missions et des voyages des evesques, vicaires apostoliques, et de leurs ecclésiastiques ès années 1672, 1673, 1674 et 1675. Paris, 1680, in-8°. Lettres de Mgr Pallu. 1903, 2 vol, in-8°.
    Il prit passage avec un autre missionnaire, M. Lenoir, sur la barque d'un mandarin annamite, aborda en Basse Cochinchine ou au Cambodge, et administra les sacrements aux chrétiens des provinces qu'il traversa. Après avoir rempli la mission dont il avait été chargé, il alla se fixer au Quang-ngai. Ayant bu de l'eau malsaine, il contracta une maladie qui le conduisit au tombeau. Il mourut le 19 février 1681, à Chunang, province du Quang-ngai 1.

    Mgr MAIGROT

    Voltaire, qui parlait assez souvent d'hommes et de choses qu'il ignorait, a écrit de Mgr Maigrot : « La cour de Rome envoie un Français nommé Maigrot, qu'elle fait évêque imaginaire d'une province de Chine pour juger le différend (sur les Rites). Ce Maigrot ne sait pas un mot de chinois ; l'empereur daigne lui faire dire ce qu'il entend par King Tien; Maigrot ne veut pas l'en croire et fait condamner à Rome l'empereur de Chine ».
    La vérité est : que Maigrot ne fut pas envoyé en Chine pour juger la question des Rites ; il partit comme simple missionnaire ; il n'était ni évêque, ni évêque imaginaire, quand il écrivit son mandement condamnant les Rites, mais vicaire apostolique du Fo-kien, sans caractère épiscopal ; il savait le chinois à peu près aussi bien que Voltaire savait le français ; enfin il était mort depuis douze ans lors de la condamnation dernière des Rites.
    Voltaire était donc mal informé, ce qui lui importait assez peu, et les auteurs des dictionnaires qui l'ont copié ne l'étaient pas mieux.
    Maigrot, Charles, né à Paris en 1653, montra dès sa jeunesse une grande piété. Prêtre en 1676 ou 1677, il fut, le 15 février 1678, reçu licencié en théologie et peu après docteur en Sorbonne. En 1680, il entra au Séminaire des Missions Etrangères où il fit un noviciat de quelques mois, et, le 19 janvier 1681, il quitta Paris pour l'Extrême-Orient. Il s'arrêta quelque temps au Siam, puis partit pour la Chine en juin 1683 avec Mgr Pallu dont il partagea la quasi-captivité dans l'île de Formose. Le 27 janvier 1684 il arrivait au Fo-kien, et le 23 juillet, Pallu le nommait provicaire pour le Fo-kien, le Kiang-si, le Hou-kouang et le Tche-kiang.
    Pallu étant mort le 29 octobre 1684, Maigrot devint, en vertu d'un acte fait et signé par le défunt le 24 juillet de la même année, pro administrateur des missions de Chine.
    Il profita de son autorité pour faire respecter les ordres de Rome, et il commença la vie de lutte qui, sur une question ou sur une autre, devait durer pendant plus de 20 ans.

    1. Relat, des miss, et des voy. 1672-75, pp. 174, 182, 315 ; 1676-77, pp. 79 et suiv, 189, 239.

    Le premier point dont il s'occupa fut le serment. Par un décret du 6 décembre 1677, approuvé par le Pape le 16 janvier 1678, les religieux missionnaires étaient obligés de prêter serment d'obéissance aux vicaires apostoliques ou à leurs représentants. Le 6 décembre 1684, Maigrot informa la Propagande que l'obéissance à ce décret était assez incomplète. Les mécontents et leurs amis répliquèrent en accusant Maigrot de Jansénisme.
    Quand l'accusation arriva à Paris, les directeurs du Séminaire des Missions Etrangères demandèrent le témoignage des docteurs de Sorbonne, que treize d'entre eux donnèrent par une lettre du 14 octobre 1686, déclarant absolue la pureté de la foi de lincriminer. Ils envoyèrent cette pièce à la Propagande avec une lettre pour défendre le missionnaire.
    Le Pape Innocent XI vengea Maigrot de toutes les attaques dirigées contre lui en le nommant, le 5 février 1687, vicaire apostolique du Fokien. La même année, le missionnaire écrivit trois mémoires qu'il adressa au Séminaire des Missions Etrangères : le premier réfute la prétention de ceux qui affirmaient inutile pour eux la prestation du serment, puisque, disaient-ils, ils avaient l'intention d'obéir ; le second contient un résumé de l'établissement du christianisme en Chine ; le troisième indique la manière d'envoyer l'argent aux missionnaires de Chine, et les curiosités chinoises utiles à expédier en Europe.
    A cette même époque, Maigrot acheta deux maisons, une à Chang-tcheou et une autre à Fou-tcheou, dans le Fo-kien, pour servir de résidence aux prédicateurs de l'Evangile ; il fit quelques conversions dans ces villes et dans les environs, passa plusieurs mois dans la province du Kouang-tong, et contribua à l'installation d'un missionnaire à Chao-tcheou.
    L'année 1693 vit l'acte le plus important de la vie de Maigrot, celui auquel est attaché son nom : la condamnation des Rites chinois, par un mandement daté de Chang-lo, le 26 mars. Ce mandement est divisé en sept articles : 1° défense d'employer les expressions Tien et Xang-ti, souverain empereur, pour désigner le ciel, et ordre de se servir de l'expression Tien Chu pour signifier Dieu ; 2° ordre de supprimer les tablettes portant l'expression King Tien, adorez-le ; 3° affirmation de la fausseté de l'exposé fait par le P. Martini sur les Rites ; 4° défense aux chrétiens d'assister aux sacrifices, aux oblations solennelles, etc. ; 5° approbation de la conduite des missionnaires qui ont aboli les tablettes en l'honneur des morts ; 6° défense d'affirmer que la philosophie de Confucius n'a rien de contraire à la religion chrétienne ; 7° recommandation de veiller à la foi des catholiques qui étudient les livres classiques chinois.
    Ce document, qui fit grand bruit, allait être attaqué et défendu avec acharnement pendant 50 ans, jusqu'au jour où les prohibitions qu'il contenait seraient définitivement portées et sanctionnées par Benoît XIV.
    Plusieurs missionnaires, en particulier le P. Salvateur de Saint-Thomas, vice provincial des Dominicains de la mission de Chine, le P. Jacques Tarin, commissaire général des Religieux de Saint-François en Chine, MM. Le Blanc et Basset des Missions Etrangères, approuvèrent immédiatement cet acte. D'autres missionnaires refusèrent d'y adhérer. Le 9 et le 10 novembre 1693, Maigrot adressa au Pape son mandement et une lettre, ainsi qu'un long rapport à la Propagande. Par cet acte, la question de droit était pleinement déférée au Saint- Siège.
    Un missionnaire de Chine, plus tard évêque de Sura, Quémener, porta ces pièces à Rome qui ne se prononça pas immédiatement, et laissa même pendant assez longtemps sans réponse les lettres et le mandement de Maigrot. Afin de hâter la solution qu'il désirait, celui-ci envoya à Rome un de ses prêtres, Charmot, en lui affirmant « que si son mandement était à refaire il le referait tel qu'il était ».
    Avant d'étudier à fond la question des Rites, le Pape voulait régler l'érection des Vicariats apostoliques et la nomination de leurs chefs. Cette double affaire fut terminée en 1696. Au nombre des élus était Maigrot, nommé vicaire apostolique du Fo-kien pour la seconde fois, par un bref du 20 octobre 1696, et évêque de Conon par un autre bref du 22 du même mois. Quelque temps après, le 15 janvier 1697, le Pape Innocent XII, le sachant très attaqué, lui adressa un bref d'encouragement, dans lequel il le félicitait de son zèle à répandre la foi chez les infidèles, à en maintenir la pureté parmi les nouveaux chrétiens.
    La consécration de Maigrot n'eut lieu qu'en 1700, le 14 ou le 19 mars, à Kia-hing dans le Tche-kiang, par Bernardin della Chiesa, évêque de Pékin, dé la famille du Souverain Pontife actuel, S. S. Benoît XV.
    Le nouveau prélat retourna ensuite au Fo-kien, et continua ses travaux auxquels il ajouta la traduction en chinois de l'Imitation de Jésus-Christ, ouvrage demeuré manuscrit et que nous ne possédons pas. Pendant ce temps, les esprits s'étaient montés, et dans la région qu'habitait Maigrot, on avait contesté son autorité, et mis en doute la validité de sa juridiction de vicaire apostolique ; des chrétiens insultèrent l'évêque le 18 avril 1700 à Fou-tcheou, et excitèrent contre lui une sorte d'émeute.
    Au cours de l'année 1700, le 20 avril, le Séminaire des Missions Etrangères se déclara en faveur du mandement ; la Faculté de théologie de Paris en fit autant le 8 mai et le 18 octobre.
    En Chine, la question des Rites avait revêtu une gravité spéciale le 30 novembre 1700, par l'intervention de l'empereur Kang-hi.
    Enfin, Rome se prononça : le 20 novembre 1704, un décret du Saint Office, approuvé par Clément XI, ratifia en les renouvelant les défenses prescrites par Maigrot dans son mandement de 1693. Ce décret devait être signifié aux missionnaires de Chine par le légat Maillard de Tournon, patriarche d'Antioche, qui porta à l'évêque de Conon un bref élogieux du Souverain Pontife, en date du 20 juin 1702. Reçu à la cour de Pékin par l'empereur, Mgr de Tournon invita Maigrot à se rendre à la capitale.
    Le prélat arriva à Pékin le 29 juin 1706, accompagné d'un prêtre des Missions Etrangères, Guéty. Le 1er juillet, il reçut l'ordre impérial de mettre par écrit tout ce que, dans les enseignements de Confucius, il jugeait contraire au christianisme. Il déclara que pour répondre convenablement à cette demande, il lui fallait deux ans de travail, et de plus, il protesta avec fermeté contre cette tentative que l'on faisait de traduire devant des juges laïques une cause religieuse déjà soumise au Saint-Siège. Le patriarche lui conseilla, pour donner satisfaction au souverain, de proposer quelques points de la doctrine des lettrés en désaccord avec la religion chrétienne ; en même temps, il lui intima l'ordre de s'abstenir de traiter ou de discuter des Rites controversés. Maigrot se conforma aux volontés de Mgr de Tournon. Il présenta environ 50 textes chinois tirés des livres classiques, en contradiction avec l'enseignement catholique ; le 3 juillet il les remit aux mandarins, qui les portèrent à l'empereur en route pour la Tartarie.
    Kang-hi appela près de lui Maigrot qui obéit aussitôt, après avoir remis entre les mains du légat la déclaration que la décision de toutes les questions sur les Rites appartenait au Saint Siège seul. Le 2 août 1706, il comparut devant le monarque ; on le fit mettre à genoux selon l'étiquette, et Kang-hi lui demanda s'il savait lire les livres chinois. Il répondit qu'il les avait quelque peu étudiés. L'empereur lui dit alors de lire et d'expliquer une inscription de quatre caractères suspendue au fond de la salle. L'évêque lut deux caractères, ne put distinguer le troisième à cause de l'éloignement, et avoua ne pas connaître le quatrième. On a raconté que ces quatre caractères signifiaient : fleur, montagne, nuée, dormir, et que l'empereur les avait expliqués ainsi : Les nuées reposent sur des montagnes fleuries.
    A ce sujet, l'auteur du premier dictionnaire et de la première grammaire européenne de la langue chinoise, le dominicain Gonzalès, a écrit : « Si on peut inférer de l'examen en question que M. de Conon est un ignorant, on peut par le même principe convaincre d'ignorance les plus célèbres lettrés et l'empereur lui-même ». Précédemment, le 19 juillet 1699, l'évêque franciscain, J.-F. a Leonissa, avait déjà écrit : « Mgr Maigrot est un des plus doctes missionnaires dans la langue et les lettres chinoises ».
    Dans les Mémoires de la Congrégation de la Mission vol. V, p. 183, publiés par les Lazaristes, on lit un fait analogue arrivé au P. Prémare, un des missionnaires jésuites universellement connu pour son érudition dans la langue chinoise : « Je me trouvai présent à l'examen du P. Prémare, raconte l'auteur du Mémoire ; on lui donna à lire un billet qui traitait d'affaires domestiques. Après l'avoir longtemps tenu entre les mains et considéré attentivement, il le rendit au mandarin Ouang-Tao-Ha, avoua qu'il ne pouvait le comprendre, mais qu'il comprenait les livres qu'il avait étudiés et à l'intelligence desquels il avait travaillé ». De ce fait on n'a point conclu à l'ignorance du P. Prémare, et on a eu raison ; on peut raisonner de même pour Maigrot sans craindre de se tromper.
    L'évêque fut bientôt renvoyé à Pékin, où il dut subir différents interrogatoires de la part du prince fils aîné de Kang-hi ; il y reçut une lettre d'éloges et d'encouragements que le légat lui adressa le 6 octobre 1706. Enfin le 17 décembre suivant, l'empereur porta contre lui et contre deux autres missionnaires le décret suivant : « Yen-tang (Maigrot), Fang-tcheou (Guéty), Honato (Mezzafalce 1), sont des hommes turbulents dans leur manière d'agir, et n'ont pas les dispositions qu'il faudrait pour pouvoir obtenir la permission de demeurer dans les provinces : qu'on les livre au tribunal militaire qui choisira un mandarin pour les conduire immédiatement à Canton, où il les mettra entre les mains du préfet général et du vice-roi ; et eux les enverront à Macao, sans qu'il leur soit permis de revenir jamais ». Cet ordre fut exécuté.
    Après être resté quelques semaines à Macao, l'évêque s'embarqua pour l'Europe le 8 mars 1707, sur un navire anglais. Arrivé en Irlande, il écrivit à Rome, le 4 mai 1708, une lettre annonçant son retour et donnant sa démission de vicaire apostolique du Fo-kien. En réponse, le, Pape lui adressa le 18 août un bref d'éloges, et le 1er octobre suivant l'invita à se rendre à Rome. L'évêque qui était alors à Paris se hâta d'obéir, après avoir toutefois demandé l'autorisation de Louis XIV ; il y arriva en mars 1709. Il apportait avec lui un grand ouvrage auquel il avait travaillé pendant des années, et qui est resté manuscrit : De sinica religione dissertationes quatuor. Voici le sujet de ces quatre dissertations : 1er De l'autorité des livres chinois et de leurs interprètes chrétiens et païens, chinois et missionnaires européens ; 2e Les Chinois furent-ils athées dès l'origine de l'empire chinois ? Ou au contraire crurent-ils à l'existence d'un Dieu tout puissant, aux anges et à l'immortalité de l'âme ? 3e Du culte que les Chinois ont pour les ancêtres après la mort ; 4e Du culte de Confucius. Ce travail est très considérable, et suppose une véritable science de sinologue.
    Maigrot fut accueilli très honorablement par le Pape et par les cardinaux, nommé assistant au trône pontifical, et chanoine de Sainte-Marie-Majeure ; il reçut une pension de 300 écus qu'Innocent XIII porta à 400, et un bref lui accordant les privilèges suivants : « titres de noblesse, pouvoir de résigner des pensions et de faire des testaments de biens d'Eglise, de nommer trois protonotaires, et huit chevaliers qui portent un éperon d'or ». Il remit à l'abbé Fatinelli des notes pour répondre aux mémoires qui étaient publiés ou présentés la Propagande sur la question des Rites. Il eut à se défendre de l'inculpation d'avoir lui-même participé aux superstitions qu'il avait interdites ; il le fit nettement.

    1. Missionnaire ital'en.

    La conduite de Maigrot à Rome fut plus d'une fois attaquée ; on se le représentait et on le représentait aux autres comme un homme violent, incapable de retenue et de modération ; il supportait ces accusations sans rien dire. Une fois néanmoins, dans une lettre particulière à M. de Brisacier 1, il rompit le silence : « Quand vous me manderez, dé-clara-t-il, quelque chose de positif que j'ai fait ou dit contre le bien de la paix, quelque plainte que j'ai faite, quelque dureté que j'ai dite, quelque occasion où je n'ai pas gardé du moins les dehors, quelque scandale que j'ai causé, alors je demanderai à Dieu la grâce de reconnaître et d'avouer ma faute et de m'en amender ; mais quand vous ne me manderez que des choses générales, et que les sottises que quelques étourdis vous écrivent, j'en gémirai devant Notre Seigneur et lui demanderai qu'il me donne la patience ». « Je crois, ajoutait-il dans cette même lettre, que la modération dont j'ai usé avec le Pape et avec les cardinaux a effacé les mauvaises impressions que plusieurs avaient données de moi ; d'aucuns n'auraient pas été fâchés que j'eusse, par la furia française, donné de moi une autre idée ».
    Le 25 septembre 1710, Clément XI confirma le décret du 20 novembre 1704 qui condamnait les Rites. C'était une seconde fois donner raison à Maigrot. Vers 1711, ce dernier exprima le désir de quitter Rome ; mais sur l'invitation du Pape il resta. Il remit ses papiers à la bibliothèque de la Minerve et au cardinal Casanata, et ne s'occupa plus que des affaires concernant les missions du Tonkin et de la Cochinchine. Benoît XIII, qui le connaissait particulièrement, voulut le nommer évêque de Lucques, puis chanoine de Saint Pierre; Maigrot refusa ces deux dignités ; le Pape eut même, disent quelques lettres de Rome, l'intention de l'élever au cardinalat ; l'affaiblissement de la santé de l'évêque de Conon l'en empêcha. Maigrot avait déjà dépassé 70 ans, et de plus, dit son confesseur, « il était attaqué de scrupules, non point des affaires de la Chine, ni d'aucun écrit qu'il eût fait ; mais de choses qui à peine avaient l'ombre du péché. Celui qui écrit cette brève narration a eu la consolation et l'honneur d'entendre ses confessions pendant près de 20 ans, et certifie n'avoir trouvé dans toutes que des fautes fort légères, qui se réduisaient toutes en scrupules ; l'ombre de la moindre faute lui paraissait des péchés ». Il mourut le 28 février 1730, et fut enterré, comme il l'avait demandé, dans l'église de la Trinité des Monts desservie par des Minimes français. Sa tombe « fut placée du côté de la sacristie, à main droite, qui est en partie du presbytère, dans la terre où personne n'a jamais été enterré ».
    Les armes de Mgr Maigrot étaient :
    D'azur au chevron d'or accompagné en chef de six étoiles de même, 3 à dextre et 3 à senestre, et en pointe d'un arbre aussy d'or terrassé de même. L'Ecu timbré du chapeau épiscopal garni de 10 houppes de chaque côté.

    1. Supérieur du Séminaire des Missions Etrangères.

    Un autre cachet porte :
    D'azur au chevron accompagné de 2 étoiles en chef et d'un arbre terrassé en pointe, le tout d'argent.
    Le mandement de Mgr Maigrot sur les Rites a été publié nombre de fois en latin et en français. On le trouve en particulier dans les es ouvrages suivants :
    Historia cultus Sinensium, Cologne, 1700, in-l2 ; Raccolta di varie principali scritture de Padri della Compagnia di Giesu, etc., Cologne, 1700, in-12 ; Lettre de Messieurs des Missions Étrangères au Pape sur les superstitions et les idolâtries chinoises, Cologne, 1700, in-12 ; Dans les mêmes ouvrages, dans les Anecdotes sur l'État de la Religion dans la Chine, Paris, 1733-1742, 7 vol. in-16. Dans les Mémoires pour Rome sur l'état de la religion chrétienne dans la Chine [s. 1.] 1709-1710, 2 vol. in-12, et dans beaucoup d'autres traitant de la question des Rites, on parle de Mgr Maigrot, on cite de lui quelques Lettres et Déclarations.

    Mgr DE LIONNE

    Artus de Lionne était le fils du Ministre des Affaires étrangères de Louis XIV. Il naquit en 1655, à Rome, pendant que son père y était ambassadeur ; mais il habita avec sa famille, à Paris, y fit ses études, et appartint au diocèse.
    Il était au séminaire de Saint-Sulpice, quand il fut brusquement saisi par le désir de se consacrer aux Missions. Mgr Pallu à qui l'on avait parlé, à tort ou à raison, de son inconstance, fit quelques difficultés pour l'accepter.
    Le jeune missionnaire quitta Paris le 19 janvier 1681. En passant à Vannes, il signa, le 25 février suivant, la résignation de son prieuré de Saint Martin de Crécy (diocèse de Meaux) en faveur de M. Tiberge, et celle de son prieuré de Saint-Beauzille, en faveur de M. Pin, un de ses confrères. Il s'embarqua à Port-Louis, le 25 mars de la même année, pour le Siam. Il était prêtre depuis peu de temps.
    Il travailla d'abord dans le royaume du Siam, à Juthia et dans les environs, étudia la langue siamoise, prit quelques connaissances du bali, et se fit remarquer par une grande piété et par son zèle pour le baptême des enfants d'infidèles en danger de mort.
    Lorsque l'ambassade française envoyée au Siam, sous la conduite de M. de Chaumont, revint en France en 1686, elle amena avec elle une ambassade siamoise que de Lionne accompagna en qualité d'interprète.
    Pendant son séjour en France, il instruisit des vérités chrétiennes doues jeunes siamois, et les fit baptiser à Saint-Sulpice.
    Il fut, par un décret de la Propagande du 20 mai 1686, nommé coadjuteur de Mgr Laneau, « parce qu'il est très estimé dû roi de Siam et connaît les langues parlées dans ce royaume » ; élu évêque de Rosalie par Innocent XI, le 5 février 1687, il refusa cette double nomination.
    De retour au Siam en septembre 1687, il se fit l'aumônier des troupes françaises commandées par Desfarges ; et quand, par suite de la révolution et des attaques des Siamois, ces troupes furent obligées de s'éloigner, emmenant à tort et contre le gré du missionnaire plusieurs mandarins siamois, il les suivit à Pondichéry.
    En 1689, il se rendit en Chine, d'abord au Kouang-tong, et ensuite au Fo-kien. Son nom chinois était Leang Hong-jen. Lorsqu'en 1693 Maigrot publia son mandement sur les Rites, de Lionne, qui avait fait des études chinoises assez sérieuses, fut un des premiers à y adhérer. En 1694, il passa au Ngan-hoei, fonda une station à Kuo-si, et une autre à Ou-hou.
    Ensuite étant allé dans la province du Tche-kiang, il construisit un oratoire à Kien-te, préfecture de Nien-tcheou. Par suite de certaines circonstances trop longues pour être expliquées ici, cette affaire fit beaucoup de bruit 1. Des lettres furent publiées en France à ce sujet ; la mère du missionnaire elle-même s'en mêla, et écrivit le 23 avril 1701, contre plusieurs Jésuites, une lettre qui fut imprimée et contient 36 pages, de ton parfois très vif.
    Le 20 octobre 1696, le Pape Innocent XII, comme l'avait fait Innocent XI en 1687, nomma le missionnaire évêque de Rosalie, et, deux jours plus tard, vicaire apostolique du Se-tchoan, province qui avait été, le 15 du même mois, par le bref E sublimi Sedis (Jus Pont, de Prop. Fid., II, p. 158), séparé du diocèse de Pékin. L'élu fut sacré à Fou-tcheou, dans le Fo-kien, par Mgr Maigrot, le 30 novembre 1700. Prié par plusieurs évêques des M.-E. 2 de se rendre en France et à Rome, pour s'occuper du Règlement général de la Société et de la question des Rites, il y consentit. Après avoir envoyé au Se-tchoan deux lazaristes, MM: Appiani et Mullener, deux prêtres des M.-E., MM. Basset et de La Baluère, et nommé Appiani et Basset ses provicaires, il quitta la Chine.
    A la fin d'octobre 1702, il arriva à Paris, avec le chinois Hoang qui fut ensuite attaché à la bibliothèque du roi. Il se rendit à Rome en 1703, y resta jusqu'en 1706, faisant d'assez fréquentes visites aux cardinaux, et les tenant au courant des discussions sur les Rites. Le Pape ayant voulu le nommer assistant au trône pontifical, il refusa, et ne consentit à accepter qu'une parcelle de la vraie Croix.
    Revenu à Paris, il étudia le Règlement général de la Société des Missions Etrangères dans de nombreuses réunions tenues en 1706 et en 1707 avec les directeurs du Séminaire.

    1. Relation de ce qui s'est passé à la Chine en 1697, 1698 et 1699, à l'occasion d'un établissement que M. l'abbé de Lyonne a fait à Nien-tcheou, ville de la province de Tche-kiang. Liège, 1900, in-12, pp. 40.
    2. M.-E.= Missions Etrangères.

    Il mourut au Séminaire des M.-E. à Paris le 2 août 1713, et fut enterré dans la crypte de l'église. Il laissa le souvenir d'un homme pieux, zélé pour la gloire de Dieu.
    On a de lui : Lettre de M. l'abbé de Lionne, Evêque nommé de Rosalie, vicaire apostolique de Suchuen dans la Chine, à M. Charmot, directeur des M.-E. de Paris, à Canton, à présent procureur général en Cour de Rome des missions des Evêques François dans les Indes (Lettre du 14 novembre 1693). MDCC, in-12, pp. 173, s. l'avis [s. 1.].
    Une nouvelle édition in-12, pp. 257, de cette Lettre porte le même titre, et présente un certain nombre de différences.
    Observationes in quaesita Sinarum Imperatori a Patribus Societatis Jesu proposita, et illius ad ea responsionem circa coeli, avorum et Confucii culturn, Sanctissimo Domino Nostro Papae Clementi XI, ab Episcopo Rosaliensii Regno Sinarum Vicario Apostolico oblatae. s. 1. n. d., in-4, pp. 94.
    Pendant son séjour en Chine, il avait commencé un recueil de phrases toutes de quatre caractères et extraites d'ouvrages chinois. La première partie de ce travail a été publiée en Angleterre en 1854 sous le titre suivant :
    Chinese Manual. Sse Tse ouen tsien tchou. Four words literature (with) Commentary (or) Explication. Recueil de phrases chinoises composées de quatre caractères, et dont les explications sont rangées dans l'ordre alphabétique français [publié par M. H. Stanley]. Printed by Harrison and sons, 1854, in-fol., pp. VIII-75.

    M. GERVAISE

    Gervaise, Nicolas, né vers 1662 ou 1663 à Paris, était le fils du médecin de Fouquet, surintendant des finances. Lié de bonne heure avec MM, de Brisacier et Tiberge, directeurs du Séminaire des Missions Etrangères, il exprima le désir de se consacrer aux missions, et partit fort jeune encore pour le Siam, le 19 janvier 1681. Il étudia la théologie au Collège général à Juthia. Mais en 1685, Mgr Laneau crut devoir le renvoyer en France pour les raisons qu'il exprime ainsi dans une lettre du 15 décembre 1 : « M. Gervaise s'en va quoyque à son grand regret, car il ayme passionnément les Siamois ; mais comme il s'est mis en état de ne pouvoir s'accommoder avec nos écoliers et que sa santé est assez faible, jamais il ne serait qu'un ignorant s'il restait plus longtemps ici ; de plus son esprit n'étant pas encore meure, et voulant cependant agir comme un homme de quarante ans, j'ay craint que dans la suite du temps il ne fût capable de rien ; joignez à cela les prières que son père me fait de l'envoyer en France. C'est pourquoi j'ay cru ne devoir point avoir d'esgard à son inclination, mais qu'il était de son devoir qu'il s'en retournât achever ses études, et que s'il persévère toujours dans sa mesme vocation, après que son esprit sera un peu meure et qu'il sera ordonné, il pourra nous revenir ».

    1. Archiv. des M.-E., vol, 859, p. 391.

    SEPTEMBRE OCTOBRE 1917, N° 117.

    M. Gervaise revint en France avec deux fils du roi de Macassar.
    Il eut une cure dans le diocèse de Vannes, devint chanoine de Saint-Martin de Tours, prévôt de Suèvre (Loir-et-Cher), et publia plusieurs ouvrages : Description du royaume de Macaçar ; Histoire naturelle et politique du royaume de Siam, Paris, 1688, in-4 ; Vie de Saint-Martin, évêque de Tours, 1699, in-4 ; Histoire de Boece sénateur romain avec l'analyse de tous ses ouvrages, 1715, in-12. Ce dernier travail est le meilleur de ceux qu'on lui doit.
    On cite deux de ces ouvrages qui restèrent manuscrits : Vie de Saint Louis, roi de France et Vie de l'abbé de Rancé ; ce dernier ne fut pas achevé.
    Une lettre de M. Tremblay, directeur au Séminaire des Missions Etrangères, datée de 1705, dit qu' « il se dispose à partir pour la Louisiane » ; nous ignorons s'il y alla à cette époque.
    Vers 1723, il se proposa pour aller évangéliser les pays arrosés par l'Orénoque, fut nommé évêque d'Horren et sacré à Rome. Il fut tué par les Caraïbes le 20 novembre 1729, dans l'Orénoque, « dans un bras de rivière qui se nomme Aquira ».

    M. MANUEL

    Sa famille habitait sur la paroisse Saint-Sulpice à Paris, et c'est dans cette église qu'il fut baptisé en 1662.
    Il reçut le nom d'Etienne.
    Il entra au séminaire de Saint-Sulpice le 15 juillet 1678, et passa le 1er décembre 1681 à la petite communauté qui était réservée à ceux que leur santé empêchait de suivre en tous points le règlement ordinaire.
    De là, il se présenta au Séminaire des M.-E. Il était bachelier en théologie et diacre, quand il fut destiné à la mission du Siam.
    Dans une de ses lettres de janvier 1685 adressée à un autre missionnaire, M. de Courtaulin, le vénérable supérieur de Saint-Sulpice, M. Tronson, parlait en ces termes élogieux de M. Manuel 1 : « Je souhaite que Notre Seigneur vous adresse beaucoup de sujets semblables, et que nous puissions donner à vos missions avec autant de sûreté ».
    Il partit au mois de janvier 1685, avec l'ambassade envoyée au Siam par Louis XIV.
    L'abbé de Choisy, à qui l'on avait donné le titre, diplomatiquement inusité, de coadjuteur d'ambassade, dit de lui : « Il a une voix fort belle et il sait la musique comme Lulli». Il fut ordonné prêtre à Juthia au mois d'août 1686. Il fit ses premiers travaux à Bangkok.


    1. Correspondance de M. Tronson, III, p. 266.

    Lorsque les troubles et les persécutions éclatèrent pendant l'expédition française commandée par Desfarges (1689), Manuel fut emprisonné à Juthia avec la plupart des missionnaires du Siam.
    De son cachot il écrivit, aux directeurs du Séminaire des Missions Etrangères une belle et pieuse lettre, dont nous extrayons ce passage :
    « J'ai bien des actions de grâces à rendre à Dieu de ce qu'il m'a fourni dans les prisons de Siam une si ample matière de pénitence. Je n'aurais jamais eu le courage d'en embrasser une si rigoureuse. J'aurais même jugé qu'il était impossible de la soutenir, si une nécessité indispensable ne m'avait convaincu du contraire. Ces affreuses prisons ont été pour moi une école admirable, où j'ai appris par une longue épreuve ce que l'on n'apprend pas dans les séminaires les plus réguliers. Les chaînes et la cangue y sont des leçons qui m'ont désabusé de plusieurs fausses préventions inspirées par l'amour-propre en matière de spiritualité. Si je profite des lumières et des grâces que jai reçues dans ce séjour de misères et de douleurs, je serai tel que doit être un missionnaire pour remplir les devoirs de son état. C'est dans ces prisons, où l'homme terrestre ne voit rien qui ne l'afflige, que celui qui souffre pour Dieu éprouve l'effet et la douceur de cette promesse : Cum ipso sum in tribulatione. J'ai eu aussi une consolation extérieure qui m'a paru précieuse. J'ai été renfermé dans la même prison avec un de mes confrères : jamais nous n'avions été si étroitement unis. Nous avons été enchaînés ensemble, nous avons porté de la brique et la terre ensemble, nous avons été bâtonnes ensemble, nous avons souffert la faim, la soif, et toutes sortes de misères ensemble. Nous n'avions pour tout logement qu'un espace d'environ trois pieds de largeur, et quatre ou cinq de longueur. Tout ce que j'ai souffert m'a affermi davantage dans le dessein de travailler avec ferveur à la conversion des âmes, jusqu'au dernier moment de ma vie ».
    Sa dernière lettre écrite du Siam est datée du 22 juillet 1693. Chargé par Mgr Laneau de porter en Cochinchine et en Chine des pièces importantes il se rendit à Faï-fo (Cochinchine) où il mourut presque en arrivant, le 18 octobre 1693.

    Mgr GUISAIN

    Guisain, François Gabriel, naquit en juillet 1665 à Paris. Son père, avocat au Parlement et conseiller du roi, s'opposa fortement à sa vocation apostolique, et plus tard lui fit sentir son mécontentement en ne lui envoyant pas, ou en lui envoyant tardivement, les revenus de son titre clérical et de son prieuré de Saint-Bausilée, au diocèse de Nimes, ainsi que les rentes léguées par quelques parents.
    Le missionnaire partit pour le Tonkin occidental en 1689 ; il travailla dans le Nghe-an et le Thanh-hoa.
    En 1712, quand éclata la persécution, il fut arrêté au mois de mai. Il subit de longs et nombreux interrogatoires et finalement fut condamné à quitter le Tonkin avec Mgr de Bourges et Mgr Bélot. En attendant le jour fixé pour le départ, il fut gardé à vue chez le second mandarin ; il trouva une protectrice dans la mère de ce mandarin, chrétienne depuis de longues années, qui s'efforça d'adoucir les rigueur de sa captivité.
    Le 21 janvier 1713 il s'embarqua avec les deux évêques. Ils étaient escortés par trois mandarins qui visitèrent minutieusement leur jonque, et les accompagnèrent jusqu'à l'embouchure du Fleuve Rouge. Arrivés au bord de la mer, les mandarins crurent leur devoir rempli et leur consigne fidèlement exécutée, ils descendirent à terre laissant les exilés voguer vers le Siam. Mais l'amour est plus fort que la haine et le zèle de l'apôtre plus industrieux que l'activité des persécuteurs. Avant de quitter Héan, une barque était allée, par l'entremise d'une religieuse Amante de la Croix, attendre les exilés sur les côtes du Thanh-hoa ; les deux embarcations se rencontrèrent au lieu désigné ; M. Guisain, avec le coadjuteur Mgr Bélot, passa sur la seconde. Peu après il aborda au Thanh-hoa et se cacha dans de petites chrétientés ignorées des autorités annamites.
    Il s'occupa activement de la formation du clergé indigène, dont plusieurs de ses lettres font un sérieux éloge.
    Il fut nommé provicaire en 1715.
    A la mort de Mgr Bélot, en 1717, il reconnut l'autorité du P. Jean de Sainte-Croix, augustinien, qui déclarait avoir juridiction sur le Tonkin occidental. Les rapports des deux missionnaires furent cependant assez tendus, et, lorsque Jean de Sainte-Croix fut nommé évêque, M. Guisain craignit que la Société des Missions Etrangères ne perdît totalement la direction du Tonkin occidental. Il n'en fut rien, car une bulle avait été signée le 3 décembre 1718, qui l'établissait lui-même évêque de Laranda et vicaire apostolique du Tonkin occidental.
    II fut sacré à Ke-sat, dans le Tonkin oriental, le 4 mai 1721, par Mgr Thomas Sestri, évêque de Nisse. Il nomma immédiatement M. Nées provicaire, fit renouveler ses pouvoirs pour l'ordination des prêtres indigènes qui ne comprenaient pas le latin, et augmenta le nombre des catéchistes. A la fin de 1721, il était dans le Nghe-an ; la persécution ayant recommencé, il eut la douleur de compter un certain nombre d'apostats, et fut obligé de se cacher dans le Bo-chinh. Il mourut assisté de M. de Saint Gervais, un de ses provicaires, le 17 novembre 1723, à Trang-den, province de Nghe-an.

    1917/230-249
    230-249
    France
    1917
    Aucune image