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Les Oeuvres charitables des missionnaires Francais en Extréme-Orient

Les Oeuvres charitables des missionnaires Francais en Extréme-Orient Conférence aux directeurs de l'Office central des oeuvres de bienfaisance. MESSIEURS, Après avoir accepté l'aimable invitation de M. Eugène Plantet à vous parler des oeuvres charitables des Missionnaires français en Extrême Orient, j'appréhendai d'être au-dessous de ma tâche.
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    Les Oeuvres charitables des missionnaires Francais en Extréme-Orient

    Conférence aux directeurs de l'Office central des oeuvres de bienfaisance.

    MESSIEURS,

    Après avoir accepté l'aimable invitation de M. Eugène Plantet à vous parler des oeuvres charitables des Missionnaires français en Extrême Orient, j'appréhendai d'être au-dessous de ma tâche.
    Il y a bien quelque témérité à parler d'oeuvres de charité aux directeurs des OEuvres de Bienfaisance de France qui, joignant une longue pratique de ces oeuvres à d'éminentes capacités administratives, les ont fait grandir et prospérer.
    Aussi, j'ai l'impression de n'avoir à vous apprendre que peu de choses. Cependant, peut-être aurai-je, en vous promenant à travers les misères physiques et morales de l'humanité jaune, une petite satisfaction : celle de vous permettre de les comparer avec celles qui sont l'objet de votre dévouement si éclairé.
    Sous toutes les latitudes l'homme est aux prises avec la souffrance. Il la trouve à son berceau et elle ne le quitte qu'à la mort. Mais l'homme, dans cette lutte contre les fléaux sociaux, a des ressources et des moyens très inégaux. En France, il n'est pas exagéré de dire que pour toute misère il est une oeuvre spéciale et là où le Gouvernement n'a plus d'action ou n'a qu'une action insuffisante pour venir en aide aux malheureux, de charitables institutions ont été fondées qui suppléent à sa carence, pendant que des initiatives privées tendent une main secourable aux infortunes les plus cachées.
    Mais, nous voici en pays d'Extrême-Orient où la charité officielle est presque inexistante et ne se manifeste qu'à l'heure des grandes calamités sous la forme de distributions de vivres et de vêtements. D'autre part les associations de bienfaisance sont peu nombreuses et ne sont vraiment actives que dans les centres populeux.
    Tout en reconnaissant que ces associations sont d'une utilité incontestable, leur rayon d'action est très limité et n'atteint qu'une très minime partie de la population indigente. A côté des Associations bienfaisantes indigènes et parfois en coopération avec elles, il y a les oeuvres des Missions.
    C'est de ces oeuvres de Missionnaires français en Extrême-Orient que je veux vous entretenir.
    Le Missionnaire n'est rien s'il n'est pas un être de bonté, secourable aux pauvres, aux malades, à tous ceux qui souffrent moralement et physiquement, quelle que soit la race, la nationalité, la religion, l'état social des malheureux qu'il rencontre. Selon le précepte de saint Paul, il doit se faire tout à tous pour gagner les âmes au Christ.
    En Extrême-Orient, les oeuvres charitables établies par les Missionnaires se divisent ainsi :
    Orphelinats ; Ecoles ; Ecoles Professionnelles ; Hôpitaux ; Dispensaires ; Refuges ; Léproseries.
    Toutes ces oeuvres se développent selon les ressources et le personnel dont peut disposer le Missionnaire.
    Une Mission est une circonscription ecclésiastique. Elle a comme chef un Evêque ayant sous ses ordres un certain nombre de missionnaires, de prêtres indigènes, de religieuses étrangères et indigènes.
    Les initiatives des missionnaires, dans les oeuvres comme dans l'évangélisation doivent être approuvées par l'Evêque, qui est toujours juge des oeuvres qu'il est bon d'établir, et de la manière dont elles doivent être menées.
    La superficie d'une Mission dépasse généralement en étendue celle d'une dizaine de nos départements de France. Bien que la densité de la population indigène varie selon les différentes missions, il n'y a aucune exagération à porter à 8.000.000 d'habitants le chiffre moyen de sa population, en Chine particulièrement.
    C'est habituellement au centre du Vicariat que l'on trouve les Etablissements charitables de la Mission.
    Il faudrait un véritable budget d'Etat pour secourir toutes les misères et venir en aide à la population indigente. J'estime à 95% le chiffre des indigènes vivant au jour le jour du travail de leurs mains. Lei peuple vit pauvrement, sans réserves d'argent ou de nourriture pour faine face aux calamités telles que : la famine, les inondations, la sécheresse, les maladies contagieuses, etc... Aussi chaque année, sur un point ou sur un autre, la misère est grande, générale et dure jusqu'à la récolte prochaine.
    Si puissamment organisée que soit une oeuvre, elle ne peut assister qu'une portion assez minime des indigents. Les oeuvres des Missions sont donc des modèles dorganisations montrées aux populations pour leur indiquer ce qui peut se faire avantageusement pour secourir les malheureux ; c'est une leçon de choses.
    La première oeuvre établie par les missionnaires a été celle de la Sainte Enfance. Vous en connaissez l'origine. L'initiative en revient à un Evêque français, Mgr de Forbin-Janson, qui sollicita des Enfants catholiques un versement d'un sou par mois, soit 60 centimes par an pour être mis à la disposition des missionnaires afin qu'ils puissent recueillir et élever les enfants abandonnés.
    L'orphelinat reçoit le nouveau-né apporté à l'asile de la Sainte Enfance par ses parents ou recueilli par quelque personne charitable dans les villages ou sur les marchés.
    Dès lors, cet enfant est la propriété de la Mission et la famille s'en préoccupe si peu qu'elle ne songera pas même à le réclamer lorsqu'il aura grandi.
    Pour vous donner une idée plus précise de ces oeuvres missionnaires, je vous ferai la description des Etablissements des Soeurs de Saint-Paul de Chartres à Hongkong et j'ajouterai une page sur la léproserie de Shek-lung, située dans la province de Canton. Vous aurez ainsi un résumé de l'activité charitable des missionnaires, car l'ensemble de ces oeuvres est le type d'oeuvres similaires établies dans les autres missions sur un plan plus restreint.
    Les Soeurs de Saint-Paul débarquèrent à Hongkong en 1848, c'est-à-dire dès les débuts de cette splendide colonie anglaise et, jusqu'en 1914, elles exercèrent leur dévouement dans le quartier pauvre de Wanchaï. Elles avaient là une crèche, un orphelinat, une petite école et un peu plus tard, elles ajoutèrent à la liste de leurs oeuvres un hôpital indigène.
    Avec le développement de la Colonie, l'Institution des Soeurs avait grandi, mais les bâtiments, mal distribués et construits au fur et à mesure des besoins, ne répondaient que très imparfaitement à la fin pour laquelle ils avaient été élevés. D'autre part, à bien d'autres points de vue, l'installation laissait à désirer : cours de récréation trop petites, aération insuffisante, conditions hygiéniques très sommaires.
    Pour remédier efficacement à tant d'imperfections, on décida d'acheter une grande propriété située à Causewaybay, dans la partie est de la ville.
    Il y avait là une manufacture de coton en vente et la Supérieure des Soeurs en fit l'acquisition. Il fallut trois années de travail pour opérer les transformations nécessaires... lesquelles commencées en 1914 furent achevées en mai 1917. On s'ingénia pour installer les oeuvres dans une série de grands et spacieux bâtiments; autour de celui du centre (occupé par le Couvent et le Noviciat) on ouvrit deux écoles, un hôpital, une crèche et un refuge. La superficie de la propriété occupe trois hectares. Chaque oeuvre peut donc avoir son champ de récréation et ses jardins.
    La crèche reçoit les enfants jusqu'à l'âge de quatre ou cinq ans. Dans une ville comme Hongkong la moyenne annuelle des enfants abandonnés varie entre 1.000 et 1.200.
    Je dois reconnaître qu'on ne parvient à sauver qu'un très petit nombre de ces infortunés bien que, dès leur arrivée au Nursing home, ils soient entourés de tous les soins possibles. Matin et soir les docteurs visitent chaque berceau, trop souvent pour dire à la soeur de garde : cet enfant est condamné.
    C'est hélas, trop compréhensible, l'indigène n'apportant son enfant à la Sainte Enfance que lorsqu'il est moribond.
    La mère n'a pas su ou n'a pas pu donner au nouveau-né les soins les plus élémentaires. Beaucoup meurent du tétanos parce qu'à la naissance la séparation de l'enfant d'avec sa mère se fait dans des conditions de malpropreté inconcevable. Ou bien encore la mère n'a pas nourri son enfant, soit parce qu'elle était malade, soit parce qu'elle n'avait pas de lait. L'enfant est né tuberculeux, syphilitique, mal conformé, etc...et tous ces chétifs rejetons sont des candidats à une mort rapide. Il est assez rare que nous, recevions à la crèche des enfants sains, surtout des garçons.
    Je crois être exact en disant que dans les villes 95 % des enfants. qui nous sont apportés meurent soit quelques heures, soit quelques jours après leur admission à la crèche.
    Les orphelinats établis dans les campagnes enregistrent une proportion beaucoup moins élevée de mourants parce que les enfants sont plus sains. Si les parents les apportent à la Sainte Enfance, c'est à cause de leur grande pauvreté.
    L'enfant est nourri au biberon, de lait concentré délayé d'eau et quand le lait concentré manque, ce qui arrive quelquefois surtout à l'intérieur, il n'a d'autre nourriture que l'eau de riz ou bouillie claire de riz.
    Lorsque la chose est possible, l'enfant est confié à une nourrice qui, pour une somme de 2 à 3 piastres par mois allaite et soigne le nourrisson. Quand il a atteint l'âge de cinq ans, l'enfant entre à l'orphelinat et là passe ses journées occupées à ces petits amusements qui sont la joie des enfants de tous les pays. Bientôt viendra le moment d'aller à l'école, d'apprendre les prières, le catéchisme et tout ce qu'on enseigne aux enfants dans les écoles primaires. Le jeune garçon apprendra ensuite un métier et la jeune fille la couture, la broderie, le repassage, tout ce qui se rapporte à la tenue d'un ménage. C'est dans cette vie calme que l'orpheline atteint ses dix-huit ans, insouciante qu'elle est à ce que sa vie sera demain.
    Les jeunes filles de nos orphelinats trouvent facilement à se marier dans les milieux modestes parce qu'elles savent travailler et qu'elles ont généralement une tenue plus soignée que celles des autres jeunes filles de leur condition sociale.
    Cette oeuvre de la Sainte Enfance qui se présente surtout sous la forme d'orphelinats, existe dans toutes les missions où nos prêtres, dans la mesure de leurs ressources, arrachent de la sorte à la mort une véritable légion d'enfants.
    A Hongkong la somme nécessaire à l'entretien d'un enfant s'élève à 4 piastres par mois, soit environ 50 francs papier. C'est sans doute très peu mais quand elle est répétée des centaines de fois cette somme représente des chiffres respectables.
    Cette oeuvre est en général bien accueillie de la population dans les milieux où l'action du missionnaire s'exerce depuis quelque temps. Le païen ne comprend pas tout d'abord la raison pour laquelle des étrangers s'intéressent à des enfants que lui rejette et abandonne, mais, pour peu que s'élèvent ses pensées, il veut bien s'arrêter aux résultats atteints et il arrive qu'il manifeste l'intérêt qu'il porte à cette oeuvre en l'aidant de quelques aumônes soit en argent, soit en nature. C'est principalement le monde des commerçants, qui, le premier, témoignera de l'intérêt à cette oeuvre phi lanthropique ; rarement, très rarement, elle attirera la bienveillance du lettré. Qu'il reste indifférent, c'est tout ce que le Missionnaire peut en attendre.
    Si les Orphelinats de filles sont prospères parce que la jeune fille est généralement plus docile que le jeune homme, il faut reconnaître que les Orphelinats de garçons n'ont pas donné des résultats très consolants ; aussi, depuis longtemps, les missionnaires, instruits par l'expérience, font adopter les garçons par les familles chrétiennes qui veulent bien s'en charger.
    L'adoption en Extrême-Orient est dans les moeurs du pays. Une famille sans enfant ou même ayant des enfants, adopte volontiers un orphelin et l'enfant adopté est traité comme s'il était vraiment de la famille. Là, il est sous la surveillance du père et de la mère, il travaille avec eux et partage les difficultés communes.
    Son avenir est plus assuré et mieux préparé qu'il ne le serait dans un établissement dirigé par un Missionnaire, parce que celui-ci, absorbé par les multiples obligations de son ministère, faisant souvent des voyages assez prolongés, est obligé de remettre la surveillance à des indigènes qui sont sans autorité suffisante sur cette jeunesse turbulente.
    Les Orphelinats de garçons sous la direction de maîtres expérimentés, comme les Religieux Salésiens ou prêtres de dom Bosco, sont prospères en Extrême-Orient comme en Europe. Ces religieux, dans les Etablissements dont ils ont la charge, consacrent leur vie à instruire les enfants et à leur apprendre les métiers pour lesquels ils ont le plus d'aptitude.

    ***

    Écoles et Écoles professionnelles.

    Que l'éducation de l'enfance soit un immense bienfait, ce n'est pas devant vous, Messieurs, qu'il est nécessaire de faire une longue dissertation pour prouver pareille proposition. L'école fait donc partie des oeuvres charitables des Missions.
    Je passe sous silence les Universités, Ecoles supérieures ou secondaires. Ces établissements ont une importance de premier ordre, mais ne rentrent pas dans le cadre des oeuvres purement charitables.
    L'école des pauvres, celle dans laquelle nous enseignons à l'enfant à lire, à écrire, à compter, ce qu'il doit savoir pour les besoins de sa vie pratique, pour le maintenir moralement dans ses devoirs d'honnête citoyen, est celle qui nous intéresse présentement. Cette école-là, elle existe à côté de toutes les résidences de Missionnaires. Elle donne une instruction élémentaire, dans les missions dirigées par les Missionnaires français, en Extrême-Orient, à environ 300.000 enfants.
    L'école ouverte à Caussewaybay pour les enfants pauvres du quartier compte 225 élèves. Elle n'est pas absolument gratuite et cela pour ne pas froisser les susceptibilités de l'âme chinoise, les familles ayant de la répugnance à recevoir une aumône sous la forme de l'école gratuite.
    La contribution scolaire est donc volontaire, chaque famille donnant selon ses moyens, généralement de 0,10 à 0.20 cents par mois et par enfant, ce qui n'est pas une charge considérable pour les familles pauvres. L'instruction est donnée par des religieuses indigènes et l'école est annuellement visitée par le directeur de l'éducation.
    Les écoles professionnelles prennent l'enfant entre 12 et 14 ans. Les jeunes filles apprennent la couture, les garçons la menuiserie, la cordonnerie ; ils sont tailleurs, compositeurs imprimeurs, mécaniciens, graveurs, électriciens, etc...
    Entre 18 et 20 ans, ils obtiennent des situations bien rémunérées dans les différentes industries des grandes villes. Nous en trouvons quelques-uns dans des administrations importantes, comme celles des chemins de fer, des docks, des municipalités, des banques, des firmes d'architecte, etc...

    ***

    Hôpitaux, dispensaires et Refuges.

    Les oeuvres charitables que je donne sous ce titre, nous les trouvons dans l'enceinte des Etablissements de Soeurs de Saint-Paul.
    L'Hôpital Saint-Paul de Hongkong est très avantageusement connu dans la colonie et j'aurai indiqué tout ce qu'il est en reproduisant un extrait de la Presse Médicale de Paris en date du 8 juillet 1922.
    « Les Religieuses de Saint-Paul de Chartres ajoutèrent à leur maison d'éducation un dispensaire pour les pauvres, et la ville grandissant, au dispensaire vint s'ajouter l'hôpital. Inauguré en 1917, il réalise, selon le jugement porté par le Docteur TUFFIER « le type partait de l'hôpital moderne ».
    Le bâtiment se présente sous la forme d'un rectangle de 70 mètres de longueur sur 718 de largeur. Le corridor central a une largeur de 3 mètres. Les balcons sur la façade Est avancent de 0 m. 70, tandis que sur la façade Ouest les vérandas ont 3 mètres de large.
    Les chambres sont toutes d'égale grandeur (5 mètres de large, 6 mètres de long, 5 mètres de haut, soit un cube d'air de 150 mc.).
    Cet établissement comprend, dans la première partie du rez-de-chaussée, une salle de consultation, une lingerie, une pharmacie, des salles d'attente, le cabinet de la directrice ; la seconde partie se compose de trois vastes salles pouvant hospitaliser 50 malades pauvres.
    La partie Sud du premier étage est réservée aux pensionnaires de la 3e classe, et la partie Nord, à ceux de la 2e classe.
    Le 2e étage, qui comprend 20 chambres, revient aux pensionnaires de 1re classe.
    Le 3e étage, dans sa meilleure orientation, est destiné aux services de la Maternité, 10 chambres, tandis que l'autre partie est l'habitation des soeurs infirmières.
    Le hall central, très vaste, et bien aéré, comprend au rez-de-chaussée un poste téléphonique reliant tous les services entre eux et les mêmes services avec la ville, ainsi qu'à tous les étages de l'établissement : ce hall central possède deux petits bureaux pour les soeurs de service. Un ascenseur relie tous les étages et facilite journellement un va-et-vient de 300 à 400 personnes.
    Au 1er étage, on a installé le salon, la bibliothèque et une terrasse ; au 2e la chapelle de l'hôpital; au 3e, la salle d'opérations : ces diverses installations occupent tout un corps de bâtiments, au centre même de l'établissement. L'escalier principal se trouve au centre et tourne autour de l'ascenseur ; les deux escaliers de service, en béton armé, sont aux deux extrémités du bâtiment. Les services accessoires, salles de bain, postes de surveillants, etc. encadrent l'hôpital.
    La salle d'opérations (dans tout hôpital la plus minutieusement entretenue) comprend en réalité deux vastes salle, pavées de briques de porcelaine, et dont les murs, jusquà une hauteur de 2 m, sont revêtus de carreaux également en porcelaine. La première est une salle de préparation et comprend deux stérilisateurs, des filtres, lavabos automatiques, avec eau chaude et eau froide et renferme tous les instruments de chirurgie ; la seconde est la salle d'opération proprement dite. Eclairage parfait et, pour la nuit, double éclairage, électricité et gaz, une lampe baladeuse. Les instruments viennent de la Maison Collin et les produits pharmaceutiques, de la Pharmacie Centrale de Paris.
    Il y a en moyenne trois ou quatre opérations par jour à l'Hôpital Saint-Paul. Disons encore que, parmi les médecins chinois de l'Hôpital, plusieurs sont d'excellents praticiens.
    Chaque jour, de 9 h. à 11 h. du matin et de 3 h. à 5 h. du soir, les pauvres sont examinés et soignés gratuitement. Les salles du rez-de-chaussée sont réservées aux indigents et 50 lits peuvent les recevoir.

    ***

    Le refuge Saint-Paul situé à quelques pas de 'l'Hôpital et qui n'en est séparé que par une voie publique, abrite de 25 à 40 pensionnaires, épaves des quartiers pauvres de Hongkong. Ces jeunes personnes, qui ont pris la résolution de vivre d'une vie meilleure, trouvent auprès des soeurs les conseils dont elles ont besoin et se préparent dans le travail à fonder quelque jour un foyer régulier.
    L'ensemble des différentes oeuvres de Causwaybay forme un groupement fort intéressant et le chiffre de ses pensionnaires atteint un millier de personnes.

    ***

    La Léproserie de Sheklung.

    Il me reste à vous parler de la léproserie de Sheklung. Le mal terrible de la lèpre fait beaucoup de victimes en Extrême-Orient. Les Missionnaires se devaient de s'occuper de cette oeuvre des lépreux puisqu'elle apporte quelque réconfort aux plus déshérités de ce monde et leur donne le courage de vivre dans la pourriture de leur corps. Ils sont comme maudits ; on les fuit, ils ont une existence de damnés. Le lépreux est un objet d'horreur pour la société au milieu de laquelle il vit. C'est un cadavre en putréfaction. Ses membres sont boursouflés, sa figure tuméfiée, ses oreilles s'allongent, ses lèvres enflent, ses yeux sont sanguinolents, ses doigts se détachent de ses mains et l'odeur infecte qu'il laisse après lui soulève les curs les plus robustes. Vers lui pourtant le Missionnaire s'abaisse, lui tendant la main secourable

    Dans les Indes, en Birmanie, en IndoChine, en Chine, au Japon, nous avons des léproseries. La plus importante est celle de Sheklung, dans la province de Canton.
    Elle fut fondée en 1907 par le père Conrardy, ancien Missionnaire de Canton. Pendant de longues années, le père Conrardy, compagnon du père Damien, vécut à Molokaï en compagnie des lépreux. Il consacra sa vie à ces parias de l'humanité et à l'âge de 67 ans, il revint en Chine pour établir une léproserie. Généreusement, il s'était fait mendiant, tendant la main en Europe et en Amérique pour amasser, sou par sou, la somme nécessaire à l'établissement de cette oeuvre. Souvent repoussé, il eut à subir toutes les humiliations. La porte des riches se ferma maintes fois devant ses suppliantes demandes. Le coeur des hommes que la fortune a favorisés s'alourdit parfois de tout le poids de l'or qu'ils possèdent. Le P.Conrardy me raconta un jour qu'il avait été traité d'escroc par ceux qu'il croyait pouvoir compter comme des bienfaiteurs et ce fut pour lui une suprême douleur. Mais, chez cet homme que l'adversité n'abattait pas, le courage grandissait avec les épreuves, et la beauté du rêve qu'il caressait, lui donnait une vaillance que sa vieillesse rendait plus glorieuse.
    Pour être plus utile encore à ses futurs lépreux, il suivit les cours de la faculté et conquit ses grades de docteur en médecine.
    Dans cette province du Kouangtong où, au déclin de sa vie, le Père Conrardy vient se mettre au service des lépreux, on estime à 15.000 le nombre de personnes atteintes de ce terrible mal. Son zèle aura pour s'exercer un champ à la taille de son coeur.
    La Léproserie est située au Sud de Canton, sur les bords de la rivière de Sheklung, à 60 kilomètres environ de la capitale de la province. Le terrain fut choisi par le Père Fleureau, provicaire de la Mission. Il fit l'achat de deux îlots formés d'alluvions. L'un de ces îlots fut destiné à une léproserie pour les femmes et l'autre à une léproserie pour les hommes. Ces deux sites se prêtaient bien à l'oeuvre projetée. Les communications par la rivière étaient faciles et l'isolement assuré car les Chinois redoutent le voisinage des lépreux.
    Il fallait aussi protéger les lépreux contre eux-mêmes et les prémunir contre les tentatives d'évasion.
    C'est dans ces deux centres que le P. Conrardy construisit, organisa et équipa ses hôpitaux. Et comme cet homme de Dieu ne pouvait pas ne pas se dévouer à une tâche qu'il considérait comme sa seule raison de vivre, dès son arrivée à Canton, en attendant que son oeuvre prît vie, il donna une grande partie de ses journées aux lépreux de la ville, les soignant, lavant leurs plaies, les encourageant, tout en réapprenant la langue chinoise.
    Vers midi, il prenait le maigre repas qu'il avait apporté le matin avec lui, un morceau de pain et un oeuf dur, et à la nuit tombante il rentrait à pied à la Mission.
    Mais le voici dans ses meubles à Shekludg. Son hôpital se compose d'une série de bâtiments sans étage, chacun devant donner abri à quarante malades. Les femmes sont soignées par les religieuses de l'Immaculée Conception de Montréal et le P. Conrardy aidé de quelques Chinois s'occupera des hommes. Le Gouvernement provincial de Canton, touché de tant de dévouement lui vient en aide et, pour maintenir l'ordre dans ce milieu d'hommes aigris par la souffrance, il crée un poste militaire à une centaine de mètres de la léproserie et envoie au P. Conrardy les lépreux de la cité.
    Bientôt la léproserie comptera 700 hommes et 300 femmes soit 1/15 de la totalité des lépreux de la province.
    Le Père Conrardy a réalisé son rêve et dans ces deux îles, où il est roi des lépreux, son bonheur est de soulager les misères physiques et morales de son peuple. La mort viendra le surprendre où plutôt le cueillir en plein triomphe de sa charité et aujourd'hui son successeur le P. Deswazières continue les traditions laissées par son prédécesseur.
    La Léproserie de Sheklung n'est limitée dans le bien qu'elle fait que par les limites mêmes de ses ressources. Nous estimons à 5 piastres par mois la somme nécessaire à l'entretien d'un lépreux. Mais 5 dollars c'est 60 francs et quand il faut trouver mille fois 60 francs par mois, c'est un problème assez difficile à résoudre.
    Voilà, Messieurs, un exposé bien trop rapide des principales oeuvres de charité que les Missionnaires français d'Extrême-Orient dirigent en leur donnant le meilleur d'eux-mêmes.
    S'ils avaient besoin d'encouragement, ils le trouveraient dans le récit de vos initiatives charitables et dans les exemples de dévouement persévérant que vous consacrez aux oeuvres dont vous avez la charge. Nous puisons, les uns et les autres, à la même source, le désir du bien et la force de le mettre en action.
    La charité est une étincelle que Dieu met dans notre cur et c'est à nous de la faire grandir en un foyer ardent dont la chaleur réchauffe nos frères engourdis par le froid des adversités. Combien il est à souhaiter que cette charité soit assez abondante pour que toutes les misères se voient soulagées, celles du Publicain comme celles du Samaritain ; qu'elle soit assez large pour atteindre tous ceux qui souffrent, quelles que soient leur race et leur religion.
    1928/190-201
    190-201
    France et Asie
    1928
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