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Les Collèges des Marianistes au Japon

Les Collèges des Marianistes au Japon PAR M. COMPAGNON Directeur au Séminaire des Missions Étrangères
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    Les Collèges des Marianistes au Japon

    PAR M. COMPAGNON

    Directeur au Séminaire des Missions Étrangères

    Dès que la liberté religieuse fut suffisamment assurée au Japon, les missionnaires établirent des écoles. Mais impuissants à pourvoir à tous les besoins d'un peuple dont le caractère promettait une rapide évolution, forcés d'ailleurs de se réserver pour le ministère proprement dit, ils se mirent à la recherche d'auxiliaires pour les différentes oeuvres de l'apostolat. Mgr Osouf, premier archevêque de Tokio, s'était de bonne heure adressé aux Frères de Marie, dont les écoles d'Europe et d'Amérique étaient si florissantes. Il mettait son espérance dans leur concours pour travailler, par la culture intellectuelle, à la conversion de cet intéressant pays, tout épris de l'amour de la science.
    Les premiers religieux partis de San Francisco à bord du Belgic, entrèrent dans baie de Yokohama le 21 décembre 1887. Ils n'étaient que deux. Quelques jours plus tard, le 4 janvier 1888, le Sindh amenait une caravane de France : deux prêtres et un frère. La petite communauté se trouvait dès ce moment composée de cinq membres, deux prêtres et trois laïcs, et constituée sous la direction de M. Heinrich.
    Quand le chef de cette modeste bande apostolique avait demandé à son supérieur, le T. R. P. Simler, de sainte et vénérée mémoire, quelle oeuvre elle devait entreprendre au Japon, il lui avait répondu : « Allez, voyez ce qu'on peut faire ; puis renseignez-nous ».
    Ces premiers pionniers ne furent pas longs à reconnaître la voie dans laquelle ils devaient décidément s'engager. Le Japon avait dé jà fait des pas de géant au point de vue de l'instruction. L'enseignement primaire y était admirablement organisé.
    L'étude des langues étrangères n'avait encore qu'une part assez insignifiante. C'était donc aller à un échec que d'ouvrir une école d'anglais ou de français. Les professeurs n'étaient pas suffisamment outillés pour l'enseignement supérieur. Il ne leur restait donc que l'enseignement secondaire et l'enseignement professionnel. C'est à ces deux derniers que les circonstances les portèrent à s'arrêter.
    Au Japon comme en France, l'enseignement comporte trois degrés : primaire, secondaire et supérieur. L'école primaire est divisée en élémentaire, qui est de 6 années, et obligatoire pour tous les enfants au-dessus de 6 ans révolus. L'école primaire-supérieure est facultative. Les cours de l'école primaire-supérieure durent 2 ans. Mais les enfants, qui se destinent à une école secondaire, y sont admis après leurs six années d'école primaire élémentaire, à l'âge d'environ 13 ans.
    L'enseignement secondaire est également à deux degrés : il y a l'école secondaire ordinaire ou lycée d'une durée de cinq ans, et lécole secondaire supérieure ou lycée supérieur, de 3 ans.
    Il y a à Tokio plusieurs écoles, municipales ou libres, d'enseignement secondaire. Mais il n'y a qu'une seule école d'enseignement secondaire supérieur ; elle est gouvernementale. Tous les candidats à l'Université doivent passer par cette école. Il est néanmoins probable que le Ministère de l'Instruction publique ne serait pas opposé à la fondation d'une école libre de ce degré, et il serait à désirer que la mission eût assez d'auxiliaires pour entreprendre cette oeuvre, et conduire ainsi les élèves, instruits dans nos écoles, jusqu'aux portes de l'Université.
    L'enseignement supérieur, à un seul degré, est donné dans les Universités, qui, à Tokio, sont au nombre de 3 : l'Université impériale, Jeikoku-daigakkô, fondée au moment de la Restauration impériale ; le Waseda-daigakkô, fondé ver 1880 par le futur comte Okuma, dans le quartier de Waseda (d'où son nom) et qui a reçu en 1901 le titre d'Université libre ; le Keiogijuku, fondé en 1866, par le fameux Fukusawa et élevé aussi, il y a quelques années au rang d'Université libre. Ces deux dernières, très florissantes, font une concurrence sérieuse à l'Université impériale. L'enseignement y est plus indépendant, les tendances plus libérales. Elles ont produit plus de la moitié des hommes politiques et des sommités intellectuelles du pays.

    Pour essayer de caractériser d'un mot l'enseignement dans ces trois écoles, on pourrait dire qu'à l'Université impériale, il est plus classique ou traditionaliste, à Waseda plus utilitaire, au Keio-gijuku plus rationaliste.
    Telles sont les notions générales sur l'enseignement au Japon, nécessaires au lecteur pour comprendre luvre des Frères de Marie, leurs tâtonnements des premiers jours, leur marche en avant, leurs succès, leurs desseins et leurs espérances pour l'avenir.

    I. Ecole marianiste à Tokio.

    A leur arrivée, au lieu de se fixer à Yokohama, ville à moitié européenne, comme le leur demandait la population étrangère, les Marianistes suivirent les conseils de la Mission et s'installèrent immédiatement à Tokio, avec l'intention de se mettre le plus tôt possible en contact avec le peuple japonais.
    Les débuts furent pénibles. Avant de voir luvre se fonder et prospérer, que de difficultés, à vaincre ! Que de préjugés à faire tomber. Ces nouveaux venus sont des catholiques, appelés par les missionnaires catholiques. Ils sont donc missionnaires eux-mêmes. Leurs écoles ne peuvent être que des séminaires, dont tous les élèves doivent étudier et embrasser la religion catholique, et être prêts à se consacrer au service de l'Eglise.
    Or, tout ce qui sent la religion produisait et produit encore chez beaucoup trop de Japonais une certaine défiance et répulsion instinctives, qui, pour le moment, menaçaient de les tenir éloignés de ces maîtres étrangers.
    Ce sont des Français. Or, la mission militaire française, appelée en 1872 pour organiser l'armée japonaise, vient de quitter e Japon et de céder la place à une mission allemande, qui lui est préférée. Le pays, par suite de sa position et de ses relations commerciales, n'a que faire du français, et éprouve un besoin de plus en plus sensible de l'anglais.
    Qui le croirait ? Ceux-là mêmes qui auraient dû faire a ces hommes venus de la France, l'accueil le plus empressé, leurs compatriotes, ont été, par suite d'une haine sectaire et stupide, les premiers, quelques-uns du moins, à les livrer à la risée du public. Le Potin, journal caricaturiste de l'époque, rédigé par un Français, a représenté la carte du Japon et au-dessus, planant dans les airs, un curé brandissant une croix et derrière lui une longue traînée de corbeaux avec cette inscription : Arrivage du Marisme au Japon, faisant allusion à leur nom de Marianistes. Sur une autre page, il représentait une maison d'école avec cette inscription au-dessus de la porte d'entrée : Ecole de français où l'on enseigne l'anglais et l'allemand. C'était évidemment très spirituel.
    Il est juste d'ajouter qu'il y a eu aussi des Français patriotes et intelligents, qui ont de suite saisi l'importance de la fondation d'écoles françaises au Japon. Ceux-ci ne se sont pas contentés de témoigner à ces éducateurs français une sympathie purement platonique, mais ont pris à cur de les aider à vaincre les premières difficultés. Tels furent entrautres, le chargé d'affaires de France d'alors, M. Bourgarel, puis M. Bertin, l'ingénieur bien connu de la marine française, etc.
    Les Frères de Marie ont trouvé, il va sans dire, dès leur arrivée au Japon, des amis tout dévoués et des soutiens dans tous les missionnaires. Mgr Osouf les logea dans un des postes de Tokio, il paya leur pension, leur donna des livres d'exercices pour l'étude de la langue. Il n'avait pas voulu leur louer une maison avant leur arrivée, de crainte qu'elle ne leur agréât pas. Il leur donna une certaine somme d'argent prélevée sur sa cassette privée, en leur recommandant de n'en parler à personne, et s'excusant de ne pouvoir faire autant qu'il le désirait.
    Malgré ces amitiés et ces sympathies, les premières années furent dures. Plus d'une fois le cur des premiers ouvriers s'est serré à la vue de l'apparente stérilité de leurs efforts.
    Au moment d'ouvrir les cours, les Frères de Marie n'avaient pu trouver de local convenable. Mgr Osouf mit à leur disposition une partie de son grand séminaire. Ils y restèrent un peu plus de quatre mois.
    Après de nombreuses et inutiles recherches, on avait fini par découvrir une vénérable masure, comme devait l'appeler deux ans plus tard, à une distribution de prix, M. Sienkievicz, ministre plénipotentiaire de France au Japon.
    La vénérable masure fut donc le premier palais scolaire des Frères de Marie. Là, ils se trouvaient chez eux. Leur palais scolaire fut baptisé Ecole de l'Étoile du Matin. Elle s'ouvrit au mois de septembre 1888. Quand le prospectus fut imprimé, en moins de cinq jours plus de 400 exemplaires furent emportés. Il fallut en toute hâte en faire une seconde édition, qui eut le même sort. On se demandait avec inquiétude comment on pourrait loger tous les élèves. Les bons religieux s'attendaient à une rentrée monstre. C'étaient des soucis bien inutiles.
    On avait terminé le 1er semestre en juin avec 8 élèves, tous européens. Le jour de la rentrée en septembre, 7 des anciens élèves étaient présents. Le 8me, pour une cause quelconque, manquait provisoirement à l'appel, mais pas un nouveau, ni aucun signe donnant à espérer que la glace un jour se briserait et que les élèves japonais afflueraient !
    Vous dire ce qui se passa alors dans le cur de ces ouvriers de la première heure est tout à fait impossible. Seule la confiance en Dieu pouvait dans cette circonstance soutenir leur courage.
    Leur espoir ne fut pas confondu. Ils soignèrent avec un redoublement d'attention les quelques rares élèves que la Providence leur avait envoyés. Ceux-ci se plurent en la compagnie de leurs maîtres. Ils eurent confiance en leur savoir, parlèrent au dehors de leur école, de l'instruction et de l'éducation qu'ils y recevaient, engagèrent des camarades à se joindre à eux. Peu à peu leur nombre s'accrût au point que la vénérable masure se trouva trop étroite pour la population scolaire. C'est alors qu'avec les deniers de la Société des Frères de Marie, mis libéralement à la disposition des fondateurs, l'Ecole acquit le beau terrain actuel d'Idamachi, de près de 3400 tsubo, où s'élevèrent les bâtiments qui abritent aujourd'hui plus de 700 élèves.
    Pour donner une idée des sacrifices faits par la Sociéte de Marie en faveur de cette fondation, il suffira de dire qu'en chiffres ronds, elle n'a pas dépensé moins de 300.000 yen, c'est à-dire près de 800.000 francs.
    En 1899, le gouvernement japonais, en lui accordant le ninka a donné en quelque sorte une existence officielle au lycée de l'Étoile du Matin, l'a mis sur le même pied que les lycées de l'Etat. Le ninka fut suivi de près par le nintei, privilège en vertu duquel les élèves avaient droit de remettre leur service militaire jusqu'à lâge de 28 ans, et étaient autorisés à faire alors leur volontariat d'un an au lieu de trois. Dès lors l'Étoile du Matin alla en se développant rapidement. Le tableau suivant montre dans quelles proportions la population scolaire s'est accrue d'année en année :

    JUILLET AOUT 1908, N° 64

    L'Ecole s'ouvre avec 8 élèves en 1888.
    Elle atteind le chiffre de 100 en 1892.
    Jusqu'en 1901 elle se maintient entre 100 et 200.
    Désormais, c'est aune marche ascendante constante

    158 en 1901
    220 en 1902
    280 en 1903
    332 en 1904
    445 en 1905
    573 en 1906
    710 en 1907

    Le tableau statistique suivant donne une idée assez nette de ce qu'est l'Ecole aujourd'hui. On remarquera en particulier que les professions des parents sont très variées, et qu'il y a parmi les élèves, les enfants des meilleures familles de Tokio :
    Sur les 710 élèves en 1907 une trentaine ont des titres de noblesse, soit anciens, soit
    nouveaux.
    Nombre de classes : Primaires, 7 ; Secondaires, 9 ; au total. . . . 16
    Moyenne du nombre d'élèves par classe . . . . . . 44

    NATIONALITÉS :

    Japonais. . . . . . . . . . . 685
    Chinois, Coréens. . . . . . . . . . . 17
    Métis. . . . . . . . . . . 8

    PENSIONNATS :

    Pensionnaires. . . . . . . . . . . 179
    Demi-pensionnaires. . . . . . . . . . 101
    Externes . . . . . . . . . . 430

    PROFESSIONS DES PÈRES DE FAMILLE :

    Généraux, Amriraux, 28 ; Officiers supérieurs 93. . . . . . 121
    Ambassadeurs, Ministres, Consuls, Députés, Sénateurs. . . . . 19
    Fonctionnaires, Juges, Avocats. . . . . . . . 105
    Professeurs, Médecins, Pharmaciens. . . . . . . . 65
    Grands industriels, 18 ; Petits industriels, 12. . . . . . 30
    Employés de bureau, 32 ; Ingénieurs, 26. . . . . . . 58
    Marchands, 181 ; Agriculteurs, 21. . . . . . . . 202
    Divers, 80 ; sans profession spéciale, 30. . . . . . . 110

    RELIGIONS :

    Catholiques. . . . . . . . . . . 71
    Catéchumènes. . . . . . . . . . . 29
    Païens . . . . . . . . . . . 610

    Tous les jours l'Institution est visitée par des éducateurs, des directeurs d'écoles, des professeurs qui viennent se rendre compte de l'aménagement, des méthodes suivies surtout pour l'enseignement des langues étrangères.
    Le pensionnat est pour la plupart un objet de curiosité, parce que son organisation diffère totalement de celle des établissements japonais. Jusqu'en 1906 il se composait d'enfants japonais et étrangers. Mais on s'était aperçu que le sentiment national éprouvait une certaine antipathie pour cette fusion des deux éléments dans la même maison. Pour lui donner toute satisfaction, les pensionnaires européens et métis furent envoyés au collège de Yokohama. Cette mesure a donné d'excellents résultats. Elle a permis d'adopter le pensionnat plus parfaitement au goût et aux besoins des Japonais.

    ***

    Ce petit pensionnat est un véritable champ d'expérience. L'Internat semble être au Japon un mal nécessaire, à cause du grand nombre d'étudiants venus de la campagne. Les écoles publiques sont très souvent munies de pensionnats. Malheureusement aucune surveillance sérieuse n'y est exercée, et les jeunes gens jouissent d'une liberté presque complète, dont les résultats sont faciles à prévoir. D'un autre côté le tempérament japonais, doué d'un esprit d'initiative semblable à celui des Américains, et par ailleurs entretenu dans son amour de l'indépendance par l'organisation des pensionnats officiels, présente des éléments d'une souplesse à première vue insuffisante pour les exigences disciplinaires des écoles chrétiennes. Le pensionnat de Nagasaki fait actuellement des essais pour trouver, si possible, une méthode qui accorde le génie du pays avec les nécessités d'une éducation moralisatrice.
    Les Japonais eux-mêmes cherchent cette formule, et l'un des inspecteurs d'Osaka pressait les Marianistes d'ouvrir un pensionnat dans cette ville, afin de leur montrer ce qu'il y avait lieu de faire. Les religieux l'ignorent encore eux-mêmes. Mais ils ne désespèrent pas de trouver la solution, qui, évidemment, ne pourra reposer que sur une base morale et religieuse.
    Le gouvernement japonais a montré en maintes circonstances en quel estime il tient les religieux français, tout particulièrement en leur confiant plusieurs chaires dans les écoles publiques. Deux Marianistes sont professeurs à l'Université impériale, un à l'Ecole des Nobles, deux autres aux écoles militaires Au commencement de l'année dernière M. Vernier a reçu sa nomination de professeur de langue française à l'Ecole supérieure de guerre à Tokio.
    Ces maîtres exercent une heureuse influence non seulement sur leurs élèves avec lesquels ils restent en relation au sortir des écoles, mais même sur plus d'un professeur.
    Messieurs Heck et Henry ont reçu une haute distinction. Ils ont été élevés au rang de chokounin. Le fonctionnaire japonais, selon qu'il est nommé directement par l'empereur ou sur son ordre, par un ministre ou simplement par un chef d'administration, a la dignité de shinin, chokounin, sônin ou hannin. L'Européen, eut-il rendu des services exceptionnels, ne peut prétendre à aucun de ces grades. Le Gouvernement, cependant, accorde parfois à quelques-uns des étrangers, qui sont à son service, les honneurs attachés à l'un ou à l'autre de ces titres1.
    Quelques mois plus tard les Marianistes de Tokio ont été l'objet d'une nouvelle faveur impériale bien significative. Messieurs Vernier et Walter ont reçu l'un et l'autre la décoration de la Croix du Trésor Sacré et de la médaille de la guerre. A noter ce détail particulièrement, intéressant : la décoration du Trésor Sacré est la seule qui soit en forme de croix.

    1. Un des privilèges du chokounin est d'aller, à chaque nouvel an avec sa femme, faire une respectueuse et profonde inclination devant l'Empereur. Le sônin est également admis devant Sa Majesté dans la même circonstance, mais sa femme ne peut pas l'accompagner.

    Le Ministre de la Marine vient aussi de témoigner sa confiance à l'Etoile du Matin, en lui accordant un avantage très flatteur et très apprécié, c'est le privilège pour ses élèves de l'examen restreint, c'est-à-dire qu'au lieu de passer pour toutes les matières portées sur le programme, ils n'ont à subir l'examen que pour deux ou irois branches.

    ***

    Comment les Frères de Marie sont-ils parvenus en quelques années à acquérir une telle influence et à gagner la confiance même des personnalités gouvernementales ? Leur valeur comme professeurs et spécialement des langues étrangères, l'ordre, la bonne tenue et le travail qui règnent partout dans leurs écoles, le dévouement à leurs élèves, la neutralité scolaire qu'ils ont nettement acceptée avec les programmes officiels, telles sont les raisons qui leur ont conquis si rapidement l'estime publique.
    Dans les commencements les protestants ont donné à leurs écoles un caractère absolument confessionnel. On y enseignait les principes de la Réforme à côté des sciences profanes. Les Japonais, attirés par la curiosité, écoutaient le prêche après une leçon de mathématiques et étudiaient l'anglais dans la Bible. Aujourd'hui, ils sont plus généralement portés à se défier et à s'éloigner de tous ceux qui se présentent à lui comme prêcheurs. Aussi les évêques et les missionnaires du Japon ont été unanimes à conseiller aux Marianistes de leur laisser le soin de représenter officiellement le catholicisme, et de ne pas donner à leurs écoles le caractère de succursale de la mission. Leurs établissements, pour réussir, devaient être de simples collèges, tenus par des Européens individuellement catholiques.
    Mais, objecterez-vous ! Les religieux ne seraient-ils plus que des professeurs de science humaine, dont le travail et le sacrifice ne concourraient pas à luvre de l'évangélisation ? Ce serait une erreur que de croire que le prosélytisme est impossible avec une telle méthode. Les règlements officiels défendent, il est vrai, de faire le catéchisme dans les écoles aux heures de classe ; mais celles-ci terminées, ils donnent à chacun, au maître et à l'élève, sa pleine liberté. Ainsi les catéchismes se font régulièrement aux catholiques d'une part, aux catéchumènes de l'autre dans toutes les écoles des Marianistes. Les relations personnelles des religieux avec les élèves font réfléchir ceux-ci, et les conduisent insensiblement sur le chemin de la vérité. Puis les élèves catholiques, qui sont mêlés aux païens (il y en a 40 à Nagasaki, de 30 à 40 à Osaka, 70 à Tokio), agissent directement sur leurs camarades. Tous les ans, chaque maison a un certain nombre de baptêmes. Le 30 mars derniers deux brillants élèves recevaient le baptême. Leurs qualités d'intelligence et de caractère et leur condition sociale les destinent à jouer un grand rôle dans leur pays. Deux autres jeunes gens, deux frères, ont été également baptisés à l'Etoile du Matin, le jour de la Toussaint.
    A Nagasaki, les meilleurs des élèves catholiques ont formé une association, dont le but principal est précisément l'apostolat parmi leurs camarades païens. Dans leurs réunions, à côté des exercices ordinaires des Congrégations de la sainte Vierge, ils ont des conférences d'études religieuses qui les préparent à l'action qu'ils sont destinés à exercer autour d'eux.
    L'apostolat des religieux est donc indirect, mais très réel.

    ***

    L'Etoile du Matin comprend aujourd'hui deux sections : l'école primaire et l'école secondaire avec plus de 700 élèves. L'école primaire est elle-même divisée en primaire- ordinaire et en primaire-supérieure. La première est de 4 années. La seconde, appelée section préparatoire au lycée, comprend deux années d'étude.
    A l'école primaire, on enseigne, outre les caractères japonais, la morale et les quatre opérations de l'arithmétique ; à l'école primaire-supérieure, on entame les fractions et les proportions et on y ajoute les leçons de choses, l'histoire et la géographie du Japon. Trois heures de gymnastique obligatoire par semaine, le chant et le dessin facultatifs, de même que l'étude d'une langue étrangère, à partir de la primaire supérieure, complètent ce programme.

    L'école secondaire ou lycée comprend cinq années. Les deux premières, vu le grand nombre des élèves, sont divisées chacune en deux sections : A et B. L'étude du chinois classique, prononcé à la japonaise, remplace celle des langues mortes de nos établissements secondaires d'Europe. Point de philosophie ; des notions élémentaires seulement d'histoire universelle et de géographie générale. En somme l'enseignement secondaire du Japon s'appellerait enseignement primaire-supérieur en France.
    Les cours se donnent en japonais dans les premières années, en français dans les classes supérieures. Le français est la langue étrangère officielle de l'école, d'après les règlements, ne devrait en enseigner qu'une. Cependant tous nos élèves apprennent également l'anglais qui leur sera toujours d'une grande utilité, quelque carrière qu'ils embrassent. Mais les cours d'anglais se font en dehors des heures de classe et ils ne peuvent figurer sur le tableau horaire. L'enseignement de l'anglais, celui du catéchisme, et les cours du soir forment une section à part.
    Les cours du soir ont été établis pour les adultes comptent en moyenne 100 élèves. Ils sont divisés en trois classes. On n'y enseigne que le français. L'élément militaire y est en général largement représenté.

    II Ecole marianiste de Nagasaki.

    Cette première oeuvre des Frères de Marie n'a pas tardé à essaimer. La première colonie détachée de l'Etoile du Matin fut celle de Nagasaki, en 1901. Certes, cette ville n'est pas un centre intellectuel. Elle ne doit son rapide développement qu'à sa superbe rade dans laquelle relâchent presque tous les paquebots
    Les débuts de la fondation furent pénibles, et le développement en fut très lent. En 1896 les religieux ont acheté un magnifique terrain dans la concession européenne. Deux ans plus tard, une construction solide et coquette dominait la rade et les collines d'alentour. La fondation du postulat et du pensionnat date de cette époque.
    L'école actuelle qui porte le nom d'Etoile de la mer comprend plusieurs sections : une école primaire supérieure, comme celle de Tokio ; une école primaire européenne dans laquelle on enseigne le français et l'anglais ; enfin une école commerciale. La somme totale des élèves était à la dernière entrée de 388.
    L'école commerciale comprend six années, dont deux années préparatoires. Les programmes se rapprochent de ceux des écoles secondaires. Les leçons cependant y revêtent un caractère plutôt pratique. Aux matières ordinaires on y joint la comptabilité, les leçons de commerce, l'économie politique et le droit commercial.
    Une exposition très originale vient d'être organisée à Nagasaki. On y a réuni à peu près tout ce que la mer renferme de produits exploités par l'industrie humaine : sels, coraux, perles, coquillages, algues, poissons de toutes sortes et conservés par les procédés les plus variés, travaux en écaille de tortue, dont la ville de Nagasaki a la spécialité, etc.
    A l'occasion de cette exposition, il en a été organisé une autre d'ordre plus pédagogique, à laquelle les Frères de Marie ont pris part. Sur la demande expresse de la Société d'histoire naturelle de Nagasaki, ils ont exposé une belle collection de papillons et d'insectes, qui leur a valu une des plus hautes récompenses.

    III. Ecole marianiste d'Osaka.

    La grande cité commerciale du Japon, Osaka, demandait depuis longtemps une fondation semblable à celles de Tokio et de Nagasaki. L'évêque, Mgr Chatron, et ses missionnaires virent leurs vux accomplis le 1er septembre 1898. Là aussi les débuts furent modestes, mais les religieux se mirent résolument à la tâche et les progrès furent rapides. Se faire connaître, tel a été le premier objectif dès fondateurs, et ce but a été poursuivi avec une inlassable persévérance. C'est ainsi qu'en janvier 1906 l'Ecole de l'Etoile brillante, Meiseigakko, c'est le nom de l'établissement d'Osaka, donna une séance littéraire qui attira au-delà de trois mille personnes. A la fin de septembre de la même année, elle a saisi au vol l'occasion de se recommander, en fournissant à la municipalité 50 élèves pour servir d'interprètes aux marins anglais qui allaient visiter Nara. Cette manière un peu américaine a parfaitement réussi dans la circonstance à Osaka, ville essentiellement commerçante.
    Les Frères de Marie ont compris tout de suite la situation. Leur expérience du passé, leur connaissance du caractère japonais leur ont permis dans cette nouvelle fondation de se lancer hardiment dans la voie qui conduit au succès. Deux ans à peine après leur installation, ils obtenaient le ninka et le nintei suivit seize mois plus tard. Ils occupent en ce moment la plus vaste propriété de la Société de Marie au Japon, sur laquelle s'élève un beau bâtiment ou, pour dire plus justement, les deux tiers d'un bâtiment. La persécution, qui sévit en France contre les religieux et toute l'Eglise, est cause que les constructions restent inachevées.
    Luvre n'est pas compliquée : une école de commerce comme à Nagasaki, mais avec 600 élèves. C'est le chiffre atteint à la rentrée d'automne 1907. L'anglais toujours été la langue étrangère principale. Le français ne s'enseigne que dans les classes supérieures. Les élèves sont des fils de marchands et futurs marchands eux-mêmes, ils se jugent suffisamment instruits quand ils savent un peu l'anglais et les éléments de la comptabilité. Au sortir de l'école, ils entrent tout de suite soit dans des banques, soit dans des maisons de commerce.
    L'Etoile brillante a sept religieux professeurs et dix auxiliaires indigènes.
    C'est peu pour un si grand nombre d'élèves, aussi demande-t-on avec instance du renfort et l'autorisation de commencer des agrandissements jugés indispensables. En attendant, les dignes professeurs ont eu la joie de voir un de leurs élèves reçu premier de l'Ecole supérieure de commerce de Kobé sur 800 candidats, et 120 admis. En outre, deux seulement ont échoué sur une quarantaine qui se sont présentés à l'école supérieure de commerce d'Osaka, école d'ailleurs moins importante que celle de Kobé.

    IV. Ecole marianiste de Yokohama.

    Le Collège Saint-Joseph de Yokohama est l'avant-dernier né des établissements scolaires des Frères de Marie au Japon. C'est en 1901 que l'Étoile du Matin se vit obligée de transférer à Yokohama sa section européenne ; à part certaines transformations reconnues nécessaires, la nouvelle école devait continuer les traditions de Tokio. L'enseignement secondaire fut remplacé par l'enseignement commercial divisé en quatre années. En 1904, les religieux s'installèrent plus confortablement dans un ancien hôtel, dont les dispositions se prêtaient parfaitement à un aménagement pour école et pensionnat.
    Dans la section primaire, l'enseignement se donne en anglais. Tous les élèves apprennent le français. Dans la section commerciale, certaines branches s'enseignent en français, d'autres en anglais. L'étude du japonais et de l'allemand est facultative.
    A la dernière rentrée les élèves étaient environ 130, répartis en 16 à 18 nationalités. L'Allemagne et l'Angleterre sont les mieux représentées. Après la guerre russo-japonaise, il y eut une véritable invasion de Russes au collège Saint-Joseph. Le dernier dimanche d'août 1906, vers huit heures du matin, onze petits Russes arrivaient avec leurs bagages, sans avoir été ni inscrits ni même annoncés. L'un d'eux ancien élève de l'Étoile de la Mer de Nagasaki, qui servait dé trucheman aux autres, dit simplement : « Monsieur, nous voici ; il en viendra encore beaucoup d'autres ». Le même jour, huit jeunes filles russes, surs ou parentes de ces nouveaux élèves, allaient frapper à la porte des Dames de Saint-Maur, voisines des Frères de Marie. Elles aussi annonçaient qu'elles étaient suivies de nombreuses petites amies.
    Les pensionnaires du collège Saint-Joseph sont une cinquantaine.

    V. Ecole marianiste de Kumamoto.

    Le dernier essaim de l'Étoile du Matin alla s'établir à Kumamoto. Le directeur de la nouvelle fondation, M. Henry prit possession de la nouvelle école le samedi saint 1906. C'était une maison japonaise d'assez belle apparence, comprenant sept à huit pièces avec salon. Elle est située à dix minutes de la mission, en dehors de la ville, dans un quartier occupé par les maisons particulières des officiers.
    Kumamoto est un centre universitaire très important. A côté du lycée supérieur, l'un des sept du Japon, on y trouve trois lycées ordinaires, dont deux comptent chacun plus de 800 élèves, une école normale, une école industrielle, une école d'agriculture, un prytanée militaire et de nombreuses écoles primaires. Les Frères de Marie voient donc un vaste champ s'ouvrir devant eux dans le Kiushiu. Les esprits d'ailleurs paraissent bien disposés à recevoir la bonne semence. Les sympathies se sont affirmées envers eux dès les débuts. Leur premier soin est d'organiser des cours du soir pour se faire connaître, en attendant que la divine Providence leur permette d'acheter un terrain et de bâtir une école. Grâce à la protection de Marie, qu'ils ont choisie comme leur reine et protectrice, sous le titre de Sedes Sapientiae, Siège de la Sagesse, ces débuts sont pleins de promesses.
    La rentrée est modeste encore, une dizaine d'élèves pour les cours de français, une trentaine pour ceux d'anglais. Mais chaque jour, il en arrive de nouveaux. Ces élèves sont des professeurs, des juges et des officiers, des bonzes même, sans parler des jeunes gens des lycées et du prytanée militaire.

    ***

    Les Marianistes ont créé des oeuvres postscolaires pour défendre leurs anciens élèves contre les dangers qu'ils rencontrent dans les Universités, de la part de professeurs trop souvent rationalistes, imbus des doctrines philosophiques les plus en vogue dans le monde universitaire. Dans ce but, M. Heck a fondé à Tokio une conférence scientifico-religieuse très goûtée des étudiants.
    A Yokohama, M. Spenner réunit chaque semaine quelques jeunes gens catholiques. La plupart sont des employés de bureau, qu'inquiètent peu les subtilités philosophiques. Aussi n'y fait-on que de la grosse apologétique. Le même religieux s'est encore chargé de faire le catéchisme tous les dimanches aux enfants catholiques de la paroisse.
    Toutes les écoles des Marianistes ont aussi leur association amicale des anciens élèves. Il y a chaque année une réunion générale. C'est un lien dont les avantages sont vivement appréciés de tous.

    ***

    Pour compléter ce rapport sur les oeuvres scolaires des Frères de Marie au Japon, il semble nécessaire d'ajouter un mot sur le caractère de leurs élèves. Le petit Japonais a l'intelligence très éveillée, la curiosité insatiable. D'autre part on trouve chez lui, à un degré peu commun, le sentiment de l'honneur et aussi l'amour de la liberté unis à une vraie docilité. Ces qualités facilitent la tâche du professeur et de l'éducateur. Les élèves s'attachent au maître qui a gagné leur confiance, et lui restent généreusement fidèles jusque dans l'infortune et les revers.
    Voici quelques faits vécus, qui peindront au vif l'écolier japonais :
    Nous sommes dans une cité populeuse de 80.000 âmes. Depuis quelques heures le vent souffle avec fureur. Une étincelle peut embraser la ville entière. Au milieu de la nuit retentit le cri d'alarme : Au feu ! Au feu ! Le son des cloches le redit à tous les échos d'alentour. On entend tour à tour les cris inarticulés de voix à demi éveillées, le chant cadencé des pompiers faisant la chaîne. A travers tous les quartiers jonchés de ruines fumantes, une escouade d'élèves court au pas gymnastique vers la maison d'un professeur. Ils arrivent pour assister, navrés, à l'effondrement du bâtiment.
    Le lendemain matin, nous les retrouvons occupés à déblayer vaillamment le terrain ; ils font plus : leur généreuse cotisation suffira à relever la maison de leur maître, plus riche en dévouement qu'en espèces sonnantes.
    Cette fidélité se déploie parfois sur des questions plus brûlantes. Un professeur d'école normale, en désaccord avec le directeur, démissionnait, il y a quelques mois. La gent écolière prit fait et cause pour le maître injustement sacrifié. Le directeur tint tête pendant quelques semaines à l'orage, mais il fut bientôt débordé et dut demander son changement.
    Par contre, un professeur a-t-il le malheur de blesser ses élèves ou d'infliger un pensum qui parait injustifié, toute la classe déserte. C'est la grève. Parfois maires, sous-préfets, et jusqu'aux préfets, toutes les autorités s'engagent dans de laborieuses négociations pour apaiser le différend. Quel qu'en soit le résultat, la position du professeur est difficile. Lui inflige-t-on un blâme si discret soit-il, il se retire. S'agit-il de lui donner raison : on y mettra des formes pour décider lés grévistes à reprendra le chemin de l'école et la situation du maître restera toujours délicate. Rarement on voit le principe d'autorité affermi par un acte de vigueur.
    Les écoles catholiques n'ont pas entièrement échappé à cette épreuve, et l'une d'elles y est allée aussi de sa petite grève. Armé d'un nouveau programme d'études, un groupe d'élèves se présentait un jour devant le directeur. Leurs réclamations devaient être acceptées dans les 24 heures, sinon la grève scolaire était proclamée. Ces chers pupilles poussés par quelques meneurs s'étaient mis dans un mauvais cas. Ils avaient affaire à un homme qu'ils ne connaissaient pas encore suffisamment. Quand ils vinrent chercher la réponse à leur ultimatum, on leur signifia l'ordre de quitter l'école séance tenante. Ce fut un coup de foudre. Chose inouïe dans les fastes des écoles japonaises ! Sans commentaires préalables, sans pourparlers diplomatiques... ils se voyaient dans la rue. Toute leur logique d'écoliers en était renversée... Bref, ils durent humblement faire amende honorable, et ne furent réintégrés (les meneurs exceptés) que sur les instances réitérées de leurs parents.
    Cette exécution sommaire a suffi pour discipliner notre petite armée en révolte. Voyant d'ailleurs que les supérieurs sauraient au besoin réprimer avec impartialité même les écarts du corps professoral, elle a déposé ses aspirations à l'exercice de la souveraineté, pour la remettre paisiblement entre les mains de l'autorité constituée.
    Terminons par un trait qui est tout à l'honneur des maîtres, et qui nous montrera ce que l'on peut espérer du Japonais, quand le catholicisme aura affaibli ses défauts et transformé ses qualités naturelles :
    Ce trait a eu pour héros un des premiers élèves de l'Etoile du Matin, actuellement brillant officier dans la marine impériale. La confiance de ses chefs ne lui fait pas défaut, bien qu'il ne dissimule pas ses croyances, et c'est en qualité d'officiel d'ordonnance de l'amiral Togo qu'il a fait la dernière campagne. Au moment où elle allait s'achever par le coup de foudre de Tsushima, il était avec son chef en rade de Sasebo. L'ordre d'appareiller pour la bataille avait été donné un dimanche matin, et le départ était fixé au milieu de la nuit suivante. Libre de son temps durant l'après-midi, notre jeune chrétien avait rapidement fait son plan. Il prenait le train à midi pour Nagasaki, où il arrivait vers trois heures. Il était resté à jeun pour pouvoir communier... une dernière fois peut-être, avant la bataille ; puis après quelques bonnes heures passées avec ses anciens maîtres, il repartait pour Sasebo. Le lendemain, c'était lui qui avait l'honneur de recevoir l'épée de l'amiral Nébogatoff. Décoré du Milan d'or pour sa belle conduite à Tsushima, il continue à être aussi vaillant catholique qu'intrépide marin.

    Ecole Apostolique d'Urakami.

    Les évêques les missionnaires demandent aux Marianistes, qui ont si bien compris l'esprit japonais et gagné la confiance universelle, de s'étendre et de faire de nouvelles fondations. Des municipalités de grandes villes les invitent à installer chez elles des écoles et des lycées.
    Le succès est assuré. Pour répondre à ces instances, il faut des maîtres et des ressources matérielles. Les circonstances actuelles forcent de les chercher dans le pays même.
    Les Frères de Marie, installés au Japon depuis vingt ans, et qui ont su si bien comprendre la situation, ont eu à cur, dès leur arrivée dans ce pays, de chercher des auxiliaires parmi les chrétiens indigènes. Une oeuvre de recrutement a été fondée à Nagasaki pour réaliser ce dessein. Une quinzaine de jeunes Japonais font partie aujourdhui de la Société.
    Mais, en face du travail grandissant et des oeuvres qui s'ouvrent plus largement devant eux, les Marianistes sentent le besoin d'accroître ce qui n'était jusque-là qu'une ébauche. Avec l'approbation du Saint-Siège, qui, par l'intermédiaire de S. E. le cardinal Merry del Val, adressait récemment au T. R. Père Général une lettre explicite d'encouragement ; de concert avec l'épiscopat japonais qui, dans une lettre collective, recommande chaleureusement aux catholiques ce projet, ils ont conçu le dessein de créer une école apostolique, rappelant les oeuvres analogues qui existent en Europe, mais avec un caractère plus large et plus en rapport avec les besoins actuels du Japon.
    L'École apostolique aura pour but de recruter des religieux, qui seront prêtres ou ne le seront pas, et qui tous se livreront à l'enseignement. Si quelques sujets, instruits et formés à l'école, se trouvent peu aptes à la vie religieuse, ils seront employés comme professeurs libres, et pourront ainsi rendre de précieux services tout en vivant dans le monde.
    La question des vocations religieuses, en nombre suffisant, est résolue par l'emplacement même choisi pour y établir l'école. Elle est fondée dans la vallée, si connue du monde catholique, d'Urakami, où se trouve une grande chrétienté de plus de six mille âmes. Les premiers chrétiens, retrouvés par Mgr Petitjean en 1866, étaient d'Urakami. Toutes les familles ont donné des martyrs à la cause de Dieu. Le sang qui coule dans les veines de ces chrétiens a été sanctifié dans leurs pères, morts en prison, en exil ou sous les coups des bourreaux. C'est là un terrain bien préparé pour y faire germer les vocations. D'ailleurs, depuis l'arrivée des missionnaires au milieu de ces populations, plusieurs communautés religieuses locales se sont fondées et progressent ; un grand nombre de jeunes gens sont entrés au séminaire.
    Dans les environs, d'autres chrétientés également anciennes et ferventes alimenteront l'école apostolique.
    L'examen attentif de la situation montre qu'il faut une somme de trois cents francs par an pour assurer l'entretien d'un élève. Les premiers dons ont permis d'acheter un terrain. L'école est installée dans une modeste maison du pays ; elle compte déjà plus de 30 élèves.

    1908/206-224
    206-224
    Japon
    1908
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