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Les Pères du Mont Saint Bernard dans les marches Thibétaines

Les Pères du Mont Saint Bernard dans les marches Thibétaines Dans leur numéro de Mars Avril 1934, les Annales ont annoncé que les Pères du Mont Saint Bernard, avant de fixer définitivement l'emplacement de leur futur hospice des Marches Thibétaines, voulaient faire une fois encore l'ascension du col de Latsa, et cela en hiver, afin de se mieux rendre compte de l'état de la passe durant la mauvaise saison et de s'assurer que l'emplacement choisi était bien le meilleur.
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    Les Pères du Mont Saint Bernard dans les marches Thibétaines

    Dans leur numéro de Mars Avril 1934, les Annales ont annoncé que les Pères du Mont Saint Bernard, avant de fixer définitivement l'emplacement de leur futur hospice des Marches Thibétaines, voulaient faire une fois encore l'ascension du col de Latsa, et cela en hiver, afin de se mieux rendre compte de l'état de la passe durant la mauvaise saison et de s'assurer que l'emplacement choisi était bien le meilleur.
    Cette expédition a eu lieu au mois de mars dernier. Le 5, le P. Coquoz avec le frère Duc et M. Chappelet se mettaient en route. Partis de Weisi, leur première étape fut naturellement Siao-Weisi, où ils demandèrent asile au P. Bonnemin. De là ils allèrent loger un premier soir à Kiatze, dernier village du vallon de Latsa. C'est un village lissou, dont le chef est cependant un Thibétain. Ils entrèrent en relations avec ce chef indigène, qui leur offrit l'hospitalité et, sans manifester la moindre défiance, jugea leur projet un peu audacieux et ne se lassa pas d'admirer leurs skis et l'usage qu'ils en faisaient.
    Le lendemain 8 mars, quittant le fond du vallon (2.400 m.), ils purent, grâce à leurs skis, s'élever jusqu'à 3.350 m. d'altitude et, le soir venu, établirent leur bivouac dans une hutte de neige construite à la hâte et adossée au flanc de la montagne. Les murs élevés, le toit est installé avec des skis en guise de charpente et des toiles cirées par dessus, et l'on renforce le tout en assujettissant les bords de ce toit avec des blocs de neige. La nuit se passe tant bien que mal ; au dehors le vent souffle avec rage, on entend comme des vagues de grésil s'abattre sur le toit, qui heureusement résiste à leurs attaques. Vers le matin cependant, un coin de toile fut renversé et M. Chappelet se réveilla avec une belle couverture de neige sur les jambes.
    Le 9 au matin, sac au dos, les explorateurs continuent leur pénible ascension. Les mauvais passages, plus désagréables que dangereux, se multiplient, et le grand souci est d'éviter les avalanches. Les abords du col de Latsa restent invisibles, recouverts d'un épais brouillard. A midi, arrêt à l'abri d'un groupe de sapins : on dépose les sacs et l'on entreprend la construction d'une cabane plus grande et plus « confortable » que celle de la nuit précédente, et qui doit servir d'abri pendant les 2 ou 3 jours que dureront les observations projetées. A grande peine on ramasse du bois mort, suffisamment pour la préparation du souper et du petit déjeuner du lendemain, mais pas assez, hélas ! Pour la bonne flambée qu'il aurait fallu pour lutter contre le froid.
    Cependant la fatigue l'emporte et l'on essaie de dormir ; mais la nuit est plutôt mauvaise : des rafales d une violence extrême saupoudrent les dormeurs d'une fine poussière de neige, pénétrant dans la hutte on ne sait comment.
    Enfin voici poindre le jour, un jour des plus gris. Les intrépides voyageurs éprouvent de la difficulté à se chausser, les souliers étant givrés et raidis par le froid. L'un d'eux s'aperçoit que le bout de son pied droit est gelé et il faut un quart d'heure d'énergiques frictions à la neige pour rétablir la circulation du sang. Pendant la nuit il est tombé au moins 20 centimètres de neige et le temps semble être au beau fixe. Devant l'impossibilité de pouvoir examiner à loisir le paysage, les explorateurs un peu déçus, se résignent à faire rapidement, sur l'emplacement choisi pour l'hospice, le strict minimum des observations nécessaires et de redescendre dès ce même soir à leur premier campement au milieu de la forêt. L'un d'eux, M. Chappelet, restera au campement pour cuire le dîner et préparer les sacs poux le départ ses ; deux compagnons, M. Coquoz et le frère Duc, iront prendre leurs notes à 200 ou 300 mètres plus haut et rentreront vers midi afin de commencer assez tôt la descente.
    Ainsi fut fait. Après avoir longtemps grimpé en zigzags à flanc de montagne, les deux explorateurs trouvent, à 3.700 mètres d'altitude, un joli paysage de plateaux minuscules et de mamelons agrémentés de quelques derniers petits sapins. Cet ensemble forme comme un étroit plateau suspendu à une centaine de mètres seulement au-dessous de l'arête terminale qui sépare du bassin de la Salouen. C'est l'endroit reconnu en été comme le plus indiqué pour un hospice. Le sommet de la grande chaîne se dresse tout près, très abrupt, couronné d'une imposante corniche de neige : un coup de vent vient fort à propos déchirer le brouillard et rendre visible le paysage. Les deux observateurs parcourent en tous sens l'emplacement, surface tout unie, sur laquelle aucune avalanche n'est venue s'échouer et que, du reste, il sera facile de protéger grâce aux mamelons qui l'enserrent. Gagnant de la hauteur, ils arrivent sur une arête en dos d'âne, balayée par l'ouragan : il n'y reste plus qu'une couche de 1 m. 50 de neige durcie, rugueuse, retenue par des rhododendrons. A 3.850 mètres ils sont un peu au-dessus et à quelques minutes seulement du col, mais le brouillard est toujours si dense que l'on n'y voit goutte. Inutile donc de s'imposer un supplément de fatigue ; ils ont, d'ailleurs, suffisamment atteint leur but et il est temps de redescendre.
    Malgré le brouillard, la descente s'effectua rapidement et, après un rapide repas au campement, se continua jusqu'au refuge de la première nuit ; sans s'y arrêter les voyageurs poursuivent leur route ; à 5 heures, ils sont hors de la forêt. A la nuit tombante, ils trouvent abri au pied d'un chêne : une demi-douzaine de planches assemblées formeront le toit et c'est là qu'ils passent la nuit.
    La première excursion hivernale à la passe de Latsa touchait à son terme. Le lendemain ils étaient de nouveau les hôtes de Djamba, chef du village de Kiatze. Trois jours après, ils avaient regagné leur résidence de Weisi.
    Des observations recueillies pendant ce pénible voyage d'exploration il résulte que la passe de Latsa est franchissable en tout temps, du moins à skis ; que, d'autre part, ce col, fermé jusqu'ici aux piétons pendant 3 mois, ne le serait plus guère que durant un mois et demi, grâce à leur poste de secours. Il convient donc d'y installer l'hospice, qui, tout en rendant service aux voyageurs qui franchissent la passe, contribuera certainement à étendre l'influence de la religion et facilitera le travail des missionnaires.
    On sait que les religieux avaient fait des démarches à la préfecture de Yunnanfu pour obtenir l'autorisation de s'établir près du col de Latsa. Ne recevant pas de réponse, ils ont prié le Vicaire apostolique d'intervenir auprès des autorités provinciales. Mgr de Jonghe agit aussitôt et obtint la concession d'un terrain de 9 hectares dans le lieu choisi pour la construction du futur hospice. L'oeuvre va donc entrer dans la voie des réalisations. Dieu accorde aux zélés religieux la grâce de la mener à bonne fin !
    En attendant, les Pères vont ajouter au poste de Weisi, dont ils s'occupaient déjà, la charge de celui de Siao-Weisi, pour y remplacer le P. Bonnemin, nommé à une autre chrétienté.

    1934/254-258
    254-258
    Chine
    1934
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