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Les Franciscaines missionnaires de Marie et les Communistes à Sutin (Setchoan)

Les Franciscaines missionnaires de Marie et les Communistes à Sutin (Setchoan) Le 18 octobre 1933, apprenant l'approche des communistes, la plupart des habitants de Sutin cherchaient leur salut dans la fuite : restaient seulement ceux qui n'avaient rien à perdre ni rien à sauver, et les Religieuses, que la charité retenait auprès de leurs 250 orphelines.
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    Les Franciscaines missionnaires de Marie et les Communistes à Sutin (Setchoan)

    Le 18 octobre 1933, apprenant l'approche des communistes, la plupart des habitants de Sutin cherchaient leur salut dans la fuite : restaient seulement ceux qui n'avaient rien à perdre ni rien à sauver, et les Religieuses, que la charité retenait auprès de leurs 250 orphelines.
    Le 21, les Rouges entraient dans la ville, la livraient au pillage et s'installaient dans l'église catholique. Le 24, vers 11 heures du matin, ils se présentaient devant les portes du Couvent des Franciscaines Missionnaires de Marie, le San-chan-tang (Maison des trois bonnes oeuvres). Un brave chrétien, nommé Liao, voyant les Rouges s'amasser devant la grande porte, passa par-dessus le mur d'un voisin et vint dire à Mère Alfreda, Supérieure : «Ils vont entrer. Que les Soeurs européennes ne se montrent pas ; envoyez les enfants avec les Soeurs chinoises ».
    Tel n'était pas l'avis des Rouges. Entrés dans la maison, donnant à peine un regard aux Soeurs indigènes et aux enfants : « Ce sont les Européennes que nous voulons », dirent-ils. Mère Alfreda se présente alors avec deux autres. — « Combien êtes-vous ? Demandent-ils. — « Cinq », répond la Supérieure avec assurance. — « Que les autres viennent aussi ! »
    Quand elles furent toutes réunies, braquant sur elles son revolver, le chef leur dit d'un ton impérieux : « Suivez-nous ! » Résister eût été inutile, elles le suivirent donc jusqu'à la rue. Là, elles crurent leur dernière heure arrivée en entendant cet homme dire : « C'est ici qu'il faut les tuer toutes », et elles firent généreusement le sacrifice de leur vie. Mais une foule de pauvres gens, qui s'étaient amassés en face de l'entrée, s'écrièrent d'une seule voix : « Non, ne tuez pas les Sieoutao (religieuses) : elles ne font que du bien, recueillent les enfants malheureux, soignent gratuitement nos malades ! » Un geste menaçant du chef provoqua un mouvement de recul, mais aussitôt tous se rapprochaient, répétant les mêmes supplications. Contrarié par cette protestation qu'il ne prévoyait pas, le Rouge demanda aux Soeurs : « Où sont vos remèdes ? » — « Au dispensaire, je vais vous les montrer ». Et, retenues pendant deux heures dans le dispensaire, les Soeurs assistèrent au pillage de tout ce qu'il contenait. Après quoi le terrible chef s'informa de l'endroit où elles avaient leur argent. — « Si vous voulez savoir où il est, répondit la Supérieure, il faut monter à l'étage ». — « Eh bien ! Venez deux seulement ». — « Non, fut l'énergique réponse : ou nous irons toutes, ou nous ne monterons pas ! »
    Devant cette attitude ferme et décidée, le Rouge céda. Bien que la caisse fût déjà vidée, il voulait encore de l'argent, prétendant qu'il devait y en avoir, puisqu'on bâtissait. Il restait, en effet, quelques centaines de piastres, mises en réserve et cachées dans la buanderie. Mère Alfreda n'osa se refuser à les y conduire, mais quand ils furent en possession de cet argent, ils en demandaient encore. Alors commença une scène odieuse. Armé d'un gros bâton, le chef se mit à frapper les religieuses, puis, braquant sur elles son revolver, il s'écria : «Tuons-les toutes ! » S'attendant à la mort, elles se jetèrent à genoux pour prier. Le Rouge crut qu'elles demandaient grâce, mais une Soeur chinoise le détrompa : « Ce n'est pas devant vous que nous sommes à genoux, mais devant notre Dieu, à qui nous offrons notre vie ». Et lui de s'écrier : « Ces diablesses-là n'ont pas peur de la mort : elles prient encore ». Et aux Soeurs : « Relevez-vous », commanda-t-il impérieusement. Alors nouvelles instances pour obtenir de l'argent, accompagnées de coups de pied, de coups de poing.
    Cette fois, ne doutant plus que leur dernière heure ne soit arrivée, les religieuses tombent à genoux et renouvellent le sacrifice de leur vie, attendant avec une joie inexprimable — toutes l'ont dit, — le coup de la mort. Mais le chef les quitte en leur disant : « Réfléchissez bien ; je vais préparer mes couteaux pour vous tuer toutes si vous ne donnez pas votre argent», et il sort. Les religieuses rentrent dans la maison, et, en traversant la cour, elles voient les soldats empaqueter le butin de leur pillage.
    Un instant après le terrible chef était de retour. — « Avez-vous réfléchi ? Je veux de l'argent ». — « Nous n'en avons plus », répond Mère Alfreda, vous l'avez tout emporté ». Furieux, s'adressant à ses soldats, il crie : « Tuons-les ! » Une Soeur chinoise vient aussitôt se placer devant les cinq européennes pour les protéger et à sa suite les orphelines, grandes et moyennes, se précipitent vers les religieuses, formant spontanément un rempart compact. Les Rouges, irrités, veulent les arracher de là, mais toutes répondent : « Vous nous tuerez avant d'atteindre nos Sieoutao ». Les coups pleuvent sur elles, le sang coule ; les unes sont traînées par les cheveux, les autres reçoivent des coups de pied qui les lancent dans le jardin : les pauvres enfants se relèvent et reviennent courageusement au poste qu'elles se sont assigné. Un soldat va asséner sur la tête de Mère Alfreda un violent coup de la crosse de son revolver : une orpheline de 12 ans pare le coup et le reçoit sur la main ; malgré la douleur et le sang qui coule, l'enfant ne recule pas. Une pauvre boiteuse est jetée à terre, une autre est suspendue par les cheveux, mais une de ses compagnes se hâte de couper la tresse.
    Vers 7 heures du soir, voyant la persistance des enfants à défendre les religieuses, un Rouge dit, en désignant les plus grandes : « Nous allons venir chercher toutes celles-ci ». La Supérieure entendant ces paroles, dit à l'oreille de l'une d'elles : « Allez toutes près de la Soeur chinoise, elle vous mettra en sûreté ». Pour ne pas attirer l'attention, une à une elles se retirèrent et furent bientôt dispersées dans des familles connues.
    L'éloignement des enfants permit aux soldats de se rapprocher peu à peu des religieuses, qui, se rendant compte d'un danger jusqu'alors insoupçonné furent saisies d'une angoisse inexprimable. Un Rouge s'approche de Mère Alfreda, la maltraite avec fureur ; la gifle à droite, à gauche, lui donne des coups de pied, puis la menaçant de son revolver, il crie : « Il faut tuer celle-ci ! » Puis soudain, semblant comprendre qu'il ne pourrait vaincre une telle résistance, il se calme et va rejoindre ses compagnons.
    N'ayant pas de lumière dans la maison, les religieuses vinrent s'asseoir dans la cour. — « Vous allez chercher à vous enfuir, n'est-ce pas ? » Leur dit un Rouge. — « Nous sommes restées pour les enfants, lui répondit la Supérieure ; si nous avions voulu partir, nous l'aurions fait plus tôt ». Mais, tout en parlant ainsi, elle s'était convaincue que la fuite s'imposait. Enfin vers 8 heures et demie du soir, le chef donna un coup de sifflet et, s'adressant à ses hommes : « Allons souper, leur dit-il ; partons au Tientchou-tang (l'église paroissiale, dont ils ont fait leur résidence).
    Aussitôt après leur départ, tandis que des ouvriers barricadaient les portes extérieures, les chrétiens pressaient les Soeurs de fuir. Une religieuse chinoise se joignit à eux : « Oui, partez : ils veulent vous tuer : je les ai entendus se le dire entre eux. Nous, nous resterons ; nous surveillerons les grandes et aurons soin des petites. Soyez sans inquiétude, j'ai de quoi les nourrir pendant quelque temps. Et la Providence veillera sur nous ! » Les enfants de leur côté, apportant aux Soeurs des habits chinois, insistaient : « Partez vite ; ils vont vous tuer, ils l'ont dit ».
    Cependant les ouvriers qui travaillent aux constructions et qui n'ont eu qu'à se louer des bons procédés des religieuses ont tout disposé pour la fuite, y compris des vêtements chinois. En quelques minutes la transformation est achevée. Avec grande prudence, conduite une à une à de courts intervalles par deux ouvriers, les fugitives franchissent la grande porte, heureusement non gardée et se rendent chez le chrétien Liao, en face de leur maison ; de là, toujours protégées par leurs braves ouvriers, elles sortent de la ville par la porte de l'Est ; mais, le passage du fleuve étant interdit pendant la nuit, elles attendent le jour dans la maison d'un des ouvriers.
    Pour éviter les soupçons, les guides bénévoles étaient retournés au plus vite à leur chantier. A peine y étaient-ils arrivés qu'un groupe nombreux de communistes entraient dans le couvent et, n'y trouvant plus les religieuses, demandèrent aux ouvriers où elles étaient. Ceux-ci, de l'air le plus indifférent, répondirent : « Nous n'en savons rien. Peut-être sont-elles parties par la porte de derrière ». Les enfants, sommées sous menace de mort de dire où étaient les Soeurs, répondirent de même. Et jusqu'à 3 heures du matin les perquisitions continuèrent, mais sans résultat.
    Au petit jour les fugitives purent passer le fleuve sans encombre. Sur l'autre rive, derrière une colline, la famille d'un des ouvriers les attendait et leur avait préparé du hifan (bouillie de riz à l'eau), déjeuner plutôt frugal, mais qui fut cependant très apprécié, car les voyageuses n'avaient rien mangé depuis la veille au matin. Après quoi elles se mirent en route et firent, ce jour-là, 48 kilomètres à pied par des chemins détournés à travers les montagnes. Ce n'est que le surlendemain qu'elles arrivèrent à Sulin : elles y furent cordialement accueillies par le P. Tchang et y passèrent trois jours en un repos bien nécessaire. Revêtues d'un long gaotse noir (habit chinois ouaté), convenable et bien chaud, elles purent continuer leur route en houakeul (chaise à porteurs en bambou) jusqu'à Wanshien, où Mgr François Wang et ses prêtres les accueillirent avec la plus délicate charité. Deux jours après, le vapeur Footong les emmenait à Chungking, où les attendait la Mère Provinciale de leur Congrégation. Sur le bateau, les cabines manquant, les marins cédèrent la leur et allèrent coucher dans la salle à manger, heureux de manifester ainsi leur sympathique admiration pour les vaillantes missionnaires.
    Il serait difficile de dépeindre l'émotion joyeuse avec laquelle elles furent reçues à Chungking. Un vibrant Magnificat fut la première expansion de l'unanime reconnaissance.
    Le 18 décembre, Sutin fut enfin délivré des communistes et des nouvelles arrivèrent à Chungking. Depuis le départ des religieuses, 32 enfants, privées de leurs couvertures et des remèdes volés par les Rouges étaient mortes à l'orphelinat. Les autres avaient grandement souffert et, si la ville n'avait pas été reprise par les troupes régulières, toutes seraient mortes de faim.
    Une partie de la ville fut incendiée par les communistes obligés de battre en retraite, mais heureusement l'établissement des Soeurs échappa aux flammes.

    1934/107-111
    107-111
    Chine
    1934
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