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Les missions étrangères et la guerre

Les missions étrangères et la guerre Nos Missions et notre Séminaire paient en ce moment, comme toutes les Congrégations de Religieux et tous les diocèses de France, leur tribut de patriotisme. Plus de 200 ouvriers apostoliques ont quitté leur champ d'action, et 103 aspirants ont laissé notre Séminaire pour répondre à l'appel aux armes.
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    Les missions étrangères et la guerre



    Nos Missions et notre Séminaire paient en ce moment, comme toutes les Congrégations de Religieux et tous les diocèses de France, leur tribut de patriotisme. Plus de 200 ouvriers apostoliques ont quitté leur champ d'action, et 103 aspirants ont laissé notre Séminaire pour répondre à l'appel aux armes.

    Quels que soient leurs postes ou leurs fonctions, ils y déploieront, ils y déploient les vertus et les qualités militaires et apostoliques. J. de Maistre a écrit : « Rien ne s'accorde dans ce monde comme l'esprit religieux et l'esprit militaire ». Cette parole est très vraie. Ces deux états exigent de hautes vertus et combien souvent les mêmes : obéissance, humilité, résignation, fidélité au devoir, oubli de soi, dévouement aux autres. L'harmonie de la vocation de l'apôtre et du soldat en temps de guerre, l'analogie de leur vie apparaissent aussi frappantes et peut-être plus encore. Le missionnaire avec son existence disciplinée et aventureuse, prudente et hardie, avec sa gaieté, son entrain, son initiative, sa persévérance, son esprit de sacrifice poussé jusqu'à l'abandon des siens, jusqu'au martyre, ne rappelle-t-il pas le soldat en campagne qui pratique la générosité ardente, l'abnégation obscure, la vaillance allègre, l'activité avisée, l'endurance patiente, résignée jusqu'au sacrifice suprême, dans l'anonymat des tranchées, des attaques nocturnes ou de la grande bataille.

    Si le soldat a fait le sacrifice de sa famille, le missionnaire qui avait déjà quitté la sienne, a accompli un nouveau sacrifice en s'éloignant de sa mission.

    Ah ! Ce fut un dur moment, quand nos mobilisés partirent du Se-tchoan, du Kouy-tcheou, du Japon, de la Corée, du Siam, des Indes, laissant des oeuvres inachevées, des paroisses sans pasteur, une moisson qui germait, une autre moisson déjà mûre.

    « Je suis triste à pleurer, écrit l'un d'eux, j'avais tant d'espérance de compter cette année de nombreuses conversions. Que vont devenir mes néophytes? Car il n'y a personne pour me remplacer. Mais je me réjouis en pensant que je vais servir mon pays ». Et cet autre : « Je rêve de mes Indiens en soignant des blessés ». Et encore : « J'ai rencontré un soldat qui avait servi en IndoChine, il m'a semblé revoir un compatriote... de là-bas ».

    Les jeunes séminaristes qui ne connaissent les missions que par ce qu'ils en ont appris aux cours de leur noviciat, ou par les rêves qu'ils en ont fait, écrivent à peu près comme les anciens : « J'ai grand espoir que les Prussiens n'auront pas ma vie, j'ai toujours pensé que les Chinois devaient l'avoir ».

    Pour soutien dans leurs travaux apostoliques aux pays étrangers, nos missionnaires ont l'amour de Dieu et des âmes. A ce double amour, s'ajoute pour réconfort dans un « service » auquel ils ne semblaient pas destinés, l'amour de la France. Ces sentiments s'affirment et se manifestent dans la prière d'abord. Les lettres que nous recevons d'eux parlent toujours de prière :

    « J'ai eu le bonheur de célébrer la sainte messe aujourd'hui ». « J'emporte Jésus en mon coeur, car j'ai communié ce matin ». « Je prie et je fais prier autour de moi ». « Je puis réciter mon bréviaire ». « Aujourd'hui j'ai récité mon Rosaire tout entier ». Et cette parole qui termine toutes les lettres comme une fervente invocation : « Priez pour nous. Priez pour nous».

    Mais ils n'attendent pas tout de la prière, ils savent que, d'ordinaire, Dieu veut le concours de l'homme, de sa volonté, de son activité ; ils comprennent et pratiquent la parole de Jeanne d'Arc : « Les hommes d'armes batailleront et Dieu donnera la victoire ». Et ils se dépensent au chevet des blessés ; ils combattent sur le front et ils y meurent. Ils y meurent, après avoir offert à Dieu leur vie pour le pays. De ceux qui sont tombés au champ d'honneur plusieurs nous avaient écrit : « Avec quelle joie je donnerai ma vie pour la victoire et pour la paix, la paix dans l'honneur de la France... »

    Et pendant que leurs lèvres défaillantes s'entre ouvraient exhalant le parfum de l'holocauste suprême, leur dernier regard apercevait, dans une vision d'espérance, la victoire si ardemment désirée.

    Tel est l'état d'âme de nos missionnaires et de nos aspirants soldats. Ces lignes ne seront point une révélation pour nos Associés, mais une confirmation de ce qu'ils savent et qui leur permettra de mieux comprendre, s'il se peut, quelle union intime et vraie de sentiments et d'efforts existe entre eux et nous pour la plus grande gloire de Dieu et pour le salut de notre patrie bien aimée.




    1915/2-3
    2-3
    France
    1915
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