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Les communistes dans le vicariat de Tatsienlu

Les Communistes dans le Vicariat de Tatsienlu La Mission de Tatsienlu comprend deux parties : la partie chinoise, sur les rives du Tongho et de ses affluents ; la partie thibétaine, aux bords du Mekong et de la Salouen. Il ne s'agit ici que de la région chinoise, l'autre ayant été épargnée.
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    Les Communistes dans le Vicariat de Tatsienlu

    La Mission de Tatsienlu comprend deux parties : la partie chinoise, sur les rives du Tongho et de ses affluents ; la partie thibétaine, aux bords du Mekong et de la Salouen. Il ne s'agit ici que de la région chinoise, l'autre ayant été épargnée.
    Tranquilles jusqu'au mois d'avril, nos appréhensions commencèrent en apprenant que les Rouges, chassés du Kouytcheou, menaçaient Yunnanfu. Le péril nous parut certain lorsque, au début de mai, on sut que le Kientchang était envahi. De là deux routes s'ouvraient devant les hordes communistes : celle de Yachow, riche, mais bien gardée par les réguliers, et celle de Tatsienlu, pauvre et sans défense. C'est cette dernière qui fut choisie.
    Vers le 20 mai, apprenant que la ville de Mienlin, au nord du Kientchang, est aux mains de l'ennemi, nous perdons tout espoir de voir notre vicariat épargné.
    Notre vicaire apostolique, Mgr Giraudeau, a 85 ans ; son état de santé est bien précaire ; il est à craindre qu'il ne puisse supporter une semaine de chaise à porteurs qui le conduirait à Yachow. Tchangkiachan, une vieille chrétienté dans la montagne, à quelque 60 km de Tatsienlu, parut une retraite assez sûre et, le 23 mai, Monseigneur quittait la ville épiscopale, accompagné d'un diacre, des religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie et des institutrices indigènes. Trois jours après le petit séminaire était licencié. Mgr Valentin, Coadjuteur de Mgr Giraudeau, reste à Tatsienlu avec le P. Pasteur.
    Le 28 mai, on apprend que les Rouges sont à Mosimien. La population, sous-préfet en tête, est prise de panique et s'enfuit. Mgr le Coadjuteur et le P. Pasteur se décident à partir. Après une nuit de marche sous la pluie, ils arrivent exténués à Wase-kow ; là ils quittent la grande route et descendent au bord du Tong-ho ; la rivière, grossie par les pluies, roule des vagues énormes ; les deux voyageurs montent néanmoins dans une barque qui fait eau, se lancent dans le courant et abordent heureusement sur l'autre rive, où ils sont accueillis dans une famille chrétienne. De là ils vont retrouver Mgr Giraudeau et, durant les 12 premiers jours de juin, une pauvre maison abrita les deux évêques et les religieuses qui avaient quitté Tatsienlu. Rien ne manqua pour rendre ce séjour inoubliable : toujours sur le qui-vive, anxiété sur le sort des missionnaires dont le district était envahi, entassement dans un logis exigu, approvisionnement difficile, etc. Combien triste fut la fête de la Pentecôte !
    Pendant ce temps, que se passait-il à Mosimien ? On avait trop tardé à fuir. Les deux prêtres chinois réussirent à gagner la montagne, mais ils perdirent tout leur petit bagage. Le Fr. Nazaire fut rejoint dans sa fuite par les avant-gardes rouges, traîné jusqu'au delà de Lutingkiao, puis relâché. La léproserie, à 40 minutes du village de Mosimien, fut envahie par les bandits et l'on ne saurait dire tous les actes de violence et de brigandage qu'ils y commirent. La population prit aussi part à la curée ; sans aucune crainte de contagion, tout y passa : céréales, vêtements, couvertures, vivres, ornements, vases sacrés, mobilier. Quatre Franciscains et les religieuses présentes furent conduits devant les chefs communistes qui leur notifièrent que le Fr. Joseph et les religieuses pouvaient rester pour soigner les lépreux, mais que les PP. Albiero et Pegoraro, ainsi que le Fr. Pascal étaient leurs prisonniers et ne seraient libérés que moyennant le versement d'une rançon de 100.000 piastres (environ 500 à 600.000 francs). Deux pères et un frère furent donc emmenés par les Rouges. A Hualinpin, le P. Albiero, qui ne pouvait marcher, reçut un sauf-conduit lui permettant de retourner à Mosimien. Du P. Pegoraro et du Fr. Pascal, on n'a eu depuis lors aucune nouvelle, et il y a tout lieu de craindre qu'ils n'aient été massacrés.
    Mais que sont devenus les missionnaires dont les districts ont été envahis ?
    Le P. Le Corre, à Lentsy, célébrait la messe, le matin du 29 mai, lorsque, quelques instants avant la consécration, son maître d'école vint le prévenir de l'arrivée imminente des communistes. Sans perdre une minute, le Père descendit de l'autel, fit un paquet de quelques objets plus importants et, par des chemins peu fréquentés, partit dans la direction de Yachow. Il continua ensuite jusqu'à Chengtu, où Mgr Rouchouse lui offrit la plus aimable hospitalité. Trois heures après le départ du P. Le Corre, les Rouges envahissaient sa résidence, qui cela va sans dire fut pillée de fond en comble.
    C'est également le 29 mai au matin qu'une autre bande de Rouges pénétra dans la maison du P. Valour à Chapa. Deux jeunes séminaristes qui s'enfuyaient, tombèrent sur l'avant-garde communiste. Interrogés, ils déclarèrent ingénument qu'ils avaient peur des brigands. Cette réponse leur valut d'être enfermés une journée, après laquelle ils réussirent à s'échapper. Le P. Valour, accompagné d'un serviteur, était allé chercher refuge dans une maison isolée, sur la montagne, à l'orée de la forêt. 400 piastres étaient promises à qui le livrerait. De temps en temps un chrétien dévoué lui portait du pain de maïs. Il resta là dix jours et n'en sortit que pour aller annoncer à Monseigneur que les communistes étaient partis vers le nord et que la voie du retour à Tatsienlu était libre.
    Les autres missionnaires durent aussi quitter leurs postes pour échapper aux brigands ; seul le P. Doublet put célébrer la Pentecôte dans son église de Taofu.
    Les districts de Mosimien, Lentsy et Luting furent assez vite libérés des Rouges, qui ne firent qu'y défiler sans interruption durant 10 jours et 10 nuits. Mais à Mowkung et à Tsunghua, ils demeurèrent deux mois et y commirent les pires atrocités, allant jusqu'à scier leurs victimes et entassant les têtes et les troncs décapités dans les coffres à céréales vidés de leur contenu.
    Les PP. Charrier, Graton et Pezous purent cependant prendre part à Tatsienlu à la retraite annuelle et, après l'Assomption, reprendre le chemin de leurs chrétientés ravagées.
    Mais que de dégâts subis, que de ruines à relever !...
    De la terrible épreuve que vient de subir notre Mission découlent pour nous des conséquences pratiques. D'abord les Rouges se déplacent avec une rapidité déconcertante, et, comme malheureusement il n'est nullement certain qu'ils ne reviendront pas dans notre région, il ne faut pas attendre pour fuir qu'ils soient devant la ville.
    Il est inutile et imprudent de rester dans son poste pour le protéger ; on y risque souvent sa vie et toujours sa liberté et on ne protège rien du tout : les Rouges sont impitoyables, insatiables et d'une cruauté révoltante.
    Il est extrêmement difficile de cacher avec sûreté ce que l'on veut sauver ; il ne faut cacher que peu d'objets et moyennant une discrétion absolue, car la cachette échappât-elle aux perquisitions des brigands, elle peut exciter les convoitises de la population.
    Il faut enfin ne pas oublier que les communistes ont recours aux tortures les plus terribles pour faire avouer à ceux qui sont restés, la cachette des personnes ou des objets.
    Actuellement les Rouges sont à la frontière du Kansu, loin au nord de Tatsienlu. Puissent-ils ne pas nous revenir ! Et daigne la bonne Providence nous aider à relever les ruines qu'a accumulées leur passage ! (1)
    L. PASTEUR,
    Missionnaire de Tatsienlu.

    1. Des nouvelles récentes nous ont appris que les Rouges sont revenus dans la direction de Tatsienlu. Les PP. Charrier et Pezous ont dû, pour leur échapper, quitter leur poste et chercher refuge à Chengtu. Exaspérés par les échecs qu'ils ont subis, les communistes se montrent plus cruels que jamais et font mourir leurs victimes dans les plus affreux supplices. Tatsienlu est de nouveau menacé, et peut-être aussi le Kientchang.
    On recommande aux prières de nos lecteurs des Missions si durement éprouvées (N. D. L. R.).

    1936/14-17
    14-17
    Chine
    1936
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