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Les huit chevreaux : Contes japonais

Les huit chevreaux Contes japonais Il y avait une fois une chèvre. Cette chèvre s'appelait Yagisan. Elle avait huit chevreaux. Ces huit chevreaux aimait bien la chèvre, et la chèvre le leur rendait. Un jour, Yagisan partit pour la ville ; elle allait aux provisions. Avant de partir, elle dit aux chevreaux : « Mes enfants, il faut être bien sages pendant mon absence. Vous ne sortirez pas. Vous n'ouvrirez la porte à personne, absolument à personne. Je serai bientôt de retour. Je vous apporterai des bonbons ».
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    Les huit chevreaux

    Contes japonais

    Il y avait une fois une chèvre. Cette chèvre s'appelait Yagisan. Elle avait huit chevreaux. Ces huit chevreaux aimait bien la chèvre, et la chèvre le leur rendait.
    Un jour, Yagisan partit pour la ville ; elle allait aux provisions. Avant de partir, elle dit aux chevreaux : « Mes enfants, il faut être bien sages pendant mon absence. Vous ne sortirez pas. Vous n'ouvrirez la porte à personne, absolument à personne. Je serai bientôt de retour. Je vous apporterai des bonbons ».
    Les chevreaux promirent d'être bien sages, de ne pas sortir, et de n'ouvrir la porte à personne, absolument à personne. Et la chèvre partit, un panier au bras. Les enfants fermèrent toutes les portes. Puis, pour passer le temps, ils se mirent à jouer à pigeon vole.
    Yagisan marchait à grands pas vers la ville. Le loup la vit passer. Il eut l'idée de sauter sur elle et de la manger. Car le loup aime bien les chèvres. Puis, réflexion faite, il se dit : « Au lieu de manger la maman, je vais manger les petits. Ils sont huit, et la chair est plus tendre ».
    Il se dirige de ce pas vers la maison de la chèvre. En route, il se lèche les babines et aiguise ses dents. « Pourvu que la porte soit ouverte? » se dit-il.
    Il arrive. La porte est fermée. Par une fente, il entrevoit les huit chevreaux jouant à pigeon vole il frappe doucement.
    « Qui va là ? » demande l'aîné des petits.
    « Il ne faut pas ouvrir. Maman l'a défendu, » dit le plus jeune.
    « C'est moi, répond le loup ; moi, votre tante ; vous savez, votre tante Hayatobisan. Je vous apporte des bonbons. Ouvrez-moi ! »
    « Cette voix n'est pas la voix de notre tante, remarque l'un des chevreaux. Notre tante a une voix bien plus douce, plus tremblante et plus traînante ».
    « Nous n'ouvrons pas à notre tante ! » crie alors l'aîné des petits. Et tous se mettent à rire et continuent à jouer.
    Le loup a tout entendu. — Il se reproche de n'avoir pas une voix douce, tremblante et traînante. « Je reviendrai ! » dit-il. Et vite il court chez un célèbre pharmacien : « Donnez-moi, lui dit-il, une médecine pour adoucir la voix et la rendre chevrotante ». — Le pharmacien lui donne le remède. Mais le loup se garde bien de dire au pharmacien pourquoi il veut changer sa voix.
    Après avoir pris la médecine, il retourne à la maison de la chèvre. La porte en est toujours fermée ; les chevreaux jouent toujours. Le loup frappe doucement :
    « Qui va là? » demande l'aîné des petits.
    « Il ne faut pas ouvrir ! Maman l'a défendu répète le plus jeune ».
    « C'est moi, répond le loup... moi, votre grand'mère... vous savez, votre grand'mère Nakigoesan ! Ouvrez-moi. Je vous apporte des feuilles de choux ! » Un chevreau plus curieux s'approche de la porte et regarde par la fente.
    « Ce n'est pas notre grand'mère, s'écrie-t il. Grand'mère a des pieds tout blancs, blancs comme la neige. Celui-ci a des pieds tout noirs, noirs comme le charbon ».
    « Nous n'ouvrons pas à notre grand'mère, » crie alors l'aîné des petits, et tous se mettent à rire, et continuent à jouer.
    Le loup a tout entendu. Il se reproche de n'avoir pas des pieds blancs comme la neige.
    « Je reviendrai, » dit-il. Et vite il court chez un célèbre teinturier : « Veuillez me teindre les pieds en blanc ; rendez les blancs comme la neige ». — Le teinturier lui teint les pieds. Mais le loup se garde bien de dire au teinturier pourquoi il veut avoir les pieds blancs comme la neige. Après cela le loup retourne encore à la maison de la chèvre. La porte en est toujours fermée ; les chevreaux jouent toujours. Le loup frappe doucement.
    « Qui va là ? » demande l'aîné des petits.
    « Il ne faut pas ouvrir ! Maman l'a défendu », répète le plus jeune.
    « C'est moi, répond le loup... moi, votre maman ! Je reviens de la ville, et vous apporte des bonbons ».
    La maman ! Crient en choeur les huit petits chevreaux. Cette fois, le doute n'est plus possible. La voix est la voix de la chèvre ; les pieds sont ses pieds. C'est la mère !... La porte s'ouvre... le loup entre. Le plus jeune des chevreaux se précipite derrière un paravent. Il se tient là, tremblant de peur il voit ses sept frères disparaître l'un après l'autre dans la gueule formidable du loup.
    Celui-ci, ayant achevé son repas, quitte la maison de la chèvre, et retourne à la forêt.
    Yagisan revient de la ville. Elle voit la porte ouverte. Un pressentiment terrible la saisit. Elle entre, et ne voit plus ses petits... Sur les nattes des taches de sang : « Oh ! S'écrie-t-elle, en s'arrachant les poils de désespoir, ils ont ouvert la porte !... Le loup sera venu, et les aura mangés !... » Et elle pleure !
    Le plus jeune des chevreaux s'était caché derrière le paravent. Le loup ne lavait point vu. Apercevant sa mère, il sort de sa cachette, se jette dans ses bras, et d'une voix tremblante, lui raconte la terrible aventure.
    La chèvre, ayant tout entendu, se redresse furieuse. Ses yeux lancent des éclairs. « Je retrouverai mes petits, s'écrie t elle, et je me vengerai ! » — Et, suivi de son chevreau elle s'élance à la piste du loup.
    Le loup était retourné au bois. Il s'était étendu dans un épais taillis, et là, tout en faisant sa digestion, il s'était endormi.
    Yagisan trouve le loup endormi dans les broussailles. Son sommeil est profond il ronfle bruyamment. La chèvre s approche sans faire de bruit : car elle ne veut pas réveiller le loup. Elle prend des ciseaux, et délicatement entrouvre la peau du ventre. Le loup ne se réveille pas. Les sept petits chevreaux sont là, dans le ventre du loup, vivants, bien portants, entassés comme des petits oiseaux dans leur nid.
    Ils sortent en poussant des cris de joie. Ils reconnaissent leur maman, se jettent à son cou, la couvrent de caresses. Le loup est toujours endormi. Mais il n'y a pas de temps à perdre. Vite, la mère ordonne aux sept petits de lui apporter chacun une pierre. Les petits obéissent aussitôt. La chèvre prend les sept pierres et les déposes dans le ventre du loup, à la place même où tout à l'heure étaient ses sept petits. Puis, prenant une grosse aiguille et du gros fil, elle enfile la grosse aiguille et délicatement recourt la peau du ventre. Cela fait, elle se retire à l'écart avec ses huit chevreaux.
    Pendant l'opération, le loup dormait toujours. Il se réveille au bout d'un quart d'heure, se lève, se frotte les yeux, s'étire. Son ventre est lourd, très lourd ! — « La digestion est difficile ! » dit-il à haute voix. Les chevreaux ont entendu. Ils étouffent un rire.
    Le loup est dévoré par la soif, une soif brûlante. Il descend vers un étang, s'approche et se baisse pour boire. Au même instant, les sept pierres roulent l'une après l'autre jusque vers son gosier. Le loup, entraîné par le poids, tombe dans l'étang.
    La chèvre et les chevreaux voient le loup se débattre. Ils applaudissent, rient et chantent. Le loup est descendu jusqu'au fond de l'étang, d'où il n'est plus ressorti ...
    La vengeance des chèvres est terrible !
    1911/51-52
    51-52
    Japon
    1911
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