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Les Annamites en France pendant la Guerre 3

Les Annamites en France pendant la Guerre Par le P. Raynaud Missionnaire apostolique (suite). Conversions de bouddhistes
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    Les Annamites en France pendant la Guerre

    Par le P. Raynaud
    Missionnaire apostolique (suite).

    Conversions de bouddhistes

    Relativement peu nombreux sont ceux qui ont profité de leur séjour en France pour embrasser notre sainte religion. En faisant le total des chiffres envoyés par les missionnaires et par quelques prêtres français, on arrive au chiffre de 900 baptêmes in articulo mortis et environ 200 baptêmes d'adultes bien portants. Ce petit nombre de baptêmes est compréhensible, étant donné le peu de temps que les Annamites avaient pour étudier les prières et le catéchisme. Une autre raison était le manque de livres. Malgré le grand nombre de petits tracts envoyés dans les différents camps par le P. Maunier, de Quinhon, malgré les livres de prières et les catéchismes imprimés à Toulouse, les ouvrages de ce genre étaient insuffisants. Il y avait aussi la crainte d'encourir des représailles de la part de certains chefs français ouvertement anti-religieux, l'appréhension d'être en butte aux moqueries de leurs compatriotes bouddhistes qui, justement, parce qu'ils voyaient la supériorité de la religion catholique, cherchaient à la critiquer comme pour s'excuser de ne pas la suivre eux-mêmes. Les missionnaires se sont surtout attachés à convertir les interprètes plus intelligents, par conséquent plus aptes à profiter des nombreux ouvrages de doctrine chrétienne en langue française, plus vite au courant des vérités nécessaires pour recevoir le baptême, moins exposés aux vexations de leurs parents parce que plus instruits, et jouissant, d'une position sociale supérieure, n'ayant rien à redouter des notables des villages.
    Beaucoup parmi ces interprètes se sont bientôt rendu compte de la supériorité de notre sainte religion. Ils ont rapidement saisi la différence qu'il y a entre la mentalité du chrétien pratiquant et la mentalité des autres, de ceux qui ne sont chrétiens que de nom. Dans les nombreuses lettres qu'ils ont envoyées aux missionnaires, et dont nous allons citer quelques fragments, ne pouvant à notre grand regret les reproduire intégralement, on trouvera, bien, souvent répétée, l'expression du bonheur que la foi leur procure.
    C'est d'abord le sergent X. chevalier de l'ordre du dragon d'Annam, qui, de Castres, écrivait quelques jours avant son retour au Tonkin « Je ne me reconnais plus ; moi autrefois si renfermé, si triste, me voici tout autre ; depuis mon enfance je ne 'me souviens pas avoir joui d'une joie pareille ».
    Un autre interprète a écrit de Calais : « Déjà plus d'un mois depuis que vous m'avez quitté. Maintenant que Dieu me protège, je suis toujours en excellente santé.
    « Je crois en Dieu et je l'aime. Tous les vendredi, dimanche et lundi je vais à la messe. Chaque soir, je n'oublie pas mes prières avant d'aller prendre mon repos ».
    Un autre nouveau converti nous écrit de Merville (Nord) :
    « Cher Père en Notre Seigneur. Vous m'avez parlé de confirmation dans votre dernière lettre et je vous en ai parlé aussi dans ma réponse.
    « J'ai eu l'idée, qui n'est pas tout à fait neuve, de me faire rapatrier, étant donné que je ne rends presque plus de services en qualité d'interprète. Mais depuis mon baptême, une considération très importante pour .mon salut a surgi, vous avez deviné déjà quelle est cette raison qui me fait désirer de rester encore au moins quelques mois.
    « Il s'agit d'affermir ma foi et d'étudier la religion suffisamment, pour résister à tous les découragements et aux difficultés qui ne manqueront pas de surgir.
    « Quatre ou cinq mois de séjour me permettront d'atteindre ce but, et d'arriver ainsi à la confirmation avec tout le bagage désirable.
    « Je souhaite de tout mon cur la confirmation qui sera pour moi un titre de gloire et un soutien incomparable en vue des luttes futures en Indochine ».
    Dans une autre lettre, après avoir exposé au missionnaire les efforts qu'il fait pour convertir plusieurs de ses compatriotes, il raconte une promenade au Mont-des-Cats.
    « Vous m'avez parlé aussi du bonheur des saints Trappistes du Mont-des-Cats, qui ont produit sur mon esprit une impression ineffaçable dans un moment inoubliable pour moi, car c'est peut-être le seul moment heureux que j'ai connu depuis que je suis en France.
    « Je suis allé revoir, hier dimanche, avec Jean et Luong, ce lieu de pèlerinage; mais nous n'avons pas été favorisés par un temps, aussi beau qu'à la visite faite ; en votre aimable compagnie.
    « Nous sommes arrêtés à l'hôtel situé devant l'abbaye pour casser la croûte. Tout en grignotant quelques tartines, j'ai fait en mon esprit la comparaison entre mon état d'âme de maintenant et celui du jour où je mettais pour la première fois les pieds en cet endroit.
    « La différence est fort grande entre le calme d'aujourd'hui et les tourments du 29 août 1919.
    « Il n'est pas improbable que j'y revienne encore une fois, si l'occasion se présente, avant de regagner le pays d'Annam, car j'ai un attrait tout particulier pour ce mont qui m'a fait entrevoir presque le « Paradis terrestre ». Pendant un instant, j'ai senti profondément que les vraies joies étaient les joies de l'âme qui cherche sans cesse à s'élancer vers Dieu ».
    Un sergent interprète, d'abord employé dans les usines du Midi, ensuite chargé de surveiller les travaux de réfection des voies ferrées dans la région de Vouziers, étant à Toulouse où il passait ses examens de licence en droit, profita de la circonstance pour aller revoir l'église où il a été entouré de soins maternels par les Dames Infirmières ; il en écrivit :

    « Mon cher Père,

    « J'ai passé la Toussaint « au pays natal ». Je me suis rendu en premier lieu à l'église... J'ai revu l'endroit où j'ai fait les promesses solennelles tandis que vous me baptisiez au nom de Notre Seigneur.
    « J'ai assisté à la première messe et fait la communion. J'ai ressenti une joie indicible qui m'était jusqu'ici inconnue. Est-ce encore une grâce particulière que j'ai reçue là ?
    « L'examen va commencer dans quelques jours. Je regrette de ne pouvoir comme la dernière fois pousser une reconnaissance jusqu'à Lourdes pour demander à la Sainte Vierge de me pistonner à nouveau. N'est-elle pas la Reine des Avocats et à plus forte raison des pauvres étudiants en droit comme moi, puisque saint Bernard lui dit qu'on n'a jamais eu recours à son intercession sans avoir gain de cause.
    D'autres lettres nous ferons voir le zèle de ces nouveaux convertis pour le salut de leurs frères encore dans les ténèbres du paganisme :

    « Ardennes. Mon cher Père. Avez-vous revu X. ? Il m'a écrit des lettres épatantes (sic).... très édifiantes. Je me fais un plaisir de vous les communiquer. C'est un type. Si nous pouvions en avoir beaucoup de sa trempe en Indochine!
    « J'ai su qu'un de ses amis, un camarade de lycée, va arriver bientôt en France. Fils de grand mandarin, bachelier latin sciences, il veut finir ses études à Paris.
    « Je vais tendre le filet. Sa conversion m'est bien chère, d'autant plus qu'il a un petit frère, touché par la grâce, mais qui demande vainement à ses parents l'autorisation d'embrasser notre sainte religion ».
    Un peu plus tard, il annonce l'envoi des lettres de son camarade nouvellement converti:
    « Il m'a écrit encore ces jours-ci. Décidément ses lettres sont pires que celles des Trappistes. Je, me ferai un plaisir de vous les communiquer, Commettrai-je une indélicatesse en faisant cela sans la permission de X ?, .. Non, puisque vous êtes notre père ».
    Nous regretterions de ne pas publier une partie de ces lettres que ces nouveaux convertis s'adressaient entre eux :
    3 septembre.

    « Mon cher X.
    « Le Père X. nous a quittés le 1er septembre au soir après avoir fait de la bonne besogne dans notre groupement.
    « Il a obtenu deux conversions, celle d'un de mes camarades et la mienne et il a procédé à deux baptêmes.
    « J'ai été tout étonné de ma conversion ; mais l'heure de Dieu est venue au moment où je m'y attendais le moins.
    « Je n'ai pas eu le bonheur d'être touché par la grâce divine aussi vite que vous l'avez été, sans doute parce que je le méritais moins que vous.
    « Enfin mon âme a trouvé sa voie et goûte maintenant la paix qu'elle a cherchée en vain dans les divertissements et dans les études.
    « Oui, je comprends maintenant les termes de la lettre que vous m'écriviez il y a deux ans, et qui étaient demeurés lettre morte pour celui qui croyait pouvoir se suffire à lui-même.
    « Je croyais que l'âme pouvait se forger une religion pour elle-même et lui refusais la nourriture qu'elle réclamait à cor et à cri ; aussi j'y fus puni par des troubles et des doutes durant plusieurs années, les plus douloureuses de ma vie.
    « Vous m avez parlé d'apostolat, avez-vous quelque bonne idée là-dessus ?
    « Que diriez-vous d'une association catholique dans le genre d'une amicale ?
    « Cette idée m'est venue à l'esprit à propos d'une plainte de on y verra la transformation que a religion opère dans les âmes notre Père qui déplorait que les Annamites ne sachent pas se grouper pour chercher ensemble les moyens d'aider les missionnaires dans leur oeuvre d'évangélisation !....»
    C'est par centaines que nous pourrions publier des lettres analogues, toutes donnant une preuve palpable de la transformation que la religion opère dans les âmes. Comment, après cela, ne pas regretter qu'une si grande portion de l'Indochine soit encore éloignée du catholicisme.
    Espérons du moins que le séjour fait chez nous sera profitable à ces chers Annamites ?

    Impressions causées sur les Annamites par leur séjour en France.

    Les chrétiens une fois de retour dans leurs villages reprendront facilement, au contact de leurs parents, les habitudes de piété que quelques uns ont oubliées en France. Quant aux païens, leur passage dans un pays catholique ne pourra que faire naître en eux des désirs sincères de conversion. Pendant cinq ans ils ont coudoyé de près leurs camarades catholiques, et ils ont pu constater eux-mêmes la conduite plus régulière de ces derniers, ce qui ne contribuera pas peu à leur faire abandonner une bonne partie des préjugés qu'ils nourrissaient contre la religion. Ils ont pu observer que les prêtres n'étaient pas ce que beaucoup d'entre eux s'étaient figurés, des agents du gouvernement ; puisque loin de faciliter leur tâche, celui-ci affectait de les ignorer quand il ne les empêchait pas ostensiblement de remplir leur ministère. Ils ont remarqué combien les prêtres de France, tant chez eux que dans les hôpitaux, mettaient d'empressement à secourir toutes les misères physiques et morales. Ils ont vu que les chefs, quoique peu religieux, rendaient à leur insu un hommage éclatant aux catholiques en désignant ceux-ci pour les postes les plus délicats, réclamant de la conscience et du savoir-faire, puisqu'en effet, malgré la moyenne encore faible des catholiques comparativement à leurs compatriotes païens, il n'y avait peut-être pas un seul groupement, où l'on ne trouvât un catholique et même plusieurs dans les emplois d'interprètes, de secrétaires, de chefs dans les ateliers, de vendeurs dans les cantines, d'infirmiers majors dans les hôpitaux, et jusque dans les bureaux du ministère.
    (A suivre.)
    1921/221-226
    221-226
    France
    1921
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