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Les catholiques d'Indochine : Une lettre de Mgr de Guébriant.

Les catholiques d'Indochine : Une lettre de Mgr de Guébriant. Paris, le 9 mai 1931. Monsieur le Rédacteur en chef, Le P. Charles, le savant Jésuite de Louvain, m'adresse ce matin une lettre dont il m'autorise à faire l'usage qui me paraîtra convenable. Je ne vois pas de meilleur usage à en faire que de solliciter pour elle la publicité de la Croix. La voici, presque in extenso : « Paris, le 8 mai 1931. « MONSEIGNEUR,
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    Les catholiques d'Indochine : Une lettre de Mgr de Guébriant.

    Paris, le 9 mai 1931.

    Monsieur le Rédacteur en chef,

    Le P. Charles, le savant Jésuite de Louvain, m'adresse ce matin une lettre dont il m'autorise à faire l'usage qui me paraîtra convenable.
    Je ne vois pas de meilleur usage à en faire que de solliciter pour elle la publicité de la Croix. La voici, presque in extenso :

    « Paris, le 8 mai 1931.
    « MONSEIGNEUR,

    « Hier matin à la session de l'Institut colonial international, M. Gourdon, inspecteur général honoraire de l'Indochine et rapporteur sur la question de l'enseignement indigène, a soutenu une thèse contre laquelle j'ai cru devoir protester publiquement en séance et dont il nie parait opportun que Votre Excellence soit avertie.
    « M. Gourdon a déclaré que pour ce qui concerne l'enseignement moral des indigènes, le gouvernement de l'Indochine reconnaissait une efficacité réelle aux anciennes disciplines bouddhistes et confucianistes et subventionnait de ce chef, au Cambodge par exemple, les bonzes des pagodes. Quant au christianisme, l'expérience avait montré qu'on ne pouvait pas compter sur lui comme agent moralisateur en Indochine, parce que, malgré des siècles d'efforts missionnaires, il n'avait pas réussi et que le chiffre de ses fidèles en Indochine ne dépassait pas 300.000. Le gouvernement indochinois ne pouvait donc subventionner l'enseignement catholique ni favoriser les écoles des Missions.
    « Ces déclarations avaient produit sur rues collègues anglais, italiens, hollandais, belges, portugais, français, une impression assez profonde. J'ai cru devoir demander la parole pour démentir les assertions de M. Gourdon. J'ai rectifié ses chiffres, en disant qu'ils devaient être quadruplés pour devenir à peu près exacts, et qu'il me semblait étonnant que l'on fondât toute une politique sectaire sur une statistique dont la fausseté était palpable. J'ai ajouté que la communauté chrétienne d'Indochine, loin d'être numériquement insignifiante, était en réalité très fort, et qu'il serait sage, du seul point de vue colonial, de ne pas la traiter par prétérition. M. Gourdon, visiblement pris au dépourvu, n'a plus rien dit, et après la séance, s'est excusé auprès de moi d'avoir confondu la statistique de la Cochinchine avec celle de l'Indochine ! Il s'est plaint de l'impossibilité où on est de trouver des statistiques religieuses. Je lui ai répondu qu'il n'était pas plus difficile de les trouver que de mettre la main sur le Journal Officiel, et lui ai signalé les ouvrages très connus qui les exposent ».
    Je ne connais pas M. Gourdon. Il estime à 300.000 une population catholique qui approche de 1.500.000, et ce chiffre qu'il reconnaît, en conversation privée, être faux, il le livre au grand public et le donne pour base à des conclusions qui intéressent gravement l'âme de tout un peuple et engagent les responsabilités de la France.
    Ce n'est pas simple légèreté et personne ne prendra le change. L'erreur dont il s'agit est une erreur voulue, voulue en vertu du mot d'ordre déjà vieux : « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ».
    Recevez, Monsieur le Rédacteur en chef, l'assurance de ma haute considération.

    J. DE GUÉBRIANT,
    Supérieur général des Missions Etrangères de Paris.

    ***

    Les Annales se permettent de mettre en regard de la thèse anticatholique pour ne pas dire plus de M. Gourdon, Inspecteur honoraire de l'Instruction Publique en Indochine (car tel est son titre et telle fut sa responsabilité), le télégramme suivant, de date toute récente :
    TOKIO (Japon). Devant les difficultés rencontrées ces derniers temps dans le monde scolaire, le Ministre de l'Instruction publique du Gouvernement de Tokyo vient de faire appel aux missionnaires en ces termes :
    « Jusqu'ici, la politique de notre Ministère s'est orientée vers le matérialisme. Cette attitude était conforme aux tendances de l'époque, mais il en est résulté des effets déplorables, une décadence véritable de la moralité publique et privée, la floraison du communisme, et même, ces dernières années, un certain esprit anarchique. Aussi faut-il désormais que notre système d'éducation soit spiritualisé. Dans ce but la collaboration des éducateurs religieux nous apparaît nécessaire, et c'est ardemment que je désire leur aide... »
    A nos lecteurs de conclure pour l'Indochine française où la vague du communisme, rencontrant moins de digues qu'au Japon, et cela par notre faute lourde menace de tout submerger.

    1931/152-154
    152-154
    France
    1931
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