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Les Chrétientés Chau Lao

TONKIN MARITIME Les Chrétientés Chau Lao Lettre de M, Canilhac, Missionnaire apostolique. Les districts des hautes régions souffrent encore beaucoup de la pénurie de missionnaires, et si cette situation ne s'améliore pas, il y a tout lieu de craindre que, loin de progresser, nous ne puissions pas même maintenir nos anciennes positions. C'est d'autant plus regrettable, qu'actuellement nous pourrions enregistrer de sérieux progrès si nous n'étions pas obligés de disperser nos efforts sur un terrain étendu.
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    TONKIN MARITIME

    Les Chrétientés Chau Lao

    Lettre de M, Canilhac,
    Missionnaire apostolique.

    Les districts des hautes régions souffrent encore beaucoup de la pénurie de missionnaires, et si cette situation ne s'améliore pas, il y a tout lieu de craindre que, loin de progresser, nous ne puissions pas même maintenir nos anciennes positions. C'est d'autant plus regrettable, qu'actuellement nous pourrions enregistrer de sérieux progrès si nous n'étions pas obligés de disperser nos efforts sur un terrain étendu.
    La région du Quan Hoa, qui comprend les 2 districts de Muong Khiet et Muong Sia, est en assez bon état. Au contraire, les districts supérieurs, Muong Soi, Muong Pun et Na Ham, laissent à désirer.
    « Passons en revue ces différents districts :

    District de Muong Khiet.

    Cette année, Muong Khiet a eu la joie d'enregistrer 7 nouvelles familles de catéchumènes. Quatre d'entre elles habitent au chef-lieu de la tribu Chieng Khiet, ce qui va me permettre d'installer un catéchiste à cet endroit qui n'en avait jamais eu.
    Il est intéressant de noter que jusqu'ici ce village s'était montré le plus réfractaire de la région à toutes les tentatives d'évangélisation. Dès 1883, à l'arrivée des premiers missionnaires dans le pays, Chieng Khiet était resté sourd à toutes les exhortations ; son attitude était d'autant plus fâcheuse que c'est le centre le plus important et le plus populeux de toute la région. Il compte près de 40 familles, et si la majorité se convertissait, tout le pays environnant s'en ressentirait, Daigne saint Joseph, notre. Patron, obtenir à ces pauvres gens les grâces de choix qui leur sont nécessaires.
    Muong Tuong. Les quelques familles chrétiennes de cette petite chrétienté ont fait de sensibles progrès dans l'étude de la religion. Le sous-chef de canton de l'endroit, adversaire déterminé des chrétiens, a essayé cette année encore de leur chercher chicane une fois de plus; il n'a pas réussi et cet insuccès semble l'avoir assagi.
    Muong Chu, qui jusqu'à l'an dernier m'avait donné tant de consolation, laisse un peu à désirer. La passion du jeu est la cause de ce revirement. Dieu merci, il n'y a encore rien de perdu, mais la ferveur des premiers jours a diminué, surtout chez les jeunes gens. Si comme jadis le missionnaire pouvait visiter ce poste de temps en temps, non seulement les premiers catéchumènes retrouveraient leur ferveur de l'époque du baptême, mais nous en gagnerions nombre d'autres. Malheureusement je suis tellement pris par l'administration des autres chrétientés, qu'il m'est impossible de Consacrer à cette tribu le temps nécessaire et de lui donner les soins dont elle a encore un si pressant besoin.

    District de Muong Sia.

    Grâce à Dieu, les difficultés d'ordre administratif qui jusqu'ici avaient troublé si gravement cette tribu ont été enfin terminées en faveur des chrétiens. Maintenant il va falloir s'occuper du spirituel. La plupart des chrétientés de ce district font preuve de bonne volonté, et tout fait espérer que ceux qui chancelaient dans la foi retrouveront bientôt la ferveur des jours passés.
    Trois chrétientés de ce district : Ban Muong, Ban Hieng et Chieng Sia Nua, méritent une mention spéciale. Cette dernière surtout, où habite le missionnaire quand il visite le district, se repeuple petit à petit, et compte actuellement une dizaine de familles qui tous les soirs étudient le catéchisme, et assistent régulièrement à la messe du dimanche quand il y a un prêtre.
    Deux autres chrétientés, Chieng Sia To et Ban Hen, me préoccupent beaucoup : non seulement la foi ne fait pas de progrès, mais elle semble diminuer. La Providence vient cependant de frapper un coup qui devrait faire réfléchir ces pauvres gens. Dans le seul hameau de Chieng Sia To, une épidémie de cholérine a fait une dizaine de victimes en quelques jours, alors que dans les hameaux voisins fidèles à la pratique religieuse, il n'y a pas eu un seul cas. Tout le monde voit là un châtiment de Dieu, car ces pauvres malheureux, malgré toutes mes remontrances, avaient eu la faiblesse de faire un sacrifice aux Esprits.
    Une sorcière, appelée par des parents chrétiens pour guérir leur jeune enfant malade, avait - promis de le sauver au moyen de ses sorcelleries. Or, elle avait à peine fini ses incantations que l'enfant expirait. J'espère que ce petit ange, bien innocent de la faute de ses parents priera pour eux au ciel que lui a ouvert le baptême, et leur obtiendra la plénitude de la foi. Quelques jours après, le mari de la sorcière mourait à son tour. Pauvres malheureux, puissent-ils reconnaître et adorer la main du Père infiniment miséricordieux qui ne frappe que pour ramener à Lui ceux qui l'abandonnent.
    De toutes les chrétientés de cette région, c'est assurément Ban Muong qui est la plus fervente, et cela grâce aux deux principaux notables dont l'un vient d'être élu chef de canton. Si malgré la tourmente qui a secoué le district ces dernières années, Muong Sia est resté ce qu'il est encore actuellement, c'est en grande partie grâce à ces deux notables. Daigne le bon Dieu les récompenser en ce monde et en l'autre !
    En décembre dernier, faisant l'administration de cette chrétienté, je fus bien édifié de la ferveur de ses habitants. Un exemple entre beaucoup d'autres : Quatre familles habitent à l'intérieur de la forêt dans les rizières de montagne, à une bonne demi-heure de la maison qui me servait de chapelle. Or, pendant près d'un mois, ces braves gens vinrent fidèlement tous les soirs assister aux instructions. Ils arrivaient à 6 heures et repartaient entre 9 et 10 heures. Le matin ils étaient de nouveau là pour la messe. En cela ils navaient d'autant plus de mérite qu'ils n'avaient d'autre chemin que de mauvais petits sentiers à travers la forêt où il n'est pas rare de rencontrer le tigre. Une bonne vieille de 80 ans, malade, voulut absolument venir se confesser et communier à la chapelle. Je m'offris en vain à lui porter le bon Dieu chez elle. Cinq jours après, au milieu de la nuit de Noël, pendant que ses enfants et petits- enfants assistaient à la messe de minuit, sans que rien put faire prévoir une fin si prochaine, elle s'éteignit tout doucement. Je suis convaincu que le bon Jésus aura voulu ouvrir à cette fervente chrétienne les portes du Ciel, au jour anniversaire de sa naissance sur la terre.

    District de Naham.

    Les deux districts précédents relèvent de la province de Thanh Hoa; les trois suivants relèvent de la province de Sam Nua du Laos. M. Paul Ninh, prêtre indigène chargé du district de Naham ne tarit pas d'éloges sur la chrétienté de Muong Ai, la seconde du district, dont les habitants donnent toute satisfaction à leur pasteur.
    Il n'en va pas de même malheureusement de la première chrétienté, le chef-lieu du district, qui autrefois, elle aussi, donnait tant de consolation à son missionnaire.» Je crains beaucoup qu'elle ne finisse par se désagréger : une dizaine des meilleures familles, mécontentes de l'état de tiédeur dans lequel végète cette chrétienté, ont quitté Naham et transporté leurs pénates à Muong Sia.

    District de Muong Soi.

    Ici encore, l'absence prolongée du missionnaire a eu de bien fâcheuses conséquences :
    Ban Ten autrefois était citée comme la chrétienté modèle, la meilleure du district. Hélas! Les vieux de la génération précédente sont morts à peu près tous, et leurs enfants ne les valent pas. Actuellement c'est cette chrétienté dont les fidèles savent le moins le catéchisme. Pour comble d'infortune, le village s'est morcelé en 2 ou 3 petits hameaux assez éloignés les uns des autres, d'où plus grande difficulté d'instruire ces pauvres gens, qui auraient cependant si grand besoin d'être soigneusement enseignés... Ils méritent pourtant des éloges sur un point : ils assistent très régulièrement à la messe du dimanche quand il y a un prêtre chez eux.
    Muong Khuyen a été fort éprouvé. Je crains un peu pour la persévérance de ces chrétiens encore si jeunes dans la foi, si le nombre des missionnaires n'augmente pas; car il m'est bien difficile d'aller consoler et instruire ces braves gens aussi souvent et aussi longtemps qu'il le faudrait.

    District de Muong Pun.

    Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la chrétienté de Pong Sang, autrefois si fervente quand elle recevait fréquemment la visite du missionnaire, est bien déchue de son ancienne ferveur. Nombreuses étaient les familles qui avec plus ou moins de conviction paraissaient vouloir revenir au culte des esprits. A mon passage, je ne ménageai ni les exhortations, ni les remontrances, et la grâce de Dieu triompha de la résistance des quelques notables, les principaux coupables de cet état de chose. Ils me demandèrent pardon de tout ce qui s'était passé, et me supplièrent de leur donner un catéchiste qui les remettrait complètement dan, la bonne voie.

    1922/32-35
    32-35
    Vietnam
    1922
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