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Les deux premiers apôtres du Laos Mgr Prudhomme et M. Guégo 2 (Suite et Fin)

Les deux premiers apôtres du Laos Mgr Prudhomme et M. Guégo (Fin1).
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    Les deux premiers apôtres du Laos

    Mgr Prudhomme et M. Guégo

    (Fin1).

    Cette esquisse des débuts du christianisme au Laos permet d'abréger l'histoire de sa progression, désormais constante et sûre. Ce sont, mais accrus par le nombre des postes et des chrétiens, les mêmes soucis, les mêmes luttes, les mêmes voyages, les mêmes privations, et aussi cette note bien française, caractéristique des tempéraments généreux : la même gaîté; gaîté simple, souvent charmante de naïveté, aux épanouissements plus faciles chez le P. Xavier. Elle fut pour tous les deux la sauvegarde de leurs espoirs dans les moments plus difficiles « gallo cannete, aspes redit », et l'assaisonnement habituel de leurs repas de famine.
    Chaque année, vers le mois de décembre, M. Prodhomme ou le P. Xavier, ou plus tard un autre missionnaire, se met à la tête de la caravane chargée d'aller chercher le ravitaillement à Bangkok. Il en revient avec un missionnaire nouvellement arrivé de France, rarement deux. La plus grande épreuve de M. Prodhomme, celle qui lui a fait verser des larmes, les seules peut-être qu'il ait versées, ce fut la faiblesse des ressources qui lui étaient octroyées en vue d'espoirs de réalisation certaine se demandait un jour, ses notes le disent, s'il n'eût pas mieux valu ne pas entreprendre une oeuvre dont l'échec serait décourageant et néfaste pour la conversion d'un peuple actuellement si bien disposé. Mais chez M. Prodhomme, le découragement, ou plutôt la lassitude, était de courte durée et avait pour résultat de décupler son énergie, en lui inspirant la mise en pratique de cette parole d'un sage : « Quand on n'a plus rien à espérer, il ne faut désespérer de rien ». Alors, mais alors seulement, lorsque la réserve des moyens humains s'épuisait, il mettait en jeu le ressort le plus puissant de son activité : la confiance en la divine Providence, confiance raisonnée qu'il conditionnait sagement par le proverbe : « Aide-toi, le Ciel t'aidera ». C'est dans sa piété et sa confiance en Dieu qu'il faut chercher le secret de sa hardiesse, et de l'équilibre qu'il suit toujours garder entre un optimisme infécond et un pessimisme plus stérile encore.

    1. Voir Annales des Missions Étrangères, no 144, p. 63.

    ***

    En 1884 commence l'essaimage de la chrétienté d'Oubone. Les voies ont été préparées par un long voyage de M. Prodhomme le long du Mékong qu'il remonte jusqu'à Vien Chan, ancienne capitale du Laos. Au retour il visite les villages disposés à recevoir l'Evangile. Il découvre à Lakhon quelques familles chrétiennes venues du Tonkin à l'époque de une vingtaine d'années. Elles le supplient de leur envoyer un missionnaire.
    Tandis que M. Dabin, venu récemment de Bangkok et possédant suffisamment la langue, va maintenir les positions conquises à Oubone, M. Prodhomme et le P. Xavier ont établi des postes avancés plus au nord : le premier à Lakhon, le second à Sakon. Les catéchumènes ne tardent pas à affluer. En 1885, un nouveau missionnaire vient rejoindre le P. Xavier à Tharë où le poste de Sakon a été transplanté. Bientôt, catéchistes et instructeurs ayant accompli leur oeuvre, le nouveau Père affermira encore cette position conquise, et le P. Xavier ira à Khamkom fonder un autre poste. Ainsi l'arrivée de chaque nouveau missionnaire marque une nouvelle avance méthodique et sûre dans les villages païens où la croix est plantée. Durant l'année 1887, 617 baptêmes d'adultes ont été administrés au Laos, et la population chrétienne atteinte le chiffre de 1.396.
    Cependant M. Prodhomme, qui vient d'être nommé provicaire par Mgr Vey, multiplie ses voyages dans les stations. Il dirige le Mouvement, impose ses méthodes, surveille l'instruction, maintient la liaison et l'unité sur ce vaste front qui s'étend ou va s'étendre bientôt sur une longueur de 500 kilomètres. Il semble que la fatigue n'ait pas de prise sur lui. Missionnaire et supérieur ambulant, il n'a pas de demeure fixe. Sa demeure est celle de ses prêtres.
    En 1896, ceux-ci, réunis à Khamkom pour la retraite annuelle, lui démontrent la nécessité de construire une maison convenable sinon pour lui, du moins pour la bonne ordonnance des réunions de missionnaires. Chacun lui offrit le denier de sa pauvreté, et la maison provicariale fut élevée près de la petite annexe de Nong-seng, qui devint ainsi le centre de la mission et bientôt le siège de l'évêché. A la fin de 1897, le Laos comptait près de 8.000 chrétiens ; le séminaire, que M. Prodhomme avait fondé en 1890 pour être une pépinière de prêtres indigènes, si possible, ou du moins de catéchistes instruits, comptait une centaine d'élèves.

    ***

    Tout était prêt pour l'érection du Laos en Mission distincte. Mgr Vey, qui, en raison de sa mauvaise santé, ne pouvait pas visiter ces fidèles éloignés, demanda lui-même cette érection ; le 24 mai 1899, S. S. Léon XIII érigeait le Vicariat apostolique du Laos et lui donnait comme premier pasteur Mgr Joseph Marie Cuaz, missionnaire à Chantabun depuis 14 ans. Avec les souhaits de bienvenue de toute la Mission, M. Prodhomme pouvait offrir au nouvel évêque une liste de 9.262 chrétiens répartis en une dizaine de districts, et, comme résultat de l'année qui prenait fin 679 baptêmes de païens adultes et 1.761 catéchumènes. En même temps il mettait à son service toutes les richesses de son dévouement et de son expérience. Mgr Cuaz y puisa largement. Il nomma M. Prodhomme son provicaire.
    La nécessité d'abréger nous oblige de passer sur cette période qui ne fut pas la moins intéressante, ni la moins féconde de la vie de notre missionnaire. Signalons toutefois, qu'en 1905, il allait encore, de concert avec un jeune confrère, fonder le poste de Khorat, qui avait été le lieu de sa première étape à son entrée au Laos en 1881.
    En 1912, Mgr Cuaz, miné par la maladie, crut devoir se démettre de sa charge. Le Saint Siège, par bref du 2 juin 1913, nomma M. Prodhomme, évêque de Gerra et Vicaire apostolique du Laos. Le 14 septembre il fut sacré à Saigon par son cousin Mgr Quinton, Evêque, il reprend aussitôt ses courses apostoliques. L'allégresse est générale. Dans chaque poste, les chrétiens se pressent en foule sous sa main bénissant. Il préside aux examens sur la doctrine ; il prêche et passe de longues heures au confessionnal.
    Puis, viennent les années de la grande guerre, années d'épreuves terribles pour la mission du Laos. Seize missionnaires sont mobilisés. Beaucoup de postes vont être privés de pasteurs. Mgr Prodhomme fait appel à ses vétérans qui restent sur la brèche. Comme autrefois, comme toujours, le sentiment du danger va redoubler ses forces et rallumer ses énergies. Mais lorsque de longs travaux ont doublé le poids des ans et accentué les atteintes de la vieillesse les énergies rallumées ne font pas feu qui dure. Elle est longue cette guerre, et les absents ne reviennent pas.

    ***

    Le P. Xavier le premier succombe à la tâche. Au district qu'il administrait, il avait ajouté deux districts voisins que la guerre privait de leurs pasteurs. La visite assidue de ces postes n'était pas au-dessus de son zèle, ni peut-être de ses forces. Mais dans les premiers mois de l'année 1918, la peste pulmonaire fit son apparition dans le nord de la Mission. Le 20 mars, M. Guégo en ressentit les premières atteintes. Le lendemain, on vint le prévenir qu'une chrétienne se mourait dans le petit village de Pongkin, à 30 kilomètres de distance. Dès lors M. Guégo oublie son propre mal. Il fait seller aussitôt un cheval, se met en route et arrive chez la malade, moins malade que lui. Il la confesse et lui donne l'Extrême-Onction. Le lendemain, après une nuit agitée, il s'efforce de dire la sainte messe qui devait être pour lui la dernière. Il porte le Saint Viatique à sa malade, puis regagne à cheval son presbytère. Là, il se couche, tel un chêne abattu par l'orage, et ne peut plus se relever. Les chrétiens le décidèrent à se laisser transporter à Nong-seng. Ils le placèrent sur une pirogue, et à force de rames, après une nuit de voyage, ils arrivèrent à 2 heures du matin à l'évêché. Tous les soins furent inutiles. Après avoir reçu le Saint Viatique et l'Extrême Onction avec la piété d'un enfant, le Vendredi Saint 29 mars 1918, le bon pasteur donnait sa vie pour ses brebis.
    Cette mort affecta beaucoup Mgr Prodhomme. Il chercha dans la visite et l'administration des chrétientés du nord une diversion à la tristesse dont il sentait l'emprise. Au retour de ce long voyage à cheval, il présida la retraite annuelle de ses confrères à Nong-seng. Ce fut comme une revue de « sa vieille garde » ; car les jeunes étaient toujours absents et la mort avait fauché, et le P. Xavier, et deux de ses missionnaires sur les champs de bataille de France, et, au Laos, deux de ses prêtres indigènes. La constatation de tous ces vides qui n'étaient pas comblés lui donna-t-elle le pressentiment trop justifié d'une détresse prochaine? Pendant cette retraite, les confrères s'aperçurent de ravages encore imprécis, mais certains, dans cette constitution jusque-là si vigoureuse.
    Saint François d'Assise appelait son corps « mon frère l'âne » ; Mgr Prodhomme eût pu appeler le sien « mon frère le cheval ». Sur son corps, en effet, nerveux et bien musclé, sa volonté avait la même maîtrise que sa main de fer sur le cheval le plus rétif.
    Après la retraite, le vieil évêque voulut encore visiter et administrer les chrétientés du sud, et surtout ce poste de prédilection, Oubone, son premierné, l'objet de ses premières sollicitudes. Il fit à cheval ce long et pénible voyage, et revint à son évêché, le corps épuisé comme un coursier fourbu après une couse trop longue, et que l'éperon ne peut plus stimuler. C'était en février 1919. Quelques mois après, dans un soubresaut d'énergie il montait encore, péniblement cette fois, sur son vieux cheval, pour aller présider la fête du Patronage de Saint-Joseph à Khamkom. Au retour, sur les instances de ses missionnaires; il consentit à se rendre à Saigon pour se livrer, inutilement d'ailleurs, aux médecins et à leurs remèdes. Il revint au bout de deux mois, et le I8 septembre il fut frappé d'une paralysie cérébrale.
    Dès lors, il semble que dans ce corps ruiné par la fatigue, il reste une volonté luttant encore, comme autrefois à Chantabun, contre les atteintes de la mort. Ce ne fut que onze mois après, le 20 août 1920, que cette vie d'apôtre jeta sa dernière lueur. Ainsi vécurent et moururent le P. Xavier Guégo et Mgr Constant Prodhomme, les premiers apôtres de la Mission du Laos.

    1922/99-105
    99-105
    Laos
    1922
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