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Les dialectes moïs à l'honneur

Les dialectes moïs à l'honneur Depuis son entrée en fonction, M. Griffeuil, Résident Supérieur en Annam, est venu deux fois visiter le pays « moï » pour se rendre compte personnellement de ce qui avait été fait et de ce qui restait à faire dans ces pays neufs.
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    Les dialectes moïs à l'honneur

    Depuis son entrée en fonction, M. Griffeuil, Résident Supérieur en Annam, est venu deux fois visiter le pays « moï » pour se rendre compte personnellement de ce qui avait été fait et de ce qui restait à faire dans ces pays neufs.
    Tandis que dans le Centre Annam, dans la province de Kontum par la Mission, dans celle du Darlac par l'Administration, des oeuvres scolaires moïs ont été créées et sont florissantes, rien encore de ce genre n'a été essayé dans le sud, parmi les tribus « koho » et « ma », qui sont cependant deux des plus populeuses tribus autochtones de la chaîne annamitique.
    Les peuplades moïs (sauvages), dont l'habitat est fixé sur les hauts plateaux des montagnes d'Annam, sont englobées dans quatre provinces : du nord au sud, Kontum, Pleiku, Darlac et Haut Donnai. Les divers groupes moïs qui constituent la tribu ont chacun leurs chefs, leurs coutumes, leur langue ; seul le costume, des plus primitifs, est le même pour tous.
    Trois des dialectes moïs ont déjà été écrits : le « bahnar » de Kontum par le P. Dourisboure (1825-1890) ; le « rhadé » du Darlac par M. le Résident Sabatier ; le « koho » du Haut Donnai par le P. Cassaigne. Mais chacun des auteurs, travaillant séparément, a adopté la transcription alphabétique qui lui paraissait la plus pratique : les missionnaires ont pris l'alphabet annamite dit « quocngu », tandis que M. Sabatier utilisait l'alphabet français.
    Après ses visites dans le Sud Annam, M. le Résident Supérieur décida de doter les tribus moïs du Haut Donnai d'oeuvres scolaires semblables à celles des autres provinces, et, pour faciliter l'exécution de ce projet, il résolut d'unifier la transcription alphabétique des divers dialectes moïs déjà écrits.
    A cet effet, au mois d'août dernier, se réunit à Dalat une commission de linguistes composée de :
    M. Coedès, Directeur de l'Ecole Française d'Extrême-Orient, Président ;
    Le P. J.-B. Décrouïlle, missionnaire de Kontum, pour le bahnar ;
    Le P. Cassaigne, missionnaire de Saigon, pour le koho ;
    M. Antomarchi, inspecteur primaire, pour le rhadé ;
    M. David Beaulieu, Résident de France à Pleiku, pour le jarai ;
    M. Cunhat, ancien Résident du Haut Donnai ;
    M. Ner, explorateur des pays moïs ;
    M. Feantereau-Vassel, Directeur de l'Enseignement en Annam ;
    M. Kerrest, Administrateur des Services Civils, secrétaire.
    Les travaux de la Commission durèrent cinq jours, pendant lesquels fut élaborée une transcription alphabétique commune aux différents dialectes moïs : alphabet de 53 lettres, simples et composées, et calqué en grande partie sur le « quôc-ngu » annamite ; pour certains sons cependant on recourut au C tchèque, au J anglais, au N espagnol. Les 53 lettres du nouvel alphabet n'étant pas nécessaires dans tous les dialectes, il fut convenu que chaque langue n'utiliserait que celles qui lui sont applicables.
    D'autre part, laissant de côté les dialectes des tribus moins importantes (Sodang, Jaraï, Churu, Mnong-gar, etc.), la composition de manuels scolaires fut décidée pour les trois langues principales : le bahnar, le rhadé et le koho.
    La langue bahnar, parlée par la plus grande partie de la province de Kontum, compte déjà de nombreux ouvrages imprimés, livres de religion, surtout, oeuvres des missionnaires ; la Commission chargea le P. Décrouïlle de composer de nouveaux manuels en bahnar.
    La langue rhadé, parlée au Darlac et transcrite par M. Sabatier, ne contient que des ouvrages profanes, mais d'une haute valeur scientifique, parmi lesquels il convient de citer le « Livre des Légendes des Rhadés ». La nouvelle transcription en est confiée à M. Antomarchi, Inspecteur primaire à Bammethuôt.
    Plus au sud enfin, avoisinant la frontière de Cochinchine, la langue koho est parlée dans la province du Haut Donnai et dans les parties moïs des provinces de Binthuan (Annam) et de Bienhoa (Cochinchine). Le dialecte koho est l'un des plus répandus, car, en plus des Koho, les Ma, les Chil, les Raglaï, les Mnong-gar en Annam, et les Stiengs, au nord de la Cochinchine, le parlent avec quelques variantes. En koho il n'existe que deux Lexiques et un petit Catéchisme, oeuvres du P. Cassaigne, missionnaire à Djiring, à qui a été demandée la composition des manuels en cette langue.
    Un dernier point retint l'attention de la Commission. Les Annamites attachent au mot «moï » le sens péjoratif de sauvage, barbare : on proposa donc de substituer à l'expression «dialecte moï » celle de « dialecte des montagnards » ou « dialecte des hauts pays », et c'est cette dernière qui fut approuvée par M. le Résident Supérieur.
    La Commission avait terminé ses travaux relativement à une question d'intérêt général dont la solution était devenue nécessaire.
    Il est permis cependant de douter de l'empressement avec lequel les futurs écoliers «des hauts pays » apprécieront le travail accompli pour eux. Les légendes locales racontent que les « langs » ou génies ont jadis prédit aux Moïs qu'ils ne sauraient jamais écrire : il est à craindre que beaucoup ne s'appliquent à ne pas les faire mentir.

    J. Cassaigne,
    Missionnaire de Saigon.

    1936/70-72
    70-72
    Vietnam
    1936
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