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Les Clarisses en Extrême-Orient

Les Clarisses en Extrême-Orient Le monastère de Clarisses qui vient de s'établir à Pegu (Birmanie) est la première fondation en Extrême-Orient, de cet Ordre, qui a déjà des couvents à Jérusalem et à Nazareth.
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    Les Clarisses en Extrême-Orient

    Le monastère de Clarisses qui vient de s'établir à Pegu (Birmanie) est la première fondation en Extrême-Orient, de cet Ordre, qui a déjà des couvents à Jérusalem et à Nazareth.
    L'installation des Clarisses à Pegu est tout à fait providentielle. Le 21 novembre 1929, Mgr Perroy faisait appeler un de ses missionnaires, le P. Mignot, et lui disait : « Mon cher Père, depuis des années, je caresse un plan tout à fait en harmonie avec les directions du Saint Père et de Mgr de Guébriant, notre Supérieur Général, touchant l'implantation dans les Missions des Ordres contemplatifs. Dans notre Birmanie Méridionale, les Ordres actifs, enseignants, hospitaliers, sont établis et travaillent avec beaucoup de succès dans leurs sphères respectives ; mais jusqu'ici les Ordres contemplatifs n'y ont pas trouvé place : c'est une lacune que je voudrais combler, en appelant des Carmélites. J'ai pensé que Pegu serait l'endroit idéal pour une fondation de ce genre, et telle propriété que je connais bien, près de l'église, conviendrait parfaitement. Tâchez de vous mettre en rapport avec la propriétaire pour en faire l'acquisition ». « Monseigneur, répondis-je, vos vues correspondent tout à fait aux miennes ; je vais immédiatement entamer les négociations et je vous promets mon concours le plus actif ».
    De fait, le 3 où décembre suivant, j'eus une entrevue avec la propriétaire ; malheureusement mon offre, quoique libérale, ne fut pas acceptée. J'attendis patiemment, et ce ne fut que dix-huit mois plus tard que je me trouvai à même de faire l'acquisition de cette propriété dans de bonnes conditions, en faveur des Soeurs du Bon Pasteur de Rangoon, qui désiraient ouvrir une école anglaise et un refuge à Pegu. Pour l'établissement du refuge, un vaste jardin d'environ 25 hectares, situé hors de la ville, fut mis à leur disposition. C'était un beau rêve, qui, hélas ! Ayant rencontré beaucoup d'obstacles, ne put se réaliser. Sans doute, le Bon Dieu avait d'autres desseins qui ne m'étaient pas connus alors. En attendant, je priais.
    Dans le courant de septembre 1931, la lecture de la « Voice », organe mensuel de la Mission, m'ouvrit un nouvel horizon. J'y appris, en effet, que les Clarisses de Besançon étaient très désireuses de suivre les directives du Souverain Pontife en établissant une maison de leur Ordre en pays de mission. Sans tarder, je rédigeai une lettre pour la Mère Abbesse du couvent de Besançon, l'invitant à envoyer son essaim missionnaire à Pegu, dont je suis depuis 40 ans le missionnaire en charge. Cette lettre était plutôt un « ballon d'essai ». La réponse, qui arriva sans retard, dépassa mon attente ; elle me faisait prévoir une acceptation prochaine.
    Sur ces entrefaites, Mgr de Guébriant, en tournée de visite dans les missions de notre Société, passa à Rangoon et à Pegu. Je lui communiquai la réponse de Besançon ; il en fut très heureux et m'encouragea dans mon dessein, qu'il bénit de tout son coeur. En même temps, il tira de son portefeuille une lettre qu'il avait reçue quelques mois auparavant, venant du même monastère de Besançon et exprimant le désir des Clarisses d'aller travailler dans quelqu'une des missions confiées à notre Société ; il me remit cette lettre, me conseillant d'en faire part à mon Vicaire Apostolique, ce que je fis sans retard, en y joignant les deux missives que j'avais déjà reçues de Besançon.
    Mgr Provost, très désireux, lui aussi, d'avoir un couvent de contemplatives, se mit immédiatement en relations avec la Communauté de Besançon et fit toutes les démarches nécessaires pour mener à bonne fin l'établissement des Clarisses dans notre Mission. Je fis de suite l'acquisition de la propriété dont j'ai déjà parlé et, d'après les instructions venues de Son Excellence et de la Mère Abbesse, la maison fut tant bien que mal adaptée à sa future destination. Monseigneur avait exprimé le désir de voir les Clarisses arriver en Birmanie vers la fin de mai, époque où leur résidence serait prête à les recevoir. La réponse fut qu'elles quitteraient la France le 14 mai par le Bhamo, bateau de la Cie Henderson, et arriveraient à Rangoon vers le 8 juin.
    Depuis de longues années les Clarisses-Colettines de Besançon souhaitaient ardemment fonder un monastère de leur Ordre en pays infidèle. Pourtant ce ne fut que le 6 mars 1929, en la fête de leur glorieuse Réformatrice sainte Colette, qu'elles obtinrent de leur Archevêque, le Cardinal Binet, l'autorisation de préparer la réalisation de leur projet en commençant dans ce but une quête dont le résultat leur permit de faire face aux dépenses du voyage et, autant que possible, aux frais de construction du futur couvent.

    Cette permission, si longtemps attendue, comblait leurs voeux, mais elle fut aussi le point de départ de maintes difficultés. L'oeuvre qu'elles osaient entreprendre demandait Ides sommes importantes, et les pauvres, filles de sainte Claire ne disposaient d'aucune ressource financière. Elles durent donc humblement, sans relâche, comme jadis leur Séraphique Père saint François, tendre la main aux personnes capables de comprendre leur dessein apostolique et de coopérer à sa réalisation. Des milliers de lettres furent écrites dans ce but ; les réponses arrivèrent nombreuses, manifestant souvent une touchante sympathie pour le projet et fournissant, partiellement du moins, les moyens de le mettre à exécution.
    Les obstacles cependant se pressaient nombreux sous les pas des humbles religieuses, les déceptions également. Appelées dans deux missions africaines et poursuivant quelque temps leurs efforts pour répondre à ces invitations, elles se virent pourtant obligées de les décliner tour à tour à cause de leur pauvreté. Des ouvertures leur furent faites successivement de la Chine, des Indes, de Java, mais rien ne put aboutir, toujours quelque obstacle insurmontable s'interposait : troubles politiques, révolutions, manque de ressources, etc... Malgré tout, les futures missionnaires gardaient au coeur une invincible confiance, fortifiée même par l'épreuve.
    Enfin, après un an et demi d'efforts persévérants, dont le résultat semblait nul, elles reçurent de la Birmanie Méridionale une proposition qui les remplit d'un joyeux espoir : le missionnaire qui la leur faisait mettait à leur disposition des ressources matérielles inespérées et se montrait extrêmement désireux de voir son offre prise en considération. Les Clarisses ne demandaient pas mieux. A cet appel inattendu, venu de si loin, elles ne pouvaient toutefois donner encore une réponse définitive. Les négociations se poursuivirent activement pendant plusieurs mois et l'entente complète se fit. Les Supérieurs ecclésiastiques, d'accord sur les conditions du transfert, accordèrent les autorisations nécessaires, Rome informée envoya le Rescrit permettant ce transfert, et le petit essaim, bénissant Dieu, prépara son départ. Que de choses ne fallait-il pas prévoir pour cette traversée de sept personnes et en vue d'une installation définitive en Birmanie !
    Une difficulté imprévue devait encore se présenter : les Clarisses apprirent qu'elles n'obtiendraient pour leurs passeports le visa du consul anglais qu'à la condition d'être autorisées par S. E. le Cardinal Bourne, Primat d'Angleterre, à s'établir en Birmanie. Or ce dernier ne pouvait accorder cette autorisation qu'à une Congrégation reconnue par le Gouvernement britannique ; il fallait donc pour obtenir cette recognition entreprendre de nouvelles démarches, trouver un représentant officiel en Angleterre, etc... L'affaire traîna en longueur, et les pauvres Soeurs, qui pensaient être à la veille de leur départ, en vinrent à se demander avec anxiété non seulement si elles pourraient partir à la date prévue, mais même si elles ne partiraient jamais. On leur disait que le Gouvernement anglais ne semblait pas favorable à l'établissement des communautés contemplatives dans ses colonies ; en conséquence les Clarisses seraient elles jamais « reconnues » ?... Sans perdre confiance, elles expédièrent malgré toutes leurs caisses à Marseille. Enfin leurs instantes prières furent exaucées et leur angoisse prit fin ; la pièce convoitée arriva de Londres au soir du 8 mai, quatre jours avant leur départ.
    Le 12 au matin, les heureuses élues quittaient le cher nid où s'était écoulée la première partie de leur vie religieuse : ce ne fut pas sans déchirement de part et d'autre que s'accomplit cette sortie de clôture, mais les sacrifices peuvent-ils compter quand il s'agit de répondre à l'appel de Jésus et des âmes ? Touchante fut la messe d'adieu, célébrée par le Cardinal Binet en présence des « partantes » qu'entouraient leurs familles et leurs amis ; le souvenir en demeurera inoubliable dans la mémoire de celles qui, pour l'amour du Christ, s'exilaient volontairement, abandonnant pour la vie leurs parents et leur patrie.
    A Marseille, le petit groupe, composé de six religieuses et d'une postulante, montait à Notre Dame de la Garde pour mettre sous sa protection la longue traversée ainsi que l'avenir de la petite communauté birmane. Le 14 mai à midi, tandis que le Bhamo levait l'ancre, lentement, presque majestueusement, les voyageuses disaient un adieu ému à ce qu'elles aimaient, à cette terre de France qui allait disparaître à leurs yeux. Bientôt, en effet, l'horizon bleu s'élargit, et ce fut fini : plus rien que la mer et le ciel. Jusqu'à Port-Soudan, les flots furent si calmes que cette première partie du voyage fut délicieuse : les passagers purent admirer à leur aise les magnifiques panoramas se déroulant devant eux. La seconde partie de la traversée fut plus pénible, le vent imprimant au bateau, allégé de sa cargaison, les mouvements simultanés du roulis et du tangage ; il fallut payer un dur tribut au mal de mer.
    Au matin du S juin, le Bhamo entrait dans le port de Rangoon, bordé de charmantes oasis de verdure ; au loin, les tours de la cathédrale se détachaient sur le ciel, semblant placer la grande ville sous le rayonnement de la croix. Hélas ! De nombreuses pagodes frappent aussi le regard et l'on se sent attristé à la pensée de ces milliers d'âmes qui non seulement ne connaissent pas notre doux Rédempteur, mais qui forment, on peut le dire, le royaume de Satan.
    A peine le bateau était il amarré que nos voyageuses eurent l'agréable surprise de voir arriver sur le pont le P. Saint-Guily, Provicaire et curé de la Cathédrale, venu aimablement au-devant d'elles. Elles furent très touchées d'une si délicate attention, heureuses aussi de sentir à leurs côtés un protecteur pour les aider dans les embarras du débarquement. Presque en même temps se présentaient la Supérieure du Bon Pasteur et son Assistante, religieuses irlandaises qui devaient pendant une longue semaine accorder aux arrivantes la plus cordiale, la plus fraternelle hospitalité. Trois moto cars conduisirent les nouvelles venues au couvent, où religieuses et pensionnaires les attendaient impatiemment. A la chapelle, un vibrant Te Deum fut chanté, et ce fut avec les sentiments d'une joyeuse reconnaissance qu'elles eurent la consolation de recevoir Jésus Hostie, ineffable bienfait dont elles étaient privées depuis plus de vingt jours.
    Leur séjour dans la ville de Rangoon fut des plus agréables : accompagnées des Supérieures du Bon Pasteur, elles visitèrent successivement les églises de cette cité birmane, qui par plus d'un côté ressemble aux villes modernes d'Europe ; puis la léproserie de Kemmendine, où elles furent joyeusement accueillies par leurs soeurs en saint François, les Franciscaines Missionnaires de Marie, qui se dévouent au soin des pauvres lépreux et des incurables. Elles passèrent émues dans les salles de ces privilégiés du Pove-rello d'Assise, qui, tant de fois jadis, au pays de l'Ombrie, les fit bénéficier de son ardente charité et même de son pouvoir de thaumaturge.
    Déjà les filles de sainte Glaire s'étaient inclinées sous la bénédiction de Mgr le Vicaire apostolique, qui daigna les visiter à deux reprises et se montra très paternel à leur égard.
    Enfin, le 15 mai, conduit par le P. Saint-Guily, le petit essaim se dirigeait par le train sur Nyaunglebin, à une distance de trois heures.
    Reçues au son du joyeux carillon des cloches, elles assistèrent à la bénédiction solennelle du Saint-Sacrement, puis au discours plein d'émotion que leur adressa le P. Mignot. Elles firent connaissance avec le couvent des Soeurs Karianes, qui tiennent là une école et un orphelinat. Sans pouvoir se comprendre, on s'entendit pourtant à merveille et la cordialité fut parfaite. Bien plus, les bonne Soeurs indigènes avaient préparé une séance récréative, où leurs jeunes élèves déployèrent toute leur grâce kariane. Les humbles filles du « Mendiant » d'Assise étaient accueillies comme des grandes dames, ou mieux comme des messagères du Bon Dieu.
    Avant d'entrer dans leur monastère de Pegu, les Clarisses ne manquèrent pas de consacrer leur vie de missionnaires à Notre Dame de Lourdes, à qui est consacrée la belle église de Nyaungle-bin. A genoux devant la grotte, émues et heureuses, elles se consacrèrent à la Reine des Apôtres, la priant de bénir leur nouvelle fondation.
    Elles avaient hâte cependant de se trouver enfin chez elles ; aussi prirent-elles avec une réelle satisfaction le chemin de Pegu, le 17 juin au matin, en compagnie des PP. Mignot et Saint Guily, qui leur ouvrirent les portes de leur nouvelle demeure, maison modeste, mais de gracieux aspect, au milieu de manguiers, palmiers, cocotiers et autres arbres fruitiers. Avant de les clôturer dans leur couvent provisoire, le P. Mignot tint à leur faire visiter rapidement la petite ville, autrefois capitale, qui garde encore quelques vestiges de son ancienne gloire, la grande pagode en ruines, le célèbre Bouddha couché, renommé au loin par ses proportions gigantesques. Le soir enfin, la communauté naissante se trouvait dans son petit nid, se demandant encore si c'était rêve ou réalité. Dès le lendemain, Jésus Hostie prit possession de son nouveau tabernacle, d'où Il rayonnera sur cette ville païenne pour en faire dans l'avenir, nous en avons l'espoir, un ardent foyer de vie chrétienne.
    Dès l'arrivée des Clarisses au milieu d'eux, les trop rares catholiques de Pegu ils ne sont que 160, se montrèrent sympathiques et généreux, apportant meubles utiles, repas, provisions, etc... Et depuis ce moment le nombre s'accroît sans cesse des personnes qui se plaisent à visiter le couvent en se recommandant aux prières des pieuses recluses.
    On se demandera peut-être pourquoi cette fondation a été établie à Pegu et non à Rangoon, qui est la ville principale de la Birmanie et le troisième port des Indes comme importance. En voici les raisons :
    D'abord Pegu est une ville historique, autrefois avec Ava, une des capitales de la Birmanie ; puis, comme c'est une petite ville de 16.000 habitants avec une population catholique de 160 seulement, on a pensé que l'influence des Religieuses s'y ferait davantage sentir et porterait des fruits de conversion plus immédiats et plus abondants.
    Mais la raison principale qui a porté à choisir Pegu comme résidence des Clarisses, c'est que, dans cette ville, les deux premiers Martyrs de notre Société, les Vénérables Genoud et Joret, subirent la mort pour la foi. Après avoir évangélisé Pegu avec beaucoup de succès, ils furent, sur l'incrimination des bonzes attachés nus à des arbres et laissés pendant trois jours sans nourriture, exposés aux piqûres des moustiques ; durant ces trois jours, ils ne cessèrent de prêcher et d'encourager les chrétiens ; après quoi, le roi pégouan, apprenant qu'ils n'étaient pas encore morts, les fit mettre dans des sacs avec de lourdes pierres qu'on jeta dans la rivière de Pegu : c'était vers la mi-octobre de l'année 1693.
    Il convenait donc que la ville honorée par le martyre de ces saints Missionnaires ne restât pas sans un foyer de prière destiné à raviver dans l'esprit des Pégouans le souvenir et l'estime de la religion prêchée à la fin du XVIIe siècle par ces vaillants apôtres de la Société des Missions Etrangères.
    Ce sera, d'ailleurs, le rôle spécial des Pauvres Clarisses de continuer par leur vie de prière et de pénitence, ce que nos vénérés Martyrs avaient commencé et d'attirer sur les Missions de Birmanie les grâces puissantes qui touchent les coeurs des païens et les transforment en enfants de lumière, en brebis fidèles du divin Pasteur.

    Un missionnaire de Birmanie Méridionale.

    1932/271-275
    271-275
    Birmanie
    1932
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