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Les missions en Chine

Les missions en Chine N. D. L. R. La Chine étant à l'ordre du jour et le sort de nos Missions étant, humainement parlant, lié à la tournure qu'y prendront les événements en cours, on nous a demandé de rééditer ici la Conférence donnée par notre Directeur, le 24 mars, au Radio Colonial.
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    Les missions en Chine

    N. D. L. R. La Chine étant à l'ordre du jour et le sort de nos Missions étant, humainement parlant, lié à la tournure qu'y prendront les événements en cours, on nous a demandé de rééditer ici la Conférence donnée par notre Directeur, le 24 mars, au Radio Colonial.

    Appelé à l'honneur d'exposer succinctement l'histoire des missions de Chine, je le fais avec toute l'émotion d'un coeur qui s'est donné dès sa jeunesse à ce grand pays aujourd'hui en pleine tourmente et qui voudrait faire partager à ses auditeurs les sentiments de dévouement profond qui l'animent à son égard, comme aussi les espoirs qu'il met en ses destinées.
    L'histoire dit peu de choses de l'évangélisation de la Chine au cours des 12 premiers siècles. Elle mentionne toutefois les tentatives des Nestoriens qui de 635 à 845 se fixèrent dans la province de Chen-Si ; il reste pour marquer le souvenir de leur passage, la stèle authentique et fameuse de Si-Ngan Fou.
    C'est au XIIIe siècle que se crée le premier mouvement chrétien d'envergure avec l'arrivée des religieux Franciscains. Le pape français Clément V donne, dès l'année 1310, à Pékin son premier archevêque : initiative hardie d'un esprit remarquable. L'empire comptera des chrétientés florissantes, mais, sous la dynastie des Ming, l'empire chinois après avoir fait des martyrs se fermera à l'occident.
    Les Portuguais s'établissent à Macao en 1557 ; grâce au zèle du Patroado de Lisbonne, le christianisme s'implante une troisième fois en Chine et attire à lui bien des âmes.

    ***

    Au XVIIe siècle, les PP. Jésuites sont admis à la cour de Pékin, mais à titre de savants ; en vérité, ce que ces hommes veulent surtout enseigner qui en clouterait c'est la science divine, trans-formatrice des intelligences et des coeurs. Aussi, tout en réformant le calendrier impérial, en dressant la carte des provinces, en enseignant l'art de fondre des canons, les missionnaires jésuites, français pour la plupart, répandent discrètement autour d'eux la connaissance de la religion chrétienne, et leur enseignement, illustré par l'exemple de leurs vertus, amène la création d'Eglises qui prospères pour un temps, disparaîtront sous le gouvernement de Kien-Long.
    L'ancienne Chine vivait surtout du culte du passé, des enseignements de ses sages, du respect des empereurs ; toutes les nouveautés étrangères étaient tenues pour suspectes par les autorités chinoises.
    La base du gouvernement poli tique consistait dans l'observation des coutumes millénaires, et la morale aisée de ses docteurs atteignait à peine le niveau de la morale naturelle. Or, la doctrine de l'Eglise par cela même qu'elle modifiait profondément les usages reçus, qu'elle déclarait incomplet le code moral de Confucius, qu'elle limitait l'autocratique pouvoir des empereurs en le soumettant aux lois supérieures de l'autorité divine, devait rencontrer et de fait rencontra des oppositions violentes jusqu'à l'heure où le traité de Tientsin de 1844, entre la France et la Chine, assura en principe, de la part du gouvernement impérial le respect de la personne des missionnaires et la tolérance de la doctrine qu'ils prêchaient. Mais jusqu'en 1850 leur action fut contrariée par de perpétuelles oppositions officielles, dont quelques-unes allèrent jusqu'à la condamnation juridique et à la mise à mort des ouvriers apostoliques; sans que les menaces de la persécution aient jamais réussi à les écarter d'une terre que plusieurs fécondèrent de leur sang.
    De toutes les nations qui conclurent au siècle dernier des traités avec la Chine, la France est la seule, disons-le bien haut, dont la diplomatie généreuse, soucieuse des intérêts moraux des peu- pies, consacra par un traité la liberté religieuse des Chinois.

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    Sans doute, cette liberté fut souvent méconnue par le gouvernement impérial, mais l'oubli et la négation d'un droit ne le supprimant pas pour autant, la Légation de France à Pékin eut à rappeler maintes fois au gouvernement chinois, l'existence de ce droit, et ses appels furent généralement entendus.
    La seconde moitié du XIXe siècle vit les missions de Chine s'organiser, se développer ; quand éclata la crise des Boxers toutes les provinces de l'Empire étaient évangélisées et comptaient des chrétientés florissantes. Le mouvement boxer fut particulièrement désastreux pour les missions de Mandchourie, du Petchili et du Chansi.
    La paix revint en 1901, et jusqu'en 1911 l'Eglise de Chine prospéra, parce que jouissant d'une liberté et d'une tranquillité relatives.
    Le changement de régime politique (le passage de l'Empire à la République), n'affecta pas sensiblement la situation des missions jusqu'en 1918 qui marque le commencement des oppositions violentes entre les différents partis militaires qui se disputent la direction de la Chiné.
    L'ordre général est alors troublé par les luttes fratricides que les Tushuns (gouverneurs militaires) entretiennent dans presque toutes les provinces ; l'autorité centrale n'est plus qu'une ombre, une fiction diplomatique inopérante ; le pays est en pleine anarchie. La Chine en ce moment, ne peut être comparée qu'à un grand navire sans gouvernail, allant à la dérive, emporté par le flux et le reflux vers les pires écueils.

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    Au fort de cette tempête qui ruine 400.000.000 d'habitants, Rome donne au monde une preuve touchante de sa tranquille confiance dans les destinées de la jeune République.
    La Papauté, gardienne vigilante des intérêts de tous les peuples, en donnant des évêques indigènes à six nouvelles missions, s'élève au-dessus des factions politiques, et règle, par l'affirmation de son autorité, la marche victorieuse de sou Eglise. C'est le duc in al tain au milieu de la tempête.
    L'Eglise de Chine est divisée en 67 missions, sous autant d'évêques. Elle compte 2.400.000 catholiques confiés aux soins de 1.600 missionnaires étrangers, dont MO français, et de 1.200 prêtres indigènes. Les écoles catholiques primaires et secondaires sont fréquentées par plus d'un demi million d'élèves et la vie chrétienne dans les stations où réside le missionnaire ne le cède en rien à celle de nos meilleures paroisses de France.
    Hôpitaux, dispensaires, hospices, orphelinats, léproseries, sont les oeuvres complémentaires de toute mission. Et comme la formation d'un clergé indigène est indispensable à la prospérité de toute Eglise, chaque mission a maintenant petit et grand séminaires où se forme pour le ministère de l'apostolat une nombreuse jeunesse studieuse et foncièrement religieuse.
    Dans cet immense pays où travaillent dans une harmonie par- faite les missionnaires étrangers aidés de leurs collaborateurs indigènes, la semence chrétienne est jetée à pleines mains dans le champ du Père de famille. Le « blé qui lève », fécondé par le sang des généreux martyrs, les Néel, les Chapdelaine, les Dufresse, les Perboyre, annonce, pour un avenir que nous espérons prochain, une abondante moisson. Fasse la Providence que la Chine d'aujourd'hui réponde aux espérances que ses vrais amis mettent en elle ; puissions-nous voir bientôt un gouvernement sage et prévoyant émerger du milieu des divisions politiques dans lesquelles la jeune République se débat !

    ***

    Admettons l'hypothèse d'une Chine soviétique. C'en serait fait de l'ordre social, de toute autorité, de tout respect; ce serait pour ce pays un recul d'une incalculable porté, outre que sombrerait en une heure l'édifice déjà puissant que l'Eglise a construit depuis 1850, au prix de tant de labeurs, de sacrifices et de sang.
    J'aime mieux m'arrêter à une plus reposante vision, comptant bien que le bon sens chinois, si vigoureux quand la passion ne l'obscurcit pas, triomphera des difficultés actuelles et trouvera une solution raisonnable au problème de l'heure présente, problème formidable, le plus angoissant peut-être qui se soit posé depuis le jour où l'Europe se coalisa pour arrêter la vague musulmane. Puisse l'union se faire avant qu'il soit trop tard entre ceux que le danger menace ! Puisse notre France chrétienne y jouer pour le bien commun des peuples son rôle traditionnel, rôle de clarté et de générosité, rôle de modération et de fermeté.

    1927/342-344
    342-344
    Chine
    1927
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