Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Les missionnaires Bretons dans les missions étrangères de 1661 à 1921 (à suivre)

Les missionnaires Bretons dans les missions étrangères de 1661 à 1921 XVII et XVIII° siècles.
Add this

    Les missionnaires Bretons dans les missions étrangères de 1661 à 1921



    XVII et XVIII° siècles.



    Les prêtres que la Bretagne donna d'abord aux Missions Étrangères furent : les PP. Chevreuil, Périgaud et Brindeau, tous les trois du diocèse de Rennes. Ils partirent en 1661 pour l'Extrême Orient. Le premier devait prolonger sa carrière apostolique pendant trente-deux ans et mourir à Juthia, capitale du royaume de Siam, le 10 novembre 1693 le second tomber aux premiers pas de sa course sans voir la terre promise à son zèle, et le troisième être empoisonné en Cochinchine au commencement de l'année 1671, après avoir par ses vertus si vivement excité l'admiration de ses néophytes, qu'il fallut leur défendre d'ajouter son nom aux litanies des Saints et de dire : Ong Thanh Brindo, eau cho chung toi, Monsieur Saint Brindeau, priez pour nous.

    Le premier supérieur du Séminaire des Missions Etrangères, à Paris, appartenait au diocèse de Saint-Brieuc. Il se nommait Vincent de Meur ; il était né en 1628, au manoir de Kerhuon en Tonquédec. Sa devise favorite était : Parler de Dieu ou se taire. Docteur de Sorbonne, il avait soutenu cette thèse qui lui valut un bref du pape, que « ceux qui ne reconnaissaient pas la condamnation des cinq propositions de Jansénius étaient schismatiques». Malgré sa charge de supérieur, il prêchait beaucoup en France, et ce fut clans une de ses missions, à Vieux Château, dans la Côte d'Or, qu'il mourut le 26 juin 1668. Son coeur ; envoyé au Séminaire des Missions Etrangères, fut placé dans la crypte de l'église avec cette inscription : Domini Vincentii de Meur cor plane apostolicum. Coeur profondément apostolique de Vincent de Meur.



    En 1689, le P. Louis Quémener, originaire de Brest, fut envoyé à Home pour soutenir le droit des Vicaires apostoliques contre les prétentions des Portugais qui voulaient avoir seuls la suprématie religieuse en Chine. Le Pape Innocent XII admettait souvent le P. Quémener en audience particulière. Le missionnaire était un homme pieux, d'une ténacité toute bretonne, et de vues assez larges ; il marchait lentement, mais il marchait toujours. Il voulait la division de la Chine en treize Vicariats apostoliques. Le Pape ne s'y opposait pas, et lui disait de patienter. Le P. Quémener patienta, sans jamais perdre l'occasion de reparler de son projet qui fut en grande partie exécuté en 1696. A cette occasion, il fut nommé évêque de Sura, et reçut un indult spécial pour aller consacrer en Chine les missionnaires nouvellement promus à la dignité épiscopale.

    Avant de repartir pour l'Extrême Orient, il eut plusieurs entrevues avec les ministres de Louis XIV, et leur exposa, de vive voix et par écrit, l'utilité pour la France de renouer avec le royaume de Siam les relations brillamment inaugurées en 1685. Le gouvernement français lui remit une lettre qui l'accréditait près de la Cour de Juthia ; mais, là-bas, il se heurta à une malveillance si absolue qu'il dut quitter Siam sans avoir pu entamer les négociations dont il était chargé, et il s'embarqua pour la Chine.

    Un autre 'évêque breton, Mgr Champion de Cicé, né en 1648, à Bruz, non loin de Rennes, fut sollicité par le roi de Siam de reprendre des négociations avec la Cour de Versailles. Mais cette fois, celle-ci, n'ayant dans les promesses des Siamois qu'une médiocre confiance, refusa les pourparlers. L'évêque s'en consola en baptisant de nombreux enfants d'infidèles. On le voyait encore, à l'âge de 78 ans, vêtu en simple missionnaire, parcourir les rues et les environs de Juthia, entrer dans les familles qui avaient des enfants malades, soigner avec sollicitude ces pauvres petits, et quand il les jugeait incapables d'être guéris, leur administrer le baptême. Voilà certes un digne prédécesseur des ouvriers actuels de la Sainte Enfance !

    Un de ses successeurs, encore un Breton, car eu un siècle il y eut quatre Bretons évêques à Sian, Mgr Le Bon, fut moins heureux. Né à Saint Malo, en 4710, missionnaire en Extrême Orient en 1745, sacré le 28 décembre 1766, à Home, par le Pape Clément XIII, il retourna à Siam et fut persécuté en 1775 et en 1779.

    Il encourut la colère du souverain pour avoir empêché les chrétiens d'assister à, des processions en l'honneur des idoles, et plusieurs officiers de boire de l'eau préparée par les talapoins et qu'on appelle l'eau du serment, parce que les mandarins en boivent lorsqu'ils font le serment de fidélité au roi. « Je connais, s'écria le roi Phaja Tak, la cause de l'obstination des chrétiens, je finirai bien par les réduire à l'obéissance, et si l'évêque et les missionnaires s'opposent à moi, je les ferai tuer ». Mais, ajouta-t-il, « ils se laisseraient tuer et mourraient comme des bêtes ». Il ne les tua pas, mais il fit emprisonner l'évêque et un de ses missionnaires le P. Coudé, qui lui aussi était breton, originaire d'Auray. Tous les deux furent frappés de 100 coups de rotin, enfermés dans un cachot infect pendant plusieurs mois, et finalement, en 1 779, chassés de Siam. Ils durent aller se réfugier dans l'Inde, où Mgr Le Bon, épuisé par les misères de sa captivité et par trente-cinq ans d'apostolat, mourut en 1780.

    A cette Même époque, un autre missionnaire breton subissait un emprisonnement qui dura 8 années, de 1769 à 1777. Il se nommait Jean François Gleyo ; il était né dans la paroisse Saint Michel à Saint Brieuc, le 25 février 1734. Dieu le combla des plus grandes faveurs, le favorisa de visions, le soutint au milieu des plus rudes tortures. Il fut frappé de la semelle de cuir, de plusieurs centaines de coups de bambou, mis à la cangue, aux ceps, aux fers. « Si tu t'obstines à nier que tu sois venu ici pour t'enrichir, lui disait le mandarin, je vais te faire trancher la tête.

    Notre religion, répondit le confesseur de la foi, n'est pas établie pour nous procurer un bonheur temporel, mais pour nous conduire è la félicité du ciel. Oh l'insensé ! s'écria le mandarin, le lieu de la félicité céleste n'est-ce pas la Chine ? »

    Un autre jour, le mandarin le faisant cruellement frapper lui disait : « Pourquoi ne meurs-tu pas ? » Et le prêtre, les lèvres tuméfiées et durcies, balbutia : « La naissance et la mort ne dépendent pas de l'homme. Eh ! bien, je vais t'aider à mourir ». Au vingtième coup de bambou, le P. Gleyo s'affaissa ; le juge, craignant qu'il n'expirât, le fit reconduire en prison; il ne voulait pas le tuer mais seulement l'aider à mourir. Cette existence d'effroyables misères dura huit ans.

    De la Chine, passons à la, Cochinchine et au Tonkin. En 1762, le Vicaire apostolique de la Cochinchine était Mgr Piguel, né en 1722 au hameau de La Rouairie, commune de La Mézière, dans le département actuel d'Ille-et-Vilaine. Il était admirable de zèle et d'amour de la pauvreté. Il commença l'évangélisation des Penongs, des Stiengs et autres tribus sauvages à l'ouest de sa mission. Son palais épiscopal était une misérable cabane construite à la mode du pays, à peine recouverte de quelques feuilles qui laissaient passer le vent et la pluie ; les murs étaient de feuilles comme le toit, et le mobilier se composait à peu près exclusivement de simples nattes. Il avait un vestiaire à l'avenant, garni de deux vieilles chemises, d'un mouchoir, d'un habit en toile noire pour tous les jours, et pour les fêtes d'une soutane violette râpée.

    Un peu après lui, nous trouvons encore en Cochinchine le P. Pierre Le Labousse, de Pluneret (Morbihan), le compagnon et l'ami dévoué de Mgr de Béhaine, évêque d'Adran, initiateur de notre politique coloniale en Indochine. Le P. Le Labousse a laissé d'intéressantes et nombreuses lettres dont une partie ont été publiées.

    Au Tonkin, le P. Pierre Eyot, de la paroisse de Saint Patern, à Vannes, devint supérieur du séminaire du Phuc-nhac qui renfermait 450 élèves, puis provicaire ou vicaire général ; le P. Joseph Le Pavec, d'Arzon (Morbihan), fut le premier à visiter les populations muongs, et à remonter le fleuve Rouge jusqu'aux frontières du Yun-nan. Il avait une réputation méritée de sainteté parmi les missionnaires, et les chrétiens lui attribuaient des miracles.

    Il importe de signaler le P. Charles Langlois, de Rennes, parti en 1792 pour le Tonkin occidental, et en 1805 directeur au Séminaire des Missions Etrangères à Paris. En 1809, Napoléon 1er, ayant supprimé le Séminaire, plaça le P. Langlois sous la surveillance de la police. Après le retour des Bourbons, le Père obtint de Louis XVIII le rétablissement légal du Séminaire et de la Société des Missions Etrangères, et par son activité, sa persévérance, son habileté, trouva des ressources en argent et en hommes pour les missions que les troubles de la Résolution et les guerres de l'Empire avaient réduites à une bien triste situation. Elu supérieur du Séminaire en 1823, il fut renommé jusqu'à huit fois; et par une dérogation au Règlement général de la Société, dérogation approuvée par le pape Pie IX, il fut élu pour la neuvième fois le 17 octobre 1850.



    XIXe et XXe siècles.



    Nous voici au rixe siècle : la Bretagne envoie des séminaristes plus nombreux aux Missions Etrangères. De 1800 jusqu'à 1920, Rennes en donne 107, Nantes 78, Saint-Brieuc 78, Vannes 31, Quimper 29 ; total 323.

    Le premier, Jean-Jacques Candalh, de Plouhinec, dans le Morbihan, parti en 1832, arriva en Cochinchine au milieu de la première persécution de Minh-mang; .poursuivi, traqué comme un malfaiteur, il se réfugia, clans les forêts du Quang binh et y mourut de la fièvre en 1838.

    Le second, Joseph Marie Bardouil, également du diocèse de Vannes, devait travailler dans l'Inde pendant 43 ans. Afin d'attirer les bénédictions de Dieu sur ses travaux, il prit l'habitude de se nourir uniquement de riz cuit à l'eau et de quelques légumes. La dépense pour sa nourriture ne s'élevait pas à plus de 10 francs par mois. Il employait toutes ses économies à construire des oratoires. Vers 1869, le nombre de ses chrétiens avait tellement augmenté, qu'il fallut diviser, puis subdiviser son district. Il choisit la région la plus pauvre, celle de Viriour, où il passa les 10 dernières années de sa vie.

    Il fut suivi par les PP. Guillou du diocèse de Rennes, Fricaud du diocèse de Nantes, Beurel du diocèse de Saint Brieuc. C'est une figure à part que celle de ce P. Beurel qui fut le véritable fondateur du Singapore catholique. D'un calme inaltérable, mélange de philosophie humaine et de sainte résignation, d'une persévérance que rien ne rebutait, il était de ces habiles qui savent que dans les choses de la vie, la ligne directe n'est pas nécessairement le plus court chemin d'un point à un autre. Un fait le peindra mieux qu'une appréciation. Ce fut lui qui bâtit la première église de Singapore. Il en avait déjà posé les assises, et il élevait les murs, quand par un brusque caprice, le gouverneur anglais lui donna l'ordre de tout démolir. Le P. Beurel n'essaya aucune réclamation ; il ne se plaignit à personne, et avec la tranquillité qui avait présidé à la construction de l'édifice, il le fit abattre. Puis par ses amis qui étaient nombreux, il agit auprès du gouverneur, l'enveloppa en quelque sorte d'un réseau de bonnes raisons, et il obtint l'autorisation d'élever une église plus vaste que la première.

    En 1843, partit pour les missions le P. François Pellerin, né à Quimper ; avant son départ, il avait été vicaire à Brest. Dès 4846, il fut sacré évêque de Biblos et coadjuteur du Vicaire apostolique de la Cochinchine septentrionale. Ce fut lui qui, en 1856, prévint le commandant du navire français Capricieuse du guet-apens que le roi d'Annam, Tu-duc, préparait contre nos marins. Les routes étaient gardées, les postes de douane doublés; les forts surveillés ; essayer d'arriver jusqu'au navire était jouer sa tète, l'évêque la joua avec son aventureuse hardiesse. Dans un lambeau de toile peinte il se tailla un semblant de pantalon européen, se découpa un gilet et une espèce de tunique, et se confectionna un soi-disant képi. Il orna le tout de je ne sais quels vieux galons. Un prêtre annamite endossa à peu près le même costume, et voilà nos deux marins de contrebande en route vers la corvette. L'un était officier supérieur et portait une longue vue ; l'autre servait en qualité d'ordonnance et n'avait à la main qu'une canne bourgeoise. Ils traversèrent ainsi tous les postes annamites qui firent semblant de ne pas les apercevoir puis arrivés en face du navire, ils attirèrent son attention par des signaux ; un canot vint à eux et les conduisit à bord, où l'évêque exposa au commandant les dangers qui le menaçaient et put ainsi le préserver des plus grands périls.

    Quelques mois plus tard, Mgr Pellerin vint en France et décida l'empereur Napoléon III à entreprendre l'expédition de Cochinchine, qui devait mettre un terme aux atroces persécutions de Tu-duc et donner à la France une de ses plus belles colonies.

    A la même époque, un autre évêque, Mgr Louis Charbonnaux, né à La Guerche (Ille-et-Vilaine) en 1806, évêque et Vicaire apostolique du Maïssour en 1845, se faisait remarquer par une infatigable activité, une chaleur d'âme communicative et entraînante. Grand missionnaire, prédicateur éloquent, écrivain fécond, il fonda des oeuvres nombreuses de charité et d'enseignement que ses successeurs ont développées.



    Né à Lannion (Côtes-du-Nord) en 9822, Mgr Laouënan, qui devait être en 18138 Vicaire apostolique, et en 1886 premier archevêque de Pondichéry, était un admirable chef de mission ; homme de tête et de cur, esprit droit, missionnaire si rempli de zèle pour le salut des âmes que pour en sauver un plus grand nombre il sacrifia son patrimoine ; organisateur de volonté ferme sans être dure, d'intelligence parfois lente, mais réfléchie et clairvoyante, il eut souvent dans les conseils du gouvernement de la colonie française une influence prépondérante ; il l'eut également à Rome lors de la création de la hiérarchie catholique dans l'Inde. Il a publié un ouvrage remarquable : Du Brahmanisme et de ses rapports avec le Judaïsme et le Christianisme, qui en 1885 obtint à l'Académie française le prix Bordin.



    (A suivre.)
    1921/187-193
    187-193
    France
    1921
    Aucune image