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Les Annamites ont ils été anthropophages?

Les Annamites ont ils été anthropophages? Nous trouvons dans le Journal 1701-1702, de la Mission du Tonkin Occidental 1, rédigé par Mgr Bélot, coadjuteur de Mgr de Bourges, Vicaire apostolique, les détails suivants, qui étonneront peut-être plusieurs de nos lecteurs, même parmi ceux qui connaissent le Tonkin. 1. Journal de la mission du Tonkin, septembre 1701-octobre 1702, A. M.-E., vol. 683, p. 273.
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    Les Annamites ont ils été
    anthropophages?

    Nous trouvons dans le Journal 1701-1702, de la Mission du Tonkin Occidental 1, rédigé par Mgr Bélot, coadjuteur de Mgr de Bourges, Vicaire apostolique, les détails suivants, qui étonneront peut-être plusieurs de nos lecteurs, même parmi ceux qui connaissent le Tonkin.

    1. Journal de la mission du Tonkin, septembre 1701-octobre 1702, A. M.-E., vol. 683, p. 273.

    M. Tite Bon, prêtre tonkinois, est depuis peu de jours de retour de la mission qu'il était allé faire dans une partie du royaume de Bau, la plus difficile, la plus rude et la plus dangereuse qu'il y ait dans le Tonkin. Ce pays est tout rempli de montagnes et de forêts, il y a un grand nombre de tigres d'une prodigieuse grosseur.
    Le P. Tite Bon nous a raconté que les païens tonkinois tâchent d'attraper les sauvages qui habitent cette région comme on attrape des animaux, et ils les mangent comme d'autres gibiers.
    M. Raphaël, un Cochinchincis qui était interprète des Hollandais et qui a rendu toute sa vie, aussi bien que sa femme feu Madame Pie, de grands services aux Vicaires apostoliques et aux missionnaires français, raconta autrefois à l'évêque d'Auren1 qu'un de ses amis, secrétaire d'un mandarin qui avait pour son apanage quelques villages qui sont en Bau, proches des forêts, lui avait rapporté comme une chose qui lui était arrivée, qu'étant allé visiter au nom de son maître les dits villages, les habitants selon la coutume lui donnèrent à manger. Il trouva une fois les viandes fort délicates, et leur ayant demandé de quel animal c'était, ils ne voulurent pas lui dire, mais l'invitèrent d'aller à la chasse de cet animal. Il y fut. Ces paysans élevèrent sur des branches d'arbres un grand filet qui pendait jusqu'à terre et le prièrent de demeurer proche, pendant qu'ils iraient à la chasse dans la forêt.
    Il y demeura quelque temps ; après quoi il vit paraître une femme nue tenant un petit enfant entre ses bras et qui fuyait; mais étant arrivée audit filet et ne sachant plus par où s'enfuir, elle se mit à pleurer n'ayant pas l'adresse de faire le moindre effort pour s'évader, comme feraient d'autres animaux qui se verraient ainsi attrapés. Ce secrétaire dudit mandarin en eut pitié, il leva le filet et cette sauvagesse prit la fuite au travers des bois. Peu de temps après, les paysans étant de retour furent bien étonnés de ne point voir leur gibier, qu'ils savaient être venu jusqu'au filet. Ils demandèrent au secrétaire s'il n'avait rien vu ; il répondit que non ; mais lui ayant fait instance, il dit qu'il n'avait vu qu'une femme tenant un enfant, qu'étant venue au filet elle s'était mise à pleurer et qu'il l'avait laissée passer. Ces paysans lui dirent aussitôt : « C'est cela même, que nous voulions prendre, et c'est cette sorte de gibier, dont nous vous avons traité, et que vous trouviez si délicat ».

    1. Mgr Jacques de Bourges, né à Paris vers 1630, Vicaire apostolique du Tonkin Occidental en 1679, mort à Juthia (Siam) on 1714.

    1926/54-55
    54-55
    France
    1926
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