Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Les P. Guéguend et Kemlin

ANNALES DE LA Société des Missions Étrangères SOMMAIRE LES PP. GUÉGUEND ET KEMLIN. — STATISTIQUE DES BAPTÊMES ET DES PRÊTRES INDIGÉNES EN 1925. — Vinh (Tonkin) : REMERCIEMENTS, FAMINE, lettre du P. L. Klingler. — L'EVANGÉLISATION DES JAPONAIS AU BRÉSIL, lettre du P. Nakamura. — QUELQUES COUTUMES ANNAMITES. NOUVELLES DES MISSIONS : Le Clergé indigène ; Troubles en Chine ; Saigon; Qui-Nhon; Séoul; Kirin; Bangkok. — Le prix de La Sayette.
Add this
    ANNALES
    DE LA

    Société des Missions Étrangères

    SOMMAIRE

    LES PP. GUÉGUEND ET KEMLIN. — STATISTIQUE DES BAPTÊMES ET DES PRÊTRES INDIGÉNES EN 1925. — Vinh (Tonkin) : REMERCIEMENTS, FAMINE, lettre du P. L. Klingler. — L'EVANGÉLISATION DES JAPONAIS AU BRÉSIL, lettre du P. Nakamura. — QUELQUES COUTUMES ANNAMITES.
    NOUVELLES DES MISSIONS : Le Clergé indigène ; Troubles en Chine ; Saigon; Qui-Nhon; Séoul; Kirin; Bangkok. — Le prix de La Sayette.
    LE PREMIER SÉMINAIRE GÉNÉRAL DANS LES MISSIONS D'EXTRÊME-ORIENT, 1665-1783.
    Gravures : L. P. GUÉGUEND. — LE P. KEMLIN.

    Les P. Guéguend et Kemlin

    Que les missionnaires soient toujours dévoués, personne n'en doute ; mais parmi eux d'aucuns ont un dévouement plus complet, une habileté plus grande et obtiennent des succès plus éclatants. Nos Missions ont perdu en 1925 deux apôtres qui peuvent être rangés parmi les meilleurs : le P. Guéguend, un breton, et le P. Kemlin, de famille alsacienne.
    Nous ne voudrions par les laisser disparaître sans leur donner quelques pages de souvenir qui, nous l'espérons, intéresseront et édifieront nos lecteurs.

    Chèques Postaux.

    Pour les envois d'argent, nos associés peuvent utiliser les mandats-cartes roses à inscrire au compte courant suivant du bureau de chèques postaux de Paris :

    C/c. n° 22.294. Séminaire Missions Etrangères,
    128, rue du Bac, Paris, VIIe.

    NOTE IMPORTANTE. — Avoir soin de bien indiquer sur le coupon du mandat réservé pour la correspondance la destination à donner à. l'envoi d'argent.
    TARIF :
    O fr. 25, quelle que soit la somme versée.

    Mai juin, 1926 n° 169.

    Le P. Guéguend.

    Né en 1875 à Plestan, département des Côtes du Nord, le P. J.- I M.-J. Guéguend part en 1900 pour la mission de Saigon. Il débute à Travinh, puis est envoyé à Cumy dans le Sud Annam. Homme d'action, plein de force et de santé, il accepte avec joie ce poste éloigné. Il y trouve la forêt profonde, avec ses périls et aussi ses attraits, et de-ci de-là des parcelles de terre plus ou moins cultivées. Les habitants, quelque peu rudes et sauvages, ne lui rappelleront que d'assez loin les Annamites du delta.
    Promptement convaincu qu'un des facteurs les plus efficaces pour procurer la vie, l'extension et la prospérité d'une chrétienté, est de s'occuper du matériel sans négliger le côté spirituel, il se fait défricheur de brousse et agriculteur.
    Avec beaucoup de sens pratique, il améliore les terres sommairement cultivées, en livre d'autres à l'ensemencement, élève des barrages qui retiennent l'eau et permettront de suppléer à la disette de pluie toujours possible.
    Il conseille, encourage, stimule, gourmande.
    Tout cela n'est point inutile ; d'année en année la chrétienté de Cumy se transforme, les fidèles assurés de l'avenir deviennent stables, les catéchumènes moins rares et la vie catholique plus intense.
    Laissant alors Cumy aux soins vigilants d'un autre missionnaire, il se transporte à Lagi, à 25 kilomètres plus loin.
    Là, tout est à faire ; à peine trouve-t-on deux ou trois familles qui vivent dans de misérables paillotes élevées à l'abri d'une touffe de bambous, et disparaissant au milieu des hautes herbes. Le tigre est le véritable roi de ces parages ; chaque nuit et même le jour, il signale son passage par quelques déprédations.
    Non sans audace, le missionnaire s'attaque à cette brousse ; sous son énergique direction, des digues sont \construites, des canaux creusés ; il achète des buffles et transforme en rizières fécondes des terrains jusque là incultes. La forêt elle-même, sous la hache du bûcheron, doit reculer ses limites. A cheval, à pied, dans la boue parfois jusqu'aux genoux, le P. Guéguend est partout, dirige tout, donne à tous la confiance et le courage qui l'animent et qui ne lui manqueront jamais, même dans les années malheureuses où la moisson espérée ne répondra pas à sa légitime attente. Ce coin de brousse devient en quelques années un centre de vie et d'activité. En même temps il donna à ses néophytes la nourriture nécessaire à l'âme, car son ministère spirituel ne fut jamais entravé par les travaux matériels. Personne plus que lui n'eut le zèle des âmes. Chaque jour il se faisait une obligation d'enseigner le catéchisme aux enfants ; ses instructions du dimanche préparées avec soin étaient simples, claires, pratiques, parfois un peu longues, mais toujours à la portée des auditeurs. Il ne parlait jamais pour ne rien dire ; il parlait pour être compris et il l'était.

    En 1912, son évêque, Mgr Mossard, lui donne un autre champ d'action en l'appelant à la direction de la chrétienté et du district de Chava. Il quitte [agi et ses travaux en cours, le presbytère qu'il vient d'achever et la construction de la future église, dont les matériaux soigneusement amassés sont à pied d'oeuvre. Ce ne fut pas sans un serrement de coeur ; son masque extérieur, il est vrai, ne laissa rien paraître, mais sa peine fut profonde, comme il le dira un jour dans un rare moment de confidence et d'expansion intime.
    Il ne tarda point à gagner la confiance de ses nouveaux paroissiens. S'intéressant à leurs travaux, attentif à leurs besoins, compatissant à leurs peines, il se fit rapidement aimer, estimer et respecter de tous. I1 montra aussi que, s'il savait comprendre l'âme du néophyte et patiemment l'amener à la foi, il s'entendait non moins bien à faire croître la vie religieuse dans le catholique de vieille souche. Chava, sous sa direction, prit un nouvel essor ; cette chrétienté se range aujourd'hui parmi les meilleures, d'aucuns même disent qu'elle est la meilleure de la Mission.
    Travaillant pour l'Eglise, le P.Guéguend ne néglige pas les intérêts français qu'il regarde comme intimement liés à la cause catholique. Les années de guerre lui permettent de servir les intérêts de son pays ; il en saisit avidement l'occasion.
    Aux chrétiens, il conseille de souscrire aux différents emprunts et, répondant au désir exprimé par l'administration, il prête un large concours pour amener les populations indigènes à contribuer aux emprunts nationaux.
    Respectueux de l'autorité, il prêche et recommande à ses fidèles le respect le plus absolu aux Supérieurs ecclésiastiques, mais aussi une soumission non moins loyale aux chefs du pouvoir civil.
    Les fauteurs de trouble et de désordre trouvent toujours en lui un ennemi acharné, irréductible.
    Son activité croît avec les années et s'étend à tout le district. Il fonde de nouveaux postes, élève des chapelles, construit des écoles.
    Le sort des orphelins fut la préoccupation de toute sa vie. Il lui était pénible de voir tant de ces malheureux enfants, âgés de 15 ou 16 ans, sortir des divers établissements de bienfaisance, sans avoir été Formés à l'habitude du travail, sans avoir appris de métier, et ignorant ce qu'ils allaient devenir. Il en voyait trop aller grossir la corporation des boys et des coolies, qui peut compter quelques braves gens sans doute, mais qui compte surtout des paresseux et des nomades n'ayant point la stabilité voulue pour appartenir à une paroisse, échappant ainsi à l'influence du prêtre, ne tardant pas à abandonner toute pratique religieuse et se mariant au petit, au très petit bonheur.
    A Lagi, il avait déjà tenté un essai d'orphelinat qui avait donné de bons résultats. Il fonde à Chava, en 1917, un orphelinat agricole. Les orphelins plus jeunes suivent l'école paroissiale et reçoivent l'instruction religieuse; les plus âgés sont initiés aux travaux de la rizière. Eu temps utile, les moyens sont donnés à tous d'avoir une famille stable et d'assurer l'avenir.
    Enfin il construit une belle et grande église. Le 6 janvier 1918, Mgr Dossard en bénissait la première pierre ; à Noël 1923, le Saint Sacrifice devait y être célébré. — Six années durant, ce fut le branle-bas général et quotidien des équipes d'ouvriers de tous genres. Sous l'impulsion du pasteur, les chrétiens travaillent avec entrain et fournissent un effort laborieux et constant. Enfants, jeunes gens, jeunes filles, hommes, femmes et même vieillards contribuent, chacun dans l'occupation assignée, à la construction du monument qui doit devenir le temple du Seigneur et la maison de tous. Dieu seul connaît la somme de fatigues et de soucis qui pesa alors sur les larges épaules du prêtre. Mais le résultat de tant de peines fut une superbe église gothique, à la flèche élégante, en vérité un chef-d'oeuvre. La pureté du style, la simplicité du décor, l'harmonie des lignes, la justesse des proportions forment un ensemble parfait. Cette oeuvre fut le couronnement de l'apostolat du missionnaire.
    On se plaisait à penser et à dire : « Ce sera pour Chava le début d'une ère de prospérité plus grande encore ». Hélas ! Les prévisions humaines... Ce couronnement fut la mort de l'apôtre. En décembre 1924, on le vit arriver .à l'infirmerie du Séminaire de Saigon, pâle, maigre, voûté, méconnaissable et disant pour la première fois de sa vie : « Je n'en puis plus, je me rends ».
    Deux mois plus tard, le 4 février, le P. Guéguend mourait.
    A ses funérailles se pressèrent de nombreux missionnaires, quelques-uns accourus des postes les plus éloignés de Saigon. M. le Gouverneur Cognac avait tenu à v assister. Les chrétiens de Chava en deuil entouraient le cercueil. Des larmes silencieuses, des sanglots étouffés ajoutaient à la funèbre cérémonie une impression d'infinie tristesse étreignant les coeurs.
    Le P. Guéguend fut profondément regretté.
    C'était une tête, un conducteur d'hommes, un chef. Dur quand il le fallait, on l'aimait quand même et beaucoup, car son coeur trouvait toujours la parole qui ramène et qui console. Admiré pour ses qualités fortes, il faisait impression sur ceux qui l'approchaient et son éloge était dans la bouche de tous. Il était permis d'entretenir l'espoir qu'il consacrerait lui-même le temple que son zèle avait élevé à Dieu, et que, dans ce même jour, ses confrères et les chrétiens, avec un seul, coeur et un même élan, fêtant ses vingt-cinq années de sacerdoce, lui souhaiteraient le ad multos annos pour un long et fécond épiscopat. Au lieu d'une bénédiction solennelle, c'est un service pour le repos de son âme qui fut célébré le 10 mars dans l'église de Chava.

    Le P. Kemlin.

    Le second missionnaire dont nous esquisserons la carrière est le P. M.-J.-E. Kemlin, né en 1875 a Lusse, dans les Vosges.
    Doué d'une belle intelligence, d'une force de travail peu ordinaire, il fut durant ses classes un brillant élève, toujours le premier de son cours. Et son évêque pouvait dire, en le présentant au supérieur du Séminaire des Missions Etrangères : « Je vous donne ce que j'ai de mieux dans mon Séminaire ».
    Envoyé chez les sauvages du nord est de la mission de Quinhon (Annam), il fut le premier titulaire du district de Hamong, chez les Reungaos. Quelques années après, les plus intelligents de ses fidèles diront de lui : « Il connaît et parle mieux que nous notre langue ».
    La tâche était lourde. Elle le devint bientôt plus encore.
    L'administration française, qui avait jusqu'alors laissé aux missionnaires le soin périlleux et difficile de pénétrer en pays sauvage, voulut à son tour s'y établir. Sans s'occuper de l'état des esprits et des dangers de l'entreprise, elle envoya un garde principal, M. Robert, pour créer un poste de milice au confluent de la rivière Pxi, un peu au nord du district du P. Kemlin.
    Les néophytes, jusqu'à ce jour indépendants et libres enfants de la forêt, furent réquisitionnés pour fournir des matériaux et aider aux constructions. De là, mécontentement général et murmures contre le missionnaire qui acceptait cet état de choses.
    Le Père avait beau leur expliquer qu'ils devaient se soumettre à cette dure nécessité, peine perdue ! L'hostilité païenne s'étendait ; elle atteignit la tribu des Sedangs, au nord de celle des Reun-gaos. L'effervescence devint générale.
    Le 17 mai 1901, à l'improviste, une centaine de guerriers Sedangs attaquèrent le poste de milice qui n'était point gardé, blessant à mort M. Robert et quelques Anna mites ; et après avoir tout saccagé, ils regagnèrent leurs forêts.
    Enhardis par leur facile victoire, les Sedangs se montrent partout, et menacent même Kontum, le centre de la Mission des Banhars.
    Le P. Kemlin habitait le village de Dak Drei ; sa résidence fut attaquée trois fois, niais sans succès.
    Enfin le 24 novembre 1901, un parti de Sedangs pénètre par trahison dans la place. Circonstance providentielle, 30 miliciens .annamites étant arrivés de Quinhon, 15 d'entre eux venaient d'être mis à la disposition du missionnaire. Avec cette petite troupe, celui-ci organise la résistance; il se barricade dans sa maison, et lorsque les Sedangs, poussant leur cri de guerre, s'élancent pour enlever cette dernière position, des feux de salve éclatent. L'ennemi, surpris de cette défense imprévue, recule et s'enfuit en désordre.
    En mars 1902, une colonne fut organisée par le Commissaire du Gouvernement à Attopeu ; le Père accompagna cette colonne venue pour soumettre les révoltés et rétablir la paix. Il apprit en route que son église, sa résidence, tout ce qu'il possédait venait d'être détruit par un incendie. « Dieu me l'avait donné, dit-il, Dieu me l'a ôté, que son saint Nom soit béni!»
    Les Sedangs ayant demandé et obtenu la paix, le P. Kemlin put reprendre l'évangélisation des Reungaos, sans être de nouveau menacé.
    De cette époque date la conversion des villages de Kon Gong, Dakkan et Polei Arang. Franchissant la rivière Bla, il fonda le village chrétien de Polei Jodrap, qui devait devenir bientôt le centre d'un nouveau district. Un village voisin, la Klau, avait mis le missionnaire au défi de le convertir ; la même année, il s'agenouillait devant la croix. Ce fut ensuite, à Polei Jodrap, la construction d'une église.
    Vers 1907, se levèrent les grands jours d'épreuve. A la suite d'une campagne de presse, un délégué franchement hostile fut envoyé à Kontum, avec ordre de combattre et de ruiner l'influence des missionnaires jusqu'alors incontestée.
    Ce fonctionnaire employa toute la force de sa réelle intelligence à réaliser ce programme néfaste. Le district du P. Kemlin fut le plus atteint. Croyant par là s'attirer les faveurs du pouvoir civil, une notable partie de ses néophytes revinrent à leurs superstitions.
    L'apôtre en eut le coeur brisé, mais n'en aima que davantage ces pauvres égarés, ne cessant de répéter pour eux la prière du Calvaire : « Pater, dimitte ! Père, pardonnez-leur, ils ne savent ce qu'ils font ». De fait, plus tard, reconnaissant leur erreur, ils revinrent dans le droit chemin.
    En 1912, le P. Kemlin fut nommé provicaire et supérieur de la mission des Sauvages.
    Les jours étaient sombres. A l'administrateur hostile, mais néanmoins respectueux de la forme, avait succédé un homme farouchement sectaire, ne reculant devant aucun moyen pour assouvir sa haine contre les chrétiens et son antipathie aiguë contre les Annamites. Pendant une année entière, les vexations se multiplièrent sans arrêt. Le nouveau provicaire dut faire face à l'orage, soutenir le moral des fidèles, défendre leurs droits, encourager parfois aussi les missionnaires eux-mêmes et rester incessamment sur la brèche.
    Sa santé ne résista pas à la tâche; il lui fallut aller à notre sanatorium de Hongkong pendant 6 mois.
    Quand il revint, il accompagna le coadjuteur, Mgr Jeanningros, dans les villages les plus reculés de la brousse sauvage. Longues et fatigantes furent les chevauchées sur les hauts plateaux dénudés du pays Jaraï. Parfois la petite caravane faisait halte au bord des ruisseaux pour se désaltérer et laisser les montures se reposer. C'était la belle saison, et des groupes de Jaraïs, la lance sur l'épaule, traversaient les sentiers ou s'arrêtaient pour camper un instant. Le P. Kemlin, comme se parlant à lui-même, ne ces sait de redire : « Ce vieux sauvage là a l'air d'un bien brave homme ! Ce jeune homme me semble honnête et intelligent! Cet autre-là me paraît bien gentil ! » Et un de ses compagnons de s'écrier : « Mais, cher Père provicaire, ces gens-là, vous ne les connaissez pas ! »
    Et le bon provicaire ne répondait que par son fin et doux sourire. Ces pauvres sauvages! Il voyait en eux des âmes à conquérir, et cela suffisait pour qu'il les idéalisât de son surnaturel amour.
    La mobilisation de 1914 priva plusieurs postes de leur titulaire. Généreusement le P. Kemlin quitta Kontum pour assurer le ministère à Kontrang, l'un des districts les plus vastes et les plus difficiles de la Mission.
    Après la tourmente il revint à Kontum, et pour remplir plus librement sa charge de provicaire, il se donna par deux fois l'aide d'un vicaire annamite ; mais, dès qu'un district manquait de pasteur, il envoyait son vicaire dans le poste vacant.
    Cet homme si occupé trouva cependant le temps d'étudier à fond les moeurs et les coutumes des Reungaos, et de publier dans le Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient des travaux d'une haute valeur ethnologique : Les Rites agraires des Reungaos. — Les Sonnes et leur Interprétation chez les Reungaos. — Les Alliances chez les Reungaos. — L'immigration annamite en pays moï.
    Le Directeur de l'Ecole devait lui rendre plus tard cet hommage : « Nous étions fiers de compter parmi nos correspondants cet esprit remarquable, qui avait analysé avec tant de pénétration la mentalité confuse et compliquée des populations sauvages au milieu desquelles il accomplissait son ministère. Ses travaux sur les Reungaos, publiés dans notre Bulletin, ont recueilli les suffrages des meilleurs juges et peuvent être proposés comme modèles à ceux qui entreprendront à l'avenir des études de ce genre. »
    Tous ces travaux et plus encore la fièvre, « la reine des pays sauvages », usèrent sa robuste constitution. Agé de 50 ans, il paraissait en avoir 70.
    On le décida à revenir en France. Il arriva péniblement, et hélas! Pour mourir à l'hôpital Saint-Joseph, à Marseille.
    Comme on l'exhortait à s'abandonner à la volonté divine, il répondit : u C'est chose faite depuis longtemps. J'ai confiance dans le Sacré Coeur, en s t grande miséricorde, en la Bonne Vierge, en saint Joseph, trois dévotions que j'ai essayé d'établir dans les âmes ».
    Il mourut le 6 avril 1925.
    Son corps fut transporté à son pays natal, à Lusse, où les obsèques eurent lieu solennellement, le 13 avril. M. Minod, curé de la cathédrale de Saint Dié, un vieil ami de l'apôtre, prononça son éloge funèbre. Au cimetière, se faisant aussi l'interprète de tous les habitants, M. de Lesseux, député des Vosges et maire de Lusse, adressa le suprême au revoir au vaillant missionnaire, qui avait si bien servi Dieu, l'Eglise, les âmes, la, France et l'Annam.

    1926/81-90
    81-90
    France
    1926
    Aucune image